‹ La muze historique;Chapitre 2 sur 221 · LORET · texte numérisé non relu

LORET

PRÉFACE DE LAUTHEUR

Bénévole lecteur ou non , sçache qu'un vain dézir d'immortalité prétendue ne m'a point fait mettre ces grifonneries en lumière ; les seules instances de mes amis , réitérées et pressantes (s'il en fat jamais), me les ont quazi comme extorquées, et m'ont obligé de les commettre à l'impression. D'ailleurs, encore que communément on appelle les Lettres suivantes des Gazettes burlesques , quelques judicieux ont, toutefois , assuré que ma manière de versifier est diférente de celle de monsieur Scaron, ce génie agréable et divertissant, et qui, certainement, mérite d'être nommé l'Apollon des François en ce genre d'écrire; c'est un admirable original que pluzieurs beaux esprits ont imité avec succez, mais dont la muze, aussi bien que la mienne, a pourtant excité d'assez mizérables copistes. Au reste, comme je ne suis pas grammairien et que j'écris avec beaucoup de précipitation et de négligence, sans doute que mes irrégularitez sont fréquentes; mais mon peu de mérite, qui n'est pas capable de susciter l'envie, me persuade qu'on n'en fera point d'observations : exercice assez commun en ce temps, et, ce me semble, assez infructueux. Il faut avouer que ceux qui s'en mêlent ont ou doivent avoir beaucoup d'esprit; mais, à parler franchement, j'ay presque toujours remarqué que la gloire des observateurs est moins brillante et moins durable que' celle des observez. J'aurois encore diverses chozes à dire concernant la lecture de cet ouvrage ; mais un des beaux esprits de ce temps a eu la bonté de me relever de cette peine dans l'avant-propos suivant, où il ne parle de moy que trop glorieuzemént. Si ta curiozité t'oblige de le voir, outre les éclaircissemens nécessaires qu'il te donnera, tu jugeras qu'il passe en esprit tout ce que je sçaurois jamais produire. Adieu , sans adieu.

Page 1