PATIENTE
Je ne suis de fer ny de fonte, Et je puis avouer sans honte D'être autant sujet à tous maux qu'aucun des autres animaux :
s Cëst une loy si naturelle Pour toute la race mortelle, Que ny les grands ny les petits N'en sont nulement garantis.
Ces jours passez la néfretique ,
10 Sans respecter l'art poétique, Par un martire véhément M'a travaillé si rudement, Qu'après ses pointes violentes Je n'en puis avoir d'excellentes
1 $ Pour en orner ces vers nouveaux ; Princesse, s'ils ne sont pas beaux , "t si leur goût est un peu fade, :usez un auteur malade.
Touchant le prince de Conty,
20 Je n'êtois pas bien averty (Comme assez souvent il m'arive) Quand je dis dans l'autre missive Que le Roy jugeoit à propos, Pour se donner quelque repos,
2$ Qu'il revînt en la Cour rovale Passer la saizon hyvemafe :
J'ay sceu depuis, jouant au Hoc, Qu'il ne revient qu'au Languedoc , Et qu'en cette grande province
jo Ce glorieux et brave prince, Qui de lauriers mérite un tas, Doit faire tenir les Etats, Où son grand esprit et sa race Luy donneront la belle place.
1$ Cette merveille de la Cour, Le cher objet de son amour,
Novembre 1654. — Livre V. Lettre XLV.
Sa belle et ravissante épouze , S'en va le trouver à Toulouze , Ntmes, Monpellierou Béziers, 40 D'où quantité d'arquebuziers Et de noblesse leste et belle Iront, sans doute, au devant d'elle, Pour recevoir avec honneur La femme d'un si grand seigneur.
4S L'ambassadeur de Moscovie , Dont la personne étoit suivie De maints Allemans et Flamans, Qui luy servoient de truchemans , Fit, l'autre-jour, la révérance
50 Au Roy, dont il eut audiance.
Quandil parla de son seigneur, Ce fut avec beaucoup d'honneur, Et luy donna maint noble titre Prézentant au Roy son épttre :
s$ Entre autre choze, il l'apella Comte d'icy, marquis de-là.
Grand duc, grand roy de Circassie, Grand Empereur de la Russie, Prince de l'isle de Colcos ,
60 D'où vient le fruit nommé cocos , Potentat de la Capadoce, A quarante dégrez d'Ecosse , Chef du Caucaze et Zahara , Soldan, Caliphe, et cetera.
65 L'ambassade , autrement vizite , De cet étranger de mérite , Portant grande barbe au menton, Est sur le sujet, ce dit-on, Des diférents, tant nez qu'à naître,
70 Entre la Pologne et son maître, Dont nôtre Louis de Bourbon, Qui de monarque sage et bon Mërite dignement le titre, Sera, s'il plaist à Dieu, l'arbitre.
75 Certes, si ces deux souverains, Qui sont prézentement aux mains, Prenoient cette amiable voye , Ils en recevraient de la joye , Et j'en jurerois bien ma-foy \
80 Car le Ciel a pourvu le Roy De raizon , prudence et justice , Et , par un bon-heur bien propice , Dont pluzieurs éfets sont témoins, D'un Conseil qui n'en a pas moins.
8; Dieu , pour témoigner à la France Des marques de sa bienveillance , A permis qu'on ah découvers
Les desseins de quelques pervers,
Qui vouloient r'allumer la n*ize
90 Dans la région Bordeloize.
Ces ennemis de nôtre Etat Dont on doit faire peu d'état, Aidez de la canaille Ormiste, Dévoient surprendre à l'improviste
9$ Monsieur le duc de Saint-Simon , Et par un projet de démon Massacrer ce seigneur fidelle , S'il ne rendoit sa citadelle ; En suite ces gens déloyaux
100 Se dévoient saizir de Bordeaux, Leurs vaisseaux êtans à la rade , Et tuer le marquis d'Estrade, Qui leur sert de bride et de frain ; Après ils dévoient) tout d'un train,
105 Par une exécrable manie , Fortifier leur tyranie Par maint cruel assassinat, Tant du bourgeois aue du sénat.
Le sieur, dit-on, de Bateville ,
no Qui durant la guerre civile, Pour les Espagnols commandant , Faizoit dans Bordeaux le fendant, Escorté de maint bon navire , S'y devoit encore introduire ,
iij Et cet homme de bien, Trancars, Jadis auteur de faux placars, Exdtoit par maint lâche exorde Pluzieurs gens de sac et de corde A tremper leurs barbares mains
iso Dans les massacres inhumains ; Mais , par permission divine, Ce maréchal de bonne mine , Le généreux duc de Granmont , Un des grands du pays d'amont ,
us Par ses soins et sa vigilance A découvert la manigance ; Service des plus importans Qu'on ait rendus depuis longtemps.
Monbazon, la belle douairière,
1 30 Dont les apas et la lumière Souz de lugubres vêtemans Paraissent encor plus charmans, Pour mieux vaquer à ses afaires, Aux chozes les plus nécessaires,
t)S Par permission de la Cour Vient à Paris au premier jour, Au moins on me l'a fait entendre.
Craignant toujours de me méprendre , Je dis rarement : Tout-de-bon,
140 Mais Ce dit-il et Ce dit-on , .
Tant en mes vers qu'en mon langage,
$66 Là Muzi historique. — Novembre 1654.
Sont très-souvent mis en mage.
Selon les bruits de la Cité, Oui dizent par fois vérité,
14$ Qërmont sera pris dans huitaine, Si bien qu'en toute la Loraine Il ne restera, Dieu-mercy, Que les seuls Jamets et Mussy (Que tient encor monsieur le Prince)
i(e Pour nétoyer cette Province ; Mais quand on les entreprendra J'assûrerois qu'on les prendra, Ou par blocus, ou par échelle.
N'a-fon pas bien pris la Rochelle ?
in Vendredy, pour me divertir, Un quidan me vint avertir Qu'une mignonne trés-jeunette , Non pas blondine, mais brunette, De Paris, et non des fauxbours,
ite N'ayant que douze ans et trois jours, Dizoit loutre-jour à sa mère :
« Maman , je sens douleur amére. »
La mère , voyant sa pâleur, S'enqutt où régnoit sa douleur.
lit « C'est au ventre, répondit-elle, Aux flancs, au coeur, à la cervelle :
Hélas ! j'en sens presque par tout. »
On la t&ta de bout-en-bout , Et l'on vid sans aucune feinte
170 Que la fillette êtoh enceinte , Dont la mère presque enragea.
Là-dessus on Vintérogea, Et l'on sceut de cette badine , Par mainte réponse enfantine,
17) Qu'elle et certain petit garçon D'assez agréable façon , Nommé Pierrot, fils de Nicole, Son cher camarade d'école , En secret tous deux se baizoient,
180 Sans sçavoir trop ce qu'ils faizoient, En un si tendre et si bas âge :
Car Pierrot , par le témoignage De tous ses parens amassez, N'a pas encor treize ans passez.
tss Enfin l'une et l'autre famille,
Tant du garçon que de la fille, Les fiancèrent promptement, En atendant l'enfantement, Sans dire Si , ny Mais, ny Voire.
190 Voilà-pas une rare histoire ?
Le Roy, voyant dés le matin L'été du beau jour Saint-Martin,
Si remplissoit l'air de lumière, n de se donner cariére
19s Fut au bois de Vinceine exprès, Et la Reine le jour d'après.
Là, de la Cour toutes les belles, Tant princesses que demoizelles, Ayans à leurs cotez , toujours,
*» Les Jeux, les Ris et les Amours, Coururent en déterminées A cheval sur des haquenées.
Les courtizans, à tout-moment, Admiraient atentiyement
»s Les adresses particulières De ces aimables cavalières, Qui tournoient aussi juste et net Qu'eût fait autrefois Pluvinet.
Toutefois, il faut que je die
no Que d'entr'elles la plus hardie , Non sans quelque lécer éfroy, Tomba jus de son palefroy ; On m'a bien dit qu'elle ètoit belle , Mais on ne m'a pas dit laquelle.
21 $ Un de mes amis, depuis peu , Se venant chaufer à mon feu , M'aprit, 6 Princesse trés-chére!
Que vôtre aimable belle-mère Est dans Aquigny de prèzant,
sao Séjour, dit-on, assez plaizant, Où monseigneur de LongueviHe (A ce qu'on dit en cette ville), Par devoir et par amitié , Fut voir cette illustre moitié
225 De mille apas toujours pourvue.
Je finis par cette entre-vûé.
Le quatorze du mois, cecy Fut compozé coussy, coussy.
Novembre 1654.— Livre V. Lettre XLVI.
LETTRE QUARANTE-SIZIÉME
Du [samedi] 2 1 Novembre.
PRÉZENTE.
Princesse, qu'un beau prince adore, C'est d'une main tremblante encore , Après maints pitoyables cris , Que ces lignes je vous écris.
If on mal par le travail s'empire.
Je dois, toutefois , vous écrire , Nonobstant ce triste défaut, Car c'est, presque, un faire le faut; Mais si ma douleur recommence , 10 Et que sa rude violence Pousse ma patience à bout , Excuzez si je quite tout.
Monseigneur le duc de Vendôme ,
De l'Océan grand économe, 15 Et monsieur le duc de Mercœur,
Avoient quelaue froid sur leur cœur;
Mais, dimanche, Son Eminence,
Par sa douceur et sa prudence ,
Qui très-fort les édifia, a> Leurs diférans pacifia,
Puis, l'afection naturelle,
Tant du fils que la paternelle ,
Intervenant avec succez ,
Finit tout-à-fait le procez.
1$ Autre réunion s'est faite ,
Dont mainte ame est fort satisfaite , Ce m'a dit un de chez le Roy, Touchant la marquize d'Auroy, Qui loge dans les Carmélites :
)o Car, ayant receu les vizites , Dans cet honorable et saint lieu Des deux messieurs de Richelieu , Enfans de la susdite dame, Elle a chassé loin de son ame
ts Tout le fiel qu'elle avoit contr'eux, Depuis que ce charme amoureux Qui les jeunes gens ensorcelle Les avok mariez sans elle.
Enfin, leur bute elle oublia ,
40 Si toutefois faute il-y-a,
Puis-qu'on ne peut dans l'hyménée
Aller contre la Destinée.
Les parens , du commencemant,
Pestent contre ces traits d'amant ; 4$ Mais , d'autant que la sainte Eglize
Les avoue et les autorize
Avec le temps et la raizon ,
Leur couroux n'est plus de saizon ;
Il s'adoucit ou se relâche, (o Sans faire pourtant rien de lâche.
Cela fait que ces deux amans
S'ozent prométre à tous momans
Que cette excellente duchesse % Qui de leur sort est la maltresse , n Leur noble tante d'Eguillon ,
Par un saint et sage éguillon
Apaizant sa haine obstinée
Contre l'un et l'autre hymenée ,
Les r'établira par pitié éo Dans l'honneur de son amitié.
On pouroh, sur cette matière,
Remplir de vers la feuille entière ;
Mais, d'autant que j'ay plus d'un soin,
Ce qui reste me fait bezoin.
65 Conty, princesse ravissante , Pour se montrer obéissante Aux volontez de son Armand , Lundv partit assez gay'ment.
Des dames de haute noblesse
70 Acompagnérent son altesse Avec un train nombreux et beau Jusques mesme à Fontainebleau.
Elle y demeura la nuitée, Et le lendemain, escortée
7$ De maint brave et franc cavalier, Elle tira vers Montpellier.
On dit que monsieur de Lyonne , Fort habile et sage personne ,
568 La Muze historique. — Novembre 1654.
S'en va partir au premier jour, 80 Pour, suivant Tordre de la Cour, * Faire agir son ame polie
Dans toutes les cours d'Italie
Et manifester son talent ,
Qui passe pour fort excellent.
s j Enfin , monsieur le duc de Guize , Sans redouter le vent de bize , Ayant quelques jours sur les eaux Fait caracoler ses vaisseaux , Est dêcendu, malgré l'Espagne,
9» Dans la Calabre, ou la Sardagne, Et pris à grands coups de canon Un port de mer commode et bon , C'est-à-dire une grande ville, Scis en pais assez fertile ,
9$ Et riche médiocrement;
C'est toujours un commencement.
Le brave et glorieux Tureine Est revenu cette semaine , Dispos et gaillard, Dieu-raercy; 100 Monsieur le duc d'York aussy, Et pluzieurs autres chefs de guerre , Que l'on aplaudtt tant-que-terre Pour avoir joué prés d'Aras Aussi-bien des mains et des bras,
10 $ Que les vaincus , qui s'éfirayérent,
Des pies et des jambes jouèrent.
L'autre-jour, monsieur de Rohan, Infirme depuis plus d'un an, Sentit une fièvre cruelle , no Ardante, pressante, enfin telle Que messieurs de la Faculté Dézespéroient de sa santé ; Mais ils en ont, dit-on, pour l'heure, Opinion beaucoup meilleure.
1 1 j J'ay sceu de deux ou trois Gascons,
Assez raisonnables garçons, Que le Parlement de Guyenne Par Sa Majesté Trés-Chrètienne Dans Bordeaux mesme est rttably.
iso Je ne l'ay pas mis en oubly, Car je veux que cette nouvelle Par mes vers soit universelle , En publiant de bonne-foy La clémence et bonté du Roy,
12J Et cette douceur sans pareille Du grand esprit qui le conseille.
On m'a conté que l'autre-jour,
En ce long et large faux-bour Que feux-bour Saint-Marceau l'on non-
1 jo Je ne sçay quelle sorte d'homme [ne, Chez-luy revenant assez tard, Sa femme , avec un ton criard, L'entreprend , l'ataque et gourmande, Et luy tait mainte réprimande,
ih Dizant qu'il mangeoit tout son Wa, Et l'apellant yvrogne, ou chien.
Luy, véhément de sa nature, Rendit injure pour injure , Et , comme ils avoient Pâme en feo,
140 Ils se tapotèrent un peu.
Les personnes du voizinage, Imbues de leur mauvais ménage, Vinrent métré entr'eux le bola, Et quelqu'un leur dit: «Qu'est-œ-ià?
14s Vous criez toujours , ce me semble : Hé ! pour Dieu, vivez-mieux ensemble, Ou, pour éviter sagement Quelque funeste événement Que peut causer l'antHHîie,
iso Quitez-vous, d'acord départie, Reprenant chacun vôtre oien, Et je croy que vous ferez bien.»
L'homme répondit en colère:
« Hâ, cela ne se peut plus faire. »
in Puis, ayant ces mots proféré, Et mesme un petit soupiré, Il tomba mort à la renverse, Les dents en bas comme une base, Dont les gens alors assambte
160 Demeurèrent aussi troublez Comme on est voyant un fanttae.
Un des disciples de saint Ctone, Autrement honnête barbier, Etant prézent à l'encombrier,
16s Raizonna sur le mizéraUe Autant qu'il en êtoit capable, Et dit , en le tâtant d'abord :
v Las! le pauvre défont est mort!»
Un autre de ma connoissance, 170 Ayant avec trop d'abondance Manifesté son amitié A sa jeune et chère moitié, Qu'il chérissoh plus que luy-mesffle , Tomba mort de foiblesse extresme.
175 Si cet accident que j'écris Intimide pluzieurs maris Jusques à modérer leurs fiâmes, J^tn demande pardon aux dames.
Ce dernier cas assez piteux
Novembre 1654. — Livre V
180 Est véritable et non douteux ;
Mais , comme en ce mois de novambre
J'ay rarement quité la chambre,
N'ayant été ny dru , ny sain ,
Je ne suis pas du tout certain ifts Si ce que d'autre-part j'avance
Est bien digne, ou non , de croyance;
Je n'ay suivy que les discours
Qu'on m'a tenu depuis huit jours :
Je n'invente aucune fadaize , 190 Et j'ay dit des fois plus de saize
Que souvent, et mesme aujourdtiuy,
Je ne parle que par autruy.
Princesse aux vertus exercée , Dés mardy de nous éclipsée , 195 Puisque les miens vers nouveaux nez Ne vous peuvent être donnez Dans vfttre séjour ordinaire , si
Qui, sans Vous, ne me sçauroit plaire, |
Lettre XLVII. 569
Recevez-les dans Aquigny, Qui, par le mérite infiny Des beaux objets qu'on y découvre , Est maintenant un petit Louvre.
Or, me voilà hors de soucy, Mon ouvrage est fait, Dieu-mercyi Cette Lettre n'a rien oui plaize ; Mais , fût-elle encor plus mauvaize , Je veux me reposer un peu.
Ma Garde, r'allumez le feu , Prenez plutôt des allumétes, Chaufez-moy quelques serviétes, Serrez les papiers et billets , Fermez promptement les volets.
Dépéchez-donc! Hâ! Dame-Jeanne, Vous êtes longue, ou Dieu-me-damne.
Fait de ce mois le vingt-et-un , Jour sans soleil , négeux et brun.
LETTRE QUARANTE-SEPTIÈME
Du [Samedi] 28 Novembre.
VALEUREUZE.
Princesse , en bénissant le jour De votre heureux et prompt retour, Malgré l'ennuy qui me traverse , Il faut que ma Muze s'exerce
$ A tracer encore un écrit Qui divertisse vôtre esprit ; Mais, 6 fille de haut parage !
Je commence à perdre courage :
Je voy dix ou douze coquins
to Excitez par d'autres faquins , Gens de la dernière bassesse, Qui , sans respecter Votre Altesse , Vendent mes vers en tous quartiers, Jusque* mesme à des savetiers.
ts Agissant avéques puissance, Vous pouvez perdre cette engeance , Ou prier, d'un ton bien civil , Monsieur le Lieutenant Civil , De réfréner cette canaille ,
io Qui, durant le temps de la paille,
Débitans de noirs quolibets, Ont mérité mille gibets.
Vitry, duchesse belle et sage , Qui par sa taille et son vizage ,
ij Jeunesse , agrément et douceur, Rend trés-heureux son possesseur, Un des jours de cette semaine Eut le tabouret chez la Reine , Du cercle augmentant les clartez
jo Par ses charmes et ses beautez.
En cette séance nouvelle Personne n'envia la belle , Et chacun dit , voyant cela , Qu'on lui devoh cet honneur-là.
35 Aussy, certes, sa grande mine Et de son beau sang l'origine Méritoient assez, après-tout, Qu'on ne la laissât pas débout.
J'ajoute à ces raizons , encore ,
La Mu» historiée* — Novembre 1,6*4,
40 Que ton cher époux, que j'honore Et que j'ay toujours honoré.
Est à la Cour considéré ,
Qu'il est digne et capable d'être
Dans les plaisirs du Roy son maître ,
41 Qu'il est prudent, qu'if est acort, Et qu'on doit demeurer d'acord (Outre son illustre lignage)
Que l'esprit de ce personnage Agit toujours avec vigueur, p Et qu'il a grand sens et grand cœur.
Epernon, homme d'importance Autant au'il en puisse être en France, Revint de son gouvernement Un des jours de dernièrement ,
51 Avec suite , train , équipage , Digne d'un si haut personnage.
Hesselin, en passant par-là, Dans Essone le régala , Et receut sa grandeur altiére
é* Delà bonne et belle manière:
Maint friant mets fut aprêté , On y servit maint bon pâté , Mainte bisque et maint grand potage, Maint plat de fruit à triple étage,
<s Mainte tourte et maint poupehn :
Car ledit monsieur Hesselin En pareils cas met en pratique Son noble instinc de magnifique ; Il ne plaint et n'épargne rien ,
70 II traite admirablement bien, Il exerce dame Opulence, Et je le sais d'expérience.
Candale est aussy de retour, Un des beaux blondins de la Cour,
7) Qui, rendant sa valeur célèbre Au deçà des rives de l'Ebre, A fait pluzieurs actes vaillans A l'encontre des Castillans.
Tout Paris montra bon vizage
8o A ce jeune et hardy courage, Le Roy, la Reine, et leurs sujets, Et tout plein de fort beaux objets.
Quoy qu'on ah dit l'autre-semaine, La nouvelle n'est pas certaine , s* Que le brave prince Guizard Ait fait décente en quelque part.
Comme il n'est pas des vents le maître, Il peut être, il j>eut ne pas être,
Sae ce héros soit débarqué; âis quand j'auray bien rémarqué
toj
•If
Qu'il aura, par mer ou par terre, Par pluzieurs beaux exploits de gwm Quelque petit canton soumis, rcn feray part à mes amis.
Par l'éfort des armes royales, Qui sont en bon-heur sans égales, Le maréchal de la Ferté, Du marquis d'Uxel assisté, Proclamé par la Rénommée * Très-expert eénéral d'armée, Ont pris dés l'autre-jour Clermont, Quoy que situé sur un mont; Et cette garnison rébelle Qui défendoit la citadelle, Digne d'un sort plus inhumain , Sortit le bâton blanc en main; On m'a dit mesmes d'assurance Que ces beaux dézerteurs de France Etoient terriblement honteux De se voir traitez en boiteux.
Ainsi , voilà Monsieur le Prince Débusqué de cette province, Et mesmes de tout nôtre Etat.
Il n'est pas , donc, en bon état :
Car, que les Espagnols (des pertes Qu'en les servant il a souffertes) Le puissent bien récompenser, C'est ce qu'aucun ne peut penser; Avec des douceurs sans-pareilles Ils prométent monts et merveilles, Mais les merveilles et les monts Que prométent ces Rodomonts (Que l'orgueil sans cesse acompagne) Ne sont que châteaux en Espagne.
Un riche citadin Génois De la mort a subi les loix, Assavoir le prince Dorie, Dont l'Espagne est un peu mine, Car il êtoit son partizan, Et tout-à-fait grand artizan De mainte cabale et menée Pour la nation bazanée.
Monsieur le cardinal de Rets, Qui n'est pas si blond que Cérés, Comme chacun sçah bien qu'il ene Tantôt sur mer, tantôt sur terre, Devient , par un change aparant , De prélat chevalier errant; Apres pourtant pluzieurs voyages Soupçonnez de rémû-ménages, Dont ses amis, A droit ou tort,
Novembre 1654. — Livre V. Lettre XLVlf.
Ne sont pas toutefois d'acord,
Avec sa vermeille soutane
Est maintenant dans la Toscane ,
145 Où (non sans être embarassé) Un vent de midy l'a poussé.
Mais, quoy qu'il soit absent de France, Ses parens ont quelque espérance Que pour son acommodement
iso On travaille en Cour sourdement; Et pour preuve de cette afaire, Nôtre Monarque débonnaire A fût sortir les garnizons Qui séjournoient dans ses maizons,
Mf Et mesmes de maint héritage Apartenant à son lignage.
Quand la royale autorité Montre un rayon de sa bonté (Que jamais en vain on n'implore),
ito Quoy que la cauze on en ignore , On peut > à tout événement, En juger favorablement.
L'envoyé du duc Moscovite, Faizant sa dernière vizite ,
i6( A receu de Sa Majesté, Par grande libéralité, Une chaîne grosse et pézante, Extrêmement belle et luizante, Et d'un or de trés-fin aloy,
170 Avec la médaille du Roy; Son secrétaire et l'interprète (Qui mesme êtoit un peu poète Et luy servoit de truchement) Eurent un pareil traitement.
175 Je n'ûs jamais cet instinc lâche Qui du bonheur d'autruy se Biche ; Mais on peut, sans avoir grand tort, Souhaiter un semblable sort , Et franchement je porte envie
ito A ces messieurs de Moscovie, Non à cauze que leur prézent
iS;
*ij
Est riche, massif et pézant ,
Mais pour l'éclatante figure
Qu'y tait du Roy la pourtraiture.
Ce n'est pas cet or précieux
Dont l'éclat enchante les yeux
Qu'on doit estimer davantage ,
Mais c'est cette royale image ,
Dont la charmante majesté
Inspire la félicité
Dans Pâme de toute personne,
Sur tout quand c'est luy qui la donne.
Ce Roy, de tous le plus aimé, Et mesmes le plus estimé Dans tous les cœurs et les pensées Des personnes les mieux sensées > Doit danser un balet nouveau , Qui sera, ce dit-on, fort beau , Encor pourtant que sa dépence Soit de petite conséquence.
Si par le soin de mes amis Dans la sale je suis admis Sans que la porte me soit doze, J'en pouray dire quelque choze; Mais si je ne suis comme il faut Placé fort prés de l'échafaut Pour discerner chaque figure , Ce sera grand coup d'avanture Si j'en dis un seul mot de bien :
C'est pourquoy qu'on y pense bien.
Princesse, outre que dans ma Lettre Je ne scache plus rien à mettre , Afin d'éviter la rumeur Que pourrait faire l'imprimeur, Mes rimes sont icy bornées, Car il est sept heures sonnées.
Fah l'anti-veille Saint André , Sans estre frizé ny poudré.
La Muze historique. — Décembre 1654.
LETTRE QUARANTE-HUITIÈME
Du [samedi] 5 Décembre.