IV. Lettre XLVIII
Ne soumettent leur grand courage Par une prévoyance sage , 1 j j Par les sentimens de l'honneur, Ou bien pour leur propre bon-heur (Qui doit être une douce amorce) , Ilsle feront un jour par force.
Le Roy s'en alla mercredy,
140 Pour jusqu'au lendemain jeudy, Chasser à Saint-Germain-en-Laye.
Là, dit-on, une grande laye, Autrement sanglier furibond , Faizant dans la forest maint bond,
14$ Fait apréhender sa rencontre
Pour les afreuzes dents qu'il montre.
Si c'est luy qu'on ait entrepris, Je croy qu'on l'aura bien-tôt pris, [mes, Car, vray comme chrestiens nous som-
150 Soit bestes, soit villes, soit hommes, Quand le Roy les entreprendra, Je jurerais qu'il les prendra, [lièvres, Des loups, des cens, des daims, des Qui sont des animaux bien mièvres,
1 j s Sont maintenant par luy chassez , Les uns pris, les autres blessez, Non sans vigueur et sans adresse ; Mais bien-tôt par sa hardiesse , Qu'on craint déjà de toutes parts,
160 Les lions et les léopards,
S'ils abandonnent leurs tanières, Sentiront ses forces guerrières.
Jeudy, donc , il revint icy, Et son premier ministre aussy,
16$ Car cet éminent personnage Etoit aussy dudit voyage.
Nul de la mort n'étant exempt, Le quinzième du mois prézent Le nls de monsieur de Gamaches,
170 Qui n'avoit ny défaux , ny taches, Mais dont le corps blanc et poly Enfermoit un esprit joly, Parvint à son heure dernière Qui le priva de la lumière.
17$ Q}?oy qu'il n'ûtque neuf ans encor, C'ètoit un précieux trézor Des dons au Ciel et de Nature , Et jamais jeune créature N'ût tant d'apas et d'ornemens ,
180 Ny tant de principes charmans ; De quoy qu'on le voulût instruire Pour à la vertu le conduire, Son admirable entendement Comprenoh tout facilement.
On luy voyoit sur le vizage Un air si beau, si doux, si sage, Qu'aucun ne pouvoit s'emDêcher, (Eût-il une ame de rocher) D'avoir pour son aimable enfance Une sensible bienveillance.
Il mourut comme un petit saint, Et, quand Atropos eût êtaint Cet astre si remply de charmes, Tout Paris en versa des larmes, Et c'est mesmes la vérité Qu'au Louvre il fut trés-regrété.
La douleur de sa triste mère, Qui , sans doute, est autant amére Qu'aucune autre dont la rigueur soo Ait de long-temps surpris un cœur, Du commencement êtoit telle
Su'on la jugea presque mortelle ; ais sa constance et sa vertu
Ont depuis si bien combatu *o; Cette douleur insuportable
Qu'elle est un peu plus consolable.
O Dame, dont l'affiction
Est digne de compassion,
Vous êtes trop prude et trop sage no fcrar le regréter davantage ;
Comme à prézent ce cher enfant
Est auprès de Dieu trionfant,
Vous sembleriez porter envie
A l'auguste et brillante vie
-Décembre 1653.
Pleine d'éternelles douceurs Dont ses pareils sont possesseurs.
Dans le monde, où la Mort nous guette, Aux maux son ameètoit sujette, Or tous ses maux sont révolus ; Il soufroit, il ne soufre plus ; Dans une céleste bonace Il contemple Dieu face à face ; Il bénit son heureux trépas, Qui luy fait goûter tant d'apas; Et, pour à vôtre inquiétude Peindre mieux la béatitude Dont il jouit en ce saint-lieu , Il est luy-mesme un petit Dieu : Madame, que cette parole Vous réjouisse et vous console.
Princesse , d'assez bonne part J'av sceu que vous avez pris pat A la douleur qui cette dame Outrage jusqu'au fond de Pâme, Et que son ennuy continu Jusqu'à vous êtoit parvenu; C'est ce qui m'oblige de croire Que ces vers, vouez à la gloire De ce fils aimé tendrement, Auront pour vous quelque agrément.
Fait la veille de Saint-Thomas, Temps de dégel et de frimas.
LETTRE QUARANTE-NEUVIÈME
Du [samedi] 27 Décembre.