SUPERBE
Le vendredy, quand je m'éveille , J'ay soudain la puce à l'oreille ; J'ay beau rêver et reculer, Je suis contraint de travailler.
; Avant que commancer, j'implore Ou PolVmnie ou Terpsicore, Ou quelque autre de ces neuf Sœurs Qui nous font part de leurs douceurs.
Ces mignonnes me font écrire
10 De temps en temps des mots pour rire, Où mon petit entendement AgH tellement quellement.
Ouand j'écris quelque bonne histoire, J'en sors quelquefois avec gloire.
: s Mes vers ne sonnent point trop mal Dans le domicile royal ; Le Roy, la Reine et l'Eminence Leur donnent car fois audience.
Monsieur, qui leur fait bon accueil ,
30 En veut mesmes faire un recueil ; Mais, A Princesse! quelles peines D'en faire toutes les semaines!
Un sinistre accident, dit-on, Est arivé prés Charanton :
2$ Car, par un malheur sans exemple, Dimanche, au retour de leur temple, Pluzieurs prétendus réformez Furent tout soudain abîmez Au plus profond de la rivière.
?o Heureux qui demeura derrière Et ne pût entrer au bateau , Qui sucomba sojiz le fardeau, Portant des gens soixante-et-treize, Dont il ne s'en sauva que seize,
n Lesquels, à force de nager, Bravèrent ce mortel danger!
Illec périt, dont c'est dommage , Maint aimable et charmant vizage, Sur tout une jeune Philis
40 Dont le corps, plus blanc que les lis,
(Pour assouvir leurs mains avares), Fut dépouillé par des barbares A qui le hazard fit pécher Ce beau corps, autrefois si cher,
4$ Que les psalmes (ne vous déplaize) De mahre Marot et de Béze, Ny tout ce qu'elle avoit d'apas , N'exemptèrent point du trépas.
Deux jeunes seigneurs de Gascogne ,
jo Qui n'avoient ny galle ny rogne, Qu'on nommoit les sieurs Pardaillans , Dfecendus d'ancestres vaillans , Par l'inclémence de leur astre , Eurent aussy part au dézastre ,
s $ Dont aura grand deuil leur papa ; Mais leur gouverneur échapa.
Il faut encoç qu'icy j'arange Une avanture assez étrange.
Six valets, tant vieux aue nouveaux,
60 Du sieur marquis de Villarsceaux, Couchez dans une chambre neuve, Firent depuis six jours épreuve Que d'uzer du feu de charbon N'est quelquefois ny beau ny bon.
* s Pour se chaufer donc à leur aize A la chaleur d'un feu de braize, Par un destin pour eux maudit, Ils prirent du charbon susdit, Qu'en un poésie ils allumèrent.
70 Etans bien chauds, ils se couchèrent Tous six sur deux grands matelas, D'autant qu'ils étoient un peu las ; Mais, par un accident insigne Que cauza la vapeur maligne ,
75 On les trouva, le lendemain, Ne remûans ny pied ny main.
Ils avoient pis que la migraine , Ils ne respîroient plus qu'à peine; Enfin , tant de soin on en pnt
8e Qu'on leur fit revenir l'esprit
Arec liqueurs, bouillons et sausses; Mais un d'eux y laissa ses chausses, C'est-à-dire qu'il en mourut.
Un chien pareil sort encourut, $; Et, de plus, l'histoire raporte Qu'une guenon mesme en est morte.
Le Roy fut solennellement, Lundy matin, au Parlement, Où les huit chambres s'assemblèrent, 90 Et dans la Grande se trouvèrent. Là monseigneur le Prince, absent, Ne fut pas traité d'innocent; Mais, selon l'antique manière, Ordonné que sur la frontière
9) On depècheroit un héraut, Lequel, en criant assez haut, L'ajourneroit à comparaître Aux pies du trône de son maître, Pour répondre sur pluzieurs cas
loo (Soit par luy, soit par advocats), touchant la forfaiture sienne ; Mais on ne croid pas qu'il y vienne.
Je ne puis plus parler de luy Qu'avec un douloureux ennuy.
105 Ceux qui son party fawrizent Bien moins que moy du bien en dizent.
Us aiment la rébellion De ce courage de lion Par ce qu'ils voudraient voir la France
1 10 Dans une éternelle soufrance, Pour profiter de ses mal-heurs, Qui nous ont coûté tant de pleurs ; Mais, pour sa personne excellente, Elle leur est indiférente,
u$ Et :ne seraient plus ses amis S'il étoit paizible et soumis.
Pour moy, j'agis tout au contraire:
Sa personne illustre m'est chère , J'aime son magnanime cœur,
tao Des Espagnols jadis vainqueur; Son bel esprit , sens et mémoire ; Bref, ses vertus dignes de gloire, Et sa seule dézertion A part en mon aversion.
! 2 j Le bruit court que monsieur deGuize, Dont la gloire le cœur aiguize , Et lequel, pour être vaillant, Poly, généreux et galant, Et pourvu d'une ame très-belle ,
i;o N'en voit presque aucun qui l'excellé, Doit encor, sous l'aveu des lis, Revoir la nymphe Napolis,
IJO
— Janvier 1654.
Qu'en bon françois Naples l'on nomme, Digne des soins d'un si grand homme Par sa richesse et sa beauté, Splendeur, noblesse et majesté.
Pour un dessein si haut , si rare, On dit raesmement qu'il prépare Un équipage, un armement, Lequel luy coûte extrêmement, Et que, pour gagner cette belle, A ses autre? amans rebelle , Ledit prince s'en va dans peu Vendre sa bonne comté d'Eu, Qui vaut en titre d'héritage Deux millions et davantage , Et de cet argent il aura Armes , chevaux, et aura.
Le gouverneur de la Bassée Avoit conceu dans sa pensée Un assez important dessein, Qu'il méditoit de longue-main, Sur la ville de Lile en Flandre, Qu'assurément il pouvoit prendre; Et, pour en venir à l'éfet, Un corps d'armée il avoit fut; Mais une lettre interceptée A l'afaire toute gâtée.
L'autre-jour, auprès du tizon, Je lus , en certaine maizon , Dans une lettre ou manifeste, Que l'on avoit pris Dureteste , Un des Ormistes de Bordeaux Des plus mutins et des plus chauds, Vers les royaux inexorable, Et qui frondoit comme un beau diable.
Comme il a failly par excez, On luy va foire son procez, Et, par un arét ou sentence , L'on croid icy que la potence Punira ses faits vergoeneux.
Bel exemple pour les hargneux!
On m'a dit que nôtre Saint-Pére, Tenant à honte et vitupère Que, comme barbares ou fols, Les François et les Espagnols, Par des discordes peraurables, Rendoient les peuples mizéraMes, Dézire de belle; hauteur De la paix être entremetteur, Choze qui n'est pas trop facile.
Nôtre nation est docile, Et nos Rois droituriers et bons
Janvier 1654. — Li
(Qui sont à prézent les Bourbons) îs; Ne souhaitent rien davantage Que de conserver l'héritage Que leurs pères ont possédé, Ayans à leurs droits succédé; Mais l'Espagne n'est pas de mesme
190 Son ambition est extresme, Et voudrait à tors et travers S'emparer de tout Puni vers; Son conseil éternel aspire
Dés long-temps au total empire.
191 Ils voudraient voir dessous leurs lois Tomber le sceptre des Gaulois;
Ils voudraient avoir l'Italie,
Terre si belle et si jolie;
Les régions des Ottomans, 200 Le grand terroir des Allemans,
Les sept Etats de la Holande,
L'Angleterre, Escosse et l'Irlande,
Le pais du Colin-tampon ,
La Moscovie et le Japon, aos La Pologne et la Tartane ,
vre V. Lettre V. 459
Sans oublier la Barbarie ,
Le patrimoine de Saint-Marc,
La Suéde et le Dannemarc,
La Capadoce et la Lvbie .
a 10 Les trois royaumes crArabie,
Bref, les pais du Grand Mogor;
Mais ils ne les ont pas encor.
La monarchie universelle,
Qu'ils se sont mize en la cervelle ai j Aux dépens de toutes les cours ,
Ne se verra pas de nos jours.
Princesse en bontez sans seconde, J'ay presque fait le tour du monde, Comme un Pacolet ou Maugis, 230 Sans sortir pourtant du logis.
En atendant quelque autre choze, Il faut donc que je me repoze.
Cet ouvrage au jour est sorty La veille Saint-Paul converty.
LETTRE CINQUIÈME
Du [samedi] 31 Janvier.