‹ La muze historique;Chapitre 3 sur 221 · PAIT PAR UN DBS AMIS DS L'AUTHBUR · texte numérisé non relu

PAIT PAR UN DBS AMIS DS L'AUTHBUR

Ceux qui se plaizent aux récits de nAtre Muze historique seront forts contens, comme je croy, de trouver en ce lieu les éloges qu'elle mérite de recevoir. Il nous est permis d'avoir de hautes pensées d'elle, puisque nous pouvons tirer son origine des chozes les plus mémorables, au moins si nous suivons tant de fables sçavantes dont les anciens ont voulu cacher ingénieuzement les plus importantes veritez. En effet, cette Renommée que le poëte Virgile décrit toute couverte d'yeux et d'oreilles, de bouches et de langues, laquelle s'élève de la terre jusques aux nuées et vole si vite partout pour faire entendre

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divers bruits, c'est infailliblement la mesme nymphe ou déesse qui preste son nom au livre que le célèbre monsieur Loret met aujourd'huy en lumière. C'est elle qui, ayant observé ce qui se fait et ce qui se dit de toutes parts, le publie après par toute la terre; elle se sert en cecy d'une infinité de voix, ou plutôt du grand nombre de ses écrits, fidelles images de la parole, lesquels sont portez en pluzieurs endroits de l'univers. Tous les hommes aprennent donc ce qui se passe loin d'eux et hors de leur prézence par le moyen de ses agréables narrations.

Le nom de Gazette, qu'on luy a donné autrefois, n'est point quité par mépris ; ce n'est que pour le laisser aux relations qui sont faites en proze , au lieu que , celles dont nous parlons étans en vers, on se doit bien imaginer qu'elles sont débitées par l'une des Muses, et mesmes par celle qui a l'intendance de l'histoire , puisqu'elle nous fournit de mémoires journaliers où toute l'histoire du temps est comprize, de sorte qu'à bon droit la dignité de Muze historique luy est attribuée. Que les lecteurs ou auditeurs ne s'imaginent pas neantmoins que celuy qui la fait parler depuis quelques années se soit employé à cela avec tout l'étude et tout l'apareil des grands maîtres, et qu'il y ait longtemps qu'il se soit donné la peine de courtizer les neuf sœurs dessus leur fameuse montagne : il confesse n'être que depuis peu de leurs disciples, et il se croid fort obligé d'être de leurs principaux favoris. Il veut bien que l'on le compare à ce berger qui, étant entré fortuitement dans le temple d'Apollon et étant passé jusqu'au sanctuaire, se trouva soudain inspiré du Dieu, et prononça des oracles aussi bien que les anciens prestres initiez aux mystères. Ainsi, celuy qui nous a préparé ce beau sujet d'entretien l'a fait, au commencement, sans y user de longues préméditations ; il n'a point passé de longues années dans les collèges et il n'a point feuilleté les livres grecs et les latins ; mais avec cela on peut remarquer que, sans autre connoissance que celle de sa langue maternelle , il a admirablement réussi à ce qu'il a entrepris. Lors qu'il prit rézolution de paraître un peu dans le monde, comme il se plaisoit naturellement à la poésie, il se mit à écrire en vers ce qui se passoit chaque semaine , et le faizoit assez heureuzement pour divertir ceux à qui cela pouvoit être communiqué. Ce n'étoit, toutefois, que pour plaire à une grande princesse et à un petit nombre de personnes de sa confidence qui méritoient que Ton eût soin de leur agréer; tellement qu'il ne se faizoit qu'ufte copie de son ouvrage, qui étoit leué devant ceux qui la vouloient écouter, ou qui passoit en diverses mains. La curiozité de quelques gens fut cauze que l'on en fit bientôt pluzieurs autres copies manuscrites ; mais , pource qu'il n'y avoit pas moyen d'en fournir à tous ceux qui en souhaitoient et qui étoient des gens de considération, et mesme parce qu'en transcrivant cecy les copistes y adjoûtoient toujours faute sur faute, il a semblé plus à propos de le commettre à l'impression , qui est une invention excellente pour produire en mesme temps pluzieurs exemplaires d'une seule pièce.

Les vers de monsieur Loret ont enfin été imprimez par chaque semaine, et il est vray que vulgairement on les a apellez dés le commencement la Gazette burlesque, à cauze qu'ils raportoient ce qui se passoit , et qu'ils le faizoient en style plaizant et agréable ; toutefois, leur auteur ne leur a jamais atribué ce nom par écrit, ou ne l'a fait que fort rarement ; il a laissé quelque temps le choix aux bons esprits du titre qu'ils voudraient donner à ses ouvrages; mais, ayant veu enfin que quelques écrivains nouveaux entreprenoient des poèmes ordinaires sous le titre de comiques et burlesques, qu'ils appeloient des gazettes et à qui chacun donnoit encor ce nom , il a voulu montrer que son intention étoit toute autre, et que sa première pensée n'avoit été que d'adresser ses écrits à mademoiselle de Longueville , princesse de haute naissance et de rare mérite , qui est aujourd'huy madame

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la duchesse de Nemours, laquelle avoit souhaité de luy cette sorte de divertissement, qui n'étoit pas encore en usage. C'est en cette considération qu'il a apellé cecy Lettres en vers, non seulement pour y donner un nom convenable , mais pour en faire distinction de ce que quelques autres auteurs compozent en forme de gazettes.

Son travail étant donc passé dans l'impression depuis quelques années, il faut avouer qu'il a eu un aplaudissement universel , et qu'il n'y a guéres d'honnestes gens qui n'ayent souhaité d'en avoir la veùe; il a mesmes esté assez heureux pour obtenir Paprobation du plus grand roy et de la plus grande reyne du monde, Leurs Majestez s'en estans assez souvent diverties; les princes et les princesses , les grands seigneurs et les dames de nostre cour, les hommes mesmes de longue robe et de profession sérieuze et studieuze, quitent leurs autres emplois pour quelques momens afin de se récréer à cecy, et y aprendre des chozes qu'ils n'ont pas veûes, ou que , s'ils en ont été les témoins et les spectateurs (comme cela raporte ordinairement les actions publiques et connues), ils prennent plaizir à voir dépeindre agréablement les ayant veûes en éfet, de mesme qu'un homme qui a contemplé autrefois un beau jardin et le cours d'une agréable rivière est fort aize après de les voir naïvement dépeints en un tableau.

Les Lettres en vers continuent de paraître toutes les semaines : il n'y a point à se rézoudre et à s'avizer ; il faut que celuy qui en a commencé le travail s'y occupe sans aucun îelàche; on demande cela de luy, on l'en prie, et, en un besoin, l'on l'y forceroit doucement; c'est pourquoy il vaut bien mieux qu'il satisfasse tant de gens d'honneur et de qualité que de leur déplaire. On attend de luy un divertissement qui ne manque point et qui est toujours nouveau , car avec quelle merveilleuze invention d'esprit cet auteur ne sçaitil pas acommoder les chozes et leur donner toujours une nouvelle face ? On void bien que les évenemens qu'il raconte sont de diverse nature et rendent ses relations assez différentes. Mais qui n'admireroit son artifice à faire toujours de nouveaux préfaces à sa princesse , depuis sept ou huit ans qu'il luy adresse son ouvrage sans discontinuation/, c'est ce qui fait estimer son travail , avec ses autres beautez particulières.

On y observe davantage qu'aucune action remarquable ne se passe à Paris et au reste de la France qu'il ne la décrive naïvement et agréablement, et, ce qui est de plus à louer, quoyque les sujets soient quelquefois assez facétieux d'eux-mesmes et semblent luy donner une certaine liberté de parler, il s'est tellement réglé que l'on n'y void point de paroles licentieuzes ny de mots à deux-entendre qui puissent offencer la pudeur des dames et des plus sévères esprits.

Il montre encore comment il s'aquite de son dessein avec utilité , le faizant servir à la gloire de pluzieurs grands hommes, en raportant leurs plus belles actions et ne manquant point à faire leurs éloges quand l'ocasion s'en présente , et , lorsque leur mort arrive , leur dressant d'honorables épitafes.

Voilà assez d'excellentes parties pour autoriser cet ouvrage et luy donner accez en tous lieux. Si les gens de la cour l'ayment, ceux de la ville y prennent autant de plaizir, parce qu'ils s'instruisent là de ce qui se fait à la cour; ceux qui ont le crédit d'avoir cecy des premiers s'en contentent eux-mesmes et en font après part aux autres jusques dans les provinces les plus esloignées : il n'y a point de postes et de messagers qui n'en soient chargez ordinairement.

Or vous aprendrez icy que cette affection que l'on tesmoighe pour les lettres courantes de nôtre autheur, qui sont imprimées tous les samedys à mesure qu'il les compose, ont donné occasion de rechercher celles qu'il a faites par le passé, lesquelles ont seulement

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été manuscrites. Pluzieurs personnes ayans la curiosité de les voir, on a jugé raisonnable de les imprimer pour les communiquer plus facilement au public.

On a commencé par ses lettres de l'année 1650, desquelles voicy un volume, qui sera suivy des autres, sous ce nom gênerai de Muze historique. Maintenant que tout cecy est ramassé en un, les lecteurs en recevront plus de satisfaction; ils verront qufe la manière de poésie de nôtre autheur est toutejiaturelle et sans affectation aucune, qu'il ne cherche point de mots ampoulez pour estonner nos oreilles, qu'il ne fait point de digressions inutiles, et qu'il suit son sujet agréablement et naïvement, de sorte qu'il doit estre préféré avec raizon à ceux qui se rendent poètes par force et qui ne nous montrent rien qui ne soit dans la gesne et dans la contrainte. Que ceux qui jouiront de son travail le voyent aussi sans se peiner et inquiéter : il n'est point de ceux qui veulent extorquer des louanges de tout le monde; il se resjoûit en luy mesme s'il plaist à pluzieurs , mais c'est sans orgueil et sans vanité. Cependant il ne laisse pas d'estre loué de ceux qui se connoissent aux bonnes choses, et ce qui est icy escrit de luy peut estre aprouvé de quantité de gens qui luy font l'honneur de l'estimer.

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