‹ La muze historique;Chapitre 213 sur 221 · PROMPTE · texte numérisé non relu

PROMPTE

Aujourd'huy qu'il est bonne feste, C'est la raizon que je m'apreste D'aller en quelque dévot lieu Entendre messe et prier Dieu.

$ Qu'à Vôtre Altesse donc sufize Qu'après mon retour de l'églize, Invoquant du Ciel le secours, Je vous fasse un nouveau discours.

Il faut servir ce divin Maître

10 Qui nous donne l'esprit et l'être, Ce point de nul n'est débatu ; Mais , 6 fille dont la vertu A cent fois mon ame ravie , Après luy vous serez servie.

ts

En revenant donc de l'autel , Moy qui suis un simple mortel , Vous diray que monsieur de Guize (Çue Dieu bénignement conduize) Dit lundy, ses derniers adieux Et fit plerer plusieurs beaux yeux.

Il eût demeuré davantage; Mais, l'amour cédant au courage, Il s'en va dans le champ-d'honneur De gloire être un grana moissonneur.

J'estime beaucoup sa personne, Et je souhaite une couronne A ce magnanime guerrier, Sinon d'or, du moins de laurier.

Par pluzieurs couriers et messages 10 Tant de villes que de villages , Nous sceûmes dés mardy dernier Que cet important prizonnier Nommé François, et non Jacinthe, Lequel, autrefois, de Corinthe 35 Fut archévesque ad honores, Sçavoir le cardinal de Rets, Echapa du château de Nantes, De nuit, à deux heures sonnantes, Le cinq ou le six de ce mois, u

40 Encor qu'il eût plus de cent fois Expressément sa foy promize De ne sortir point par surprize ; Et ledit manquement de foy (Qui peut cauzer du dézaroy)

as N'a pas rendu l'ame fort gaye De monsieur de la Meilleraye.

Enfin, cet esprit rédouté Est maintenant en liberté ; Mais , pourvu au'il pût toujours être

jo Vray serviteur du Roy son maître , Qu'il obéît aux saintes loix, Et qu'il fût fidelle Gaulois , En dépit du party d'Espagne, Je ne luy plains point la campagne.

$ $ Quand la lune qu'on voit là-sus ,

Se rencontrant visum-visus

Au devant du grand luminaire,

Eclipsa sa rondeur solaire ,

Qui fiit justement mercredy éo Quelques heures avant midy,

l/allarme fut tout-à-fait chaude

Parmy la nation badaude,

Où les pronostics d'Anbréas

Cauzérent bien des embaras.

*s On dit lors mainte patenôtre ,

Et d'une façon ou d'une autre

Chacun se précautionna ;

Tel au point du jour déjûna,

Tel se creva de tériaque 70 En regardant le Zodiaque,

Tel alla chez le charlatan

Acheter de l'orviétan ;

Beaucoup de gens, et des plus braves,

Se cachèrent au fond des caves, 7j Et tel fut au grenier exprés

Pour voir le soleil de plus prés ;

Mainte damoizelle adonnée

A dormir grasse matinée,

Son cœur tremblant comme un traquet,

La Muze historique. — Aoust 1654.

80 Se leva dés pohron-jaquet ,

Et j'en connois mainte autre encore , Matineuze comme l'Aurore, Qui ce jour-là hors de ses draps Ne sortit nez , ny mains , nv bras ;

S5 Cent mille gens se confessèrent, Et trente mille autres dansèrent, Avans humé de grand matin Cnacun, du moins, un pot devin.

Enfin , tant les belles que laides

90 Pratiquèrent tant de remèdes, Et les hommes et les garçons Morguérent en tant de façons Cette éclipse (Dieu me pardonne) ,

Su'elle ne fit mal à personne ; fais , je le dis encore un coup , De la peur, elle en fit beaucoup.

Ce jour mesme, l'aprés-dinée, Par une heureuze destinée, J'ouys les sons mélodieux

100 (Dignes de contenter des Dieux , D'une guitare , et mesme encore D'une merveilleuze mandore , Dont j'ûs le cœur tout ébaudy, Au logis du sieur Sifrédy ;

10$ Et, de plus, sa charmante nièce Joua mainte excellente pièce Sur sa viole , et puis enfin Sur son ravissant clavessin.

Certes, tout ce qu'on dit d'Orfte

no Ne sont que des contes de fée Au prix des célestes acors Qu'en ce lieu produisirent lors D'une façon rare et gentille ê

Les souples doigts de cette fille.

1 1 s Des beaux airs par elle animez Les auditeurs furent charmez, Et cela leur chatoûilloit i'ame Jusques à dire : « Hâ, Dieux ! je pâme », Tant ses frédons, au gré de tous,

tao Etoient harmonieux et doux.

Outre certain nombre d'illustres Qui hantent palais et baiustres, Et dont les mérites connus Font qu'ils sont pr tout bien-venus,

i3j Trois duchesses là se trouvèrent, Oui cent et cent fois l'admirèrent, cKaulnes, Vileroy, Ventadour, Et , de plus , cet astre d'amour, Cette merveille surprenante,

1 30 Cette chère et mignonne infante, Sçavoir l'infante Vileroy, Qui, par un doux je ne sçay quoy

Et par ses grâces naturelle!, Egalle déjà les plus belles.

ils Enfin, je pouvois en ce lieu Jurer tout-franc ma-foy-de-Dieu, Que la vue ètoit réjouie Pour le moins autant que l'oûye, Car j'y vis plus d'un bel objet

140 Mais c'est assez sur ce sujet.

Les troupes prés d'Aras campées Redoutent si fort les épées De Turenne et de la Ferté Que, pour se mettre en sûreté

14s De ces deux généreux illustres, Ils ont fait creuzer par des rostres Des puyts de trois pas en trois pas, Pour qu'on ne les aborde pas Sans trébucher à l'heure-mesme.

1 jo Certes, c'est bien un stratagème, Mais bien plutôt de gens peureux Que non pas de gensgénéreui; Et , comme ils se cachent sous terre, On peut dire qu'ils font la goene

1 s s Contre les maximes de Mars, Bien moins en lions qu'en renards.

% Encorque leur camp éfroyaNe Ait des gens un nombre incroyakfe, Selon les plus communes voix,

160 On leur défait piuzieurs convois.

Leputné du roy d'Àneleterre, Qui fait , dit-on , fort bien la goene, Cœuvres , qui vient de fort bon lien, Le sieur marquis de Richelieu,

iéj Et Chavet, hardy capitaine Dans le régiment de Tureine, Tous quatre, certes, cens-de-ben, En ont défait chacun le sien.

Pour les défenseurs de la ville, 170 Qui sont un peu plus de trois mille, Jamais, dit-on, les assaillans N'en trouvèrent de si vaillans, Ny qui fissent cheoir sur leurs testes Plus de foudres ny detempestesj 175 Mais sur-tous le cadet Créquj, Ce renommé chevalier, quy Se peut vanter, avec justice, D'avoir rendu maint bon service En piuzieurs actes importans 180 Et d'être un des braves du terni*- Or, comme il est plus Pieui P' Et aue jamais il ne recule, l* Le dernier jour du mois passé

Aoust 1654. — Livre V. Lettre XXXIII.

Il fut à la jambe blessé, 185 Mais d'une si légère playe

Qu'il ne faut pas qu'on s'en éfraye;

Iln'en est pas estropié ,

Et va mieux que jamais du pié.

Au grand plaizir de mes oreilles, 190 J'entendis hier dire merveilles De nos gens, qui par leurs progrés Aux Castillans cassent du grés, Leur taillans bien de la bézogne Vers le pais de Catalogne.

i9î Huit cens d'eux étans, à leur dam, Ataquez dans le Lampourdan , La pluspart fuirent ou moururent.

Ou pour le moins , ce dit-on, furent Acomodez tout de rôty, *>o Par un camp-volant de Conty, Qui s'est rendu, malgré l'Espagne, Mahre de toute la campagne.

jï- Après la prize de Sténé ,

Faite par Louis Dieu-Donné

- jof Le sept du mois nommé d'Auguste,

r- Ce cher fils de Loûis-le-Juste,

Digne d'un renom immortel,

& S'en vint de Sedan à Retel;

. •? De Retel, il vint en personne

no Dans le beau château de Sissonne; De Sissonne, le neuf du mois, Ce rejeton de tant de rois Vint avec la Reine à la messe Dans Nôtre-Dame de Liesse,

215 Monsieur et l'Eminence aussy, . Dont assez peu je parle icy, Car, ignorant leur belle vie, De gloire et de grandeur suivie, D'un commun aplaudissemant

mo Et d'un éclat toujours charmant , Je ne sçaurois presque rien dire Ny d'eux, ny au Roy nôtre Sire, Sinon que maintenant la Cour Est chez monseigneur d'Hocquincour,

aaj Ou (pour mieux parler) dans Péronne, Ville belle, plaizante et bonne.

C'est tout ce qu'au pais normand Je puis mander prézentemant A la Princesse à blonde teste 2)o Dont il est aujourd'huy la feste, Car Marie est son propre nom, Et non pas Cataut ny Nanon.

Aussi vray que l'Ap Fait quatre jours âpre

LETTRE TRENTE-TROIZIÉME

Du [samedi] 22 Aoust.

HAZARDEUZE.

En ce jour mon esprit est morne, Je sens un chagrin qui me borne, Et je ne puis comme toujours M 'étendre en copieux discours; s Mes chaleurs sont presque glacées, Je n'ay ny pointes ny pensées;

Suoy que l'air soit remply d'ardeur, n'échaufe point ma froideur.

O Princesse de Longueville!

10 Pardonnez à l'humeur stérile De moy, languissant animal, Et m'excuzez si j'écris mal.

Monsieur de Sève, personnage

Ayant renom d'être homme sage, 15 Et point du nombre des méchants, Fut éleu prévôt des marchands L'autre-jour en l'Hôtel de Ville , Et deux autres, d'esprit habile, De bon sens et de bon cerveau, 20 Assavoir Héron et Rousseau (J'ignore leurs noms de baptesme), Ce mesroe jour, dans le lieu mesme, Illec prézens plus de six-vingts, Furent déclarez échevins, 25 Et n'ont plus autre choze à faire, Suivant la coutume ordiaaire, Que jurer à Sa Majesté

Immuable fidélité, Lequel serment inviolable io Tout sujet bon et raizonnable , Et qui suit les loix de l'honneur, N'enfraint jamais vers son seigneur.

De Rets, Péminent personnage, Qui n'est pljjs maintenant en cage,

j$ A, dit-on, écrit l'autre-jour Une fort belle lettre en Cour :

Il jure et promet à merveilles Des fidélitez sans-pareilles, Que c'est pour jouir du repos

40 Qu'il a pris sans congé campos, Et qu'au sortir de la spélonaue , Par complot ny dessein quelconque, Tant de ses amis que de soy, Il n'iritera point le Roy;

4$ Bref, qu'il est tout à son service. S'il est ainsi , Dieu le bénisse.

Des personnes de tous métiers, Juges, chanoines, bahutiers, Chantres, capitaines, notaires,

$o Pages, médecins, secrétaires, Clercs, filoux, sergens, sacristins, Traiteurs et faizeurs de festins, Débiteurs de vins dans les caves, Marchands de melons et de raves,

j j Bref, les vendeurs de mort-aux-rats, Ne font tous que parler d'Aras, Mais avec tant de controverses, Et des paroles si diverses, Qu'on ne sçauroit, en vérité,

60 Y trouver ny sens ny clairté.

Toutefois , le plus vray-semblable Est que, dans l'assiéte éfroyable Du camp contre Aras animé , Dans la terre presque enfermé ,

6s Quoy que ces ennemis insignes Soient entourez de doubles lignes De palissades et de pieux Aussi pointus que des épieux, De canons dont les larges bouches

70 Ne vomissent que des cartouches, De pièges , de puyts , de fossez , Frauduleuzement agencez , Bref, de maint fort et baricade , De demy stade en demy stade ,

7$ Nos chefs, en ce cas important, Avoient tous rézolu pourtant De s'en aller testes baissées Forcer ces bandes terrassées.

La déesse Témérité,

RiQUE. — Aoust 1654.

80 Qui n'a jamais rien redouté, Et qui ne craint ny fer ny flâme, Leur soufloit ce dessein dans Famé; Mais dame Prudence survint, Qui leur grand courage retint,

8; Et par ses solides lumières Fit voir que nos troupes guerrières Pouvoient perdre illec , par mal-beur, Des vrais François toute la fleur; Que contre brèche, assaut et mine;

90 Aras fait encor bonne mine, Que la ville ny la cité Ne sont pas à l'extrémité ; Bref, qu'on ne peut, en cas de guerre, Aucun renom ny gloire aquerre

9 1 Contre des cens gabionnez Qui n'ozeroient montrer le nez.

Ilest vray que , cette entreprize N'étant que simplement surdze, Si Ton pousse à bout Mondéjeu,

100 Les ennemis verront beau-jeu.

Toute la Cour êtoit partie Pour être de cette partie, Et chacun couroit comme au fen Au secours du sieur Mondéjeu;

ioj Le Roy vouloit mesme, en personne, Risquer son sang et sa couronne En cette grande ocazion ; Mais , à la persùazion De la Reine et de PEminence,

no Et d'autres gens pleins de prudence, Son ardeur arêta son cours, Mais il tint pourtant ce discours :

« Hâ ! sans être ny roy ny maître, Durant huit jours que ne puis-je être

11; Simple gentil-homme ou soldat, Afin de voir ce beau combat!

Quoy qu'il y fit plus chaud que brane, Certes, je serois ravy d'aize D'j témoigner avec vigueur

120 L'mstinc que je sens dans ie cœur. » Parole, en un jeune monarque, Tout-à-fait digne de remarque, Et dont maint noble , ou nobëis, Qui de l'honneur des fleurs-de-lis •

iaj Ne fait pas autrement de conte, Devroit au moins rougir de bonté.

Léopolde, prudent seigneur, Pour métré à couvert son honneur, Apréhendant qu'à ceux du siège tjo Fortune dressât quelaue piège, Sans faire autrement rarogant Avec son étendait de Gand,

HJ

Aoust 1654. — Livre

S'est mis» ainsi que dans une aire, A l'abry dans la ville d'Aire, Pour atendre illec le succez Du grand et dangereux procez (Non sans dire sa patenôtre) D'entre son armée et la nôtre.

£ Gaston, fils et frère de rois,

:- 140 Lequel est maintenant dans Blois

Moins souvent chez-luy qu'à l'égli:

r Ayant sceu de Sténay la prize , : Par un gentil-homme d'envoy

En a félicité le Roy, ■-• 145 Montrant grande réjouissance

Pour un cas de telle importance.

* 0 Prince, dont les intérêts :- Suivent ceux du Roy de bien prés,

Dans quelques semaines j'espère : ijo Que, le Ciel nous étant prospère,

Pareille choze tu feras r Pour la délivrance d'Aras.

Par arêt de dame Justice, Qui n'est point aux crimes propice , Mercredy, d'un vieillard tout blanc En Grève on répandit le sang, Pour avoir, par trop de courage, j. Massacré certain personnage ; Qui luy refuza quelaue argent, 160 Dont il êtoit trés-inaigent ; Sa vie ainsi fut terminée En sa soixante-et-quinze année.

Ses amis ont solicité Avec grande assiduité ; il; Il avoit vu pluzieurs fois Rome, Il êtoit ancien gentil- homme ; Ses juges , du moins la moitié, Eurent pour luy de la pitié :

Son aspec êtoit honorable , 170 Sa race êtoit considérable,

L'honneur eut pour luy des apas, Mais pourtant il passa le pas.

îze,

Quoy qu'on puisse dire d'Espagne, Pluzieurs potentats d'Alemagne, i7t Êtans tout-à-fait réjouis Des progrés de nôtre Louis,

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