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OBSCURE

Vous ne pourez lire, 6 Princesse, Ces vers qui sortent de la presse, Sans en concevoir de l'ennuy, Car dans la Lettre d'aujourd'huy, Par m n* succintement déduite , \ uus allez voir trois morts de suite.

Depuis peu la Parque a féru , uis son beau château de Meru,

Cette dame de rang notable :o Que l'on nommoit la Conêtable.

Ses jours étoient fort avancez, Elle avoit octante ans passez; Or, comme ayant ateint cet âge D'ordinaire on est prude et sage, ij Et qu'aussi c'est la vérité Qu'elle avoit de la charité, Son ame , à prézent, dégagée

Octobre 1654. — Livre V. Lettre XXXIX

Du faix dont elle êtoit chargée , Sans plus soufrïr aucun ahan , 20 Est, sans doute , au sein d'Abraham, Séjour de toute ame fidelle.

Voilà ce qu'on peut dire d'elle.

Atropos a mis bas , aussy,

Par un de ses coups sans mercv, 2j Qui n'ont jamais bezoin d'emplâtre,

La maréchale de la Châtre ,

Dont la vertu, l'antiquité,

Sagesse, piété, bonté,

Font pareillement qu'on suppoze Jo Qu'en paix sa belle ame repoze;

Car, étant morte saintement,

Cela ne se peut autrement.

La Vieillesse , qui toujours tremble, Et la Parque, jointes ensemble,

h Ont, sans faire de grands éforts, Cauzé les deux susdites morts ; Mais pour monseigneur de Joyeuze , La seule Paroue nirieuze En son âge plein de vigueur,

40 Par une excessive rigueur, A terminé sa vie illustre Qu'il n'êtoit qu'au septième lustre ; A peine l'Aurore parut, Dimanche dernier, qu'il mourut.

4 s La bonne princesse sa mère Et sa sœur, qui luy fut trés-chére, En ce déplorable malheur Ressentirent grande douleur; Chacune en témoigna la sienne,

50 Mais une douleur si chrétienne , Et si soûmîze à l'Eternel , Qu'on n'a jamais rien vu de tel.

Tous ses domestiques pleurèrent , Mille cens d'honneur soupirèrent,

$5 Toute la Cour s'en atrista, Tout le peuple le regréta; Car, outre son fameux lignage, Il êtoit généreux et sage, Bon , civil , courtois , indulgent ,

60 Et tout-à-fait prince obligeant.

La pierre au maréchal d'Etrée Fut heureuzement rencontrée; L'autre jour, avec grands éforts, On la détacha de son corps, é$ Ayant eu dans cette soufrance Bezoin de toute sa constance.

Pluzieurs, tant comtes que marquis, De sa grosseur s'étans enquis,

On leur fit sçavoir pour réponce 70 Qu'elle pézoït trois fois une once ;

Mais le sieur Giraut , Dieu mercy,

A si prudemment réûssy

En taillant ce sage et grand homme

(Jadis ambassadeur à Rome), 7j Qu'à le voir, chacun peut juger

Qu'il est à prézent sans danger.

Tenant la plume pour écrire , Un mien amy m'est venu dire Que l'épouze au prince d'Harcour,

80 Qui se vid surprize à son tour Dans Amiens, en Picardie, De cette afreuze maladie Qui fait souvent par sa fiireur D'un beau teint un objet d'horreur,

8$ En est maintenant délivrée, Et par sa santé recouvrée Son vizage, qui se remet, D'être encor charmant se promet.

Certain quidan assez fidelle 90 M'a conté pour autre nouvelle

Que monsieur le comte d'Orval

N*atendra point le carnaval

Pour remétre encore en uzage

Le sacrement du mariage :

9$ Il va bien-tôt être l'époux

D'un objet sage, aimable et doux,

Sçavoir de cette demoizelle

Que de Palaizeau l'on apelle.

Les perles, diamans, ru Dis, 100 Le velours, brocatel, tabis,

Et pluzieurs jupes clinquantées

Sont déjà , dit-on, achetées.

Le duc des Génois étant mort, Diverses cens m'ont fait raport

10$ Que pluzieurs puissans chefs de ligues Font îllec tous les jours des brigues Pour l'élection d'un nouveau , Selon leur sens et leur cerveau.

Tous ceux dont l'ame est Espagnole,

1 10 Que l'on gaigne avec la pistole , Voudraient voir en ce haut degré Quelqu'un qui, de force ou de gré, Ht encliner la République Du côté du ïoj catholique,

115 Quoy qu'elle ait sujet, aujourd'huy, De se plaindre beaucoup de luy, Pour les injures, par tout sceués , Qu'elle en a depuis peu receuës.

On en void quantité , d'ailleurs ,

i» Ayans des sentimens meilleurs,

Sacrifier leur industrie

A la gloire de la patrie ,

Et, pour de leur noble cité

Fortifier la liberté 11$ Contre un si subtil aversaire, 17$

Donner un conseil tout contraire.

Le temps seul nous peut éclaircir

De ce qu'il en doit réussir.

On dit que Messieurs de Venize

iyo Ont obtenu du Chef d'Eglize Pouvoir de tirer des convans Deux ou trois mil frères servans, Tant religieux aue novices , Afin d'en Remplir les milices ,

in Et d'en former des régimans Pour opozer aux Otomans , Et jouer contr'eux de la dague Dans Candie ou l'Archipelague.

Possible que lesdits Fratres

140 Changeans leurs frocs en halecrets, Leurs capuchons en bourguignotes, Leurs caleçons en grosses botes , Leurs sandales en étriers, Leurs ceintures en baudriers ,

14s Leurs chapelets en bandoliéres, Leurs disciplines en rapières , Possible (je le dis encor) Que ces Fratres, prenans l'essor, Etans travestis de la sorte,

ijo Et l'armée en étant plus forte , Ainsi que d'un ariére-ban , Feront du moins peur au Turban.

Monsieur d'Orléans et sa fille, Ayans entr'eux quelque castille,

1 5 5 Sans toutefois aucune aigreur, Et qui n'alloit pas jusqu'au cœur, Dézirans vivre sans ouerelle, Par une bonté naturelle Ont leurs diférens oubliez

160 Et se sont réconciliez.

Cette belle et haute princesse, En qui je songe encor sans cesse, Ayant quité son Saint-Fargeau , Donne à Blois un éclat nouveau.

165 Plût à la volonté divine

Que son illustre et erande mine Vfnt aussy briller à la Cour, Et que ce fût au premier jour !

— Octobre 16^4.

De Moulins s'en va revenir, Pour tout-à-fait se réunir A son époux illustre et sage, Qui commande dans Rhotomage.

On dit que de Sa Sainteté Si Ûcheuze est l'infirmité, Qu'encore qu'il soit un grand pape, On ne croid pas qu'il en rechape.

^-e bruit est grand en cette ville, madame de Longueville,

Comme j'ay peu d'amis en Cou, 180 Pour me mander de jour en jour Par un récit bien véritable Ce qui s'y passe de notable, Du Roy je ne puis dire rien, Sinon qu'il se porte fort bien, i8( Et qu'il est encore à la Fére, Avec la Reine, avec son Frère, Et monseigneur le Cardinal, Qui, dit-on, se porte un peu mal

Avant que de cesser d'écrire,

190 Je puis toutefois encor dire ( Et je l'oubliay Pautre-fois, Dont j'en ay bien mordu mes doigts), Qu'après avoir fait des dépenses Qu'on peut , certes, nommer imotts»,

19$ Tant pour Sténayoue pour Aras, Après avoir eu sur les bras Une horible guerre civille Qu'on fomentoit en chaque ville Par des noires rebellions

aoo Qui coûtent bien des millions, Le Roy, par sa bonté royale, Qui sans mentir n'a point d'égale, Loin de surcharger ses sujets Pour fournir à ses grands projets,

aoj Par une notable décharge

Les met tant soit peu plus au large; Et mondit-seicneur Cardinal, A qui l'on vouloit tant de mal, Avec sa sage économie,

aïo Par qui la France est r'afermie, Et par ses conseils généreux, Nous va rendre sans doute heureux Sous le beau régne de son matoe, Au moins si nous le voulons être.

ai 1 Princesse , si le siècle d'or En ces lieux refleurit encor, Et que tout soit calme et prospère Comme maint sace homme Itepére, Les vers que je reray pour vous

aao Seront plus charmans et plus doux,

Et vous en serez mieux ravie, Si Dieu me conserve la vie ; Car de vivre encor jusques-là ,

Octobre 1654. — Livre V. Lettre XL.

Nul ne peut assurer cela.

i%\ Fait au mois d'octobre, le trois, La veille du bon Saint-François.

LETTRE QUARANTIÈME

Du [samedi] 10 Octobre.

SOUFRANTE.

Outre que i'ay, cette semaine, Senty goûte, toux et migraine, J'ay tant et tant de fois joué, Que mon argent s'est échoué.

s Le Piquet , mon grand aversaire , S'est montré vers moy si contraire , Que par un sort trés-inhumain On m'a fait vingt repics souz-main ; Vray comme il est demain dimanche,

10 J 'a vois sans az si souvent blanche, Qu'à toute-heure j'étois capot ; Bref, sans tourner autour du pot, En dizant cent vaines paroles, On m'a gaigné seize pistoles ,

1 j Un teston et trois écus blancs , Oui font cent soixante-et-dix-francs ; Et c?tte infortune cruelle M'a tout-de-bon mis la cervelle Dix fois plus c'en -dessus dessous,

jo Que goûte, migraine, ny toux.

C'est pourquoy, faizant cette Lettre, Princesse , je n'oze promettre D'écrire assez heureuzement Pour vôtre divertissement ;

25 Toutefois, 6 Muze, courage, Aye un peu le cœur à l'ouvrage!

La jeune princesse d'Harcour

Dont j'avois écrit , l'autre-jour,

Qu'on la croyoit être guérie ?o De ce mal remply de furie

Qui sur les teints les plus fleuris

Met de si mauvais coloris,

En dépit du mortel orage

Qui défigura son vizage, ?{ Elle goûte à £rézent la paix,

Beaucoup plus belle que jamais :

Car après ce fléau funeste , Elle est dans le séjour céleste, Où tous objets sont radieux

40 Comme si l'on êtoit des Dieux.

Ou'elle soit dans ce lieu de gloire, Ilest trés-aizé de le croire : Car la naturelle bonté Qu'on voyoit jointe à sa beauté ,

4S Sa pure et blanche conscience , Sa douceur et son innocence , Nous doivent vray-semblablement Inspirer ce raizonnement, Qu'étant sur la terre un bel ange

jo Digne d'amour et de louange, Elle est auprès du Dieu vivant Plus ange encor qu'auparavant.

Mardy, second de la semaine, Le grand écuyer de la Reine,

n Monseigneur le comte d'Orval , En vertu du nœud conjugal , Fit perdre à sa femme nouvelle La qualité de demoizelle , En l'élevant de son bon-gré

60 En un plus éminent degré.

La feste fut belle et charmante, Tant pour l'amant que pour l'amante , Au banquet il ne manqua rien, Et du reste tout alla bien.

*s Le lieutenant de Christ en terre, , Le successeur de feu Saint Pierre, Et des empereurs de jadis, Le saint huissier du paradis, L'intendant sur les consciences,

70 Le trézorier des indulgences , Le médiateur des Etats,

5$2 La Muze HIST0R1QU

L'aversaire des apostats ,

Le monarque de la prêtrise,

Le visible chef de l'Eglize, 7j Enfin , ce pape de renom ,

Innocent dixième du nom ,

Le grand et suprême pontife,

Si le bruit n'est point apocrife,

Parvint au fatal accident 80 Le vingt-deux du mois précédent.

Quoy que sa brillante thiare

Fût un atour exauis et rare ,

Quoy qu'il fût chef du genre humain,

Et quoy qu'il eût les clefs en main 85 Tant du ciel que du purgatoire,

Il êtoit pourtant tranzitoire,

Sujet comme nous au trépas ,

Et faloit qu'il passât le pas.

Le Siège étant donc en vacance, 90 On fait des brigues d'importance

Pour élever quelque autre humain

Sur ce haut tribunal Romain ;

Et l'on dit qu'entre les personnes

Qu'à cet éfet l'on juge bonnes, 9j Le sieur cardinal Coraly,

Homme prudent, grave et poly,

Carpeigna, Firenzole, Altiére,

Ne sont pas trop mis en ariére.

Je ne suis rien, mais si j'avois 100 Faculté de donner ma voix,

J'en exclurais ces personnages.

Ils sont habiles, saints et sages,

Mais, comme ils me sont inconnus,

Je voudrais que Barberinus, 10$ Autre important et célèbre homme,

Fût le sacré prince de Rome ;

Et si l'on m'avoit contredy,

J'insisterais pour Grimaldy :

Leur ame est de sagesse pleine no Pour gouverner le saint domaine

Et bien dispenser ses trézors ,

Et j'en répondrais corps pour corps.

Si l'on me trouve riaicule

De n'avoir pas pour nôtre Jule n 5 La même ardeur et passion ,

Je répons à l'objection

Que cet esprit extr'ordinaire

Nous est encor trop nécessaire.

Ce grand Cardinal, Pautre-jour, iao Pour quelque-temps quittant la Cour,

Pressé de cette ardante envie

Qui sans cesse ocupe sa vie

A servir la France et le Roy,

Dont tant de grands éfets font foy, 1 aj Alla voir monsieur de Tureine ,

e. — Octobre 1654.

Cet expert et vray capitaine , Pour s'entretenir avec luy De ce qu'on peut faire aujourd'huy.

Ces deux grands hommes se parièrent, 130 Mais ce au'entr'eux ils concertèrent Avant qu*en venir au départ, Je ne puis vous en faire part , Car c'est un secret que j'ignore, Et que nul ne pénétre encore.

1 ? f Les Augustins , ces jours passez (J'entens parler des déchaussez), Ont célébré leur grand chapitre ; Un certain pasteur portant mitre, Sçavoir l'évesque d'Orléans,

140 Prézidoit dignement léans.

Comme étant capable et sage homme, En vertu d'un brevet de Rome.

Ce fut en ce lieu renommé Qu'expressément on a nommé

14$ Par un brillant titre de gloire Nôtre-Dame de la Victoire (Ailleurs j'en ay dit la raizon), Ce fut, dis- je, en cette maizon Que cette dévote assemblée,

1(0 D'un grand zèle pour Dieu comblée, Choizit le très-bon père Marc, De France, et non de Danemarc , Homme sur qui l'on ne peut mordre, Pour le Général de leur Ordre,

i$j Après avoir d'un cœur contrit Bien invoqué le Saint Esprit , Qu'en tels cas toujours on implore; Ensuite , l'on élût encore Quantité d'oficiers nouveaux,

160 Tous gens-de-bien et bons cerveaax, Tous profiez et non pas novices; Mais pour métré icy leurs ofices, Et les noms de tous les élus, Que dans un mémoire j'ay lus ,

iéj Je conjure leur révérence De m'en acorder la dispence :

Je le ferais d'assez bon cœur, Mais faut éviter la longueur.

Comme tout à la Parque cède, 170 Le grand chancelier de Suéde, Oxenstern , d'esprit sage et bon, Grand politique et grand barbon, Depuis un mois a vu bornées Sa longue vie et ses années.

17$ Il êtoit beaucoup respecté Pour sa prudence et probité ; Et, le fils de cet homme insigne

Octobre 1654. — Livre V. Lettre XL.

Etant par son roy jugé digne D'exercer sa charce après luy, 180 Est grand chancelier aujourd'huy, En laquelle place il espère Egaler, pour le moins, son père.

Monsieur le comte de Grandpré S'êtant par mal-heur rencontré

185 (Ainsi qu'il alloit à la chasse Sans craindre danger, ny disgrâce) Dans un piège , où Ton le surprit ,' Quoy qu'il ait assez bon esprit, Fut, dit-on, sur sa propre terre,

190 Enlevé par des gens de guerre Conduits par le sieur de Duras, Un de ces beaux fuyards d'Aras.

Je ne puis faire de ce comte Un si triste et desplaizant conte

19s Sans avoir bien de la douleur :

C'est un guerrier plein de valeur; Et , comme on l'a pris par finesse, Et non par combat ny prouesse, Le bruit court jusques dans Lyon 200 Qu'un renard a pns un lion.

On dit que monseigneur de Guize, Pour vaquera son entreprize , A depuis huit jours seulement Embarqué tout son armement ;

205 Mais touchant le voyage ou route , Pas-un de ses gens n'y voit goûte ; C'est un dessein clos et couvert, Car on n'a pas encor ouvert Le paquet qui luy doit aprendre

ato Vers quel cimat il se doit rendre.

Les habitans des Pays-Bas , Dont l'on vole jusqu'aux grabats, Par un écrit mélancolique Ont prié le roy catholique 2 1 5 D'avoir quelque compassion De leur trés-humble nation, Et métré fin à sa soufrance.

L'écrit est de telle substance :

<c Monarque des plus absolus,

220 Las ! hélas ! nous n'en pouvons plus. Les François et vos gens de guerre Dézolent toute nôtre terre, Nos pauvres maizons, ne sçachans Qui d'entr'eux sont les plus mêchans.

2*j Des soldats à grandes moustaches Dérobent nos bœufs et nos vaches.

Nos poules, chapons et brebis , Nos Diéres, nos Iriez, nos habits, Pillans villes , bourgs et campagnes.

2?o 0 noble et grand Roy des Espagnes ! Sur nos mal-heurs jetez les yeux, Défendez-nous, s'il vous plaît, mieux, Enjoignez à vôtre milice De n'avoir plus tant de malice ;

23 j Envoyez prier les François

De nous être un peu plus courtois ; Comme ils ont beaucoup de puissance, Renouveliez vôtre alliance Avec ces peuples belliqueux ,

240 Car, hélas ! nous ne craignons qu'eux; Faites la paix , ou bien , cher Sire , Nous sommes contraints de vous dire Qu'il faudra de nécessité Demander la neutralité.

24J Ecrit de Mons et de Bruxelles , Par vos sujets bons et fidelles Tant de Flandre que du Hainaut, Climat à prézent bien penaut. »

La lettre est plus longue et meilleure,

250 Mais voilà son sens, ou je meure , Dont je fais part à l'univers , Après l'avoir traduite en vers.

0 Princesse, en m'êtant propice, Permétez qu'icy je finisse 2jj (Après cette traduction) La prézente naration.

Fait le dix du mois où nous sommes, Ayant mangé deux ou trois pommes.

La Muze historique. — Octobre 1654.

LETTRE QUARANTE-UNIÈME

Du [samedi] 17 Octobre.

EXPLOITANTE.

Princesse la constante amie De ma Muzette ou Chalemie, Encor qu'un maudit imprimeur Me mette en fort mauvaize humeur,

i En falsifiant mes ouvrages Par d'infâmes feuillets et pages , Dont des fripons de col-porteurs En cachette sont débiteurs , Il faut, toutefois, que j'essaye

i« (En atendant que l'on les paye De leurs larcins des biens d'autruy) De rimer pour vous aujourd'huy.

Je ne sçay que peu de nouvelles De conséquence , ou bagatelles ;

15 La matière me défaudra, Mais peut-être qu'il en viendra.

L 'autre-jour, un certain grand homme Ayant mine de gentil-homme , Avec épée et sans manteau,

ao Allant chez monsieur de Nouveau , Reauit de parler à sa femme ; On le dit à ladite dame , Qui lors étoit avec plusieurs Tant grandes dames c^ue messieurs :

>s Elle , afin de le satisfaire , Croyant que ce fût pour afaire , Vint demander ce que c'êtoit.

Lors cet homme, qui tremblotoit, Remit en sa main blanche et belle

?o Un écrit de substance telle :

« Je suis , Madame, un chevalier, Et non abbé, ny chancelier, Qui cette lettre vous adresse, Pour vous prier avec tendresse

?s De prendre dans vôtre trézor Environ trente loùis d'or, Et m'envoyer ladite somme Par le prézent porteur, mon homme; Soit que je sois un fanfaron,

40 Petit nobilis, ou baron,

Soldat, sergent, ou capitaine, Filou, voleur, ou tire-laine, Bref, que je sois ou prés ou loin.

C'est un argent dont j'ai bezoin.

4j Vous êtes belle, sage et riche, Vous n'avez point le bruit de chiche, Et je croy que par mon agent Vous m'envoy'rez ledit argent.

En vertu de cette finance

jo Vous pourez vivre en assurance,

Sans craindre brigans ny filoux,

Monsieur vôtre mary, ny vous,

Soit à Paris , soit en voyage. »

Voilà la teneur du nfessage.

jç On pouvoit saizir cet escroc, Ce porteur de plumes de coc, Et châtier son impudence; Mais la dame, avéques prudence, Humainement l'expédia,

60 Et soudain le congédia.

Certes, cette audace éfrontée En divers lieux est racontée Par hommes, filles et garçons, Mais de diférentes façons.

es Si vraye ou fausse est la nouvelle, Je ne suis pas le garand d'elle; Mais c'est ce qu'on dit de nouveau Touchant madame de Nouveau.

Je vien tout -à-l'heure d'aprendre 70 Que ces messieurs se sont fait prendre,

Et que le maître et le valet

Sont aux prizons du Chàtelet,

Quelques oficiers de justice,

Par adresse et par artifice, 7$ Sans bruit ny combat hazardeux ,

Les ayans arêtez tous-deux.

Tous richars, sçachans l'avanture,

Sont ravis d'icelle capture,

Car par cette captivité So Leurs loùis sont en sûreté.

Octobre 1654. — Livre V. Lettre XLI.

Ce que la reine a répondu.

Le grand bruit qui couroit n'aguére Touchant le décez du Saint- Père, Quoi qu'il fût en maints lieux semé, N'est pas encor bien confirmé.

8s Mais on croit que le premier homme Qui sera dépêché de Rome Raportera, pour vérité, Plutôt sa mort que sa santé.

Depuis que monseigneur de Guize, 90 Oui périls et hazards méprize, S'est embarqué dessus les flots Pour aquérir quelques beaux lots, Nouvelle grande ny petite De ce prince plein de mérite 9$ N'est venue encor jusqu'à-moy, Touchant son important employ Au grand royaume de Neptune ; Lors que j'en aprendray quelqu'une, S'il plaît à Dieu , soit tôt , soit tard , 100 A mes lecteurs j'en feray part, Et la métray dans mon histoire Si je n'en pers point la mémoire.

Ces gens sortis de leurs confins Pour morguer les Etats voizins

10s Par des arméniens illicites , Ces cinq cens mille Moscovites, Et les Cozaques avec eux, Gens traîtres, mais gens belliqueux, Taillent, dit-on, tant de bezogne,

1 10 Au généreux roy de Pologne, Qu'il lève gens de toutes parts Pour opozer à ces pendards Qui luy font d'horibles vacarmes :

Dieu fasse prospérer ses armes !

1 1 j De tout temps je l'ay souhaité, A cauze que Sa Majesté Est fort crêtienne et fortcourtoize, Et que son épouze est Françoize, Sage reine, aimée en tout lieu ,

in Et grande servante de Dieu.

Ce roy qui maintenant possède

Le diadème de Suéde,

Allant bien-tôt se marier,

A, dit-on, envoyé prier 11$ Christine, cette noble reine,

Qui fut jadis sa souveraine,

De auiter d'Anvers la cité

Où demeure Sa Majesté,

Et de vouloir, comme parente, t *o A son hymen être prézente.

Mais je n'ay d'aucun entendu

De Tureine la belle armée, A triompher acoûtumée,

1 j$ Est assez prés des ennemis ; Mais ils se sont à l'abry mis De je ne sçay quelles rivières, Et de pluzieurs bois et bruyères, Qui les tiennent clos et couvers

140 De crainte d'un nouveau revers.

Ils ont, toutefois, du courage, Car quand nos gens vont au fourage, Soit cavaliers, ou soit valets , Ils amorcent leurs pistolets ,

14$ Les courent, les poussent, les tapent, Et souvent quelqu'un en atrapent ; Quand ils sont quatre contre deux , Ces messieurs font les hazardeux, Et sont toujours prêts, tant-que-terre,

i$o D'aller à la petite guerre Armez de cuirasse et de pot:

Mais pour la grande, au Diable-zot.

Belle-Isle est, dit-on, si bloquée, Qu'elle en est embrelicoquée,

ijj Cëst-à-dire en trés-grand-émoy.

On croid , toutefois , aue le Roy, Qui panche fort vers la clémence, Et n'aime pas la violence, A donné son consentement

i*> Ou'on traitât d'acommodement.

Il se fait aussi maint voyage Pour quelque autre grand personnage Qui ménage aussi son traité Prés de Sadite Majesté.

ils Certes, pluzieurs fois , ce monarque A fait voir mainte belle marque (Des Dieux imitant la bonté; Qu'il a rarement souhaité

Sue pas un coupable périsse, âis qu'il vive et se convertisse.

Ce Roy, qui sçait si bien régner, L'autre-jour, voulant témoigner A Manciny sa bienveillance, Jouvenceau de grande espérance,

17 j Luy fit un prézent solennel De la charge de colonel Qu'exerçoit (de mémoire heureuze) Feu monsieur le duc de Joyeuze.

Ledit Roy, si sage tenu,

180 Faizant ce don, s'est souvenu Que dudit Manciny le frère (Personne qui luy fut fort chère),

La Muze historique. — Octobre 1654.

Durant nos funestes débats , Avoit péry dans les combats iSs Pour Je soutien de sa couronne.

Or, comme il a l'ame très- bonne, Et plus qu'on ne sçauroit penser, Il a voulu recompenser Par estime et par conscience

190 Ce neveu de Son Eminence, Prudent , généreux et bien né, Des services de son aine.

Ayant assuré la frontière De toute surprize guerrière,

191 Selon les plus communs discours, Le Roy revient dans quatre jours, Avec toute sa cour royale,

Dans sa superbe capitale, Le seul séjour digne des Rois, aoo Et je l'ay dit plus de cent fois.

Enfin, haute et grande Princesse, J'ay fait ces vers pour Vôtre Altesse, Nonobstant mon juste courouz.

Mais, s'il vous plaît, souvenez-vous »of Que je pers vigueur et courage Quand on contrefait mon ouvrage.

L'ingénuité de mes vers

Agrée en mille lieux divers ; Par un rare bon-heur, ma veine

»io Divertit Roy, divertit Reine ; Les excellens et beaux esprits Sont curieux de mes écrits ; Des dames ils font les délices ; Et bref, sous vos heureux auspices

ai s Mes ouvrages sont estimez

Des seigneurs les plus renommez.

Cependant des gens qui me trompent Les sallissent et les corompent, Sans craindre justice ny Roy,

120 Ny Dieu, ny vous, ny loy, ny moy. O Majestez vraiment royales !

Dont les bontez sont sans égales , Et vous , Princesse que je sers Depuis pour k moins quatre hyven ,

aaç Sçachez, et cecy c'est-tout-dire, Qu'il m'est impossible d'écrire Ny vous continuer mes soins (Et j'en prens les Dieux à témoins), Si davantage on falsifie

ijo Les vers que je vous sacrifie.

Fait le dix-sept du mois prézant, Par moy, vôtre humble complaizant.

LETTRE QUARANTE-DEUXIÈME

Du [samedi] 24 Octobre.

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