‹ La muze historique;Chapitre 209 sur 221 · V. Lettre XXY1H · texte numérisé non relu

V. Lettre XXY1H

De bœuf, de lard, ny de mouton.

Quoy! ce guerrier des plus habilles A prendre et secourir des villes,

95 Des plus hardis, des plus ruzez, Regardera les bras croizez Prendre cette place importante, Sans quiter pavillon ny tante!

Hâ, je gagerois bien que non ;

100 Tureine est trop bon compagnon. Il fera, sans doute, parêtre Ce qu'il est, ou ce qu'il doit être.

Je ne suis point pronostiqueur (Tout pronostiqueur est moqueur) ;

10 j Mais, selon Paparence humaine, Ledit monseigneur de Tureine Ne doit pas agir autrement, Et c'est-là mon raizonnement.

Du susdit Montdejeu la femme,

no Qui, sans mentir, a dans son ame Autant d'honneur et de vertu Que jamais son sexe en ait eu, Par une ferveur plus qu'humaine, Sçachant son noble époux en peine

115 Et dedans sa ville assiégé, Du saint convent a pris congé , Dans lequel, durant sa disgrâce, Elle obtint logement et place, Et va, malgré tout embaras,

iao Essayer d'entrer dans Aras

Au travers des troupes d'Espagne, Pour être fidelle compagne Des travaux de sondit mary, Qui n'en doit pas être mâry,

iaj Car cette action est si belle

Qu'elle est digne d'être immortelle.

Son esprit êtoit possesseur D'un saint repos plein de douceur, Qui lui faizoit passer la vie

i^o Dans un bon-heur digne d'envie; Et pourtant, son cœur généreux, De la belle gloire amoureux, Préfère à cette quiétude , A cette aimable solitude

1 j j (Où tant de vrais plaisirs sont joints), Les dangers, fatigues et soins D'un rucfe et périlleux voyage Où l'expose son grand courage.

Certes , la rézolution

140 Si digne d'admiration

De cette charmante guerrière Seroit une rare matière Pour en instruire l'Univers Par un plus grand nombre de vers;

La Muze historique. — Juillet 1654.

us Mais, de peur d'un trop long ouvrage , Je n'en diray pas davantage.

L'autre-jour, le vaillant Condé Faillit un peu d'être échaudé , Et pensa tomber dans un piège

Mo A Quatre ou cinq cens pas du siège. Voicy comme le cas a vint, A ce que dizent plus de vingt :

Voyant le long (l'une prairie Venir de la cavalerie ,

1 h U dit à auelques compagnons :

« Voilà des ennemis, donnons; Allons, allons leur bailler tape, Et que pas un d'eux n'en rechape; Ils s'en viennent dans nos filets ,

160 Courons , courons , combatons-les. » Cela dit, un çros il assemble , Et pluzieurs de ses gens ensemble; Mais , comme il passoit à cheval Assez proche d'un petit val ,

lés Des fantassins couchez à terre Par un stratagème de guerre , Et qu'on n'avoit point aperceus, Tirèrent chaudement dessus , Ce qui fit qu'aucuns de sa suite

170 Prirent incontinent la fiihe; Pluzieurs, après quelques éforts, Demeurèrent-là roides morts; D'autres, d'une façon civile, Furent menez coucher en ville;

175 Et pour ledit prince leur chef, Il pesta contre ce mèchef ; Il maudit cent fois l'embuscade Qui luy faizoit telle incartade; On tua sous-luy deux chevaux ,

180 Puis retourna vers les travaux.

Pour d'Aras empêcher la perte, Créqui, le chevalier allerte , Par un brave et hardy dessein Qui boûillonnoit dedans son sein ,

18s Suivy de plus de trois centaines Tant cavaliers que capitaines , Est dans ladite ville entré.

Il fut des Lorains rencontré; Mais il se fit, par son courage,

19* A travers eux voye et passage, Plus de deux cens il en occit , Et son beau projet réussit.

Broglio , grand honhne de guerre S'il en fut jamais sur la terre, 19s Fit aussi par quelques détours

Entrer dans Aras du secours ; Quelques ennemis conparurent.

Lesquels firent tout ce au'ils purent Pour luy donner empêchement

300 (Car ils pestent terriblement

Quand itlec quelaue François entre), Mais il les bâtit dos et ventre.

Un bruit a couru ce matin, Que d'Aras le peuple mutin,

»s Souhaitant de changer de mahre, Par un complot cruel et trahie, Vouloit, sans rime ny raizon, Assassiner la garnizon , Et qu'ayant découvert la trame

no De cette populace infâme, Ils avoient été mal-trahez Par les gens de guerre iritez, Et que , tant au soleil qu'à l'ombre, On en avoit pendu grand nombre ;

us Mais ce bruit est si mal fondé, Qu'il ne m'a point persuadé ; Je n'en croy rien, en conscience, Et je n'y voy pas d'aparence.

Monsieur le prince de Co»ty, a*o Depuis deux mois qu'il est party, A déjà fait en Catalogne Une assez notable bézoçne, Ayant pris , pour Sa Majesté, Villefranche , noble cité , iij Assez belle et seigneuriale , Et du Conflans la capitale.

Voilà pour monseigneur Armand Un assez beau commencemam.

Princesse , le chaud et la peine

330 M'ont tellement mis hors d'haleine, Qu'atendant dimanche à venir, Je me voy contraint de finir; La Muze me fait banqueroute, Et d'ailleurs je suis fort en doute

an Si cette Gazette plaira A tout lecteur oui la lira.

Pour sa peu galante matière:

Elle est quazi toute guerrière (Encor que d'un stile assez bas);

140 Je n'y parie que de combats , De sièges et de canonades , De surprizes et d'embuscades, Où je me connois aussi peu Qu'un manchot à faire du feu ,

ms Qu'un aveugle à tirer aux merles , Ny qu'un bœuf à choizir des perla.

Vostre Altesse, infailliblement,

Juillet 1654. — Livre V. Lettre XXIX.

Y verra fort peu d'agrément, Mais quand j'ay commencé d'écrire, 1)0 Je a'avois autre choze à dire.

Fait en juillet , le dix et huit, N'ayant rien mangé qu'un biscuit.

LETTRE VINGT-NEUVIÈME

Du [samedy] 25 Juillet.

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