MÊLÉE
Parmy les applaudissemens , Les vizites, les comçlimens, Des nobles, bourgeois et bourgeoizes, Des viiageois et vilageoizes, 5 Du climat , maintenant si beau , Que vous habitez de nouveau , Cette lettre toute nouvelle Qui vient d'issir de ma cervelle A vos yeux se va prézenter io Pour tâcher de vous contenter:
Plaize à Dieu qu'elle y réussisse , Et que cecy vous divertisse !
Lors que de vous j'ûs pris congé, Ayant l'esprit trés-aflieé
ij De voir qu'avec tant de rudesse On faizoït partir Vôtre Altesse , Je revois sur cette rigueur, Dont j'enrageois de tout mon cœur, Et , m'en allant chagrin et triste ,
*> Je fis rencontre, à l'improviste, De madame de Flavacourt , Que je fis retourner tout court , Trés-inquiéte et trés-dolente Que sa voiture un peu trop lente
aj Uût fait si mal-heureuzement Vous manquer d'un petit moment.
Certes , son ennuy fut extresme , Et son teint en devint tout blesme ; Un cathére malicieux
?o Dedans le cristal de ses yeux Faizoh une humide cascade Qui la rendoit toute malade.
Mais sçachez cjue cette douleur L'aflieeoit moins aue le mal-heur
jj De s'être si matin levée Et ne vous avoir pas trouvée.
~ Le parlement s'est assemblé Pour r affaire du sieur Foullé, Afin qu'elle fut mieux instruite , 4* Trois ou quatre matins de suite.
On croyoit que cet intendant Devoit passer par le pendant, Pour châtier ses insolences, Vols, cruautez et violences;
4j Mais, la choze allant en longueur, On espère moins de rigueur, Qu'au lieu de gibet ou de corde, On luy fera mizéricorde , Et que ceux qu'il a ruinez
so N'auront, enfin, qu'un pié de nez.
Bordeaux tient toujours en balance La fortune de PEminence ; Et le cas est encor douteux Sçavoir qui crèvera des deux.
s $ Le maire et jurats de la ville , Nonobstant la guerre civille, S'en alloientj en fort bel aroy, Viziter la Reme et le Roy, Qui sont maintenant à Lîbourne.
éo Mais le peuple leur dit : « Retourne », Et jura, dés le premier pas :
« Cape-de-Iou! vous n'irez pas. »
Si bien que la tourbe inciville Empêcha ces messieurs de ville
6$ D'aller faire leurs complimens.
O les infâmes garnemens!
Par mer, dit-on, et non parterre, Il leur vient secours d'Angleterre, Et au'à son imitation 70 La pordeloize nation
Maintenant bien et beau se pique De s'ériger en république.
Le seigneur comte du Daugnon Fait aussi le bon compagnon , 7$ Et ne veut point quiter Broûage Pour aller montrer son vizage A messeigneurs les courtizans , Dont ils sont très-fort déplaizans.
Aoust 1650. — Livre I. Lettre XIV.
Un exempt, assisté de troupes, *> S'en va faire tout plein de coupes Dans maint bois , tant taillis que haut, Du duc de la Rochefoucaut, Que la cour à toute heure apelle Ingrat, dézerteur et rebelle, $5 Et pour ces sortes de raizons On luy va razer deux maizons.
Je n'ay qu'avec regret écrite Cette circonstance susdite.
Enlalizant, un déplaizir 90 Vous viendra sans doute saizir : Vous êtes bonne et pitoyable, Et vôtre cœur incomparable Est trop noble et trop généreux Pour ne pas plaindre un mal-heureux.
9f Aujourd'huy, quantité de monde , Tant gens de bien que gens de fronde, Dans le Palais se sont rendus, Non pas pour juger des pendus, Mais pour cas de grande importance,
100 Qm regardent la pauvre France.
Je croy qu'on vous informera De tout ce qui s'y passera; Je n'en sçaurois îcy rien mettre , Car je m'en vais fermer la lettre.
wj Le maréchal duc de Schonberg, Dont le nom rime à Scanderberg, Dresse à Nanteûil son équipage A dessein de faire voyage Dans son gouvernement de Mets ,
no Où je vous jure et vous promets Que pour débrouiller mainte afaire Sa prézence est très-nécessaire ; Or, ayant de luy pension, Je serois sans affection
Si , paravant qu'il s'y retire, Je n'allois à Nanteûu luy dire Ce compliment qui n'est pas laid :
«Adieu, je suis vôtre vaiet. »
Que, donc, Vôtre Altesse permette
tso Un peu de trêve à la Gazette :
Je vais aux champs un petit tour, Et, quand je seray de retour, Ma Muze , avec zélé et courage, Remetra la main à l'ouvrage.
?îf Je ne porteray pas en vain Le tiltre de vôtre escrivain; Et si Dieu , tout- bon et tout juste , Les afaires si bien ajuste Qu'il arive du' changement %
ijo Par quelque grand événement, Et qu'en ce changement je voye Ouelque sujet, pour vous, de joye , J'en feray la narration Avec tant d'exultation ,
1 h Que j'obligeray Vôtre Altesse A dire avec quelque allégresse :
« Par ma foy, ce petit auteur Est tout-à-fait mon serviteur. »
Fait le sixième jour, tout juste , 140 Du mois nommé au nom d'Auguste.
LETTRE QUATORZIÈME
Du [jeudi] 18 Aoust.