RADOUCIE
Princesse dont le doux langage M'acrott quelquefois le courage , Et dont , ainsi qu'il est requis , . Je suis serviteur trés-aquis, 5 Voicy les rimes que j'ay fûtes Pour vous entretenir ces festes , Après les Vespres du convent , Où vous assistez très-souvent ; Car vous êtes pieuze et bonne 10 Autant gue nulle autre personne.
Le service étant achevé, Après avoir dit maint Avey Vous pourez donc Cadre lecture De ces trois pages d'écriture.
1 5 Dans la grand * chambre au Parlement On fronda, lundy, fortement, Et des voix , jusques à quarante, Avec ardeur assez pressante Et des mots assez décirifs,
10 Parlèrent pour les trois captifs.
D'autres , hargneux comme des mules , Entreprirent le seigneur Jules ;
Et ce frondeur déterminé Qu'on appelle monsieur Laisné ij Propoza, pour luyfam pièces, Que pa*-une de ses trois nièces,
Suoy que d'âge à se marier, ejepouroitaparier v A pas^in des grands du royaume, 10 Eût-il nom Jean, Pierre ou Guillaume, Que six mois après, justement, Que par arest du parlement, Et pour contenter les provinces, On aura fait sortir les Princes; H Et l'on dit que ce gaJand-là Sur ce sujet si haut parla, Que , quand David avec sa fronde Eut été de retour au monde, Il n'aurait pas si bien frondé 40 Que ce barbon outre-ciridé.
Le jour suivant, l'heure fut prize Pour aller dans la grande églize Chanter Te Daim Uadamas, Où quelques frondereaux camus,
Décembre 1650. — Livre I. Lettre XXXII.
45 Qui, par grimace, s'y trouvèrent, De trop bon cœur point ne chantèrent; Mais, pour les gens du Roy Louis , Ils parurent fort réjouis .
Et tes bruyans canons de guerre,
$• Vrays couzins germains du tonnerre, Efiayans jusques aux hibous, Firent teniblcritfpt JxHis-bous.
La Catalongne, enfin finale,
D'avec nous tout-à-fait débale, 51 Et phizieurs des grands du pais,
Se voyans prêts crétre envahis,
Ont écrit avec doléance
A Schonberg , duc et pair de France ,
Qu'ils alloient perdre en peu de temps *> (Dont ils ètoient trés-mal-contens)
Le finit de ses travaux de guerre ,
Mainte ville, bourgade et terre,
Et Que Tortoze la cité,
Réduite en grande extrémité éj Et ne pouvant rézister guère ,
Feroit blâmer le ministère.
L'autre jour l'on dizoit icy (Dont quelqu'une étoit en soucy) Que l'Empereur couchoit en joué
70 Une princesse de Mantoué Pour l'épouzer dans an et jour, Par politique ou par amour; Mais ceux qui partaient de la sorte Ont maintenant la gueule morte ,
7î Car d'autres, chez dame Nanon, Dizent résolument que non.
Gaston ne scait quel partir prendre, Tant il a peur ae se méprendre.
Madame u Fronde et la Cour
80 Mirent son cœur tour à tour; Aujourdliuy l'une le possède, Une heure après l'autre l'obsède :
U est entre deux suspendu .
Et, n'étant gaigné ny perdu ,
tj II dk à l'une : « Allez au peautre», Puis il en dit autant à l'autre; A l'une il dit : « Je suis à vous», A l'autre il dit : « Unissons-nous. »
On hiy fait harangue : il écoute,
90 U conteste, il balance, il doute, II voit le mal, il voit le bien, Mais enfin il ne rézout rien.
Messieurs de Beaufott et Corinte, Qui pour la cour sont pleins d'absinte,
9t Coulon et cent petits frondeurs,
Jusque mesme à des ravaude urs, Avec une ardeur sans seconde Luy parlent pour la dame Fronde. Chasteau-neuf, Servien, le Tellier,
100 Chascun en son particulier,
Et quelquefois tous trois ensemble , Tantôt le trot et tantôt l'amble , C'est-à-dire le rudoyant Et puis après l'amadouant,
ioj Le sollicitent pour la Reine, Qui de la Fronde est souvereine.
Comment se démêlera-t-il D'un labyrinte si subtil, Et que faudra-rïl qu'il réponde ?
no Sera-t'il Cour, sennt'il Fronde?
Je n'en sçay rien, foy de Normand , Et, si je dizois autrement, , Mon audace serait extresme, Car il ne le sçait pas luy-mesme.
115 H se rendra pourtant, je croy, Du party de Sire le Roy :
C'est son neveu du côte dextre , Beaufort ne l'est que du senestre; Et puis c'est mieux servir l'Estat
tao De maintenir le potentat Qu'une canaille mal aprize:
Car, pour parler avec franchize (Le party des princes à part, Que Dieu sauve, conserve et gard),
i*s C'est proprement servir la Haie, Que d'être de l'autre cabale.
Mouchas , belle comme le jour, Aprouve, ce dit-on, l'amour D'un poursuivant noble et fideile
ijo Dont le cœur est charmé par elle : C'est le sieur comte de Bury , Homme aussi rond et bien noury Qu'il en soit ou qu'il en paroisse Dans Saint-Germain vôtre paroisse ;
ijj C'est le fils de monsieur Rostain, Qui dans le mesme Saint-Germain A fait rajuster de plus belle Son héréditaire chapelle, Et pour mieux montrer aujourd'huy
140 Qu'elle est absolument à luy, On voit, entr'autres bravenes, Plus de six fois ses armoiries ; Et, de phis? on y voit encor Signé Rostain en lettres d'or.
14$ Or laissons là Rostain le père, De peur de le mettre en colère, Et pour son fils, sieur de Bury, Dieu veuille qu'il soit bon mary,
Car, puisque la fille susdite i(o A beauté, douceur et mérite, Je serais ftché tout de bon Que son mary ne fût pas bon1.
Jeudy le soir, dans une bière ,
Le corps de l'illustre Douairière * , in D'un dûeil lugubre acompagné,
Où l'on n'avoit rien épargné ,
Fut transporté des Jésuites
Au grand convent des Carmélites*
En ce convoy sombre et fatal , iéo Plus de cent flambeaux à cheval
Éclairoient la pompe funèbre
De cette Princesse célèbre v
Qui tous les cœurs atendrissoit
Par où le triste char passoit.
165 Les grands et grandes de la ville ,
Au nombre de deux ou trois mille,
A voient été, vêtus en dûeil ,
Rendre vizhe à son cercueil ;
Le peuple, avec un zélé extresme,