PÉNULTIÈME
Dimanche , lors-que pour vous voir J'arivay dans vôtre parloir, Soudain une belle lumière Me vint donner dans la viziére.
5 En fus-ie, alors, tout ébloûy ?
Si je le lus ? oûy, vrayment oûy.
Je crûs voir à travers les grilles La chaste Diane et ses filles , Qui jetoient vers-moy tant d'éclat
10 Que j'en pensay tomber tout plat ; Mais, enfin, un respect extresme Me vint saizir à l'heure-mesme , Qui me secourut de tout point, Et fit que je ne tombay point.
if Je vous prézentay mes nouvelles, Qui vous semblèrent assez belles:
Dieu veuille qu'il en soit ainsy Des toutes fraîches que voicy.
Aux premiers jours de la semaine , *o On tient pour choze assez certaine Que la cuizine, chez le Roy, Se vit en piteux dezaroy, Et qu'oficiers et domestiques,
Devenus presque faméliques, 1$ Alloient tous manger à crédit
Aux cabarets, à ce qu'on dit.
O Fronde! engeance des furies !
Hvdre fécond en barbaries 1
Elément des plus scélérats !
jo Que tu nous cauzes d'embaras!
De Vabres, orateur célèbre, Fit lundy Poraizon funèbre De celle qu'on nommoit icy Charlotte de Montmorency,
H De Condé princesse douairière, Qui fit voir, en sa fin dernière, Tant d'amour et de charité, Que l'on peut dire en vérité Que son ame ardante et zélée
40 Dans les deux est tout droit volée, Avec mille fois plus d'apas Qu'elle n'en avoit icy-bas, Quoy qu'elle ait passé les plus belles De toutes les beautez mortelles.
4$ L'oraizon se fit le matin
Au grand convent Saint-Augustin;
Décembre 16*50. — Livre I. Lettre XXXI.
C'ètoit on beau panégirique , Et d'un accent si pathétique Cet évesque le proféra , 50 Que l'assemblée en soupira,
Et pluzieurs , émus par ses charmes, En versèrent mesme des larmes*
Ce maréchal brave et hardy, Mais plus encor que je ne dv,
55 Qui la Mothe Houdancour s'apelle , Quov que sa femme soit très-belle Et pleine de grande amitié, Il quite-ià cette moitié , Et vient icyt comme à la nopce,
60 Tant que peut aller son carosse , Pour ne manquer aucunement De se trouver au Parlement, Afin de seconder la Fronde , Qui depuis quelque-temps regronde ;
i\ Et puis , quand il a bien frondé , Comme intime du grand Condé , Il retourne vers sa mignonne, A laquelle toujours il donne Des prézens de grande valeur,
70 Afin d'apaizer la douleur, Le chagrin et l'impatience# Qu'elle soufre pour son absence ; Et ces prézens, à ce qu'on dit, Tant payez que pris à crédit,
75 Se montent, sçavoir en dentelles , Joyaux, bijoux et bagatelles , En beaux souliers brodez tout-neufs, En rozes, jartiéres etneuds, Oranges, citrons et grenades,
80 Aigre de cèdre et limonades, En cravates Ken assortis , En écrans , tant grands que petits, ,, En guéridons façon d'ébeineL " En grands vazes de pourceleme,
tj Miroirs, rubans, mouchoirs, bonnets, Montres, gands, perles, cabinets, Etofes, diamans et livres , A plus de deux cens mille livres.
J'ay sceu d'un véritable auteur y> Que Monsieur le Coadjuteur,
Quittant son humeur sérieuze
Pour plane à la jeune Chevreuze ,
Dansa, sans craindre les caquets,
Avec die les Tricotets .
» Rm de tenir sa main blanche,
Et Fon dit que ce fut dimanche ;
U n'importe pas de sçavoir
Si ce te k jour ou k soir.
Mercœur dedans la Catalogne 100 Ne fait pas bien nôtre bézongne; Tout le pays s'en va perdu , Faute d'être bien défendu , Et Tortoze, par nous conquize , Que le grana Schonberg avoit prize, 105 Tout l'Ebre étant assujety, Changera bien-tôt de party.
1 L'Archi-duc, dit-on, se retire Dans les régions de l'Empire , Et Dom-Jûan d'Autriche à grands pas
1 10 Vient régenter les Pays-Bas.
On verra dans l'autre campagne Comme il agira pour l'Espagne , S'il nous batra comme des fous , Ou stl sera batu de nous.
1 1 s Quoy qu'il ne soit pas légitime , C'est un homme de grande estime ; Mais pour Rétel il vient trop tard , Car on l'a pris de nôtre part.
Le sieur maréchal de Tureine
iro S'en venoit à perte d'haleine, Rézolu , pour le secourir, De batailler, vaincre ou mourir ; Mais on tient que Praslin , sans doute, A mis ses soldais en déroute,
125 Et que pour luy, tel est son sort , Qu'on ne sçait s'il est vif ou mort.
Mais , au lieu de tant de faits-d'armes , La paix auroit bien plus de charmes :
Dieu, peut-être, la donnera,
110 Mais je ne sçay quand ce sera.
Le Roy, pour aprendre la guerre , De gazons et motes de terre Fait faire un petit Fort-Royal Au jardin du Palais-Royal.
ijj Et Monsieur d'Anjou s'étudie A jouer une comédie ; Et moy je suis si mal-heureux Que je soufre un mal rigoureux , Sous lequel, presque, je sucombe:
140 C'est une fluxion qui tombe 'Sur une mizérabledent ; Mais, nonobstant cet accident
?ui martirize ma mâchoire , ous aurez encor cette histoire.
t4f Depuis quelque-temps à la cour Guerchy, r infante, est de retour,