‹ La muze historique;Chapitre 68 sur 221 · FAMILIÈRE · texte numérisé non relu

FAMILIÈRE

Certainement, belle Princesse, Je croy que Phébus s'intéresse En vôtçe divertissement, Puis-que, sans aucun manquement,

5 II fait sortir chaque semeine De ma froide et stérile veine Des vers jusqu'à plus de deux cens, Tantôt rempbs d'assez bon sens, Et par-fois , si je l'oze dire ,

10 Assez gais pour vous faire rire.

Grâce donc à ce beau Phébu», Qui brille mieux qu'un jacobus, Et m'inspire autant qu'il m'éclaire, Voicy ma lettre hebdomadaire ,

tj Dont vous verrez , en la lizant, Si le stile est sot ou plaizant ; Mais j'ay peur, pour l'intérêt vôtre, Qu'il soit kien plutôt l'un que l'autre.

Au Parlement, ces jours passez,

ao Bien des gens se sont trémoussez ; Les barbes jeunes et les blanches, Quelaue-fois les mains sur les hanche^ Ont débité divers avis, Dignes, ou non, d'être suivis :

aj Car les fous, autant que les sages, Ont, en ce lieu , droit de sufrages.

Le tréf-dizert Coadjuteur Y fronda de belle-hauteur, Ce qui surprit un peu le igonde :

?o II fut jadis homme de fronde; Mais on le croyoit tout changé, Ou, du moins, très-fort mitigé.

Coulon mesme, cjui faizoit rage, Est à prézent, dit-on, phtf sage,

h Son confesseur l'ayant grondé D'avoir autre-fois tant frondé.

Le bon-homme, aussi, de Brousselle, Qu'une croyance universelle Tenoit pour un ardu-frondeur,

40 N'a plus la moitié tant d'ardeur.

0 l'étrange siècle où nous sommes!

O mutabilité des hommes !

0 projets vains et superflus!

O de la Cour flus et reflus !

O sote inconstance du monde!

Que l'on est fou quand on s'y fonde!

Enfin , vendredy justement, Lesdits messieurs du Parlement Tout-à-fait se dez-assemblérent, Et , dans ce qu'ils délibérèrent Ayans encor quelques respects, Les trois personnages suspects Dont on poursuivons la disgrâce Sont encor en leur mesme place.

jj Vôtre Altesse allant voir, jeudy, A quatre heures après midy, La Reine, vous apiltes d'elle Qu'elle tenoit pour trés-fidelle Ce papa de vous tant aimé ,

6o Et que ce prince renommé, Pour assurer qu'il serait ferme, Avoit d:.t , en ce propre terme, Qu'il la servirait contre tous, Et voire mesme contre vous,

éj Si vous preniez party contre elle.

L'exagération est belle, Et ne s'y doit ajouter rien.

Plaize à Dieu que tout aille bien !

Les princes, dont on plaint l'absence ,

70 Font encore leur rézidence

A Saint-Maur, où l'on voit toujours Un si grand et nombreux concours De gens qui leur rendent vizites, Que les sales sont trop petites

7$ Pour à la fois les contenir.

Dieu les veuille bien maintenir !

Et comme ils sont du sang de France, Et d'une très-haute importance , Je souhaiterais qu'à la Cour

Juillet i6ji. — livre II. Lettre XXVIII.

so II fissent promptement retour, Pour y posséder, avec gloire , .

Aussi Bien que dedans ITiistoire, Tous les honneurs qui leur sont dûs Pour tant de services rendus ;

8f A quoy je croirais que la Reine N'aurait répugnance ny peine.

Lundy, la mort, d'un coup fatal , De madame de l'Hôpital Abrégea les jours et ta vie ,

9e Sans pourtant qu'elle en eût d'envie , Car le monde elle n'a quité (Nonobstant son antiquité) Qu'avec extrême répugnance, Et sa dernière doléance

9$ Ce fut de dire : « Hâ! jour-de-Dieu ! Faut-il que je m'en aille ! Adieu. »

Pour monsieur son mary, qui reste, Après cette perte funeste , Au lieu de faire le pleureux,

100 II se doit tenir trés-heureux :

Car, s1l veut encor une femme , Mainte mignonne et mainte dame , Et de grande condition, Sont à sa disposition;

ioj Presque dans toutes les ruelles, On le marie à pluzieurs belles, Qui le trouveraient encor bon, Quoy qu'il soit tout-à-fait barbon.

S'il veut des beautez toutes neuves ,

1 10 S'il veut avoir des riches veuves , Il en pouroit , dés à prézent, Choizir une sur plus de cent , Tant de pauvretés que de riches , Tant de profuzes que de chiches,

»ij Tant de cinquante et soixante ans Que de filles en leur printamps, Tant de doucereuzes que d'aigres, Tant de grassetes que de maigres , Tant de teints blancs que de teints bruns,

Do Comme on en voit chez les Beaubruns. Mais il faut nommer quelques-unes De ces blanches et de ces brunes.

L'aimable dame de Laval , D'esprit en douceur sans égal ;

iij De Guébriant la maréchale, Quoy qu'au défunt toujours loyale; Puis la Grimaut et la Cavois, A qui je donnerais ma vois, Si gros bras et grosses mamelles

i jo Rendoient les personnes plus belles; La Mîrepoix, la Bullion, Rkhe de plus d'un million;

La prézidente Moteville, Trés-acréable et trés-civille ;

iM La belle et sage Contenant, Et la marquize de Nonant , Qui se pique de grand ménage Tant en la ville qu'au village; Madame de Brétonvilliers ,

140 Qui d'écus a plus de milliers:

La Martel, si fraîche et si belle Qu'elle vaudrait une çucelle ; La haute dame de Pizieux , La riche dame de Bressieux ,

14s Madame de Canaples mesmes Et la prézidente de Mesmes ; La Défiât, la Bréauté, Qui n'ont pas manque de beauté ; Et mesme aussi , guoy que dévote ,

150 La bonne dame ae la Flote.

Outre toutes ces veuves-cy, Sçachez que l'on luy donne aussy La Beuvron, Palaizeau, de Tresmes, Dont les mérites sont extresmes;

1 $ 5 Mademoizelle de Vertu ,

Suly, Mouchas, Beaumont, Testu; Les Gurluretes, les Loupines, Qui sont quatre beautez divines ; Descars, à qui l'on ferait droit

160 Quand un duc on lui donnerait , Tant cette rare créature - Mérite une bonne avanture. * Ségur, Neuillan et Saint-Maigrin Auront aussi quelque chaerin

16 j Si ce grand party leur échape, Et la Vergne mort à la grape , Quand on luy donne pour mary Ce maréchal au poil fleury.

Mortemar, si blanche et si belle ,

170 Et mesme si spirituelle, Manican et Remenecour, Deux des beaux astres de la Cour, Saugeon , la sainte et sage prude , La charmante infante du Lude,

17$ La belle d'Uxel, Savigny, La Rambouillet, la Chavigny, Toutes filles de grande vogue , Sont aussi sur le catalogue ; De sorte qu'à son bon pfaizir

180 Ledit seigneur peut donc choizir :

Car on dit que ae toutes celles (Tant les veuves que les pucelles) Dont j'ay fait icy mention , Nulle îraurolt aversion,

18s Mais plutôt serait toute fiére De devenir Hospitalière.

Le sieur Marquessat d'Hautefort,

Soit qu'il eût droit, soit qu'il eût tort

(Je ne décide point l'afaîre), 190 Vendredy, pour se satisfaire,

Fit faire à Candale un apel ,

Afin de se batre en duel ;

Mais on 7 prit tellement garde,

Qu'ils ont tous-deux chacun un garde , 19 j Dont autre choze ne sera, 39$

Sinon qu'on les acordera.

Princesse , excusez le ramage

— Juillet i6ji.

De ce bon ou mauvais ouvrage :

C'est toujours mon intention , Voire mesafes ma passion , En écrivant pour Vôtre Altesse, De vous cauzer quelque liesse; Mais quand je n'en viens pas à bout, Le bon Dieu soit loué de tout.

Ecrit le seizième, foy-d'homme, De ce mois que juillet l'on nomme.

LETTRE VINT-NEUFIÉME

Du [samedi] 2$ Juillet.

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