‹ La muze historique;Chapitre 211 sur 221 · FERME · texte numérisé non relu

FERME

Jeudy, jour de vôtre départ, J'allay chez-vous, mais un peu tard, Pour vous faire la révérence , Et par une simple éloquence

5 Vous dire, selon mon devoir:

« Princesse, adieu jusqu'au revoir. »

Certes, pour vous avoir manquée , Ma tristesse fut remarquée; Toutefois, malgré mon ennuy,

10 Je rime pour vous aujourd'hui, Et croyez , ame belle et sage , Que les vers du prézent ouvrage Vous sont de bon-cœur envoyez, En quelque-part que vous soyez.

1 $ La légère cavalerie ,

Au milieu d'un champ ou prairie , S'est soumise au commandement, Avec grand aplaudissement Et paraissant toute joyeuze »

20 De monsieur le duc de Joyeuze Qu'elle a receu pour colonel , Digne d'un renom étemel ; Une infinité de trompettes Avec leurs voix cbires et nettes ,

»s Les caracols des Argoulets 1 Et les salves des pistolets , Bref, mille chants à sa louange »

Témoignoient, par un beau mélange Qui luy devoit sembler bien doux,

30 Que son aspec plaizoit à tous.

Depuis, on l'honore, on l'admire,

7$ L'évesque , remoly de doctrine ,

De la cité Périgordine,

Ayant par un ordre royal

Porté le pardon général

A ceux de la susdite ville So Oui durant la guerre civille

S*ètoient lâchement comportez

En détestables révoltez,

Cauza beaucoup de joye et d'aize

J24 La Muze historique.

Et , certes , l'on a droit de dire Qu'aucun de ceux oui Pont receu N'a nullement été déceu M Touchant la giorieuze estime Qu'on fait de ce cœur magnanime ; Difidlement peut-on voir Un chef plia prompt à son devoir, Ny qui témoigne davantage

40 De soin, de vigueur, de courage, D'ardeur et d'assiduité, Ny plus de générozhé.

Je croy oue cet aimable prince, Estimé dans mainte province ,

41 Parfaitement réussira, Et que toujours il montrera En cette charge illustre et belle Qu'il est François franc et fidelle.

Le duc de Guize , son aîné ,

jo Aux belles chozes destiné, Qui du Ciel obtint en partage La politesse et le courage, La civilité, la splendeur, L'esprit, la grâce et la grandeur,

jj Doit bien-tôt, d'une course înelle, Aller où son grand-cœur l'apelle ; Son bagage est déjà party, Lequel, ait- on, est assorty D'un apareil qui , sans réplique ,

éo Est«i leste et si magnifique, Que pour un train nche et nouveau On n'en vid jamais un plus beau.

Outre l'équipage de guerre Des plus asomplis de la terre ,

*t Une bande de violons Sera souvent à ses talons , C'est-à-dire prés sa personne , Signe qu'Amour et que Bellonne , Que le mîrtbe et que le laurier,

70 Que le galant et le guerrier, Que la trompette et la muzique , La douceur et la politique , Dans les desseins d'un généreux N'ont rien d'incompatible entr'eux.

IJO

— Aoust 1654.

Aux principaux du diocéze ; Le Te Deum en fut chanté Avec grande solennité , Et les canons firent merveilles.

Jusqu'à s'en boucher les oreilles.

Or, à côté de Périgueux , Certains croquans des plus fougueux, Habitans dix-huit grands villages Enclos de bois et de bocages , Déarans tous, de bonne-foy, Avoir part au pardon du Roy, Vers cet évesque députèrent Aucun d'entr'eux , qui confessèrent, En beaux termes Périgordins, Avoir été de grands badins De suivre les loix et les pistes Des Bordelois et Marsinistes, Qu'ils en crioient au Roy mercy, Et deraandoient pardon aussy.

Ce saint pasteur, après la messe, Leur fit solennelle promesse Qu'ils auroient en se soûmetant Le pardon qu'ils désiraient tant, Et qu'avec allégresse extresme Il iroit leur porter luy-mesme, Ce qu'il fit peu de jours après.

Eux s'êtans assemblez exprès En un grand lieu prés d'une églize, Habillez chacun à sa guize, La plus-part d'eux étant parez De deux bons sabots bien ferrez Avec de beaux chapeaux de paille, Ils se mirent tous en bataille , Armez assez diversement Comme ils sont ordinairement:

L'un avoit une fourche-fiére , L'autre un mousquet sans bandoKére; Un portoit, faisant le soudait, Une épée, et point de poignard, Et l'autre, faizant le Pompée, Un grand poignard , et point d'épée.

L'un un dard, l'autre un javelot, L'autre un bâton de Miquelot, L'un une faux sur son épaule, L'un un levier, l'autre une gaule; Au lieu de tambours vieils ou neifs, Ils avoient des cornes de bœufs Au nombre de soixante-et-saize , Dont ils cornoient tout à leur aize.

Bref, êtans tous en bon-aroy Ils crièrent : <c Vive le Roy! »

Et cette tourbe , convertie Par la teneur de l'amnistie , Promirent à Sa Majesté

Aoust 1654. — Livre V. Lettre XXX.

Eternelle fidélité.

Un bel esprit dans un mémoire 140 A bien mieux naré cette histoire ; Mais, de peur d'être trop iongis (Car, quand je suis long, j'en rougis), Pour n'atirer sur moy murmure, J'ay fort abrégé l'avanture.

145 Laissant donc-là le Périeord Et changeant de sujet, d'abord , Pour parler d'Aras dans ma lettre , Je vais prézentement y mettre Pluzieurs particularitez 1 $o Ou'on m'écrit de divers cotez.

L/autre-jour, monsieur de Navailles, Homme ayant vu quelques batailles , Poursuivant cinq cens ennemis Qu'il avoit en dézordre mis , in Et qui portoient sur eux des poudres Dans des sacs, des barils, des oudres, Par je ne ne sçay quels accidens Quelques feux glissèrent dedans , Qui , prénans aux poudres susdites, : " 1*0 Cauzérent bien des morts subites < A des hommes et des chevaux,

Qui , courans par monts et par vaux , r Comme jadis défunt Hercule ,

Soufroient pis que la Canicule , 165 Et brûloient eux et leurs habits Par des embrazemens subits , Qui fut un cas fort éfroyable , Et, mesmement, presque incroyable.

t Des ennemis un autre gros ,

170 Escortant de vin quelques brocs, Maint jambon et langue fumée , Qu'on transportait dans leur armée , Et mesmes des moutons, des bœufs,

* Des pois, des fromages, des œufs, [pes,

; 175 Et des choux pour métré en leurs sou- Furent rencontrez par nos troupes ,

[ Qui, soudain leur livrant combat ,

f Firent un terrible sabat ,

Un assez grand nombre en occirent , 180 Et deux cens prizonniers ils firent. Mais, hélas! monsieur de Beaujeu Y mourut d'un coup d'arme à feu , Qui du cœur luy coupa la veine :

Ainsi ce vaillant capitaine, 185 Dont le nom jamais ne mourra , Dans le lit d'honneur expira.

Sans mentir, il est beau de vivre , C'est Pinstinc que chacun doit suivre ; Mais mourir en homme-de-cœtfr,

190 Après avoir été vainaueur, Est une mort digne d'envie Qui vaut bien la plus belle vie.

Les Capitans et Fiérabras Qui forment le siège d'Aras ,>

19 j Ces trente-et-deux mille aversaires, Ne font pas trop bien leurs afaires, Et dans Paris on a mandé Que du régiment de Condé , Le vingt-et-deux , dans la tranchée,

joo On fit une horible jonchée ; Le sort traita si rudement Cet infortuné régiment, Qui ne manquoit point de courage, Qu'un seul se sauva du carnage.

105 Or si ce prince fut fâché Et trés-sensiblement touché D'une si sanglante déroute , Il ne faut pas que l'on en doute.

De Sténay je n'ay rien apris, aïo Sinon qu'on ait qu'il sera pris, Nonobstant toute sa défence , Le douze du mois qui commence.

Outre que monsieur de Fabert Est à la guerre assez expert, ai j Et qu'on peut rendre témoignage Que ses soldats ont du courage, Quantité de gens sont témoins Que le Cardinal prend des soins Pour le succez de cette place, a*» Qui, sans doute, auront éficace :

Car, non plus qu'à feu maître Armand, Ses projets manquent rarement.

Tout-à-l'heure on vient de me dire Que notre incomparable Sire

aa$ Ne bouge presque aussi de-là ; Et , pour mieux confirmer cela , Qu'il est logé dans une grange.

Peut-on donner trop de louange A ce Roy, l'image des dieux ,

ajo Qui préfère aux superbes lieux Des logis d'argile et de terre , Pour mieux réussir à la guerre, Et participer aux travaux Des soldats et des généraux ;

»3S Bref, qu'il méprize les délices Poursuivre les durs exercices Qui donnoient l'immortalité Aux héros de l'antiquité.

O France ! avec plaizir remarque

340 Que sous cet excellent monarque

La Muze historique. — Aoust 1654.

Tu reçois maintenant la loy

Non plus d'un enfant , mais d'un roy.

Vous, mes Vers, allez sous la presse, Puis, courez après la Princesse *4$ Qui partit jeudy de ces lieux ,

Et, vous prézentant à ses yeux, Dites-luy, me rendant ofice , Que je suis fort à son service.

Fah au mois d'aoust, le jour praw, »fo Par moy qui n'ùs jamais fermier.

LETTRE TRENTE-UNIÈME

Du [samedi] 8 Aoust.

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