LIBRE
Dans l'autre et dernière gazette , Où je mandois que Michelette Etoit au rang des trépassez, Ce chapitre vous plût assez :
j Car il est tout-à-fait vizible Que vous aimez mieux* le rizible Que les articles ennuyeux , Qui ne sont pas facétieux ; Mais souvent la matière manque ;
10 Et, comme il est vray qu'à la Blanque Le sort n'est pas toujours égal, Et que, tantôt bien, tantôt mal, On tire des chozes tort belles , Et auelque-fois des bagatelles,
15 Je dis sincèrement icy Que l'on en peut juger ainsy Touchant cet incertain commerce Que ma plume pour vous exerce.
Où (sans feindre et déguizer rien)
» Je fais tantôt mal , tantôt bien, Selon les diverses nouvelles, Qui, dans le temps prézent, sont telles, Qu'elles peuvent mal-aizément Cauzer du divertissement.
2( Mais, sans alonger davantage Ce peu nécessaire langage, Qui ne fait que m'embarasser, Princesse , je vais commencer.
Certaine fille de naissance, ?o Qui voy oit qu'un des Grands de France
Trouvoit dans ses apis naissans Des charmes doux et ravissans , N'a pu conserver sa conqueste , Et quelque envieuze tempeste
15 A renversé tout son espoir, Depuis ce sombre et fameux soir Où, du moins, trois ou quatre belles, A l'extinction des chandelles, Crièrent fort : « Laissez-cela ,
40 Hô-dame, arrêtez-vous, hola!»
Monsieur Courtin a pris la peine , Un des jours de cette semeine, De tenir nuë, entre deux draps, La fille de Monsieur le Gras;
4$ Le Prince de Conty, qui l'aime, Demanda la fille luy-mesme Auxparens, pour ledit Courtin , Qui, s'assemolans à cette fin, Uafaire promptemem conclurent ,
jo Dont les amans trés-joyeux furent , Et bénirent cent fois Jeur^sort , Car on dit qu'ils s'emraiîiioïent fort
On m'aprit, l'autre matinée, Que l'hymen, ou bien l'hymenèe , n Du fils de Monsieur de Grancé, Etoit absolument cassé ; Dont j'eneas Pâme un peu marie, Car j'aime bien qu'on se marie.
Il en vouloit , ce damoizeau ,
La Muze historique. — Juillet 165 1.
A l'Infante de Palaizeau; Mais cela ne s'est point fait , pource Qu'elle n'avoit pas dans sa bource Les cent mille livres comptant Qu'on avoit promis en traitant.
éj L'hymen du comte, aussi, de Carce , Ne s'achève point non plus , parce Qu'on dit que c'est la vérité Que ledit Comte est endêté; Et, quojr qu'il insiste au contraire,
70 Ceux qui négocioient l'afaire Pour sa maltresse Rochefort N'en demeurent pas bien d'acort.
Mercredy, durant la nuit blesme, Condé , Conty, Bouillon , et mesme
7$ L'épouze de vôtre papa,
Que, possible, un faux bruit trompa, A Saint-Maur allèrent tous quatre, Non pour s'èjoùir et s'ébatre , Ny pour autrement prier Dieu
80 Dans la sainte église du lieu, Où l'on fait maint pèlerinage, Mais de peur d'être mis en cage, Soit qu'ils craignissent tout-de-bon , Ou <jue ce fût prétexte ou non.
8j Environ huit cens gentils-hommes, Et deux ou trois cens moindres hommes, te lendemain les furent voir , Qui par respect, qui par devoir, Qui par raizon , qui par prudence,
90 Qui pour la simple révérence, Qui parhazard, qui tout exprés , Qui pour ses propres intérêts, Qui, mesmes, par mutinerie, Et qui par fanfaronnerie.
?> D'autre c6té, maints cordons bleus, Et cent braves gens avec eux, Se rendirent prés de la Reine , Qui , sans doute, étoient fort en peine Pourquoy les Princes, in promptu,
100 Avoient fait cet in exitu; Gaston mesmes alla vers elle , Avec afection et zélé, Pour entrer dedans son conseil Et propozer quelque apareil.
io( Plusieurs dames , sentans le musqué , Allèrent mesme ofrir leur busqué, Chacune jurant , sur sa foy , Qu'elle êtoit servante du Roy; Et mesmes, illustre Princesse,
1 10 On m'assura que Vôtre Altesse Alla, presque dés qu'il fat jour,
Assurer la Reine et la Cour Que Monseigneur vôtre cher père N'avoit point part en cette araire.
iij Ensuite, du Palais-Royal Partit de Grammont, maréchal, Que jadis on nommoit de Guiche , Pour, de la part d'Anne d'Autriche, Aller dire audit de Condé
iao Qu'il s'étoit sans cauze évadé; Qu'elle étoit trop sincère et bonne Pour vouloir nuire à sa personne ; Que , s'il vouloit faire à la Cour Un amiable et prompt retour,
tas H y seroit plus en franchize Qu'il ne seroit dans une églize, Et qu'elle (sans fiel ni rigueur) L'y convioit de tout son cœur.
A Taauelle douce semonce
1)0 Conaé ne fit autre réponce Sinon qu'en diverses façons Il avoit de justes soupçons ; Que la faction mazanne Tramoit sourdement sa ruine ,
ijj Et que, dans Paris, aujourd'huy, Etant plus puissante que luy, Il avoit tout sujet de craindre , Et beaucoup , aussi, de se plaindre; Puis il luy dit : « Je ne crains pas
140 Ny les guerres , ny les combats, Siège, rencontre, assaut, bataille, Mais les tours de pierre de taille , Comme qui diroit Marcoussy, Vincennes, et le Havre aussy,
14$ Et tels ou pareils édifices.
J'ay rendu de si grands services, Que je suis très-fort étonné De m'en voir si mal guerdonné, Craignant mesme un sort encor pire.
150 Voilà tout ce que je puis dire Sur ce que vous m'avez conté De la part de Sa Majesté. »
Ledit de Grammont prit la peine De retourner dire à la Reine
tu Le succez de son coup-d'essay ; Et voilà tout ce que j'en sçay.
Le lendemain , pour cette afaire, Toute la gent parlementaire Dedans le Palais s'assembla, 160 Ce qui la Reine un peu troubla.
Conty, de retour dans la ville, Et Madame de Longueville , Se trouvèrent pareillement A ce concours du Parlement,
Juillet 1651. — Livre IL Lettre XXVIL
iéj Dizans, pour excuzer leur faite, Ou leur évazion susdite , Touchant la crainte des prizons, A peu prés les mesmes raizons Que j'ay cy-dessus déclarées ,
170 Mais mieux dites et mieux narrées, Eltant vray que ces grands esprits Parlent bien mieux que je n'écris.
Lerézultatde l'assemblée, De divers soucis acablée,
17$ Les uns opinans du bonnet , Et les autres parlans tout net, Fut qu'on fronderoit de plus belle Le Mazarin et sa séquelle, La Fronde reprenant vigueur,
1S0 Dont pluzieurs pestent de bon cœur.
Le jour d'après, dans le lieu mesme, Avec empressement extresme , On se Rassembla tout-de-bon; Et Monsieur Armand de Bourbon ,
il; Quoy que trés-jeune barbe, eut prize Avec la grande-barbe grize Du premier prézident Mole ; Mais , après qu'on eut bien parlé, La Cour, n'en voulant point découdre,
190 Se sépara sans rien rézoudre, Sinon que quelqu'un, plus hardy, Dit tout haut : « Le reste à lundy. »
Auprès de Lagny , dans la Brie, On raconte , sans raillerie, i*i Que l'on voit sortir d'un grand bois,
§ui deux-à-deux, qui trois-à-trois, n grand nombre de gens de guerre , Portant épét et cimeterre , Armes à feu, javelots, dards, mo Enseignes, drapeaux, étendarts; Puis , comme ennemis qui bataillent ,
Il se frapent et se chamaillent; On entend bruire tour-à-tour Mainte trompette et maint tambour ;
ao$ Ils disparaissent, puis reviennent; Et pluzieurs qui s'en entretiennent Ne sçavent si c'est un combat, Ou si c'est plutôt un sabat.
Vendredy, sur le Pont-au-Change,
no On parloit de ce cas étrange, Les uns en riant seulement, Les autres pozitivement ; Mais , que ce soit fable ou chimère , Un paizan l'écrit à sa mère ,
11 j Laquelle, dés le lendemain, Le dit à son frére-germain, Lequel, si j'ay bonne mémoire , Le redit à son fils Grégoire, Grégoire à Jean, Jean à Martin,
220 Qu'il êtoit encor grand matin; Martin l'alla dire à Guillaume ,
. Qu'il trouva dans un jeu-de-paume; Guillaume le dit à Robert Tout contre la Place-Maubert ;
11 j De-là, cette histoire de balle Se transporta jusqu'à la Halle, Puis , trotant et courant toujours , Alla mesmes jusques au Cours Où gens d'honneur et de mérite
i;o L'ont pluzieurs fois dite et redite ; Et moy, qui vous écris cecy, Je vous dis et redis aussy , O Princesse charmante et bonne f Que, certes , je ne sçay personne
2jj Qui soit, en qualité d'auteur, Plus que moy vôtre serviteur.
Fait la neufiéme matinée D'un des plus chauds mois de l'anée.
La Muze historique. — Juillet i6> i.
LETTRE VINT-HUITIÉME
Du [dimanche] \6 Juillet.