V. Lettre XXXIII
Et des suites trés-glorieuzes De ses armes victorieuzes, L'ont envoyé , par grand honneur, 180 Complimenter sur son bon-heur, Ayans déjà ferme espérance Que ce cher monarque de France Doit être un jour, en vérité, L'arbitre de la Chrétienté, i8j Et qu'ainsi cet aimable Sire Poura conserver dans l'Empire , Fût-ce contre les Otomans, La liberté des Alemans.
• Christine, l'admirable reine, 190 Est, dit-on, dés Pautre-semeine , Dans la riche cité d'Anvers, Des plus belles de l'univers; Mais cette princesse est trop sage Pour borner-là son grand voyage:
19; Paris, le séjour de nos rois, Des arts, des lettres et des ioix, Est encor plus noble et plus belle, Et par ainsi plus digne d'elle j Dans toute l'humaine rondeur, 200 Rien n'est égal à sa splendeur ; Des grands c'est la nourice illustre, Tous les arts y sont en leur lustre, De l'Europe elle est l'ornement Et des beaux esprits l'élément; 2o$ Bref, sans mentir, Paris mérite De cette reine une vizke :
Car, comme on sçait de tous cotez Qu'elle est la reine des citez , Par des conséquences certeines, 210 C'est aussi la cité des reines.
Princesse , en parlant de Paris, Je ne croy pas m'être mépris, Et je pense , malgré la fange , Quana j'en diray quelque louange 2 m En m'étendant fort sur ce point, Que vous ne m'en dédirez point, A cauze de l'aimable monde Dont cette grande ville abonde.
Fait six jours après la Saint-Roch, 220 Ayant perdu vingt francs au Hoc.
ÎJ4
La Muze historique. — Aoust 1654.
LETTRE TRENTE-QUATRIÈME
Du [samedi] 29 Aoust.
VALEUREUZE.
Princesse de rare importance, Piuzieûrs auront cette croyance , Tant dans Paris oue dans la Cour, Que mon Epttre ae ce jour
5 Sera sans doute des plus belles, A cauze des grandes nouvelles Qui cette semaine ont couru Au sujet d'Aras secouru.
Mais, quand trop de matière abonde,
10 Certains esprits de par le monde , Et qui Sont fort judicieux , Dizent que je n'en fais pas mieux ; Or ont-ils raizon , ce me semble :
Car, sans mentir, ma Muze tremble
15 Quand un grand sujet comme Aras Me vient donner de l'embaras; Toutefois, nôtre-dite Muze, Après cette valable excuze , Soit d'un jargon passable ou sot,
20 En dira tantôt quelque mot.
Lundy, premier de la semaine, J'allay courir la prétantaine A Samt-Oûyn, où filles , garçons Et gens de toutes les façons ,
s; Ce jour-là vont , à grosses bandes , Se fforger de vins et viandes, Et de fruits, qui de tous cotez Sont par-cy , par-là , débitez ; On voyoit rôtir dans les rués
30 Des dindons plus gros que des grues, D'autres un petit plus ragots , Force alloyaux , cochons , gigots , Et , bref, des chairs en si grand nombre (Dont on se fêtoyoit à l'ombre)
h Que les messieurs du camp d'Aras, Réduits presque à manger des rats , En eussent plus de trois semaines Réparé leurs plates bedaines.
Illec je vis riant, sautant,
40 Buvant , mangeant, dansant, chantant,
De gens plus de quarante mille, Tant des champs que de cette vffle; Tant petits nobles que barons, Tant laboureurs que vignerons,
45 Tant bourgeoizes que palzanes, Tant bergères que courtizanes, Qui sembloient, par pressentiment, Solennizer l'événement Qui depuis , pour le bien de France,
(o A fait a' Aras la délivrance; Et c'est ce qui m'a fait anssy Insérer cet article icy, Autrement (c'est choze certeine) Je n'en eusse pas pris la peine.
$ s Mais ce qui me charma bien mkax Que tous les ébats de ces lieux, Je vis le seigneur du village, Homme juste, pieux et sage, Sçavoir est monsieur de Maufflv,
60 Très-zélé serviteur du Roy, Et tout-à-fait François fidelle, Et son êpouze chaste et belle, Qui me tirent dans leur logis Tant d'honneur qu'encor j'en rong-
6$ Mon goût , mes yeux et mes ordBes Furent satisfaits à merveilles Par ses gens, qui sont à bien nw, Non pas certes pour mon beau ueii Ny pour être homme fort capable,
70 Mais d'autant que ce couple aimable Voit dans les vers qui sont de moj Que je suis bon amy du Roy.
Le lendemain , dans une sale, Je fus d'un autre grand régale
7$ Proche l'hôtel de Ventadour, Où l'on célébra ledit jour, A force de manger et boire, Le gain, ou plutôt la victoire, Du fameux procez de Tournon,
80 Dont cette clame de renom
Aoust 1654. — Livre V. Lettre XXXIV.
Qui de Vantadoûr est duchesse Avoit avec grande allégresse Eu tout-à-fait contentement Depuis huit jours au Parlement.
8$ En ce beau festin comparurent (Qui bien mangèrent et bien burent) Seize esprits assez renommez , Ayans fait de beaux bouts-rimez, Avec art, adresse et science,
90 Sur ce procez de conséquence.
* Certes mojr, qui de chaque auteur Suis assez juste estimateur, Je vis bien à leurs belles langues, Contes plaizans , vers et harangues ,
9$ Quoy qu'ils bussent comme des trous, Que j'êtois le moindre de tous , Je vous le jure et vous l'ateste ; Après cela, jugez du reste.
J'apris mardy, dès le matin ,
100 Que» par un belliqueux destin, Le généreux dpc de Joyeuze, Remply d'ardeur laboneuze , Et qui pour le party royal Etoit toujours presque à cheval,
105 Poursuivant avec grand courage Des troupes allans au fourage , Dans une embuscade tomba , Et pourtant point n'y sucomba.
Avec des vigueurs sans-pareilles
no II se défendit à merveilles; Mais comme il voulut dégager Le comte d'Arcy du danger, Par une audace signalée S'enfonçant trop dans la mêlée,
if $ Il fut lors au bras, ce dit-on , Blessé d'un coup de mousqueton , Coup qui fut pourtant favoraole , N'étant point mortel , mais curable , N'ayant aucun os fracassé,
im N'ayant point d'artère ofensé, Ny de nerf coupé , ny de veine , Point du tout sujet à gangreine, Et bref qui n'est , paf grand bon-heur, Qu'une illustre marque d'honneur.
1 »f On sceut le soir de ce jour-mesme
Qu'avec une prouesse extresme ,
Et par des éforts glorieux,
Nos généraux victorieux
(Qui d'honneurs éternels sont dignes) 130 Avoient forcé les doubles-lignes
Du camp du contraire party,
Dont Aras êtoit investy,
Et que tous ces braves d'Espagne , , Ces grands colonels d'Alemagne,
ijî Ces Irlandois par eux levez, Bref, tous les Flamans arivez De Cambray, de Gand et du Liège, Avoient enfin levé le siège , Et que l'équipage et canon
140 De tant de princes de renom , Leurs chariots et leurs bagages, Etoient demeurez pour les gages.
Tureine, Ferté, d'Hoquincour,
Que ce fut pour vous un beau jour !
u$ 0 Ferté, d'Hoquincour, Tureine,
Quelle glorieuze semeine !
Tureine, d'Hoquincour, Ferté,
Quel los n'avez-vous mérité !
Mondéjeu , qu'est-ce que la France 1 $0 Ne doit pas à ta rézistance !
Guerriers sacrifiez à Mars,
Qui, cherchans les plus chauds hazars,
Avez avancé la victoire,
Quel rang aurez-vous dans l'histoire ! 155 Et vous, 6 Louis trionfant,
Du feu Roy l'adosable enfant,
Combien le bon-heur de vos armes
Doit-il avoir pour nous de charmes!
Auguste et sage Majesté, 1*0 Qui dans vos flancs l'avez porté ,
Combien devons-nous aux prières
De vous, la meilleure des mères !
Bref, combien, 6 prudent conseil
De ce monarque sans pareil , iéj Méritez-vous par vos maximes
D'aprobations légitimes !
Ce fut le jour de Saint-Loiiis Que les gens-de-bien réjouis Entendirent cette nouvelle ,
170 Allans de ruelle en ruelle, Courans de métier en métier, Et bref de quartier en quartier.
Outre tout plein d'autres personnes, Je vis de fort jeunes mignonnes
175 Avéaues grâce, avec atraits, Employer gay'ment en cotrets Toute leur petite monoye , Pour allumer un feu de joye , Ce que tous bons François joyeux
180 Firent en quantité de lieux Par des mouvemens volontaires, Et sans ordres de commissaires.
Soudain que ce bruit s'entendit
La Muzb historique. — Aoast 1654.
Et par tout Paris s'épandh, i«j Cette princesse que ma vue Trouve de tant d'apas pourvue , La belle dame de Mercœur, Fit faire un beau feu de grand-coeur, Et, chantant par réjouissance :
190 « Vive le Roy! vive la France ! » On défonça deux muids de vin Pour en régaler le voizin , Les serviteurs et les servantes , Et tous les passans et passantes.
19$ Si les gens de condition Montraient leur exultation , Des goinfres de plus bas étage Ne rendoient pas moins témoignage.
Par leurs blindes et leurs santez ,
100 D'être ravis et transportez.
Saint-Malo , lequel se peut dire L'ingénieur de nôtre Sire , Construizit sur le bord de l'eau Un feu d'artifice si beau
*>5 Que , certes , digne il pouvoh être Du royal aspec de son maître.
Cinq ou six rares aaizans, Qui sont mesme un peu courtizans , Et dans l'esprit desquels, au Louvre,
aïo Mille beaux secrets on découvre :
Le Couvreux, armurier du Roy, Depuis deux mois connu de moy; Lâne, graveur, dont les images Sont autant de parfaits ouvrages ;
21 j Monsieur Nicolas du Moutiers, Dont crayoner est le métier ; Bref, pluzieurs de mesmes êtofes, Tant ouvriers que philozofes, Au feu d'artifice assistant,
tao Passèrent la nuit en chantant , Et firent tous rage de boire A la santé de la Victoire.
J'ay sceu par un mien confident Qu'au mois de juillet précédent ,
«as Un grondant tremblement de terre, Plus redoutable qu'un tonnerre , A bien fait peur, il est certain , Au royaume Napolitain , Ayant détruit par sa malice
i)o Maint petit et grand édifice ; Le vkeroy du heu , troublé , Luy-mesme en a , dit -on , tremblé.
Mais , 6 Castriglio , je gage Que tu trembleras davantage .
an Quand par un courier tu sçauras N$tre victoire auprès d'Aras.
Trop de lassitude m'accable ,
Je ne suis pas infatigable ;
Et comme j'aperçoy la nuit «40 Venir vers nous à peut-bruit ,
Voilà tout ce aue dans ma lettre
D'Aras aujourct'huy je puis même;
Si de son secours important ,
Si de cet exploit éclatant 24$ Dont toute la Flandre soupire,
Vôtre noble Altesse dézire
En voir un plus ample discours,
Ayez à Renaudot recours:
Comme il en a maint bon mémoire, 2(0 Je croy qu'il en fera l'histoire.
J'ay fait ces vers, fort peu pointes, Le vingt-neuf du mois Augastas.
Septembre 1654. — Livre V. Lettre XXXV.
LETTRE TRENTE-CINQUIÈME
Du [samedi] j Septembre.
FÉLICITANTE.
Princesse dont de jour en jour
On atend icy le retour,
Et qui, dit-on, prendrez la peine
De revenir l'autre-semaine, $ Etant encore à Saint-Ouën ,
Le plus beau logis de Rouen ,
Ma Lettre illec je vous adresse ;
Mais, d'autant que l'heure m* presse, , Pour avoir pris trop de repos , 10 J'abrégeray Pavant-propos.
0 vous lecteurs, et vous lectrices, Qui vous plaizez à mes caprices, Vous ne verrez dans ce travail Ny le débit, ny le détail,
m Avec des rimes familières, Devantures particulières :
Car, outre l'article suivant Où ma Muze ira décrivant Certaine action belle et bonne
ao D'une dame portant couronne, Du Roy l'heureux retour icy Sera presque tout mon soucy.
Cette troupe sainte et chérie Des Filles de Sainte-Marie
2 s Qui partit d'icy l'an passé , Ayant l'Océan traversé , Après quantité de traverses Et maintes fortunes diverses , Est enfin arivée au port,
30 Sous un des grands climats du Nord, C'est assavoir dans la Pologne, Auquel royaume on leurtémogne Qu'on souhartoit fort en ce lieu Ces sages servantes de Dieu ;
15 Et la reine fut si ravie De les tenir à Varsovie, Qu'après un acûeil très-humain EQe leur fit donner, soudain , Une maizon toute meublée ,
40 Belle, spacieuze et comblée De toutes les commoditez Requizes aux communautez.
De plus, cette reine excellente, Charitable autant qu'opulente ,
4j Par un procédé ravissant, Leur fit, en les établissant , Après cent courtoizes paroles , Un don de vingt mille pistoles Et d'une assez bonne comté ,
$0 Qui vaut , à ce qu'on m'a conté, De revenu vingt mille livres , Mesmement du linge et des livres ; Et pluzieurs ornemens d'autels , Si riches , si beaux, enfin tels
n Qu'en pais chrétien ou barbare On ne peut rien voir de plus rare.
N'ayant fait nulles mentions Dans mes autres relations De cette remarquable histoire ,
60 Pour avoir manqué de mémoire , Comme il vaut mieux tard que jamais, De bon-cœur icy je la mets :
Car, certes , l'action est telle , Que chacun la trouvera bellç.
6$ Vendredy, du mois le quart jour, Nôtre Roy, la Reine et la Cour, Bornans leur heureuze campagne, Si fatale au party d'Espagne, Revinrent en bonne santé
70 Dans cette fomeuze cité.
Vouloir dire icy l'allégresse , L'émotion et la tendresse Que sentirent les bons bourgeois En voyant la perle des rois,
7$ Ayant à ses cotés la Gloire, Grâce, Beauté, Vertu, Victoire, Les anges seuls du firmament En pouroient parler dignement.
Depuis, les gens les plus notables,
La Muze historique. — Septembre 1654.
Marquent envers vous mon devoir.
te Les corps les plus considérables , Sur ses farts beaux à raconter Le viennent tous féliciter.
Or, comme par instinc céleste Ce Roy charmant est fort modeste,
S( Il n'a point souhaité qulcy Les citoyens prissent soucy De faire une extrême dépence Pour mieux honorer sa prézence ; Mais, si sa chère Majesté
90 N'a trionfé dans la cité
Par des inscriptions aux portes, Par des festons de toutes sortes , Par de superbes apareiis, Ses actes vrayment sans-pareils ,
95 Ses vertus en un si jeune âge, Sa prestance , son beau vizage, Et mille autres charmes vainqueurs, Ont trionfé de tous les cœurs.
0 Monarque des plus habiles 100 A prendre et secourir des villes!
Témoins sont Aras et Sténé, Glorieux Loûis-Dieu-Donné , A qui tous vos sujets fidelles , Par des louanges immortelles , ioj Doivent dresser à tous momens D'éternels et beaux monumens, Comme je suis d'un rang trop mince Pour haranguer un si grand prince, Ces vers, 6 mon aimable Roy, no Vous complimenteront pour moy.
Mère de ce fils magnanime, Dont le nom, la gloire et l'estime Ne se peuvent trop publier, Il ne faut pas vous oublier:
1 1 5 Ainsi donc , 6 Reine trés-sage , Dont je ne puis voir le vizage Sans joye et sans ravissement, Prenez part à ce compliment.
Vous, du Roy le cadet unique, 120 Que d'honorer fort je me pique, Beau prince , qui plaizez à tous, Acceptez aujourd'huy de nous Ce sixain que j'ay voulu mettre De trés-bon cœur dans cette Lettre.
125 Vous , heureux et grand Cardinal , Ministre icy-bas sans égal , Et dont de Dieu la providence Fait si bien agir la prudence, Ces vers , s'il vous plaît de les voir,
ijî
Et vous , adorable Uranie, Beauté d'excellence infinie , Qui possédez un si haut rang, Aimable princesse du sang, Ce petit trah de ma science Vous fait pour moy la révérence.
Enfin, 6 vous toute la Cour, Dont on souhaitait le retour, Cour pompeuze , Cour trionfante, Cour totft-à-fah belle et brillante, Objets tant graves que bénins, Tant masculins que féminins, Trézors de grâces et de charmes, Je vous dy par ces petits carmes, Qui sont toibles, mais ingénus:
« Vous soyez les très-bien venus. »
Aujourd'huy, cette Cour illustre, Que l'on peut dire être en son lutte, S'en va pour rendre grâce à Dien
i$o Dans un auguste et sacré lieu (Sçavoir l'églize catédrale) De la victoire sans égale Qu'ont obtenue avec leurs bras Les François secourant Aras.
151 Justes-Cieux! j'y voudrais bien être Pour faire mon zélé parètre, Et de ce glorieux bon-heur Remercier Nôtre-Seigneur; Mais las \ce jour est pour ma teste
160 Jour de travail, et non de feste; Dans ma chambre il le finit passer A songer, rêver, rimasser, Pour continuer et parfaire Cet entretien hebdomadaire,
iéj Dont je fais part avec mes vers Aux quatre coins de l'univers.
O Muze! après cette parole Qui tient un peu de Tniperbole, Où la rime a souvent recours,
170 Reprens le fil de ton discours, Et, montrant ta réjouissance Touchant les progrés de la France, Dy tout le mieux que tu pouras Quelque chose encore d'Aras,
i7î Dy de quelle façon le inonde , Où chacun en son sens abonde , Reçoit cette nouvelle-là En divers lieux, par cy, par-là.
L'Espagne, dit-on, en enrap,
180 La Flandre en perd cœur et courap;
Septembre 1654. — Liv
L'Empéreùr en est alarmé , Le Portugal en est charmé, Naples n'y trouve pas son conte, Caracéne en rougit de honte ; 185 Messeigneurs les Vénitiens, Comme nos amis anciens , Trouvent des douceurs et des charmes Dans l'heureux succès de nos armes; Le Holandois n'est pas fâché
190 Que l 'Archiduc ait aéniché ; En Sicile l'on en soupire, A Rome on ne s'en fait que rire ; Le Protecteur, nôtre voizin , Moitié-figue, moitié-raizin;
195 Les Cantons et les Grizes-Ligues , Ne plaignent pas trop les Rodrigues ; Messieurs les princes Alemans Ont entr'eux aivers sentiraans Touchant cette importante niche
aoo Qu'on a faite au party d'Autriche; Pour les Suédois et les Danois , Et mesmement les Polonois , Je ne sçay si cette nouvelle Doit être pour eux laide ou belle ;
10$ Mais moy, qui jure rarement, Je ferois bien un gros serment Que Gènes , Luques et Savoye En ont senty bien de la joye.
Enfin, des succès de Louis
210 Tous les François sont réjouis , Hors-mis quelque peu d'ames noires Plus rudes que des décrotoires,
k Qui , depuis le secours d'Aras Ayans dfes sentimens ingrats,
a 15 Tâchent par leurs fausses paroles, Dont ils font leurs vaines idoles, De diminuer sotement Le général contentement.
Mais en ce jour filé de soye
aao Toute Nôtre-Dame est en joye , Tous les chanoines, d'aize émus, Chantent Te Deum laudamus.
J'entens les canons qui bruissent , Mes fenêtres en retentissent ;
22s N'importe, j'aime bien cela.
O mon Dieu ! que ne suis-je là !
Foin de mes vers, foin de ma Muze, Qui si long-temps icy m'amuze!
Si mon ouvrage êtoit remply
ijo Et totalement acomply,
re V. Lettre XXXV.
J'irois, sans chaize ny carosse, Aussi volontiers qu'à la noce; Mais, pour me consoler un peu, Vers le soir je verray maint feu , ajj Car je croy que dans cette ville On en fera plus de cent mille , Chantant par-tout : « Vive le Roy ! » 0 quel doux régale pour moy !
Princesse d'extraction grande, 240 A prézent encore Normande (Mais seulement pour le séjour), En atendant vôtre retour, Cette Lettre je vous envoyé, Faite durant les feux de joye.
245 Fait le lendemain que la Cour Fit à Paris un beau retour.
APOSTILLE
A la sérénissime reine de Pologne.
Digne et charmante souveraine, La meilleure et plus noble reine Que jamais la Pologne ait eu,
ajo Divin portrait de la Vertu ,
Qui, sur le haut trône où vous êtes , Ne méprizez pas mes Gazettes , Sçachez que, par un ordre exprés De la comtesse des Marets ,
2$ j Dame dont Pâme est sage et belle , Et tout-à-fait vôtre humble ancelle, Je vay pour Vôtre Majesté Prendre aujourd'huy la liberté De vous les adresser moy-mesme.
260 Cette dame , avec soin extresme, De moy pour vous les recevant, Vous les envoyoit cy-devant ; Mais à prézent elle dézire (Ayant tien daigné m'en écrire),
26$ Sans toutefois dire pourquoy, A l'avenir que ce fût moy; A quoy, de toute ma puissance, Je prétens rendre obéissance , Heureux , et même glorieux ,
270 En mon métier laboneux, Si je divertis par ma veine Une si noble et belle reine!
La Muze historique. — Septembre 1654.
LETTRE TRENTE-SIXIÈME
Du [samedi] 12 Septembre.
FAMEUZE.
Pour plaire à vôtre rare esprit, Il faut faire un nouvel écrit ; Mais , touchant les bruits et nouvelles D'importance ou de bagatelles,
f Princesse , on ne m'en a conté Qu'en fort petite quantité.
Ces vers, pourtant, comme j'espère, Parlans de vôtre très-cher père, Vous plairont peut-être aujourd'hui,
10 Car je vais commencer par luy.
L'illustre duc de Longueville, Dans Rouen, riche et grosse ville, Avec plaizir ayant apris , Par les postillons de Paris,
1$ Que du camp d'Aras la levée Etoit vraye et bien aprouvée , Fit part ae cette vente Aux principaux de la cité ; Des principaux cette nouvelle ,
10 Comme étant agréable et belle, Parvint jusqu'aux petites gens , Qui furent tous fort diligens De se raconter l'un à l'autre Que l'Espagnol êtoit au peautre.
a; Clergé , noblesse et Parlement , S'assemblant solennellement, Le Te Deam, ce beau cantique, Parmy la liesse publique Dont chacun êtoit excité ,
)o Fut dans Nôtre-Dame chanté.
Illec se trouva Vôtre Altesse, Qui , par des rayons d'allégresse Qu'on voyoit briller sur son front, Rendit le peuple cncor plus prompt
lî De sacrifiera la joye
Tout son cœur, sa rate et son foye.
Les boètes, cations et pétards Retentirent de toutes parts, Surpassans les bruits du tonnerre,
40 Et l'on fit sur le Pont de pierre
Un feu qui dans l'air s'éleva, Qu'extrêmement beau l'on trouva Pour la quantité des fuzées Admirablement compozées,
4$ Serpenteaux, saucissons et pots, Faizans crac-crac à tous propos, Et maints dragons et gérandoles, Qui coûtèrent maintes pistoles.
Ensuite , on fit des feux par tout ,
jo Et Rouen fut de bout-en-bout, Durant la nuit sombre et brunette, Eclairé de mainte planette, De flambeaux dans le ciel semez, D'infinis fagots allumez,
n Et de lanternes et chandelles, Tant les Normans son gens fiddlcs, Et tant ils sont , en bonne-foy, Transportez d'amour pour leur Rov.
Mais, certainement, l'on peut ère
60 Qu'en tous les lieux de son empire, Tous ses bons sujets réjouis, Ont fort crié : « Vive Louis ! »
La ville de Mets en Loraine, La ville de Tours en Touraine,
*s La ville d'Angers en Anjou, Celle de Poitiers en Poitou, Celle de Rênes en Bretagne, Celle de Châlons en Champagne, Celle de Bourges en Berry,
70 Celle de Château-Thierry, Toutes celles de Normandie, Toutes celles de Picardie, Saint-Clou , Saint-Maur et Saint-Do», Le Xaintonge et pais d'Aunix,
7î Toute la duché de Bourgogne, La haute et la basse Gascogne, Le haut et le bas Languedoc, Le haut mesme et le bas Médoc, La Bresse, Daufiné, Provence,
80 Trois provinces de conséquence, Le Périgord, le Limouzin,
Septembre 16^4. — Livr
Tout le pals Angoûmoizin , Lyon, Blois, Orléans, Amboize , Argenteùil, Vaugirard, Pontoize,
8j Le Forêt , Auvergne , Quercy, Le Gâtinois, la Beausse aussy, Où tant de bons blez on moissonne , Et, bref, pour n'ennuyer personne Par un trop long dénombrement ,
90 Qui déplaît ordinairement , On a fait par-tout le royaume Des feux de bois, de jonc, de chaume ; Et certe on peut dire qu'Aras (Maintenant exempt d'embaras) 9j A , par sa chère délivrance , Mis le feu par toute la France.
Après l'éloge sans pareil Du Monarque et de son conseil , Après qu'on a loué Tureine
100 Ce grand et prudent capitaine, Et beaucoup de bien raconté D'Hoquincour et de la Ferté , Les Bourgs, Châteaux , villes, villages, Les bons François et les gens sages,
105 N'ont allumé pas un seul feu Sans y parler de Mondéjeu, Et l'on fait par-tout tant de conte De cet infatigable comte, Qu'il doit s'assurer dézormais
no Que son nom ne mourra jamais , Ny de pluzieurs dont la vaillance Luy rendit fidelle assistance, Sçavoir Saint-Lieu , Boulainvilliers, Créquy, la fleur des chevaliers;
115 Rafly, Goranflos, Verderonne, Dont l'esprit ne cède à personne; Saiat-Estéve, Baubec, Montoy, Tous-trois francs serviteurs du Roy; Bobant, Paris, Plivot, Saint-Serre,
iao Tous quatre braves gens de guerre ; Jacob, Déquancourt et Daldar, Presque aussi hardis que Cézar; Tous gens, je le redis encore , Qui méritent qu'on les honore,
1 a s Tous capitaines ou majors ,
Les uns blessez , les autres morts, Et dont les noms m'ont semblé dignes D'avoir du moins part en ces lignes.
L'épouze dudit Gouverneur 1 jo Qui s'est aquis si grand honneur, Son aimable et belle compagne, Qui ne pût obtenir d'Espagne , Quoy qu'elle y fit tout son pouvoir,
e V. Lettre XXXVI. $41
Un passeport pour l'aller voir,
i)5 Aprenant dans sa solitude La louange, avec certitude, Qui court en la bouche de tous, De son brave et vaillant époux , Reçoit de ce bruit agréable
140 Un contentement incroyable , Et souhaite de tout son cœur Se réunir à ce vainqueur ; Certes, i'oze avancer et dire Que ce bon-heur qu'elle dézire
145 Est la seule prospérité Et l'unique félicité (Selon l'opinion commune) Qui manque à leur bonne rortune.
Depuis deux ou trois jours en-çà,.
ijo Un courier par icy passa, Qui dit , pjour nouvelle certaine , Que monsieur le duc de Loraine, Se croyant captif sans raizon , S'est évadé de sa prizon
ijs Sans empêchement dft personne, Et s'est retiré vers Lisbonne, Habillé non en cavalier, Mais, dit-on , comme un cordelier.
S'il est sorty par cette voye ,
160 Les Lorains danseront de joye, Les Flamans s'en étonneront, Pluzieurs Alemans en boiront, Le Morphorio romatesque En dira quelque mot grotesque
165 Qui fera rire l'univers»
Et moy je diray par mes vers (D'une façon un peu rustaude) A la nation moricaude :
« Hé quoi! Messieurs les Espagnols,
170 Qui nous traitez souvent de fols, Irécervelez et de volages, Et croyez être les seuls sages, Les seuls prudens, les seuls ruzez, On vous a donc déniaizez ! »
175 Depuis que le Roy nôtre maître A quité le séjour champêtre Pour tenir au Louvre sa cour, Il ne se passe point de jour Que complimens faire on ne vienne
180 A Sa Majesté Trés-Chrêtienne , Touchant les faits victorieux Qui rendent son nom glorieux, Tant les députez des provinces Que les ambassadeurs des princes
185 Qui sont nos amis ou voizins ,
La Muze historique. — Septembre 1654.
Nos alliez ou nos couzins.
Quênoy, bonne ville de Flandre, Pour s'arranchir de tout esclandre, Nonobstant ses cinq bastions ,
190 S'est rendue à nos champions , Sans donner que fort peu de peine Au brave monsieur de Tureme ; Lequel général indompté Est maintenant si redouté
19s Que le moindre bruit de ses armes Cauze par-tout de grands alarmes.
Vous à qui j'adresse cecy, Et qui serez bien-tôt icy, Je suis au bout de mon mémoire ,
mo Et, ne sçachantplus nulle histoire Dont je vous puisse entretenir, Vous sçaurez , avant que finir, Que Carignan , grande princesse , cEére tante de Vôtre Altesse ,
S05 Eut Pautrenour grande douleur ' A cauze ainin certain voleur Luy déroba sa favorite , Chienne d'un si rare mérite Que de l'un à l'autre soleil
aïo On ne peut rien voir de pareil.
Cette cnienne , ayant tant de charmes, Cauza des sanglots et des larmes, Et non pas, certes , sans raizon , A pluzieurs gens de la maizon ;
21 S Et mesmes vôtre-dite tante N'eût pas été si mécontante D'avoir perdu tous ses chevaux Qui courent par-monts et par-vaux , Y compris ceux de ses carosses,
-tio Tant les vigoureux que les rosses , Que cette chienne de renom , Dont Joine, me semble, est le nom.
Mais le Ciel , voyant la tristesse
De l'inconsolable princesse,
h; Qui soupirait à tous propos Et perdoit repas et repos, Permit , après mainte corvée , Que la chienne fut retrouvée :
Moyennant vingt bons loûis d'or
ajo On luy rendit ce cher trézor; Et sa maltresse, tendre et bonne, Ayant recouvré la mignonne, Qui vaut mieux que cerf, bfche ou dà, Les soupirs cessèrent soudain,
an Un chacun fit caresse et feste A la jolie et belle beste; Dedans sa gueulette on cracha, On la peigna, flata, toucha, De tous elle fut courtizée,
340 Ettantbaizéeetrebaizée, Que je pense qu'une Vénus, Expozans ses membres tous nos Aux plus frétillais de cet âge, Ne le serait pas davantage.
245 Or, depuis ce joyeux retour, Les amis viennent chaque jour Pour cette heureuze recouvrance Témoigner leur réjouissance A l'épouze au prince Thomas,
2(o Assize en fauteuil de damas; Pluzieurs l'en ont félicitée, Pluzieurs l'en ont complimentée, Tant les gens de condition Que ceux de moindre extraction.
an Et pour faire, Mademoizelle, Vôtre cour fort bien auprès d'elle, Lors-que vous reviendrez ky Faut la complimenter aussy, En montrant bien de la liesse,
260 Et vous serez sa bonne nièce.
Fait le douze de September, Au mois du bon père Liber.
Septembre 1654. — Livre V. Lettre XXXVII.
LETTRE TRENTE-SEPTIÈME
Du [samedi] 19 Septembre.
PROPONDE.
Fille dont le teint est si blanc, Fille dont le cœur est si franc, Fille dont la tresse est si blonde, Fille où si grand esprit abonde, 5 Qui prenez si long-temps campos, Et dont parler à tous propos Jamais je ne me rassazie, Puis que c'est vôtre fantaizie D'être encore quelques momans 10 Dans l'heureux séjour des Normans, Qui vous semble un assez bon poste, Ces vers vont partir par la poste, Afin que vôtre belle main Les puisse recevoir demain.
r 5 Le mardy de l'autre-semaine, Un homme de Mets en Loraine, De la nation d'Israël , Nommé Jacob, ou Raphaël, Sadoc, Ebraïm , ou Michée,
» Zorababel, ou Mardochée, Gamaliel , ou Salomon , Enfin je ne sçay pas son nom, Se soûmetant à l'Evangile, De la synagogue fit gile,
>$ La foy catholique embrassa, Et la chose ainsi se passa :
Pluzieurs messieurs du sacerdoce, Pour accomplir ce saint négoce, Sçavoir vicaires et curez,
)• De leurs blancs surpelis parez, Marchans de la belle manière Avec la croix et la baniére, Allèrent chez le Gouverneur, Le duc de Schonberg, mon seigneur
is (Homme d'adorable mérite), Prendre ledit israëlhe, Qu'ils menèrent, à pas pozez, Comme l'on fait les épouzez, En la grande églize tout juste,
40 Auquel saint lieu monsieur d'Auguste, Le sufragant de l'évesché, Après l'avoir un peu presché, Prézens le Chapitre ou chanoines Et quelque quantité de moines,
4 s L'oicnit, aroza, baptiza, Et, bref, le des-juaaïza.
Ledit duc, avec joye extresme, Le tint sur les fonts ae baptesme ; Et cet objet par tout chéry
jo Dont il est l'illustre mary, Cette dame que chacun prize, Dont l'absence me martyrize (Si l'on ne m'a point abuzé), Fut maraine du baptizé.
$$ Ainsi, ces deux chères personnes, Si nobles , si sages , si bonnes , Cultivans avec grand bon-heur La vigne de Nôtre-Seigneur, Tant ledit monsieur cjue madame,
60 Ont déjà ramené mainte âme, Par leurs soins et leur charité, Au sentier de la vérité, Les dégageant du judaïsme, Du lutérisme et calvinisme,
6$ Dont p laize à Dieu les euerdonner, Et toujours santé leur donner.
Ces Augustins, des plus austères, Qu'on apelle les Petits-Péres, En assez trionfant aroy
70 Receurent dimanche le Roy.
Ils êtoient quatre-vingts en nombre, Que Çieu veuille garder d'encombre, Ayans tous cierge blanc en main Pour honorer ce souverain,
75 Qui de vertus est un miracle.
Certes, c'était un beau spectacle, Et digne d'admiration , De voir cette réception.
La Muze historique. — Septembre 1654.
Monsieur êtoh de la partie,
te Et , mesme , une grande partie De ceux qu'on nomme çens-de-cour, Qui furent dévots cedit jour.
Leur Général (en nôtre langue) Fit à Sa Majesté harangue,
t; Qui fut touchante, à ce qu'on dit.
La messe ensuite Elle entendit, Remerciant le Roy de gloire De sa précédente victoire, A cause que ce sacré lieu,
90 Où l'on sert dévotement Dieu , Fut par action solennelle, Après qu'ont eut pris la Rochelle, Au gré des François réjouis, Fondé par le feu Roy Louis,
9j Souz le tiltre, ce dit l'histoire, De Nôtre-Dame de Victoire, Qui fit trionfer pluzieurs fois Ce Roy, l'exemple des bons rois.
Trois jours auparavant, la Reine, 100 Qui de bons sentimens est pleine, Vizita ce temple augustin Le jour du bon Saint Tolentin :
Car cette princesse excellente, Par une piété fréquente, 10$ Ne perd aucune occazion D'exercer sa dévotion.
Toute cette semaine encore , Le Roy, que tout le monde honore, A receu de divers cotez
no Grand nombre de civilitez Et de discours faits à sa gloire Sur le sujet de sa victoire.
Tels devoirs ont semblé plaizans A nosseigneurs les courtizans ,
ni Qui, parce moyen, font paraître • Le zélé qu'ils ont pour leur maître. Mais la goûte (sensible mal) Qui monseigneur le Cardinal Depuis quatre ou cinq jours rudoyé .
120 Est pour la Cour un rabat-joye.
Mal plus fier que les assassins, Honte des plus grands médecins, Douleur à qui tout autre cède, Rigoureux tourment sans remède,
uj Magazin d'incommoditez , Cours malin de cérozitez , Fléau des hommes d'importance,.
Rude épreuve de la constance , Epouvantait des cheveux gris,
!)• Source de plaintes et de cris,
Fluxion des plus inhumaines, Tiranne des nerfs et des veines, Qui commetez un atentat Contre ce grand homme d'Etat, 1 jj De grâce. Madame la Goûte, Tâchez de prendre une autre route.
Ce prince sage, afable et doux, Ce brave prince aimé de tous, Dont la vie êtoit précieuze,
140 Monseigneur le duc de Joyeuze, Ce vray serviteur de l'Etat , Est en fort périlleux eut.
Certaine fièvre, presque oculte, Comblant de deuil et de tumulte
us Avec (certes) grande raizon Son illustre et noble maizon.
Fait que pour ce prince on balance Entre la crainte et l'espéfance; L'avis plus commun, toutefois,
ijo Est qu'il luy faut subir les loix De la Mort, monstre inexorable.
0 quel dommage iréparable!
Ce prompt et variable bruit Qui s'êtoit en France introduit,
155 Qui, de Gand , d'Anvers et Bruxelles, S'êtoit coulé dans nos ruelles, Et par les champs et les citez Courait si bien ae tous cotez Que l'on parloit jusques dans Arles
160 De l'escapade du duc Charles Des fortes prizons de Burgos, N'êtoit qu'un conte de fagots.
J'avois raillé messieurs d'Espagne, Que toujours le faste acompagne,
165 De ce que par un subtil tour Il s'êtoit sauvé de leur tour; Mais , n'étant qu'une rêverie, Je rengaîne ma raillerie.
Le vingtième du dernier mois, 170 Razivil, seigneur Polonois, Général de Lithûanie, Pour la çuerre ayant grand génie, Et remplissant souvent d'éfroy Les aversaires de son roy, 17s Mit, à grands coups de cimeterre, Dix mil Moscovites parterre, Par son adresse et sa valeur Qui fut plus grande que la leur.
On dit que lesdits Moscovites , 180 Epandus hors de leurs limites, Sont plus de demy-million , -
Septembre 1654 — Livre V. Lettre XXXVII.
Que l'infâme rébellion
Des Cozaques à laide trogne
Font avancer vers la Pologne ;
18s Mais comme les Cieux iritez , Souvent des peuples révoltez Détestans les projets iniques, Punissent leurs noires pratiques, Peut-être que ces étrangers
190 Après mille mortels dangers
(Et je n'en fais presque aucun doute) Seront tous mis à vauderoute.
Monsieur le cardinal de Rets, Dont la personne est hors des rets,
w Ayant fait sur les ondes bleues Environ deux cens trente lieues (Ce m'a conté certain chrestien), A pris terre à Saint-Sébastien , De l'Espagne, ville frontière ;
200 Et pour achever sa cariére , Au jugement de maint esprit, Il ira, possible, à Madria, A Rome, à Milan , à Florence ; Mais il seroit bien mieux en France.
aoj Les sieurs curez qui l'autre-jour Ozérent iriter la Cour, Et qu'on avoit, pour leurs langages, Réléguez en quelques villages, Sans autre infortune ou méchef ,
aïo Doivent tous retourner en bref.
Du Roy l'admirable clémence Pardonne aizément toute ofence, Et la seule obstination, Indigne de remission ,
215 De rame endurcie en son vice, Peut apréhender sa justice.
Certaine charmante beauté Dans la rencontre m'a conté Que Monsieur, qui toujours se pique no Irêtre galant et magnifique , Fit un grand festin, Pautre-jour, Aux plus aimables de la Cour ; Le Roy, mesmes, de sa prézence Honora sa magnificence.
225 En ce lieu l'on vid aux flambeaux Des vizages tout-à-fait beaux , Des cheveux noirs comme des merles , Des dents de la couleur de perles , Des belles lèvres de rubis,
230 Des éclairs brillans et subits [mes De pluzieurs beaux yeux pleins de char- Qui d'amour sont les douces armes, Des ris, des grâces les atraits, Des teints purs, blancs, unis et frais,
ajs Bref tous lestrézors dont Nature Peut enrichir la créature , Pour combler d'éternels soucis Les cœurs des amoureux transis.
Cette troupe, à Monsieur si chère, 240 Fit fort bonne et fort grande chère ; Mainte mignonne l'en loua, Et puis, tout le soir, on joua Aux jeux d'inventions gentilles Où l'on joue avéques les filles.
24J Princesse d'esprit sage et fin , De ma lettre voicy la fin, Car la Muzette qui m'inspire, Tout-de-bon, n'a plus rien à dire.
Fait le dix-neuf du prézent mois, 250 Par moy qui suis un franoGaulois.
La Muze historique. — Septembre 1654.
LETTRE TRENTE-HUITIÈME
Du [samedi] 26 Septembre.