‹ La muze historique;Chapitre 194 sur 221 · INCONCEVABLE · texte numérisé non relu

INCONCEVABLE

Princesse, aujourd'hui la Muzette Ne remplira point la Gazette, Depuis un bout à l'autre bout, De ces bruits qui courent par-tout.

5 Dispensez-m'en cette semaine; Je m'en vais ocuper ma veine Sur le grand divertissement Que la Cour eut dernièrement , 05 Vôtre Altesse ètoit prézente,

10 Qui, ce croy-je, en fut fort contente. Quoy que j'écrive bien ou mal, Compozant ce rare journal , Les matières en sont si belles Que cela vaudra des nouvelles.

t ( Mardy , pour la première fois , Louis, la merveille des Rois , La gloire et l'honneur de la France, Dansa son balet d'importance Avec un si haut apareil

*> Qu'il n'en fut jamais de pareil.

Le sujet ètoit , ce me semble, Comédie et balet ensemble, Dont est auteur le sieur Bouty, De Rome expressément party,

s; Pour, dans une splendeur extrême, Charmer la Cour ae ce beau poème , Qui fut avec grand agrément Récité muzicalement.

Ladite pièce est apellée

io Nopces deThétis et Pelée, Où se trouvèrent tous les dieux, Tant les jouvenceaux que les vieux, Excepté l'infâme Discorde, Déesse de sac et de corde*

95 Que nôtre jeune potentat A fait driller de son Etat.

Anne, cette Reine admirable, Fut à mes yeux si favorable Que , par son ordre et par ses soifis ,

40 Je fus un des heureux témoins De la diversité féconde

Du plusbeau spectacle du monde.

Charaut , noble et brave seigneur, Et tout-à-fait homme d'honneur,

4 s Me plaça prés trois demoizelles , Non seulement blanches et belles, Mais pleines (très-certainement) De lumière et d'entendement.

Quelqu'un m'aporta dequoy vivre , Bontemps me fit prézent d'un livre, De la bougie on me donna ; Personne ne m'importuna; Bref, Lavenage et Méneville , D'une façon toute civile ,

$ $ Et deux ou trois exempts du Roy, Eurent beaucoup de soin de moy.

Certes, si j'étois un peu sage , Mon rampant et foible langage Ne parieroit aucunement

60 Du plus médiocre ornement, Ny de la moindre des merveilles Pour les yeux ou pour les oreilles Qui , durant quatre heures de temps, Cfiarmérent tous les assistans :

6j Cette ample matière est trop vaste ; Mais, dût-on m'acuzerde faste, Et d'agir témérairement , Dizons-en deux mots seulement , Carde tout marquer et tout dire,

70 Quand ce serait pour un empire, Je ne le pourois pas , ma-fby , Ny mesme un plus hupé que moy.

Jamais d'un plus pompeux téatre L'oeil humain ne fut idolâtre ,

7j Jamais aspects délicieux

N'enchantèrent si bien les yeux , Et jamais monseigneur Protèe, Dont la fable est par-tout chantée , Ne fit voir en peu de momens

80 Tant de merveilleux changemens ; Jamais perspectives si belles Ne surprirent tant nos prunelles , Et jamais aux siècles passez

La Muzb HiSTORiqyt. — Avril 1654*

Les Urgandes, ny les Circez,

ti Les Merlins, ny les Zoroastres , Qui sçavoient par-coeur tous les astres, Les Armides, ny les Maugis, Ne firent de si beaux logis, Que Torel , maître machiniste,

90 En fit paraître à Pimproviste ; Jamais dans le vague des airs On n'oûit de si doux concers, Soit de luts, soit de voix humaines, Oui du moins étoient deux douzaines.

9j J'ay compté par mes propres doigts Des habits deux cens trente-trois, Tant cazaques, manteaux que vestes, Mais tous si riches et si lestes, Si brodez et si clin^uantez ,

100 Et si plaizamment inventez, Que , sans mentir , la seule France Peut étaler tant de bombance.

Le premier aspec qu'on y vit , Qui les yeux d'un chacun ravit ,

105 Fut le fameux mont de Parnasse, Où méditoient de bonne grâce , Apollon avec les neuf Sœurs , Pleines d'atraits et de douceurs.

Toutes neuf divinement belles,

no Mais non pas toutes neuf pucelles. Cet Apollon, en boime-foy, Etoit nôtre adorable Roy, Qui prézidoit avéques gloire Sur ces Filles de la Mémoire,

11$ Dont Bensserade a prissoucy, Et des Arts-Liberaux aussy (Reprézentez par d'autres belles), D'écrire en rimes immortelles Les fonctions, les dignitez,

iso Mérites, noms et quaBtez,

Et , bref, leurs grâces sans-pareilles , Où son eénie a tak merveilles, Sans oublier mesmes Junon, Déesse d'éternel renom ,

iaj Qui d'une aimable créature Emprunta l'air et la figure , La gorge , le teint et les yeux, Pour mieux briller en ces "bas-lieux.

Chacun adora son vizace ;

1 jo Mais , pour en sçavoir davantage , Je renvoyé le bénin lecteur Aux vers de ce charmant auteur ; Et moy, simple et petit poétatre, Je reviens à mon beau téatre, A ce téatre merveilleux Où tout parut miraculeux.

On y via chanter des Nayades,

On y vid danser des Dryades, Des monstres et des péroquets

140 (Mais sans jargons et sans caquets); On y vid des Dieux la demeure Si claire et brillante , ou je meure, Que , vray comme je vous le dis, On croyoït voir le paradis ;

14 j On y vid la Paix et la Guerre, L'Air, la Mer, l'Enfer et la Terre, Flûtes, trompettes et tambours, Et demy-douzaine d'Amours, Dans une rayonnante sphère,

150 Dont du Roy l'agréable frère Etoit de tous le principal, Soit pour être d'estoc royal, Soit pour verser au sein des dames Quantité de feux et de fiâmes,

in Soit pour avoir le teint mignoa, Soit pour être bon compagnon; Enfin, d'Amour le personnage Est tout-à-fait à son uzage; Mesme on void souvent à la Cour

160 Qu'il est l'amoureux et l'Amour.

Je ne sçaurois mètre en ariéie Le grand combat à la barière, Où Saint-Aignan le généreux, Qui de ce temps est un des preux

té* (Et dont souvent ma poëzie Reçoh honneur et courtoisie), Etoit le glorieux tenant.

Hà ! qu'a me faudrait mamtenanî Un stue martial et grave

170 Pour décrire un combat si brave!

Les juges du camp des hérauts, La fierté des dpux généraux, Leur noble ardeur pour la victoire, Reprézentoient à ma mémoire

175 Les combats que faizoîent jadis Les bons chevaliers Amadis.

Illec , imitans leurs vaillances , On rompit plus de trente lances, Cent coups d'épée on y donna,

1S0 L'air d'alentour en rézonna ; Il sortit des armes hiizantes Mille étincelles flamboyantes; - Le choc faizoit un bruyant son Les tambours, pata, pata-pon,

4f Les clairons, fanfare, fanfare, Les trompettes, taran-tarare, Et les flûtes , tur-lu-tu-tu ; Puis, quand on eut bien combato, Toute cette troupe guerrière

190 Disparut avec la barière, Laissans de leurs actes et faits

D'y voir l'agréable Silvie, Et l'adorable Amarillis

Avril 1^54. — Livre V

Les spectateurs fort satisfaits.

Quelque temps après , huit fillettes,

Avec tambours et castagnettes , 195 De leur danse, digne des dieux,

Charmèrent le cœur et les yeux.

Jamais sarabande nouvelle

Ne fut si galante et si belle

Que celle que dansèrent lors *oo Ces très-jeunes et petits corps.

Encor que les deux plus aînées

N'ûssent pas dix ou douze années,

Chacun remarqua tant d'apas

En leurs beaux jolis petits pas , *>i Que plus de cent trente personnes

Aimèrent d'amour ces mignonnes ,

Et j'oûis dire , en vérité ,

A quehme homme de qualité: [brune,

« Diable-m'emport' , soit blonde ou no Je veux en épouzer quelqu'une,

Ou, du moins, je veux l'enlever,

Quoy qu'il en puisse m'ariver. »

Enfin , on trouva si gentilles

Ces aimables petites filles ,

Qu'au jugement de maint poly

Rien ne fut jamais si joly.

Pour voir ce balet admirable,

La sale , encor qu'assez capable ,

Haut et bas, et de bout-en-bout,

Etoit pleine de gens par-tout.

J'avois extrêmement envie

Avec ses rozes et ses lis,

a»s Mais surtout Schonberg mon cher mal- A qui je fais vanité d'être : [tre,

Car, comme ce charmant seigneur Possède la gloire et l'honneur D'être aimé de toute la France,

3)0 J'avois cette ferme croyance Que sans mais, nv si , ny pourvu, On l'auroit-là de ton cœur vu.

Mi

. Lettre XV. 487

Ce jour point n'y fut l'Eminence , Et je jugeay par son absence (Et n'êtois nullement trompé) Qu'il êtoit sans doute ocupé , Par 30]r-raesme ou par secrétaires , A travailler à nos afaires :

Car il fuit plaizir et repos , Quand son esprit trouve à propos D'intéresser sa vigilance Pour le commun bien de la France , Dont , sans doute , il aura l'honneur D'afermir bien-tôt le bon-heur.

Princesse, de par nôtre Muze, Je vous fais humblement excuze Si j'ay peint avec du charbon Le balet royal de Bourbon, C'est-à-dire si la peinture En est trop plate ou trop obscure.

J'ay rimé tout ce long babil Le dix-et-huitième d'avril.

Ces jours , monsieur de la Vrilliére ,

Par une faveur singulière , 15 j Obtint pour son cher fils aîné,

Jouvenceau tout-à-fait bien né,

De sa charge la survivance,

Des plus belles qui soient en France ,

Dont pluzieurs des grands d'aujourdliuy séo Se sont réjouis avec luy ;

Enfin, comme il a du mérite,

Tout le monde l'en félicite.

C'est pourquoy je hazarde icy

De l'en féliciter aussy .

La Muzk historiqjik. — Avril 1654.

LETTRE SEIZIÈME

«Du [samedi] 25 Avril.

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