ENTIÈRE
Trés-dignb et trés-noble Marie , Qui maintenant êtes guérie De ce catére ou fluxion Qui. par une prézomption $ Auaadeuze et sans-pareille , Ozoit tomber sur vôtre oreille, Et qui vous a , durant maint jour, Empêché d'aller à la Cour, Aujourd'huy, vous sçachant plus saine, 10 Mon esprit en est moins en peine.
Et sur ce sujet, bonnement, Vous fait icy son compliment, Lequel servira de préface Aux vers qu'il fout que je vous fosse.
t $ Le preux maréchal d'Hoquincourt A Gironne demeura court , Et son grand cœur, en cet encombre, Fut contraint de céder au nombre; Mais la Cour aprit, dés luhdy,
ao Qu'en un combat brave et bardy Ils'est acjuis beaucoup de gloire Par une importante victoire , Où son courage et son bon-heur L'ont tout-à-feit comblé d'honneur.
2 s Premièrement, il mit dans Roze Vivre, gens, et toute autre choze Qui pou voient, durant la saizon, Donner cœur à la garnizon ; Puis, en faizant la caracole,
50 Ataqua l'armée Espagnole Jusques dans ses retranchemens (Dieu-me-damne si je vous mens).
Le marquis du Plessis-Béliére, Si fameux sur cette frontière,
3$ Fit ce jour-là de si beaux faits, Que son nom ne mourra jamais.
Les Espagnols , à ce qu'on conte, Surpassoient nos gens , de bon compte, De plus de mille , à ce qu'on dit ,
40 Et toutefois il les bâtit ,
Mais les bath de telle sorte, Qu'en leur rompant mainte cohorte, lien mit quatre cens à bas, Qui ne s'en relevèrent pas;
4$ Et dans cette grande déroute (Véritable , et dont nul n'en doote) On fit seize cens prizoïmiers, Y compris trois cens oficiers , Laissans maints vieux drapeaux par
(o Et tout leur canon et bagage, [gage.
On dit aue nôtre Cardinal, Par un règlement général, Va loger par cens et oar milles Les gens de guerre dans les villes,
n Et aue là leur solde ou payement Ne leur doit manquer nulement; Si bien que, vivans sur leurs bourses Et ne faizans ny vols ny courses, Les villageois seront exampts
60 D'avoir ces. hôtes mal-plaizans, Ausquels, dedans leurs domiciles, On prêtera des ustendles; Mais pour du vin vieil on nouveau, Pour du mouton, du bœuf, duveaa,
6$ Pour de la soupe et du potage, Pour pain, œufs-frais, beure et fromage, Et pour bois à faire du feu, Us n'en auront ny point ny peu (La choze en est toute assurée)
7? Qu'en bien payant chaque denrée; Enfin, ce grand homme susdit Travaille fort , à ce qu'on dit , Pour établir cette police.
S'il fait cela , Dieu le bénisse !
75 Selon le plus commun raport Qui vienne du côté du Nord , Crommuël, le grand politique, Tyran du climat Britanique, Et vray chevalier, fin-matois,
Décembre i6jj. — Livre
80 Entretient les sieurs Holandois De certaine douce espérance
Sj'ils feront ensemble alliance ; m entre les judicieux Qui connoissent ce factieux
8j Je n'en voy point qui ne pressente Que cette douceur aparente ( Comme il sçait bien l'art de duper) N'est que pour mieux les atraper.
Achevant, pourtant, cette ligne,
90 Un Alemand d'humeur bénigne (Pour le moins, il me parait tel) Me vizitant dans nôtre hôtel, M'a dit, de certaine science, Qu'en leur dernière conférence
9$ Crommûel et leurs députez, S'êtans brouillez et dépitez, Avoient entr'eux , vaille-que-vaille , Rompu tout nétement la paille.
i Monsieur le prince de Condé ,
t 100 En raizons se aizant fondé, i Et monsieur le duc de Loraine
Ont l'un pour l'autre grande haine , j Non par intérêt seulement , , Mais mesme héréditairement ; t 105 Et quoy qu'ils soient d'un party mesme
Cette haine est, dit-on, extresme.
Monsieur le Prince se plaint fort ,
Dizant que le Lorain a tort , ' Et que, si son armée entière , 1 10 Eût passé certaine rivière ,
Les troupes du party royal
N'ûssent pas fait bouquer Montai.
Le duc Charles dit au contraire
Qu'il entend fort bien son afaire, 1 1 j Que c'est pour des cas plus urgens
Qu'il dézire employer ses gens,
Qu'il est armé pour sa province ,
Et non pour servir ledit prince ,
Qu'enfin , il est un vieux routier, do Et qu'il sçait par cœur son métier.
Pour complaire à la ialouzie
Dont tous-deux ont rame saizie ,
Et pour faire l'autre enrager,
L'un de party devroit changer, i2$ Et se donner au Roy de France ,
Ou par devoir, ou par vangeance ;
S'il vouloh suivre mon conseil,
Je ne sçache rien de pareil
Pour irriter son aversaire.
t jo Cela , ma foy, se devroit faire ;
Car on verra qu'avec le temps,
Si ces illustres mal-contens