‹ La muze historique;Chapitre 210 sur 221 · AMPOULÉE · texte numérisé non relu

AMPOULÉE

Princesse qu'on nomme Marie, En dussiez- vous être mâije, Je ne sçaurois, au temps prézant , Ecrire rien de fort plaizgnt. [mes

s Quand le Roy, plein d'aimables char- Par l'heureux succez de ses anpes Aura mis en un triste état Les ennemis de son Etat , Et que nos gens , de leurs rapières ,

10 Leur auront taillé des croupières , Mes vers auront lors pour objets De plus beaux et riants sujets , Ma Muze sera plus en joye ; Et, certes, c'est l'unique voye

if Par où mon génie excité Parvient à la joycuzeté.

Mais comme il est encor notoire Qu'on peut espérer la victoire, 11 m'en reste un peu dans l'esprit ;

m Vous le verrez par cet écrit, Où, pour mieux entrer en cadance, Je commence par une dance.

Un spectacle assez jovial, Au logis du sieur Maréchal ,

»f Homme d'humeur oourtoize et franche, Se fit voir le soir de dimanche; On j dansa certain balet, Moitié brillant, moitié folet, Auquel je fus convié , comme

jo Si j'eusse été quelque honneste-homme. Ce balet, où ne manqua rien, Sans mentir, réussit fort bien ; J'y vis de belles créatures, Et les danseurs, par leurs postures,

15 Y montrèrent, en vérité, Tant de grâce et d'agilité , Que l'assemblée en fut ravie.

Côtoient Us Plaizirs de la vie,.

Autant de la nuit que du jour, 40 Assavoir la Nopce, l'Amour, La Mascarade ou Mommerie , La Liberté , la Raillerie, De Bacus les chères douceurs, Les nobles plaizirs des chasseurs , 4 s La richesse, la promenade, La bravoure , la sérénade , Les chevaux, les charivaris Que l'on fait pour les vieux maris, Le jeu , l'enfance et l'abondance , jo Et, bref, la musique et la dance : Si bien qu'en deux heures de temps, Regaslant ce beau passe-temps, Mon ame , illec , fut aàsofcvie De tous les plaizirs de la vie.

$5 Le Roy, par son autorité , De deux a le nombre augmenté , Pour quelques raizons d'importances, Des sieurs ïmendans des finances.

L'un d'iceux est monsieur Paget ,

60 Bon magistral et bon sujet (Sçavoir le maître des requêtes) , Qui dans nos dernières tempêtes Signala pour Sa Majesté Son zélé et sa fidélité.

*s Pluzieurs du susdit personnage Rendent honnête témoignage , Et qu'il est sincère et prudant Comme il faut pour être intendant.

Si l'on dit autrement, on rêve.

70 Et l'autre , c'est monsieur Bblléve , Homme sage et de bon-aloy , Et serviteur aussi du Roy.

La plus-part1 des grands d'Italie , Ayans quelque mélancolie 7( De voir piller les magazins

La Muze historique. —Juillet 1654.

Des seigneurs Génois leurs voizins Par l'avarice tiranique Des agens du roy catholique , Sans barguigner ny hésiter

to Ont promis de les assister, Aprénendans pareil vacarme , SçavoirThurin, Modéne et Parme, Et mesmes ces peuples fameux Qui sont républicains comme eux,

8f Assavoir messieurs de Venize ; Et , de plus, on dit que l'Eglize, Quand vers elle ils auront recours.

Leur donnera quelque secours.

La flote Espagnole qui meine 90 Monseigneur le duc de Loraine A pensé, dit-on, abîmer Dans le vaste sein de la mer, Et sembloit, en cette avanture,

?ue la fortune et la nature ouloient punir comme un forfait La violence qu'on luy fait ; Mais après deux ou trois bourasques . Des flots inconstans et fantasques, Ils sont arivez dans leurs ports

100 Sans être ny noyez ni morts; Et le chef de ladite flote , Qui chapelet toujours marmote, Tantôt pletrant, tantôt riant, Tantôt jutant, tantôt priant,

io( Tantôt ange , tantôt aiable , .

Conduit ce prince mizérable Aux npires prizons de Burgos.

Ne voilà pas de bons bigots?

Cette jeune et raie merveille, no Cette duchesse sons-pareiile , femme de l'aîné des Créquis , Qui par ses grâces s'est acquis U* rang glorieux entre celles Qui méritent le nom de belles , m s D'une fille acoucha lundy, Dont -tout Phôtel fut ébaudy, Sur-tout son agréable mère, Et mesme aussi monsieur son père ; Mais, par ma foy, je vous répon 120 Que, si par un petit poupon Jl eût commencé son lignage, Il l'ût été bien davantage.

Charaut , de Calais gouverneur, , Par courage , adresse et bon-heur, isf Et sans faire fourneaux ny mines , A pris , proche de Gravehnes ,

Malgré les dents du commandant , Un certain fort incommodant , Et, par des maximes de guerre, i)o L'a fait razer rez-pied , rez-terre.

Mes amis du côté d'Aras , Soient paresseux , ou soient ingrats, Ne m'ont mandé, cette semaine, Rien de Condé ni de Tureine ,

in Et n'en ay nulle chose apris Par messagers ny par écrits:

Ainsi , par ma triple ignorance, Il n'est donc pas en ma puissance De dire rien ae leurs progrés

140 En mots françois , latins ni grecs , Car, pour un tas de bruits vulgaires, C'est où je ne m'amuze guéres.

Je viens d'aprendre, toutefois, D'un franc et fidelle bourgeois,

14s Que Tureine . dont la vaillance TraYaftleà l'honneur de la France, Et le maréchal la Ferté , De maint bon guerrier assisté, Dont l'ardeur n'-est pas «ndonnk,

ifo Fatiguent l'armée ennemie , Qui se croid toujours en danger, Et la font souvent enrager.

En nombre ils sont bien davantage, Mas nos gens ont plus de courage;

1 j $ On leur présente le combat , Mais dans le sem le cœur leur bat; On les aproche , on escarmouche , Mais ils appréhendent la touche; On leur dit : « Messieurs, paraissez! »

160 Mais ils se tiennent térassez, Aimans mieux mourir de famine Que d'épée.ou de carabine.

La trompette sonne bien-haut En Brabam, dit-on, et Hainaut,

i6; Et, mesmemem, se fait entandre Dans le Cambrezis et la Flandre; De plus , on bat fort le tambour Dans Namur et le Luxembour, Et dans toute ville et campagne

170 Dépendantes du roy d'Espagne, Pour lever de nouvelles gens Et secourir les assiégeans Qui dans le camp d'Aras pâtissent On dit par-tout qu'ils obéissent ,

t7i Et qu'ils vont tous-là de grand-cœur Pour rendre leur parti vainqueur:

Car, enfin, la place investie Est pour eux un coup-de-partie,

Aoust i6$4. — Livre V. Lettre XXX.

Et témoignent tous srand émoy 180 Pour les intérêts de leur roy.

Plût-à-Dieu que tous ceux dé France, Qui les surpassent en vaillance , Pour l'honneur de la nation Eussent mesme émulation.

18 j Pour Sténé, place assez petite, Mais étrangement bien construite , Quoi au'on la presse vivement , Ceux ae dedans, à tout moment, Font une extrême rézistance ,

190 Et leur punissable constance, Qui beaucoup de braves gens perd , Exerce fort monsieur Fabert.

Il est vray que ce capitaine Avoit bien prévu cette peine ,

19 $ Mais que ce sont des travaux tels Qui rendent les gens immortels. Plus l'entreprise est difficile, Plus l'estimera-t'on habile.

Pour confondre plusieurs coquins

joo Dignes du moi» des brodequins , Et qui parlent de nos afaires Cent fois pis que nos adversaires , Pour la gloire du potentat,

Pour le bien commun de l'Etat 10) Et pour la honte des rebellés , Dont les armes sont criminelles, Je souhaite de tout mon cœur Qu'il en soit bien-tôt le vainqueur.

Le Roy par sa noble prézence , a 10 Et mesme aussi Son Emmence , Vont très-souvent encourageans Les braves et preux assiégeai», Et se rendent spectateurs mesmes De leurs hardiesses extresmes.

31 f O que leurs visites et soins , O que les avoir pour témoins Sont, pour les généreux courages, De trés-glorieux avantages !

Après cette exclamation , 210 Avec vôtre permission ,

O Princesse pour qui dans l'ame J'ay toujours soin, respec et flâme , Je vais un peu me répozer, Car je suis las de composer.

atj J'ay fait ces vers , sans faute mile. Le tiers jour de la Cçnicule.

LETTRE TRENTIÈME

Du [samedi] Ier Aoust.

Page 1