TOURNOYANTE
Princesse aimable et magnanime, Dont en mon cœur la haute estime Ne se peut jamais éfacer, Je vais ma Lettre commencer.
5 Si d'avanture on me demande :
Sera-t'elle petite ou grande ?
Le public en fera-fil cas?
Plaira-t'elle aux gens délicats?
Sera-t'elle triste ou boufonne?
10 Sera-t'elle mauvaize ou bonne ?
Aura-t'elle mesme agrément Que celle de dernièrement?
Sera-t'elle meilleure ou pire ?
Par-ma-foy je ne sçay qu'en dire.
1 5 Vous verrez ce que c^n sera , Et qui voudra lire lira.
[mes, J'ay sceu, tant de femmes que d'hom- Que le sept du mois où nous sommes , Par un sort plein de cruauté,
20 Cette jeune et rare beauté , La duchesse de Roquelôre, Versa plus de pleurs que l'Aurore , D'autant qu'après bien du tourment Que luy cauza l'enfantement,
as Etant d'un beau fils acouchée (0 que la belle en fut touchée!) Cet aimable poupon mourut Aussi-tôt qu'au jour il parut, Qui pourtant, ainsi qu'au baptesme,
♦,o Ondoyé rut à l'instant mesme, Ce qui fit qu'infailliblement Il vola dans le firmament, Pour, avec tous les chœurs des anges, Chanter à jamais les louanges
15 Du Roy des roys, du Dieu des dieux. Ainsi de sa mère les yeux, Où Nature a mis tant de charmes, Devroient bien suspendre leurs larmes En faveur de ce cher enfant,
40 Qui dés ce jour fut trionfant,
Puis-que, malgré son sort funeste, De mortel il devint céleste.
Le noble archévesque et primat De ce riche et fameux climat
4$ Que Gaule Lyonnoize on nomme, Frère putné de ce grand-homme, Le maréchal de Vileroy, Qui sert toujours si bien le Roy, Tant en temps de paix que de guerre,
jo Fut sacré, le jour de Saint Pierre, A Lyon, solennellement, Où , d'un commun consentement, Tous les habitans de la ville, Qui sont plus de cent trente mille
j $ Sans compter les petits garçons , Firent voir en pluzieurs façons (Courses de bague, feux de joye, Festins, muzique, habits de soye Et mille autres chozes d'éclat)
60 L'amour qu'ils ont pour ce prélat, Dont le propre nom est Camile, Et l'illustre surnom Neuville.
J'ay fait cas en toute saizon De cette splendide maizon,
*s Pour son mérite et sufizance A conseiller les roys de France, Maizon où, très-certainement, On void maint brillant ornement; Et ce mien discours a pour preuve
70 De Chaunes la charmante veuve; De plus, une jeune beauté Qui , pour dire la vérité , N'a que dix ou douze ans encore , Mais que pourtant chacun adore
7t Comme un aimable objet d'amour, Des plus beaux qui soient à la Cour.
Léopolde et Fùensaldagne Enfin se sont mis en campagne, Au grand regret des villageois,
Jufllet 1654. — Livre
80 Et mesmes les Virtembergeois, Et les Lorains et Condélstes , Qui sont, dit-on, de grands juristes, Faizans du mal autour d'Aras Plus que cent millions de rats.
8* Ils ont investy cette place ; Mais sçavoir s'ils auront l'audace De tenter oontr'elie un éfort, On n'en est pas trop bien d'acord* Les maréchaux de leur armée,
90 Selon la mode acofttumée, Ont distribué les .quartiers A cinq ou six des vieux routiers ; Mais on aprend de gens insignes Qu'ils rie ptpacent pas fort leurs lignes,
9* Et pluzieurs infiérent de-là
Qu'ils pouroient bien tout quiter-Jà.
Pour nous donner quelques entorces Us ont pourtant de grandes forces, Sçavoir seize mille roussins, km Avec autant de fantassins, Et l'on trouverait fort étrange Si cet éfiroyable mélange De gens venus de tous côte», Tant étrangers que révolte»,
10 5 Ne faizoient un progrez notable ;
Mais si Dieu, toujours équitable (Qui sçah gue nous n'avons pas tort), Rendoit vain tout ce grand éfprt Qui prétend troubler nôtre eçipire, no Je n en ferois, ma-foy, que rire.
Les Espagnols ou Oastillans, Qui plus qu'Augustins ny Fûeillans, Ny mesmenient que les apôtres, Sont grands diaeurs de patenôtres,
1 1 $ Ces marmoteurs perpétuels ,
Ces capitans spintùels, Cet dévots, ces saints personnages, Enfin ces grands mangeurs d'images, Avec nos voizins les Anglois, iao Encor que de contraires lois, Ont signé, q^uoy qu'il en arive, Ligue ofensive et défensive (Au moins, ce dizent leurs agens).
Ne voilà pas de bonnes gens !
t a 5 D'autres gens me viennent de dire Que l'Espagnol très-fort dézire Cette ligue dont i'ay parlé; Mais quelqu'un d'eux a révélé Que ce négoce d'importance,
1 jo Dommageable ou non à la France, N'est pas encor trop bien conclu.