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ET A SA BELLE MAISON DE COULOMMIERS

Du [mercredi] 4 May 1650.

Phœbus, au visage riant, Ouvrant les portes d'Orient, Commençoit à montrer au monde L'éclat de sa perruque blonde

5 Et dardoit ses rayons premiers Quand je partis de Coulommiers.

En ce temps, l'illustre princesse Qui fut quatre jours notre hostesse Estoit encore entre les draps,

10 Et même encore entre les bras De ce Dieu charmant et paisible Qui rend maint beau corps insensible ; Si bien qu'au partir de ce lieu Je ne pus donc lui dire adieu.

1 5 J'en eus l'âme toute confuse ; Mais l'heure me servit d'excuse , Et depuis j'ay pris le soucy De rimer ces Adieux icy.

Adieu , Pucelle sans exemple , 10 Où les vertus, comme en leur temple, Ou comme en leur propre élément , Ont un fort bel appartement :

Adieu, Princesse magnanime, Digne d'une éternelle estime, a j Et qui valez plus de doublons Que vous n'avez de cheveux blonds, Sans comprendre cette richesse Dont vous estes déjà maistresse, Tant en terres, maisons, châteaux, 50 Qu'en perles , bagues et joyaux ; A3ieu, charmante désolée, Adieu , généreuse exilée :

Puissiez-vous bientost à la cour Faire un très-glorieux retour, ?s Et causer à toute la France Une entière réjouissance!

Adieu, dame de Saint-Laurens, Qui plaisez aux honnestes gens.

AHieu vostre agréable fille,

40 Dont le teint est un teint qui brille, Et qui mérite bien cet heur D'avoir un joly serviteur.

Adieu les autres demoiselles :

Certainement vous estes telles

4siQu'on ferait tort à vos apas De ne vous complimenter pas.

Adieu, Cataut, dont le visage Un jour causera maint orage Dans les cœurs des gens peu discrets

50 Qui vous lorgneront de trop près.

Adieu, domicile admirable, Logis vrayment incomparable, Grand et somptueux bâtiment, Où l'on voit maint rare ornement ;

55 Adieu, cher palais d'importance, Riche maison, lieu de plaisance ; Adieu, magnifique château; Adieu , larges fossez pleins d'eau ; Adieu, verdoyantes allées,

60 Souvent d'illustres pieds foulées, Et qui servez de promenoirs Au plus beau de tous les manoirs :

Adieu , plus de deux cents statues

Adieux a Son Altesse Mademoiselle de LonguevillE.

De beaux habits blancs revestues ;

éj Adieu, temple des capucins, Où d'abord, le jour que j'y vins, Mon âme, de respect atteinte, Sentit une ardeur toute sainte, Tant cette pieuse maison ,

70 Lieu de silence et d'oraison, Par ses autels et sa structure Agrée à toute créature.

Enfin, 6 merveilleux séjour, Beau Coulommiers, digne d'amour,

7j Adieu toutes vos circonstances, Adieu toutes vos dépendances.

Vous régnerez à l'avenir Dans mon cœur, dans mon souvenir, Et je diray du bien sans cesse

80 De vous et de votre princesse.

LA

MUZE HISTORIQJJ E

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