DÉCLARÉE
Princesse pour qui nôtre plume, Durant le beau feu qui m'alume, Fait toujours quelques vers nouveaux , Aprouvez de maints bons cerveaux,
s Aucuns, pourtant, qui mes vers lizent Par-cy, par-là, se formalizent Lors que j'v parle en quelque lieu Du Roy, de l'Estat et de Dieu; Ils allèguent que le burlesque ,
10 Comme étant un stile crotesque, Ne doit point avoir pour objets De grands et suprêmes sujets ; Dizent que je suis téméraire, Et qu'au moins je me devrois taire
1 $ De Dieu , de l'Estat et du Roy, Qui sont trop hauts sujets pour moy ;
Bref, que trop souvent je me pique
De morale et de politique.
Je répons à ces sufizans 20 Que depuis sept mens et trois ans
J'av toujours écrit de la sorte.
Si Sien ou mal, je m'en raporte;
Mais jusaulcy nj potentat,
Ny crana, ny ministre d'Etat, 2> Ny oirecteur de conscience,
Ne m'ont point impozé silence.
Touchant le Roy, qui m'est si cher,
On ne me peut rien reprocher;
Etant François, et des plus fermes, $0 Je n'écris de luy qu'en bons termes :
Je ne luy suis donc point suspect.
De Dieu, j'en parle svec respect;
Novembre 165 j. —Livre IV. Lettre XLII.
Et pour l'Etat , toujours mon zéie
A paru constant et fidette.
is Et sçachent lesdhs mal-contens
Qu'écrivant les chozes du temps,
Tout événement historique
Doit avoir place en ma Chronique,
Pourvu que ce soit bonnement; 40 Et , mesmes , tout prézenteraent
Une miraculeuze histoire
Va sortir de mon êcritwre.
L'aimable rf belle Rotelift,
§ui , par un sort assez malin , ôyoït sa personne angélique Depuis dix ans paralitique , Sans s'aider de pies ny de mains, Dans la noble ville de Reims, Ayant vu aue les médecines, jo Essences , baumes, ny racines , N'avoient pour guérir sa langueur Ny propriété ny vigueur, Mit en la divine assistance Toute sa meilleure espérance , 5 s Et fit (m'a dit certain amy) Une neuvaine à Saint-Remy, Laquelle étant parachevée , Cette pucelle s'est trouvée (Grâce à la divine bonté) *> En beUe et parfaite santé.
Ce trait de la faveur céleste, Si propice et si manifeste, Par un charme vraymant vainqueur A tellement gaigné son cœur, es Que cette fille de naissance , Pour montrer sa reconnoissance , A voulu dans un sacré lieu Sacrifier ses jours à Dieu.
Si de ce lieu Ton veut s'enquerre , 70 C'est dans le convent de Saint-Pierre, Beau domicile de nonains En ladite ville de Reims.
Cette avanture est assez belle , Mais elle n'est pas fort nouvelle, 75 Car je viens de voir unlrillet Qui dit que ce fut en juillet.
L'illustre monsieur de Porchères, Dont les muzes forent si chères A tous les esprits bien tournez 80 Qui pour les sciences sont nez , Quoy qu'il fût un homme aussi rare Qu'êtoit jadis monsieur Pindare, La Mort, toutefois, le férut, Le jour que Renaudot mourut ,
85 Et vid sa dernière journée En l'octante-et-douriéme année.
C'êtoit un génie excellent , Et jadis son plus beau talent, Admiré des âmes choizies,
90 Paroissoit dans ses poésies, Qui les cœurs des reines et rois Ont charmé quantité de fois, La Cour leur servant de téatre Dés le régne de Henry quatre ;
95 Et, comme son esprit fécond Fut grand , illuminé , profond , Il eut une honorable place, Par l'aveu de tout le Parnasse Et de pluzieurs doctes vivans,
100 Dans cette troupe de sçavans (Des plus beaux arts la noble amie) Qu'on apelle l'Académie ; D'icelle il fut fort révéré ; Mesme on dit qu'elle l'a pleuré ,
105 Quand on le mit en sépulture, Du moins autant que feu Voiture.
Quelqu'un m'a mandé de la Cour Que, le Roy chassant l'autre-jour Et galopant à toute bride
no Sur un cheval prompt et rapide , Ledit cheval heureuzement, Et de son propre mouvenjent, Recula deux pas en ariére Sur le fin bord d'une cariére ,
1 1 $ JOÙ , s'il ne se fût arête , C'êtoit fait de Sa Majesté.
Dieux immortels! si ce Monarque Eust en ce lieu trouvé la Parque , Quelle eût été notre douleur
tu Pour un si sensible mal-heur!
Mais de tomber il «'avoit garde, Deux anges veillent à la garde De ce jeune Roy trés-chrétien :
L'ange de l'Estat et le sien.
1 as Un certain bruit , cette semaine, A bien couru la prétantaine, Que quelques soldats de Condé Avoient très-fort incommodé Un convoy de poudre et de mèche,
no Et de boulets à faire brèche » Aux murs de Sainte-Menehout.
Ce bruit s'est épandu par tout ; Mais, touchant le susdit dommage, Ou (si l'on veut) ledit pillage,
m $ J'ai sceu d'un homme de crédit
Qu'il n'est pas si grand comme on dit.
428 La Muzb historique. — Novembre 1653
Tek bruits sont souvent ridicules.
On a pris des chevaux et mules, Mais on m'a depuis assuré 140 Que tout est presque réparé.
On parle encor d'une tuerie Qu'on a faite avenue furie Des gens de monsieur Castelnaud , Où l'on dit qu'il faizoit bien chaud ,
mi Et mesme où soixante-et-dix Suisses Perdirent vie, ou bras, ou cuisses.
Si des Espagnols ou Flamans, Des Lorains ou des Allemans, Des Irlandois ou gens de Liège,
1 50 Ont aux nôtres dressé ce piège , C'est la guerre qui fait cela, Il faut souvent passer par-là ; Mais si gens de Françoize race Nous ont cauzé cette disgrâce,
1 $ $ Il n'est point de cœurs généreux Qui ne doivent pester contr'eux.
Nonobstant les susdites pertes Qu'on dit que nous avons soufertes, Je métrois le tout jjour le tout
160 Qu'on prendroit Sainte-Menehout.
Mais Condé , ce dit-on , menace De donner secours à la place , Ou bien d'y brûler son pourpoint; En ce cas, je n'en répons point.
iéj Tant qu'à la puissance d'Espagne, Soit en Flandres, soit en Champagne, Ce prince prêtera son bras Pour tâcher de nous métré à bas , Sa vaillance et ses beaux faits d'armes
170 N'auront pour mon cœur aucuns char- Mais quand , par un sace retour [mes.
(Qui , je croy, sera quelque jour), Je verray ce héros paraître Prés le trône du Roy son maître,
175 Comme autrefois, doux et soumis, Je seray bien de ses amis.
Je viens tout-à-l'heure d'aprandre Un dézavantageux esclandre Qui cauza la frayeur par-tout
180 Dans l'enclos de Sainte-Menehout:
Un feu bruyant comme La foudre A brûlé si soudain leur poudre Que ceux des logemens voizins, Voyans sortir des magazins
iSj Une Marne en l'air furibonde, Pensoient être à la fin du monde.
Cet accident prompt et fatal N'a pas fort réjoûy Montai
(Qui d'un œil seul les objets lorgne, 90 D'autant que de l'autre il est borgne). Ce cas l'a tout-à-fait transy , Et le marquis de Faurs aussy .
11 faut qu'encore icy j'ajuste Que vendredy dernier, tout juste,
19s Les comédiens de l'Hôtel Récitèrent un poème tel Que, sans mentir, la renommée En est par tout Paris semée ; Il contenta tout à la fois
200 Le courtizan et le bourgeois; La Comtesse de Barcelonne Est le titre que l'on luy donne.
Ma personne illec point n'alla , Car j'êtois au lit ce jour-là ;
20s Mais pluzieurs gens âmes oreilles En ont conté tant de merveilles Qu'à propos , ou non à propos, J'en ay voulu dire deux mots.
Ses scènes semblèrent fort belles
2io Tant aux messieurs qu'aux demoizelb; Chacun en fut admirateur; Et Bois-Robert en est l'autheur.
Pour nouvelles de Normandie, Il faut qu'en cet endroit je die
215 Qu'un gros Normand, nommé Robert, M'a dit que, le jour Saint-Hubert, Monsieur le duc de Longuevilk, Dans Vernon la plaizante ville La feste du saint célébra,
220 Et qu'au lieu susdit on nombra Tant de diverses sortes d'hommes , La plus-part grands mangeurs de poa- Tant de piqueurs, tant de veneurs, [mes, Tant de grands et petits seigneurs ,
22$ Que le nombre, cnoze certaine, Excédoit du moins la centaine. Illec on fit un grand repas , Auquel ne s'espargnérent pas Quantité de ces petits nobles,
2)o Qui j ne possédans nuls vignobles, Ne font jamais dans leurs maizons Qu'avec du cidre des raizons.
Ils vuidérent mainte bouteille, Et , de cette liqueur vermeille,
2? * La santé burent à longs trais De celuy qui faizoit les frais , Assavoir vôtre illustre père, Qui d'une magnifique chère Splendidement les régala.
240 Princesse, je finis par-là,
Novembre i6$j. — Livre ïV. Lettre XLIII.
Et de bon cœur le bonjour donne A vôtre excellente personne.
Fait trois jours avant, justement, L'ouverture du Parlement.
LETTRE QUARANTE-TROIZIÉME
Du [samedi] i j Novembre.