UTILE
Princesse, tous ces jours passez , Depuis cehiv des Trépassez, Ma santé n'étant pas trop bonne, Je tfay quazi hanté personne j Pour par-cy par-là m'informer Devantures , pour les rimer.
Je n'en sçay que peu de foraines , Encor sont-elles incertaines ; Neparlons-donc que de Paris 10 Dans la missive que j'écris; Aussi-bien oar la Rénommée, Qui de ce titre l'a nommée Depuis quatre ans et plus d'un jour , C'est La Gazette de la Cour.
1 f Le Roy, dont Pâme est pure et blan- Ayant communié dimanche [che, Au monastère des Feuillans, Pères dévots et vimlans, De ses mains royales et belles
m Toucha les malades d'écroûelles , En vertu du don précieux Que nos Rois ont receu des Cieux ; Ce privilège manifeste, L'oriflame et l'huile céleste
25 Dont l'on sacre nos souverains, Soit à Chartres ou soit à Reims , Etant de trés-augustes marques Que n'ont pas les autres monarques.
Ensuite, avec toute la Cour,
10 II entendit, le mesme jour; En donnant paizible audience, Le sermon brillant d'éloquence Du révérend père le Bous , Qui Ait fort aplaudy de tous.
u Puis, les vespres êtans finies, Et mesme aussy les litanies, On galopa vers Saint-Germain ; De-fà le Roy, le lendemain, Fut en son château de Versaille
40 Faire joyeuzement ripaille Avéques maint chasseur expert ,
En célébrant la Saint Hubert.
On y mena , pour mieux s'ébatre, De meutes de chiens jusqu'à quatre ,
4i Qui fut de chiens un grand amas :
La meute du prince Thomas , Une des bonnes du royaume; Celles de monsieur de Vendôme, De messieurs de Mets et Vitiy,
jo Qui chassèrent à cor et cry , Avec longs abojs et huées Qui parvmdrent jusqu'aux nuées.
Quatre beaux grands cerfs à dix cois Furent chassez au son des cors ,
H Et mesmes pris, choze assurée, De l'un desquels on fit curée Pour contenter les chiens-courans.
Puis, après des plaizirs si grands, Vers le milieu de la semaine,
fa Le Roy vint retrouver la Reine, Qui de très-bon cœurl'acola, Et d'un souper la régala.
Dudit duc de Vitry l'éçouze, De Paris , et non de Touiouze,
65 Une des belles de la Cour, D'un fils acoucha l'autre-jour, Dont il eut une joye extresme.
J'ignore son nom de baptesme; Mais , soit que cet enfant ait nom
70 Antoine, Alexandre ou Simon, Henry, Louis, François ou Charte, De luy très-volontiers je parie, Et luy souhaite un heureux sort, Car son papa j'estime fort.
75 Une autre agréable personne, De beauté charmante et mignonne, Femme du puîné Richelieu, Qui , par une faveur de Dieu , Avec ses grâces s'est aquize
80 La condition de marauize , Acoucha d'un beau fils aussy.
Novembre 1654. — Livre V. Lettre XLIV.
Je le mets un peu tard icy, Dont j'en mente quelque oprobre, Car ce fut dés le mois d'octobre.
85 N'importe , il me plaît d'en parler; Aussi-bien , je ne puis celer Que j'aime cette race illustre, Dont Armand fut le plus beau lustre ; Ce grand Armand de Richelieu ,
90 Qui passa pour un demy-dieu.
Et dont un jour ce fils peut suivre Les vertus qui le font revivre, Et copier les faits et dits Du plus grand-homme de jadis.
9 s Ce cher enfant par le baptesme N'a point encor receu le cresme, H est ondoyé seulement ; On difére ce sacrement, D'autant que le père et la mère, 100 Dont toujours l'amour persévère , Moyennant un peu de loizir, Prétendent, dit-on, luy choizir Un parain de mérite extresme , Et quelque maraine de mesme.
105 L'illustre dame d'Eguillon , Pour qui le dieu mesme Apollon Ne feroit pas de dignes pièces , Avoit placé deux de ses nièces Dans un moiftstére ou convent ;
1 10 Mais , d'autant qu'illec très-souvent Leurs santez ètoient altérées , - Elle les en a retirées.
Pluzieurs gens toutefois ont crû, Par un jugement un peu crû ,
1 if Qu'elle n'a fait sortir ces filles De ce logis fermé de grilles, Au préjudice de leurs vœux, Que pour frustrer ses deux neveux De son ample et riche héritage,
120 Pour avoir dans le mariage Recherché leur contentement Sans son sceu ny consentement.
Véritablement cette tante, De mille vertus éclatante,
125 Et digne par son noble aspec De déférence et de respec, A dû sentir de la tristesse Pour ces passions de jeunesse , Contre qui le plus ferme cœur
110 N'ût jamais assez de vigueur.
Mais quoy? c'est une choze faite; Et cette ame toute parfaite , Qu'on ne sçauroit trop admirer, Doit, s'il lui plaît, considérer
t»s Qu'au ciel , selon l'avis des sages , Sont ordonnez les mariages Par un irévocable arèt , Où Dieu prend souvent intérêt ; Bref, pour parler avec franchize
140 De ce saint sacrement d'églize, Par qui le monde est maintenu, Ce n'est point un grand revenu Qui les deux sexes aparie, Mais c'est l'amour seul qui marie.
ut Comminge, dame de renom, Qui, l'autre hyver, faizoit Junon, Maltresse du céleste empire, Au balet du Roy nôtre Sire , Cet objet aux cœurs si fatal,
i$o Depuis deux mois êtoit fort mal D'une fièvre ardante et félonne Qui persécutoit sa personne ; Mais ses adorables apas Font encor la nique aux trépas :
in Cette créature excellente N'a plus de fièvre violente , Et l'on espère, avec raizon, Qu'en peu de temps sa guérizon Comblera de réjouissance
1*0 Tous les honnêtes gens de France.
. Le général des Maturins, Grand serviteur des Barbenns, Homme d'esprit et de lumière, Jeudy, toucha l'heure dernière,
iés Dont ne s'exempte aucun humain; On l'enterra le lendemain.
De ce temps c'était un des sages, Il parloit plus de sept langages, Et tout son Ordre , en vérité ,
170 L'a sensiblement regrété.
Dés vendredy, jour triste et maigre, Certain courier assez allaigre, En dépendant de son dada, Dit qu'on avoit pris Puycerda ,
17s Et que monseigneur Jean d'Autriche, Apréhendant plus grande niche, S'êtoit tout soudain retiré, Fâché d'avoir mal opéré Au secours de ladite ville ,
1S0 Où de ses gens êtoient deux mille. Pour son Altesse de Conty, Ayant prudemment assorty Les nouvelles places conquizes De toutes les chozes requises,
La Muze historique. — Novembre 1654.
1S5 S'en revient, dit-on, à la Cour, Pour de nouveau faire l'amour A sa belle et brillante blonde, Qui plah aux yeux de tout le monde.
Candale, après avoir soumis 190 Quelques quartiers des ennemis Qui font encore rézistance, Doit aussi revenir en France, Pour jouir des félicitez Qu'on après de Leurs Majestez, i»s Et dans les festins magnifiques, Danses, spectacles, muziques, Qui sont à Paris de saizon Durant l'hyver froid et grizon, Saizon qui n'est pas propre aux armes, aoo Mais aux ris, aux amours, aux charmes.
Le propre jour Saint-Marcial , Dedans le carosse royal Un envoyé de Moscovie (Que de voir j'avois grande envie , 20 j Mais que je ne vis pas pourtant)
Prés du sieur de Beriize étant Dans cette cité fit entrée.
Il vient d'une grande contrée ; Mais touchant sa légation, 1 210 Nul n'en faut encor mention :
Car, n'étant plus, dit-on, en vie, Le trochemam de Moscovie, Qui dans Saint-Denis trépassa Depuis sept ou huit jours en çà , aij On cherche quelqu'autre homme sage Qui puisse expliquer le langage De l'agent qui vient d'ariver, Mais on a peine à le trouver.
Princesse, en lizant cette lettre, axe Pour en meilleure humeur remettre Mon esprit, qui vous est soumis, De ce que vous m'avez promis Ayez, s'il vous plaît, la mémoire, Car il y va de vôtre gloire.
22J Nous avons fait ces vers, ma-foy, Le sept du mois, ma Muze et moy.
LETTRE QUARANTE-CINQUIÈME
Du [samedi] 14 Novembre.