TACITURNE
Grande Princesse, si ma veine Ne produit rien cette semeine D'agréable ny de plaizant, C'est à cauze du temps prézant ,
s Où fes afaires de la France Ont une si piteuze chance, Qu'il faut être Espagnol ou chien, Ou, du moins, fort mauvais chrestien, Pour n'avoir Pâme embarassée
10 Des maux dont elle est menacée.
Ainsi je croyque ce discours, Outre qu'il sera des plus courts Et de politique assez plate , N'aura rien de bon pour la rate.
1 $ Dedans mon précédent écrit , Moy qui manque souvent d'esprit, J'oubuay de dire en mes carmes Que le grand général des Carmes, Italien de nation
*> Et sçavant en perfection , Venant de lointaine contrée, . Avoit fait une belle entrée (De cent carosses escorté) Dans Paris , la grande cité ,
as Où réceptions magnifiques, Excélens concerts de muziques , Mainte harangue et compliment, Ne luy manquèrent nulement.
D'Éguillon la grande duchesse, îo Avec grandissime allégresse,
Receut aussi dedans Ruél
Cet illustre conventuel.
Ensuite, après maint doux régale,
Il fut dans la maizon royale , jj Où, sans mentir, Leurs Majestez
Luy firent des civilitez
Qui marquoient une grande estime
Pour lecut révérencussime.
Dimanche dernier, jour pour jour,
40 L'agréable Remenecour, Une des filles de Madame , Ayant conceu dans sa belle ame Un dégoût des plaizirs mondains , Qui, sans mentir, sont un peu vains,
4$ Quov que belle et quoy qu'enjouée Et de mille charmes douée , Dans un cloître se retira , ^ ^ Dont Gaston très-fort murmura, Dizant que ladite retraite
(o De son bon-gré ne s'est pas faite , Et protestoit tout hautement Que par arest du parlement Ilîeroit cette créature Bien-tôt sortir de sa clôture.
5 j D'autres , pour divers intérêts , Allèrent au convent exprès,
Juillet i6$i.~ Livre II. Lettre XXIX.
Afind'envizager la belle
Et parlementer avec elle ,
Pour aracher de son beau sein 60 Le louable et pieux dessein
Que cette fille de mérite
A de se rendre carmélite ;
Mais les pleurs et gémissemens ,
Tendresses et raizonnemens <s De mainte femme dézolée,
Ne l'ont point encore ébranlée ;
Ains, au contraire, l'on m'a dit
Qu'elle prit vendredy l'habit,
Le préférant avéques joye 70 A ses jupes d'or et de soye ,
Etquitant ses plus beaux atours,
Tant des festes qu'à tous les jours,
Pour, en qualité de novice,
En faire an dévot sacrifice 75 Au plus beau de tous les époux ,
Qui s'est sacrifié pour nous.
Enfin , ces jours passez , la Reine (Non, je croy, sans un peu de peine), Pour le public contentement ,
lo Consentit à l'êloignement De Servient, le Telier, Lyonne, A cauze que l'on les soupçonne D'être du party Mazarin, Quoy qu'ils dizent n'en être un brin.
S( Ainsi , par des brigues contraires, Les voilà donc hors des afaires, Ausquelles, les larmes aux yeux, Ils ont fait leurs tristes adieux.
Monseigneur le Prince en personne ,
90 Suivy d'une escorte assez, bonne , L'œil brillant et le cœur hardy, Au Palais alla vendredy, Où, quand il eut pris sa séance Selon son rang et sa naissance,
9$ Monsieur le premier prézident , Homme acort, dizert et prudent, Luy tint , ce dit-on , un langage , Si beau , si francois et si sage , Qu'il en fut loue hautement
ioo De tous les gens du Parlement.
Si l'on impnmoit la harangue Qui sortit de sa belle langue, Elle plairoit mille-fois mieux Que ces discours pernicieux
10$ Que des esprits chetifs et minces Font courir sous le nom des Princes , Qui très-souvent n'aprouvent pas Des esprits si sots et si bas :
Témoin ce méchant manifeste
1 10 Qui fut à son auteur funeste , Où Vardes étant «ri-traité , En devint si fort irité , Que ses laquais, Gascons ou Basques , Ayans pris l'auteur par les basques ,
1 1 5 Coupèrent à coup de cizeau Son trés-infortuné nazeau ; Ce qui fait qu'après cet outrage , On peut dire de son ouvrage :
«Ce sont des discours mal-tournez
i2o D'un auteur qui n'a point de nez. »
La Mort, plus cruelle qu'un tygre, Pour la jeune dame d'Hahgre N'ayant ny douceur ny pitié , Quoy que trés-digne d'amitié ,
iij L'a fait mourir, dont c'est dommage, En l'avril de son plus bel âge ; Esprit, jeunesse ny beauté N'ont pu fléchir sa cruauté, Ny de son cher mary les larmes,
1 jo Qui , perdant tant d'aimables charmes, Dit pis que pendre, ce dit-on, De cette inhumaine Cloton.
L'infâme et maligne Discorde,
Parmy cens de sac et de corde , i?< Cauze des tumultes nouveaux
Tant à Toulouze qu'à Bordeaux;
Sur tout la cité de Gascongne ,
Que j'ewime franche Carongne,
Et qui n'a nulle loyauté 140 Ny pour Roy, ny pour royauté,
Se plaît fort à cauzer du trouble.
Fyf cela ne vaut pas un double.
Ce vieux et sage maréchal Nommé monsieur de l'Hôpital,
14) Lequel, quand sa femme rat morte , Alla, suivy de peu d'escorte, Pleurer tout son saoul dans lisy, Retourna l'autre-jour icy, Plus ajusté dans son veuvage
ijo Qu'il n'êtoit dans le mariage ; Use fait plus souvent touzer (Le vray mot, pourtant, c'est razer)* Une propre et belle péruque Entoure sa trés-blanche nuque,
1 $ $ Et l'on conjecture de-là Qu'il veut encor, après cela , Choizir quelque nouvelle épouze, Entre plus de soixante-et-douze Qui voudroient bien, sans marchande^
\6o Tout-de-bon s'en acommoder:
Mais on ne sçait pas encor celle Qui luy donnera dedans l'aile.
Princesse, je Pavois bien dit Que je n'aunas pas le crédit , i*s Aujourd'hûy, de vous faire rire; Mais aussi que sçauroit-on dire, Durant cette triste saizon
La Muze historique. — Juillet 165 1 .
Où la joye est comme en prfzon , (^ii pût réjouir Vôtre Altesse ?
Excuzez donc, grande Princesse :
Une autre-fois , s'il plaît aux dieux , Nous démocritizerons mieux.
J'ay fait ce discours ridicule Le premier de la canicule.
LETTRE TRENTIÈME
Du [samedi] 30 Juillet.