‹ La muze historique;Chapitre 203 sur 221 · V. Lettre XXIV · texte numérisé non relu

V. Lettre XXIV

Ont pris sur eux, à toute outrance, Des éfets en grande abondance, Ne les veulent restituer,

140 Us ne parlent que de tuer; Leurs âmes de douleur ateintes Font presque à tous momens des plaintes Contre ces peuples bazanez Desquels ils sont si mal-menez.

145 Quelqu'un, dans leur Sénat auguste, Dizoit : « 0 nation injuste !

Séminaire de Rodomons !

Quels esprits folets ou démons Ont excité vos cœurs fantasques

150 A nous faire de telles frasques ?

Vous avez mille et mille rois Eprouvé l'amour des Génois ; Nos Spinolas et nos Dories Ont maintenu Vos Seigneuries

1 5 $ Par leurs conseils et par leurs bras, Et vous sçavez fort bien, ingrats, Que leurs cofres, banques et bources Furent vos meilleures ressources; Bref, que nôtre belle ché

160 De tout temps a pour vous été, En maint et maint besoin extresme, Plus Pérou que le Pérou mesme.

Et toutefois, 6 gens pervers, A la face de l'univers,

iéj Sans rougir tant soit peu de honte, Vous nous traitez, au bout du compte, Comme ces pauvres Indiens Dont vous avez pillé les biens ! »

Ce citadin antique et sage

170 Avec tel ou pareil langage Les cœurs davantage excita, Et chacun fit des mains ta, ta.

La Cour, de beau monde assortie,

Etant, mardy, de Reims partie, 17s Se transporta droit à Rhetel ;

Puis j'ay sceu de monsieur un Tel

Q|u'à Sedan elle étoit allée,

Ville grandement signalée

Pour la force de ses rempars 180 Qui la flanquent de toutes parts.

Fabert, gouverneur de la place,

Homme de valeur éficace,

A, dit-on, si bien investy

Sténay, de contraire party, i8f Contenant ville basse et haute,

Qu'enfin il faudra qu'elle saute.

Dans Paris'un bruit a couru Qui m'a rendu l'esprit bouru

JIO

Et dont plusieurs gens êtoient tristes, 190 Que des cavaliers condéistes, Par un stratagème malin, Avoient pris monsieur Hesselin, Ce rare et galant personnage, Ce goinfre du plus haut étage, 19s Cet incomparable garçon, Pour en tirer grosse rançon; Mais j'ay sceu que cet incartade N'êtoit qu'une franche cassade, Une vaine erreur, un abus, joo Et gué ce maître Doribus, Qui plusieurs fois a vu le Tibre, Etoh chez lui bien gay et libre.

Et moj, Princesse, en vérité, Qui chéris fort la liberté, S05 De ce travail je me dégage En atendant un autre ouvrage.

HA! que c'est un tuant métier

Juin 16 ;4»

Que rimer presque un jour entier!

0 Muze ! ô vers ! 6 rêveries !

Adieu, je vais aux Tuilleries.

Fait trois jours avant la Saint-Jean, Un des plus fameux jours de Tan.

Apostille.

J'ay sceu d'un nommé la Montagne

Que la Cour êtoit à Sedan, 215 Mais i'aprens d'un autre quidan

Qu'elle est à Châlons en Champagne;

La Montagne s'est méconté,

Le quidan dit la vérité.

Mon cher imprimeur, que j'honore, 220 Ajoutez ces huit vers encore.

LETTRE VINGT-CINQUIÈME

Du [samedi] 27 Juin.

PLANTUREUZE.

Muzette, j'ay bezoinde toy, Viens donc, m'amie, aproche moy, Et deviens, si tu peux , fertile , Pour l'aimable de Longueville,

$ Qui fait à tes naïfs discours Un favorable acueil toujours ; Viens d'une ardeur toute nouvelle Enflàmer ma froide cervelle. Hâ ! je sens déjà ta vigueur :

10 Courage, donc, mon petit cœur.

Samedy, le marquis de Bade, Qui de souverain a le grade, Ayant, en cjualité d'amant, Quité le climat Alemand

15 Pour à Paris faire voyage En faveur de son mariage, Et pour plaire à sa passion, Se vint métré en possession De l'épouze à ses vœux aquize,

20 Sçavoir la Princesse Loûize,

Qui fit à ce noble vainqueur Un prézent de son chaste cœur, Beau dtfn qui luy doit bien sufire, Car donner son cœur, c'est tout dire.

Le trés-réverend Père Ithier, Qui fut durant un mois entier (Pour être constant royaliste) Persécuté du peuple Ormiste Et, peu s'en falut, massacré,

jo Fut, dimanche, évesque sacré, Dont toute la grande assemblée De liesse parut comblée ; Car les gens êtans dans le choeur Répondirent tous de bon cœur

js (Tant les jeunes que les antiques, Séculiers qu'écléziastiques, Evesques aue custodi-nos) Quand on ait ad multos annos.

Ainsi, pour avoir été sage,

40 Homme de bien et de courage,

Juin 1654. — Livre V. Lettre XXV.

Pour avoir à diverses fois Montré qu'il êtoit bon Gaulois, Le voilà dans un rang sublime, Et cette ardeur digne d'estime

4$ Dont il servit la royauté Luy vaut une épiscopauté.

0 Rov! Reine! et vous Eminence!

Qui donnez à sa Révérence Un loyer si juste et si haut,

$0 Certes , c'est agir comme il faut.

Tant qu'on verra la félonie Chassée, exilée ou punie ; Tant que l'on verra la vertu Trionfer, ayant combatu ;

j j Tant qu'on verra dame Justice Vaquer au châtiment du vice; Tant que l'on verra dans la Cour Pour les bons François quelque amour ; Tant que du citoyen fidelle

60 On considérera le zélé;

Tant qu'on verra les gens-d'honneur Dans l'éclat et dans le bonheur, Soit gens de plume ou gens de heaume, Tout ira bien dans le royaume.

<s De Périgueux les citadins, Qui sont de vrais Périgordins, Ont avec des magnificences, Apareils et réjoûyssances, Receu leur évesque et pasteur,

70 De la foy grand propagateur, Homme de mérite assez rare , Qu'avec justice l'on compare Aux plus sages esprits du temps, Et que flater je ne prétens

7s Lors que je dis, en ce chapitre, Qu'il est trés-digne de la mitre.

Certes , si de mesme que luy Tous les évesques d'aujourd'huy (Je ne taxe pourtant personne)

80 Avoient l'ame sçavante et bonne, Et le cœur dévot et pieux ?

L'Eglize s'en trouverait mieux.

Mardy, dans la Maizon de ville Se transportèrent , file à file,

8$ Des bourgeois, environ neuf-vingts, Avec messieurs les Eschevins Et le Prévôt des marchands mesme, Des bons Pariziens la cresme, Et de plus ce sage seigneur -

90 Qui de Paris est gouverneur, I^HÔpital, maréchal de France, Qui tous avec réjouissance ,

Mais non sans un peu de travail, Placèrent sur un pied-d'estail

95 Du Roy la statue ou l'image, Qui , montrant avoir du courage Al'êgal d'un jeune lyon , Foule aux pieds la Rébellion.

Les tambours, flûtes et trompettes,

100 Les mousquets et les escopettes, Faizoient un grand bruit à Pentour, Et l'assemblée avec amour Et des sentimens de tendresse Manifesta son allégresse,

iof Tant en général qu'à par-soy, Par des cris de : « Vive le Roy ! » Après, par une autre merveille (Car c'êtoit de Saint-Jean la veille), On fit dans la Grève un grand feu

no Dont je ne parleray que peu :

Ce n'est pas que son édifice Ne fût fort remply d'artifice; Mais on en prépare un nouveau Qui sera tout autrement beau ,

115 Où je prétens être en personne A côté de quelque mignonne, Le auatre ou cinq du mois qui vient (Si d'avanture il ne survient A mon dessein quelques obstacles),

iao Car je me plais fort aux spectacles.

Le jeudy justement d'après,

Par des ordres donnez exprès,

Mole, ce sage politique

Qui pour l'Etat toujours s'aplique, 12J Et pour ses vertus et travaux

Est devenu Garde des seaux,

Le Parlement et tous ses membre; ,

C'est-à-dire toutes ses chambres,

Et ceux de Ville mesmement i;o Avec leur long habillement,

Monseigneur le Nonce de Rome,

Trés-bon prélat et très-sage homme!

Et qu'on estime fort icy,

Puis les ambassadeurs avssy ijj De Portugal et de Venke,

Allèrent en la grande églize,

Où le Te-Deum fut chanté

En fort grande solennité ;

Et j'apris d'un certain diacre 140 Que c'êtoit en faveur du sacre

Qu'on s'assembloit en ce saint lieu,

Afin de remercier Dieu

De ce que la cérémonie

S'ètoit commencée et finie 14$ Avec toute gloire et bon-heur

La Muze historique. — Juin 1654.

Pour le Roy, nôtre cher seigneur.

Les bottes, les canons , les cloches, Capables d'ébranler des roches Par les bruits en l'air transportez

i)o Sortans de leurs concavrtez, Faizans une aimable tempeste, Finirent cette auguste feste; Mais non, ne la finirent pas, Car le soir, après le repas,

if $ On vid la cité toute entière Briller de flame et de lumière :

On fit des feux de tous cotez, Et, pour augmenter leurs clairtez, Des maizons les chefs et les maîtres

160 Ornoient de flambeaux leurs fenêtres ; Quantité de bons compagnons, M angeans tourtes de champignons , En criant tout-haut : « Taupe, Masse», Vùidoient maint verre et mainte tasse ;

!<s Et l'on voyoit devant leurs huis (Aussy vray que rimeur je suis), Pluzieurs troupes de jeunes filles , Oukans l'ouvrage et les êguilles, Cnanter d'agréables chansons

170 En dansans avec des garçons ; Bref, en ce grand jour d'importance Tout êtoit en réjouissance.

Encor que j'ûsse, ce jour-là, Perdu vingt francs au Quinola,

17s Avec quatre nobles joùeuzes,

Qui plus-que moy furent heureuzes, / En certain honorable lieu Vers la porte de Richelieu , Voyant tout Paris dans la joye ,

180 Je ne plaignis pas ma monoye, #Et, quoy que le sort m'ût morgue, 'jamais je n'ûs l'esprit si gay.

Un serviteur d'apoticaire,

Poussé du commun aversaire, ifs Tua son maître, l'autre-jour,

A Saint-Germain, le erand faux-bourg ;

Puis, ayant forcé sa layette,

Son cabinet ou sa cassette,

Luy vola quantité d'arçent; 190 Et, ce fait, d'un pas diligent

Il s'enfuit du côté d'Estampes,

Les astres luy servans de lampes ;

Mais, par permission de Dieu

(Je ne sçay pas pourtant le lieu), 19s Des archers et cens de justice ,

Outrez de sa noire malice,

Mirent la main sur le colet

De ce détestable valet,

ai;

ajo

Qui doit Caire une fin tragique, Ce jour mesme, en place pub&pe.

Un autre assez étrange cas Est arrivé , n'en doutez pas, En un autre endroit de là ville.

Un homme de cerveau débile Ayant un poignard acheté, Qui quatre francs a voit coûté, Ainsi qu'il en faizoit parade, Un sien parent ou camarade, D'un ton tant soit peu goguenard, Luy dit: «Pourquoj donc œ poignard?»

L'autre, d'une action mutine L'en frapant droit à la poitrine, Luy répondit : « C'est pour cela ».

Un flot de sang en ruissela, On acourut à ce vacarme, On le saizit avec son arme, Il n'alégua point de raizon, On le traîna dans la prizon, En laquelle on le mit en cage, Et je n'en sçay pas davantage.

Touchant le lieu, ville et séjour Où doit être à prézent la Cour, Je n'en ay nulle certitude, Dont j'en suis en inquiétude :

Lecteur, tu m'excuzeras bien Si je ne t'en aprens donc rien.

Monseigneur le duc de Jojenze, Dont la personne généreuze Est du beau sang de Godefroy, S'en va commander, pour le Rty La cavalerie légère, Tant la nôtre que l'étrangère, Comme colonel général.

On n'a, dit-on, rien vu d'épi, Depuis le temps de feu Mawerbe, A son équipage superbe, Dont chacun prize l'arjrail.

A peu prés voicy son détail : ^^ Douze grands mulets, dont les ho*** Sont d'un beau vert, et non pasroos», Où l'on peut voir chaque écusson Brodé dW belle façon ; Trente excellens chevaux de selle, De mine et d'alleure fort belle, Fort polis et fort potdez , ^, Tantgris, blancs, bruns, quenoniincWi Plus environ cinquante g*^ Montez sur montures \ Et vêtus magnifiquement,

Juillet 1654. — Livre V. Lettre XXVI.

*f* Tant de casaques qu'autrement, Où l'on voyoït d'or toutes pleines Pluzieur* brillantes croix Loraines, Douze chariots des plus beaux Tirez chacun par six chevaux,

an Gras, vigoureux et non pas rosses, Une calèche et deux carosses A six chevaux pareillement Avec un riche ajustement, Huit fourgons n'en ayant que quatre,

ato Le tout faizant, sans rien rabattre, Y compris ceux des écuyers, Des nobles et des oficiers, Et quelque autre encor de bagage, Deux cens quatorze et davantage,

aé$ Le tout sortant de son hôtel.

A-fon jamais rien vu de tel !

Princesse de très grand mérite, Si cette lettre à vous écrite N'a pas quantité d'ornemens, 170 N'a pas quantité d'agrémens, N'est pas autrement belle et bonne, O diçiie et charmante personne , Que j'honore de tout mon cœur!

Elle a du moins de la longueur.

Fait (si du jour on veut s'enquerre) Trois jours avant le jour Saint Pierre.

LETTRE VINGT-SIXIÈME

Du [samedi] 4 Juillet.

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