ORDINAIRE
Quoy que toujours je me défie DesTruits de ma philozofie, Et que je craigne à tout moment D'y réussir indignement,
s Les vers, toutefois, 6 Princesse, Que je consacre à Vôtre Altesse, Ont souvent ce rare bon-heur D'être aprouvez des gens-d'honneur, Et je sçay qu'ils contentent mesmes
10 Les personnes à diadesmes; Mais je suis pourtant en soucy Si la Gazette que voicy, Ouvrage de demy-journée. Aura la mesme destinée.
ij Monseigneur le duc de Mercœur, Prince possédant un grand cœur, Prince que l'honneur environne, Vray serviteur de la Couronne , Et qui dans son gouvernement
a* A toujours agy prudemment, Privant pour un temps la Provence De sa nécessaire prézence, Fit, mardy dernier, jour pour jour, A Paris un heureux retour;
») Et sa femme, ch{re et fidelle
Autant comme elle est sage et belle , Qui l'atendoit de longue-main, Acoucha dés le lendemain, Après quelque douleur légère ,
io Ou qui, du moins, Ait passagère,* D'un fils bien fait et bien formé, Prince de Martigues nommé; Duquel fils beaucoup on espère , Ayant un Cézar pour grana-pére,
*$ Pour oncle un Jule, et par hazar Les deux faizant Jule Cézar ; Pour père un prince aimant la gloire, Et pour mère dame Victoire, Car cette romaine beauté
40 Qui dans ses beaux flancs l'a porté (Non sans une allégresse extresme) S'apelloit en nom de baptesme (Quand au père on la maria) La signora Vittoria.
4$ Il ne faut pas au'on me demande Si l'exultation fut grande En ce noble et fameux hôtel :
Le ravissement y fut tel.
Si doux, si grand, si véritable,
10 Qu'il n'en fut jamais un semblable.
Or, touchant ce ravissement
La Muze historique. — Juillet 1654.
Qui les charme si doucement, Moy, nommé Jean, et non Philipe, De tout mon cœur j'y participe ;
15 Outre que j'ay quelque raizon D'avoir pour ladite maizon Respect, afection, estime, De mon cœur telle est la maxime Que j'aimeray toujours, ma foy,
to Ceux qui seront aimez du Roy.
On a, dit-on, l 'autre-semaine, Transféré le duc de Loraine Dans la ville des Dunkerquois, Et de-là l'Espagnol narquois
<s (Car mal-aizément on le trompe) Le fait , avec fort peu de pompe , Conduire par mer à Madrit.
Ainsi voilà ce prince frit :
Cardans Francfort, Strasbourg et Spire,
70 Qui sont trois citez de l'Empire , Dans Toul, Nancy, Sedan et Mets, Dans Sténay, Clermont et Jamets, Dans Paris, Milan et libourne, On ne croid pas qu'il en retourne.
7j On n'éxecuta que jeudy Ce furieux, cet étourdy, Ce serviteur félon et traître , Qui tua de sanç froid son maître :
Le poing dont il l'avoit frapé
80 Luy Ait par le boureau coupé ; Puis, pour achever son supiice, Suivant l'arèt de la Justice Rendu par Messieurs de l'Edit (D'autant que le garçon susdit,
8$ D'humeur, dit-on, assez revêche, Alloit à Charenton au prêche) , On le rompit sur l'échafaut, Ce qui le fît crier bien haut , Car il eut , vif, six coups de barre,
90 Qui fat pour luy grand tintamarre ; Après, un cordeau rigoureux Etrangla son col mal-heureux.
0 toi , serviteur domestique !
Prens exemple à sa fin tragique.
9j Je ne retrace icy sa mort Qu'afin qu'un si triste raport Bien avant dans ton ame imprime L'horeur de son infâme crime.
En suite , quant pour son péché
100 On I l'ût sur la roue ataché,
Pluzieurs gens d'ame basse et vile Et les plus abjets de la ville , Sans prendre cet ordre que d'eux,
Détachèrent ce corps hideux,
10 j Qui fat, par leur manie étrange, Mille fois souillé dans la fange, Et, par grande inhumanité. Traîné par toute la cité.
Mais quand cette troupe insolente,
no Parmy sa fureur violente, Voulut entreprendre , dit-on , De morguer ceux de Charanton , Le Gouverneur de cette ville , Pour éviter noize civile ,
1 1 j Et pluzieurs sages magistrats , Piquez contre les scélérats Qui faizoient ces lâches vacarmes, Ordonnèrent qu'on prît les armes, Ce qu'on fit en maint carefour,
m Et quant on bâtit le tambour Pour exciter à la bataille , Cela dissipa la canaille.
Le lendenlain, le Parlement, Prévoyant par raizonnement
iif Que cette brutale insolence Pouvoit tournera conséquence, Ordonna qu'on informeroh, Et cjue celuy puny serait Qui serait reconnu coupable,
no Arêt tout-à-fait raizonnable.
Dieux ! que les magistrats Gaulois Font souvent de prudentes lois, Par l'équité mesme aprouvées !
Mais qu'elles sont mal observées !
135 Je viens d'aprendre maintenant D'un certain Breton bretonnam, Nouveau venu de la campagne , Qu'à Rennes, cité de Bretagne, Les huguenots et les romains
140 Etoient aussy venus aux mains; Mais, par l'entreprise des sages.
Ces discords, ces bruits, ces orages, De crainte qu'il arivàt pis, Ont été, dit-on, assoupis.
14; La rime, justement, de Rennes, Me remet en mémoire Gennes, Qui veut, dit-on, absolument, Continue!' son armement, Et se métré en mer et campagne
1 (o Pour tirer raizon de l'Espagne.
Par la douceur ils ont tenté Qu'on traitât en toute équité Leurs marchands et leur République; Mais Castriglio leur fait la nique.
Juillet 1654. — Livre
155 Et nonobstant tous leurs bienfaits Retient lâchement leurs éfets.
Quantité de leurs sages testes Ont présenté maintes requestes ; Mais cela n'a point fait de fruit.
ifo Je pense qu'ils feront du bruit.
Cette merveilleuze personne , Cette illustre'porte-couronne, Cette rare perle du Nord, Cette Princesse d'esprit fort,
ié$ Féconde en quaKtez royales.
Reine des Gots et des Vandales, A cédé sa couronne, enfin, Au prince Charles Palatin.
Sa belle ame s'est dégagée
17* Du faix dont elle êtoit chargée, Préférant à la royauté Cette aimable tranquilité, Exempte de soins et d'orages, Que souhaitent si fort les sages.
17s Cette fille d'un grand papa
S'en vient , dit-on, aux eaux de Spa, Qui, n'étant pas trop loin de France, De l'y voir nous donne espérance.
Je la voudrois voir à Paris
180 (L'élément des divins esprits), Prés de Madame Anne d'Autriche , Et donnerais, quoy que peu riche, Dix justes d'or joyeuzement, Pour avoir ce contentement.
tSf Les bouches de la Renommée Ne m'ont rien apris de l'armée, Ny mesmes du camp dont Sténé Est maintenant environné , Dequoy je ne suis pas fort aize :
19* Ainsi, faut donc que je m'en taize. Pour le Roy, le jour de Saint Jean, Il quita Rhetel pour Sedan, Ayant admiré l'éloquence