‹ La muze historique;Chapitre 208 sur 221 · PROFONDE · texte numérisé non relu

PROFONDE

Quoy que dans la prézeilte Lettre Je iroze pas trop me promettre De faire des vers assez doux Pour être un peu dignes de vous , Princesse ! dont l'ame immortelle En divines clairtez excelle, Sans diférer un seul instant Je vais la commencer pourtant.

On me dit, dés l'autre-semainç , > Que l'agent du duc de Loraine

A fort prié sa Sainteté

De procurer sa liberté,

Dizant qu'auparavant sa ppze

Il avoit promis à Vénize ; Un secours prompt et diligent

D'hommes, de chevaux et d'argent,

Et mesmement de sa personne;

Intention pieuze et bonne,

Et qui, certes, mérite bien

20 Que le chef du monde chrétien S*émreméte de cette afaire-, Mais on a beau-dire et beau4vrc, Les Espagnols se sont saizis De quantité d'écus moizis,

2j Et d'autres venans de la forge, Dont il leur faudrait rendre gorge, Et c'est à quoy ces vieux routier* N'aquiescem pas volontiers :

Ces messieurs à monter bouriques

jo Sont un petit trop politiques, Trop fins et trop dévergondée, Et l'on void par leurs procédez Vers les Génois et ce chic Charles Que ce sont , ma foy, de vrais chartes.

s s Le duc François ne laisse pas D'être charmé par leurs apas; Il les sert de toute sa force; Et quand par une feinte amorce Ils ont à cetuy duc promis

Juillet 16^4. — Livre

40 Qu'ils seroient ses meilleurs amis, Et qu'eux et leur souverain maître Luy feraient en tout temps paroître , Il ne leur a pas dit ainsy :

« Afin d'être mieux éclaircy

4$ De vôtre afection sincère,

Commencez par rendre mon frère. »

Stené, quoy qu'il y fasse chaud , Est pressé, dit-on , comme il faut, Par des fréquentes canonades;

jo Et toutes les fanfaronades Ou gouverneur ou commandant, Qui fait le brave et le fendant, Le Capitan et le Fijcasse, Et qui , auand on somma la place,

$j Tint un discours assez badin, S'en iront en eau de boudin.

Pour Arras, belle et grande ville,

Place pour nous assez utile,

Et dépendante de nos roys 60 Depuis quatorze ans et trois mois,

Environ trente-et-deux mille hommes,

Aussi vray que j'aime les pommes,

Ont assiégé de toutes-parts

Ses murailles et ses ramparts 6$ Avec canons cinquante -quatre,

Pour presque incessamment la batre

Et la foudroyer in promptu.

Pauvre Aras, que deviendras-tu?

Pour moy, j'ay meilleure espérance 70 De l'heureux destin de la France:

Le brave et vaillant Montdejeu

Jouera sans doute illec beau jeu ;

Il tiendra plus de dix semaines,

Il crèvera tien des bedaines , 7$ Et remplira bien lesfossez

De pauvres Flamans trépassez.

D'ailleurs ce généralissime,

Dont par-tout on fait tant d'estime,

Ce Tureine, ce martial, to Qui maintenant est si royal,

Ne leur promet pas poires moles,

Mais bien pis que des croquinoles;

Il a des gens dont la valeur

Ne doit pas céder à la leur.

8j Comme il est à l'honneur sensible,

Il les ataquera, possible,

Ou , s'il ne les ataque pas,

Ils feront de maigres repas,

Et coupera si bien leurs vivres 90 Qu'ils ne seront pas souvent yvres,

Et n'auront pas trop, ce dit-on,

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