CAPITALE
Princesse pour qui ma muzette A grifonné mainte gazette , M07 qui sur fonts fus nommé Jean, Vous souhaite bon-jour, bon-an;
s Mais je vous fais cette harangue; Bien plus du cœur que de la langue; En dizant : « Maudit sort qui ment», C'est vous en Cure un grand serment.
Jugez de mon obéissance
10 Par ma longue persévérance:
Enfin , voicy neuf mois entiers, Qui d'un an font les trois quartiers.
Que je suis un Bureau d'adresse De nouvelles pour Vôtre Altesse :
M Car pluzieurs, non sans se croter, Viennent chez-nous les aporter, Puis je les rime et j'en sépare Le civil d'avec le barbare Et le rude d'atec le doux,
» Pour être plus dignes de vous.
Si ma plume n'est pas uzée, Nv ma pauvre veine épuizée, D'avoir sur des sujets divers Fait bien prés de sept mille vers,
25 Je croy, ipais je le croy sans rire, Que c'est un ange qui m'inspire, Et que sans sa grâce et secours, A qui bien-souvent j'ay recours,
Je n'aurais pas dû, ce me semble, îo Assambler tant de vers ensemble:
Je ne sçay nv latin ny grec, Et j'ûsse été bien-tôt à sec Sans quelque assistance céleste.
Mais c'est assez, venons au reste.
h On tient Fabertmort dans Sedan; Mais, s'il est mort, c'est à son dan, Car c'est une triste aventure Que d'entrer dans la sépulture.
De Navaille, par grand bon-heur,
*> En est aujoura'huy gouverneur.
Comminge espérait cette grâce ; Mais, quand il demanda la place, On luy dit d'un cœur assez dur:
« Mon amy, vous avez Saumur. »
45 Mais, 6 païens du sieur Navaille, Je ne dis ky rien qui vaille; Rengatnez-donc le doux plaizir Qui vous étok venu saizir :
Cette nouvelle est apocrife .
50 Et point du tout sur le tarife, Fabert luy-mesme ayant mandé Qu'il n'est pas encor décédé.
Madame, dit-on, de la Vergne, De Paris, et non pas d'Auvergne,
La Muzk historique. — Janvier 1651*
n Voyant un front assez uny Au chevalier de Sevicny, Galant homme et de bonne taille Pour bien aller à la bataille , D'elle seule prenant aveu ,
<o L'a réduit à rompre son vœu; Si bien au'au lieu d'aller à Malte, Auprez d'icelle il a fait halte, En qualité de son mary, Qui n'en est nullement marry,
*s Cette afaire luy semblant bonne; Mais cette charmante mignonne Qu'elle a de son premier époux En témoigne un peu de couroux, Ayant crû , pour être fort belle ,
70 Que la feste seroit pour elle , Que l'Amour ne trempe ses dards Que dans ses aymables regards, Que les filles fraîches et neuves Se doivent préférer aux veuves,
7j Et qu'un de ces tendrons charmans Vaut mieux que quarante mamans.
On tient que le pape de Rome , Qui mange et boit comme un autre hom- Consent, et de belle hauteur, [me,
80 Que monsieur le Coadiuteur
Couvre son chef d'un bonnet rouge , ■ Mais à condition qu'il ne bouge De Paris , la grande cité , Aussi bien l'hyver que l'été.
Sf Nôtre Cour, qui connott l'astuce Qui dessous ce pourveu se musse , Veut bien que ce brave prélat Réussisse au cardinalat, Mais pourveu que ce célèbre homme
90 S'en aille ambassadeur à Rome; Ce au'étant bien aprofondy Par ledit sieur, nommé Gondy, Et que Paris, ville tant belle, Etoit son fort et citadelle ,
9S On croit qu'on luy verra tout net Préférer Paris au bonnet.
Il court un bruit parmy la ville , Que madame de Longueville A sagement abandonné
100 La forte place de Stené
Et maintenant est dans le Liège, Non pas pour éviter un siège, Mais pour empêcher de se voir, Sans y penser, sous le pouvoir
105 (Ce qui la inétroit fort en peine) Du sieur maréchal de Tureine ,
Qui pouroit, d'elle s'assûrant, La prendre peut-être à garand < Des périls , pertes et vacarmes 1 10 A quoy sont sujétes les armes.
Or elle habite en liberté Un séjour de neutralité, Dont; de crainte d'être surprize, Elle fait son lieu de franchise, us Ayant un généreux dezir De jamais ne se désaizir De la qualité ravissante D'illustre et belle indépendante.
On voit entre les avocats
tao Des esprits assez délicats;
Mais quelques-uns de leur séquelle - Ont bien souvent peu de cervelle :
Témoin un certain Las-d'aller, Qui , comme l'on vint à parler
u$ De Paflîction et disgrâce
Des captifs du Havre-de-Grace, Sur lesquels de Bar, ce dit-on, Est plus veillant que le dragon Qui gardoit les brillantes pommes...
i)o Mais parlons du dernier des hommes. Quand ce fut à luy d'opiner :
« Il ne faut point tant lanterner; Dit-il , en la prézente afaire.
Sçavez-vous bien ce qu'il faut faire?
1 »s Envoyons plutôt que plus tard Un sergent à monsieur de Bar, ; Qui, pariant à ce galand homme, Luy dira : « Monsieur, je vous somme, « De par messieurs du Parlement ,
140 « De sortir de là promptement, « Et quiter, au nom de la Vierge, « Vôtre qualité de concierge :
« Car, Monsieur, sauf vôtre respect, « Messieurs vous tiennent pour suspect.
us « Pour éviter honte et suplice « Obéissez-donc à justice, « Et, dêcendant de votre tour, « Sortez-en pour plaire à la Cour; « Autrement je vous interpelle
1(0 «De comparaître devant Elle, « Pour dire, étant un peu confus, « Les cauzes de votre refus.»
Ces mots auront tant d'éficace, Que de Bar quitera la place.
ijj Autrement, qu'il soit interdit, Comme un franc rebelle. J'ay dit. »
Voilà l'avis du personnage Touchant les trois princes en cage ; Mais, s'ils n'avaient d'autre suport,
Janvier 1651. — Livre II. Lbttrb I.
t *> Ny de secours un peu plus fort Que cette opinion pécore, lis attendraient long-temps encore.
Vendredy , ledit Pariement Conclud judicieuzement
\is Que l'on ferait des remontrances Sur leur prizon, maux et soufrances, Et, nonobstant quelques hargneux, Le sieur Mole, le sieur Coigneux, De la façon qu'ils déclamèrent,
17» Pour les Princes se déclarèrent, Dont le party mortifié En fut d'autant fortifié.
Cela déplût à quelque monde, Et surprit mesme un peu la Fronde :
17s Car, voyez-vous, ces deux barbons Sont deux cerveaux tout-à-fait bons.
Cette grande et haute pucelle Que l'on nomme Mademoiselle, Dont en tout temps le cœur est gay
1S0 Comme l'on est au mois de may, Sans prendre avis que de sa teste, Donne une pension honneste Au seigneur Lambert et sa sœur, Afin que l'extrême douceur
il) De leurs voix, belles à merveilles, Délectent souvent ses oreilles; Outre cela, six violons, Maintenant que les soirs sont longs, Ont logis vers ses écuries,
190 Assez proches des Tuileries, Pour, jusqu'au bout du carnaval, Luy donner très-souvent le bal, Où toutes les dances nouvelles, Qu'elle trouve à son gré fort belles,
19$ Sans avoir peur d'avoir trop chaud, La divertiront comme il faut.
La mort fiére , camarde et blesme, Du sage prézident de Mesme A finy les soins et travaux,
aoo Aussi-bien que du sieur d'Avaux.
Monsieur d'Irval , leur autre frère , Pour être à la Fronde contrére , De la charge est gratifié, Dont il est fort édifié;
»j Mesme on dit qu'il a pris la peine D'envoyer assurer la Reine Qu'il serait toujours, par sa foy, Grand serviteur d'elle et du Roy.
Sage et débonnaire Princesse, 210 Donnes beaux jours, avec liesse, Seraient plus doucement passez, Si mes vœux étoient exaucez, Plaize à la haute Providence Que dans cet an qui recommence itf Un sort plus doux et plus joyeux Puisse rasséréner vos yeux, En revoyant , comme on espère , Monseigneur vôtre très-cher père!
Que si quelques esprits mutins 220 Opozent à vos bons destins.
Aussi-bien qu'à la voix publique , Leur mal-heureuze politique , Que presque on ne peut excuzer, Dieu les vûeille dezabuzer !
22) Cette lettre fut grtforaièe Le premier jour de cette année
Qu
lue l'on nomme en stile commun ran mil six cens cinquante-et-un.
La Muzi historique. — Janvier 1651*
LETTRE DEUXIÈME
Du [dimanche] 8 Janvier.
POZITIVB.
Princesse qui , pour être bonne , Dieu-mercy, n'en craignez personne, Si je n'ay pas bien réûssy Dans cette mienne épltre icy,
s Recevez, s'il vous plaît, l'excuze Qu'à présent vous en fait ma Muze.
J'ay tant travaillé du cerveau A faire rondeau sur rondeau , Tout le lonç de cette semeine ,
to Que j'en suis presque hors d'haleine, Et je suis si las de rimer, Que j'en ay pensé suprimer Le tribut que vôtre main blanche Reçoit de moy chaque dimanche.
if Voicy pourtant, à tout hazard.
Quelques bruits dont je vous fais part.
Madame Danville, duchesse, A dans ie cœur grande détresse (Mais monsieur son maiy pas trop)
*> De s'en aller le grand galop .
Par défaut d'humeur radicale , Au creux de la tombe fatale , Où, dés le moment au'on est né , On est aussi-tôt condamné.
aj Mais quand la mort avec sa rage Aura dissous leur mariage, Lequel, pour parler franchement, N'est pas trop à chaux et ciment, C'est déjà le bruit de la ville
30 Qu'on donne audit monsieur Danville, Non pas madame d'Eçuillon, Mais madame de ChatUlon, La plus mignonne en aparence De toutes les veuves de France.
H Moy, qui toujours, en vérité, Ay fait grand cas de la beauté, Trouve l'alliance fort belle, Aussi bien* pour luy que pour elle ,
Car je sçay bien que tous les deux 40 N'ont pas des muzeaux trop hideux.
Le sieur marquis de Roquelore En veut à cette jeune Aurore Dont jadis on avoit pensé Que Gévre avoit le cœur blessé; 4$ C'est l'aimable infante du Lude, Qui pouroh mettre en servitude, Etant belle comme le jour, Tous les plus hupez de la Cour.
La Reine a fait, en abondance,
jo De nouveaux maréchaux de France:
De Grammontet les deux Fertez Entre ces gens-là sont comptez, Le grand Grancé , de Normandie, Et d'Hoquincourt, de Picardie,
$$ Et mesmes monsieur du Daugnon, Lequel a mandé , plaize ou non, Et jurant et parlant en mahre, Qu'absolument il vouloit l'être.
Ils n'étoient que quatre autre-fois ,
60 Sous Henry quatre et Henry trois; Mais c'est qu'à toutes avantures On veut faire des créatures, Et l'on juge, en voyant ce soin, Qu'on en a grandement bezoin.
6$ Ce n'est pas que de ceux qu'on nomme Chacun ne soit assez brave homme, Mais la trop grande quantité Avilit cette dignité, Qui , pour être si conférée,
70 N'en est pas si considérée.
L'épouze du duc de Bouillon, Qui ne passe plus pour félon , Depuis trois jours a vu la Reine, L'Eminence ayant pris la peine,
Janvier 1651. — Livre II. Lettre II'.
7s Montrant un œil assez humain, De la prézenter de sa main ; Et la duchesse acorte et sage Joua si bien son personnage, Qu'on Pacûeillit avec bonté ,
*> Comme si de rien n'ût été.
Une dame rimant en rilles, Qu'on ne voyoit qu'à travers grilles.
Et qui dizoit souvent Hélas !
Aux Filles de Saint-Nicolas , 15 Où , pour être plus réformée , Je croy qu'on l'avoit enfermée , Son mariage étant dissous D'avec son dédaigneux êpous, N'aimant pas trop la vie austère
90 Ny les régies du monastère , Où l'on ira pas la liberté De goûter la mondanité,
A sauté par-sus la muraille , Pour aller foire ailleurs ripaille
91 Et flater un peu ses ennuis; Pour excuze alléguant depuis (Mais c'est , possible , une chimère) Que monsieur son père et sa mère , Pour achever de la navrer
10e La vouloient vendre et puis livrer; Mais à qui , comment , et le reste , Je n'en sçay rien, je vous proteste.
J'ay sceu que depuis quatre jours, Pour revoir ses chères amours,
ioj Mercœur, avec son blond vizage , Est de retour de son voyage , Mais haïssant plus son cadet Qu'il ne feroit un farfadet , Ne dézirant point voir ce frère,
no De peur de se métré en colère , Ny regarder d'un seul regard Ceux qui luy viennent de sa part ; Protestant, avéque menace, Que si quelqu'un devant sa face
ut Se prézentoit ou se montrait, Qu'assurément il le batroit.
Quant à Beaufort, il ne s'enqueste, Et témoigne , en hochant la teste , De ne s'en soucier nullement.
iso Pour moy, je ne sçay pas comment Leur fraternité divizee Démêlera cette fiizée.
Le jour de la veille des Rois , Des courtizans , pour le moins trois , t*s Qui chez nôtre cher Roy soupérent,
Généreuzement s'enyvrérent ,
Jusques à faire des hoquets
Et tout plein d'étranges caquets;
De plus ces preux et galans hommes 150 Firent la guerre à coups de pommes,
Puis après à grands coups de pots,
Et l'on gâta , mal-à-propos ,
Avec du vin et de la sausse ,
Le pourpoint et le haut-de-chausse 1 j j D'un maréchal victorieux ,
Qui faizoit trop le sérieux.
Dans la maison Orléannoize S'émût l'autre jour quelque noize Entre Gaston et sa moitié,
140 Jusques mesme à faire pitié.
Gaston souhaitoit que les filles, Dont deux ou trois sont fort gentilles, Sçavoir : d'Uxel , Reménecour, Et l'aimable dame d'atour,
14s Dont sans mentir l'ame est fort belle, Allassent chez Mademoizelle Avec luy prendre un bon repas , Mais Madame ne vouloit pas.
Avec une douceur fort tendre
i$o II la pria d'y condêcendre ; Elle, avec un peu de rigueur, Luy dit : « Je ne veux point, mon cœur. »
— Permétez-le, ma chère vie.
— M'amour, je n'en ay point d'envie.
155 — Les grands, dit-il, par tout pais,
Se plaizent fort d'être ooéis.
— Et c'est choze un peu bien cruelle Aux grandes princesses, dit-elle,
De voir durant cette saizon 160 Leurs maris hors de la raaizon Aller coure après une fille , Au lieu de souper en famille.
— Madame, excuzez pour ce soir.
— Monsieur, venez-icy vous seoir. »
i*s Monsieur redoubla sa prière;
Madame se mit en colère :
— « Me voulez-vous des-obliger ?
— Vous plaizez-vous à m'afliger? »
Monsieur se plaint ; Madame pleure ;
170 Ils contestèrent plus d'une heure : Oûy, Voire, Non, Pati, Pata; Mais enfin Monsieur l'emporta.
Sa fille, dit-on , fort s'aplique A s'ériger en magnifique :
17J On ne parle de tous cotez Quedeseslibéralhez, Et mesme il court une nouvelle
La Muze historique. — Janvier 165 1.
Assez glorieuze pour elle , Qui dit partout , en bonne foy,
180 Qu'elle doit êpouzer le Roy.
iîest petit , elle un peu grande, Et ce n'est pas ce qu'on demande En un hymen bien assorty; Mais cjuoy ! c'est un rare party
18; D'avoir, soit en paix, soit en guerre, Le plus beau sceptre de la terre.
Hà! si j'êtois, quelque matin, Un peu favory du destin!
Que l'on verroit de juste* chozes!
190 Mais ce sont icy lettres clozes, Où nul ne pénétre que Dieu.
Adieu, belle Princesse, adieu.
Fait parmoy, vôtre auteur fidelle, L'huit ae janvier, Mademoizelle.
LETTRE TR01Z1ËME
Du [dimanche] 1 5 Janvier.
r'ajustée.
Je ne sçay si cette gazette Doit être succinte ou longuette , Ny si le discours sefai bon; Ma foy, j'apréhende que non;
5 Mais, le bon-heur de toujours plaire Etant assez extr'-ordinaire, Princesse, vous excuzerez Les défauts que vous y verrez.
Ayez donc bien de l'indulgence;
10 Mais chut, écoutez, je commence.
Cette dame de la Ferté Qui jadis eut de la beauté , Qui fut spirituelle et sage , A perdu le sens en un âee
ij Où d'ordinaire, et tout de bon, On commence de l'avoir bon, Assavoir toutesfois et quante Qu'on a des ans prés de cinquante.
Quand je parle de son mal-heur,
20 Dont pluzieurs ont grande douleur Et qui cauza bien du tumulte, Ce n'est pas pour luy faire insulte, Mais par ce qu'un historien Doit tout dire et n'oublier rien.
aj Cette histoire icy publiée, Je Pavois pourtant oubliée , Car passez sont plus de vingt jours Que quelqu'un m'en fit le discours.
La noblesse de Normandie, ;o Qui passe pour brave et hardie ,
Afin d'erabarasserl'Estat S'abaisse vers le Tiers-Etat Jusqu'à luy prézenter requestes Pour des motifs assez honnestes,
35 Mais qui dans une autre saizon Auraient cent fois plus de raizon.
Si quelque-fois icy j'aplique Quelque trait de ma politique , C'est avec un cœur net et sein ,
40 Et je n'ay nullement dessein D'ofenser ny piquer personne , Car j'ay l'ame tant soit peu bonne ; Mais pour dire mon sentiment, Je le ais assez librement.
4$ L'autre-jour, certain capiteine Qui commande au bois de Vinceine , Dînant ou soupant prés du feu Avec un chanoine au lieu , Peut-être après avoir bû pinte,
50 Parla de Monsieur de Connte Comme d'un homme que bien-tôt On luy devoit mettre en dépôt, Et aue, dés le mois de décembre, On luy préparait une chambre ,
55 Par un ordre exprés de la Cour, Au milieu de la grosse tour.
Le chanoine, oyant ce langage, Plaignoit ce rare personnage , Et oit que c'êtoit sans raizon
60 Qu'on le vouloit mettre en prizon ; l7un prit très-fort l'afirmative ,
Janvier 165 1. — Li
L'autre encor plus la négative.
« H n'est point serviteur du Roy !
— Si fait, il l'est. — Non-est, ma foy ! éj Dit le capitaine en colère , Il est frondeur etpopulére, Ce beau vizage crAmquain , Et tout-à-fait républicain. »
Le prestre dit au capitaine :
70 « Il est vôtre fiévre-nquartaine. »
L'autre une assiéte luy jeta , D'un plat soudain l'on riposta ; Des escabeaux ils se jetèrent, Puis des poings ils se tapotèrent
71 Et sur le dos et sur le flanc ,
Et chic , et choc , et flinc , et flanc ! Enfin, le prestre, plus robuste, Sa cauze étant juste ou non juste, Mais grandement fier et têtu ,
80 Après avoir très-bien batu Le susdit seigneur capiteine.
Sortit promptement de Vinceine , Et s'en vint à Paris , tout droit, A maintes gens conter son droit ;
*j Et pour moy, je n'en fais le conte Que de mesme qu'il le raconte.
Pour la deùe exécution
De certaine commission ,
Un quidan avoit espérance 50 D'être fait maréchal de France,
Protestant à tous ses amis
Que la Reine l'avoit promis.
Maintenant il se dézespére ,
Et témoigne grande colère H De ce au'il ne l'a point été
Parmy la grande quantité
Que depuis peu l'on en a faite ;
Son ame est très-mal satisfaite ,
Et quelquefois, avec ardeur, 100 11 semble parler en frondeur.
Mais au mesme temps que la Reine ,
Son adorable souvereine,
Afin d'apaizer son couroux ,
Luy dit quelque mot un peu doux , ioj Que volontiers elle accompagne
D'un paire ou deux de gants d'Espagne,
Tel prézent luy semble fort beau,
Et devient plus doux qu'un agneau.
Je vis, jeudy, faire la guerre no Au fort construit dans le parterre Du jardin du Palais-Royal, Où le Roy ne fit point trop mal :
Je le vis, avec grand courage,
vre II. Lettre III. 8j
Aller en personne au fourage,
115 Et r'entrer, du moins une fois, Dans le fort tout chargé de bois ; Il fut à pluzieurs embuscades ; Il essuya cent mousquetades , Qu'on tiroit à brûle-pourpoint,
120 Mais qui , pourtant, ne blessoient point. Je vis Monsieur, en sentinelle, Avec sa voix de demoizelle Crier vivement : « Qui va-là ? »
Le cadet de Guise acola ,
ij$ Au beau milieu du corps-de-garde, Voulût ou non, la haleDarde; Puis, avec maint bon horion, On luy donna le morion.
On fit de mesme à la Ralliére,
130 Dont le trés-afligé derrière , Pour faute que je ne scay pas , Fut tapoté de aix-en-bas.
Dans cette noble singerie D'une éfective infanterie,
ijj On voyoit monsieur de Mercœur Porter le mousquet de bon cœur, Et presque une demy-douzaine De princes du sang de Lorraine , Et mesme dans les bataillons,
140 Tantôt quarez et tantôt Ions, J'aperçeus un assez grand nombre De vizages nouris à l'ombre :
C'est-à-dire de beaux blondins, Avec des teints incarnadins.
145 Enfin, la plus-part de ces braves, Les uns gais et les autres graves , De pluzieurs et divers partis Etans heureuzement sortis , Eux , et ceux qui les commandèrent ,
1(0 En trois momens se débandèrent, Et, voyans la nuit ariver, Ils prirent leurs quartiers-d'hiver Dans Paris , sans Cérémonie , La plus-part en chambre garnie.
1 j 5 Le mesme soir , le Roy , dit-on ,
Etant au palais de Brion ,
Aperceut en une fenêtre
Une jeune beauté parètre,
Fille d'unvoizin, avocat, 160 Réluizante comme or ducat ;
Du moins elle paroissoit telle
A la lueur de la chandelle.
Nôtre petit galant de Roy
La lorgnoit de bon cœur, ma-foy ; 165 Mais le père de la mignonne,
Ombrageuze et sotte personne,
La Muze historique. — Janvier 165 1 .
La fit tout soudain rétirer,
Ce oui fit le Roy soupirer,
Et demeura long-temps encore 170 Pour revoir cette aimable Aurore;
Mais ces soins furent superflus,
Car la belle ne parut plus ;
Dont le Roy se fâchant , dit : « Briche !
Je croy qu'on me veut faire niche ; 175 Si je ne craignois le caquet,
Je ferois venir mon mousquet
Pour faire bruire le salpêtre
Et tirer à cette fenêtre. »
Mais monseigneur de Vileroy 180 Essaya d'apaizer le Roy,
Qui nt dés-lors penser et dire
Qu'il deviendrait un maître-Sire.
Mercœur, dont l'esprit enflâmé
Est agréablement charmé 18) De la pucelle Mazarine
Qui luy paroît presque divine,
A prié Gaston humblement
De permétre amiablement
Que cette jeune Italienne 190 Devint bientôt Pépouze sienne.
« Vous vous moquez? luy dit Gaston.
— Pardonnez-moy, c'est tout de bon,
Répondit cet amant fidelle
Qui soûpiroit pour cette belle.
19; — Mais , dites-vous vray , mon neveu ?
— Oûy, je demande vôtre aveu !
— Quoy ! vous y sonzez-donc encore ?
— Hâ ! je fais bien plus , je l'adore !
— Mercœur, si vous persévérez , 300 Par-ma-foy, vous me déplairez »,
Repart Gaston à l'instant mesrae; Ce qui rendit confus et blesme Cet amoureux intéressé, Qui s'en alla tout couroucé.
*>$ On dit que ce beau dialogue A dans Paris bien de la vogue ; Mais , à parler avec candeur, Je ne le tiens que d'un frondeur.
Or voilà mon esprit à l'aize , aïo Car ma lettre, bonne ou mauvaize, Est faite , à force de rêver, Et je n'ay plus pour l'achever Qu'à prier Dieu , sage Marie , Qu'on puisse voir bien-tôt tarie ai s La tristesse que vous avez Pour le sujet que vous sçavez.
Le quinze j'ay fait cet ouvrage, N'ayant mangé que du fromage.
LETTRE QUATRIÈME
Du [dimanche] 11 Janvier.