‹ La muze historique;Chapitre 70 sur 221 · MÉDIOCRE · texte numérisé non relu

MÉDIOCRE

Encor que pour vôtre service Mon travail jamais ne finisse, Et que, bien loin de le cesser, C'est toujours à recommencer,

5 Je prens volontiers cette peine, Aux dépens de ma pauvre veine, Qui s'êpuize joyeuzement Pour votre divertissement:

Car vous êtes, je le confesse,

10 Si bonne et charmante Priaçesse, Que rien ne me peut tant ravir Que la gloire de vous servir.

Voicy donc, à toute avanture, Encor quelques traits d'écriture ,

1 j Oue , par respect et par devoir, J^aporte pour vous faire voir.

Mais excuzez si les nouvelles Ne sont pas, aujourd'huy, trop belles.

Dimanche, on vid en divers lieux *> Quelques placards séditieux, Que messieurs de la populace Alloient lire de place en place , Sçavoir, chicaneurs, -écoliers, Fripons, crocheteurs, bateliers, [très, Courtauts, marchands, aprentifs, mai- Soldats, filoux, clercs, moines, prestres, Riches et gueux , mêchans et Dons , Et mesme on vid quelques barbons, Afin d'en voir mieux les articles , jo Oui chargeoient leurs nez de bézicles ; Mais la plus-part de ces lecteurs,

Qui n'étoient pas de grands docteurs, Par des opinions diverses, Eurent entr'eux des controverses

j$ Sur le sujet desdits placards, Jusqu'à s'entre-apeller pendards; Et, comme on voit, en tout rencontre, L'un être pour et l'autre contre, L'un dizoit : « Lé placard dit bien » ;

40 L'autre dizoit : « il n'en est rien »; Et l'on en vid , prêts de se batre , Pour le moins plus de trente-et-quatrt Qui s'êchaufoient au dernier point; Mais ils ne se bâtirent point.

4$ Mercredyj la Reine régente , Souple, pacifique, indulgente, Parla , dit-on , fort doucement , Aux députez du Parlement , Touchant la crainte et défiance

50 D'un des plus hauts princes de France, Le redoutable et grand Condé, Qui fut, l'autre année, êchaudé Et mis en de trés-seures gardes .

Et, partant, se tient sur ses gardes,

H Et fait si fort du quant-à-moy Qu'il ne voit ny Reine ny Roy.

En ce lieu point je ne me pique De débiter ma politique ; Mais, certes, j'ay bien de Pennuy

60 De voir subsister aujourd'huy Cette divizion maudite, Dont le seul Espagnol profite ,

Juillet 1651. — Livre II. Lettre XXX.

Et que quelque esprit infernal Entretient dans le sang royal,

éj Gaston, avéques sa famille, Son epouze et sa grande fille, Sont, depuis trois ou quatre jours, Dans leur beau château de Limours; Mais, comme ce s*nt trois Altesses,

70 Sçavoir un prince et deux princesses, Nos bourgeois ne sont pas contens Qu'ils y demeurent si long-temps.

VendreÔy, feste de sainte Anne, Monsieur le Prince , ou Dieu me damne,

7j Alla par ville et par cité, ,De auelque noblesse assisté, Et d'un train si riche et si leste, Que ptuzieurs dizoient : « Male-peste!

(Ayans tous la main au chapeau)

80 Que ce train est superbe et beau! » On quittoit maïzon et boutique Pour voir cet éclat magnifique , Et maintes gens couraient après, Afin de lorgner de plus prés

a$ Des bufles , en assez bon nombre , Qui le suivoient comme son ombre.

L'autre jour, de fort grand matin, La belle et charmante Aigrefin, Demoizelle d'honneur ou Fille

*> De madame de Longueville , Prit pour son seigneur et mary (Qui , je croy , n'en fut pas mâry) Un fort honneste gentil-homme, Qui monsieur Dirague se nomme ,

H Assez bien-fait, quand il est ras, Et du pais d'Adi-sias.

De Condé la compagne illustre, Où paraissent, comme en leur lustre, Esprit, beauté, grâce et douceur, 100 Et madame sa belle-sœur, Avec femmes, suite et bagage , A Monron vont faire voyage , Qui n'est pourtant pas un séjour Si divertissant que la Cour.

»©j Les Espagnols^ Catalongne,

Pour nous tailler de la bezongne,

Venoient Cervéres assiéger,

Mais on les a fait^déloger

Des environs de cette ville ; no Et cjui î^monsieur de Mérinville,

Qui bravement, ces jours passez,

Les a batus et repoussez.

Et de là nous pouvons comprendre,

Si les François vouloient s'entendre

iij Et devenir, de bonne foy, Les vrais serviteurs de leur roy, Il ne faudrait qu'une campagne Pour obliger toute l'Espagne A venir, demander la paix,

120 Qu'on ne doit espérer jamais

Tant que nos grands et que nos princes, Nos parlemens et nos provinces, Par un sort trés^mal-encontreux, Ne seront pas d'acord entr'eux.

115 Vervins et le comte d'Estréô, Chacun d'eux ayant l'ame outrée (Le sujet , je ne le sçay pas), Se vouloient batre pourpoint bas; Mais, dès que l'on sceut la nouvelle

150 De cette assez prompte querelle, Sagement on les détourna Par des cardes qu'on leur donna.

Mais un bruit court parmy la ville , Qu'un carde allant au domicilie

t * 5 Dudit sieur de Vervins , marquis, Comme en tels cas il est requis, Sa femme, faizant te hagarde, Interdit l'entrée audit garde, Croyant (la rougeur sur le front)

140 Que c'étoit leur faire un afront; Le garde jure teste et ventre Qu'il faut absolument qu'il entre ; La dame dit : « Pestez , jurez , Mais, par-dieu ! point vous n'entrerez.»

145 — « Faites, Madame, ouvrir la porte : Je viens de par Gaston. — N'importe; Vinssiez-vous de la part du Roy, Vous n'entrerez point, par-ma-foy ! »

Il tempeste, il menace, il crie ; La dame se met en furie.

Enfin , après beaucoup de bruit , Monsieur le garde est introduit; Mais la dame, sage ou non sage, Enferma ledit personnage Dans certain petit cabinet , Qu'an dit qui n'ètoit pas trop net , OS, par bizarerie extresme, Le garde fut cardé luy-mesme ; Et le pauvre homme pensoit bien

N'en être pas quite pour rien, Ains d'avoir la fesse outragée A coups de verge ou d'escourgée :

Car pour fôûéter, très-fort souvant, Page, laquais, femme ou suivant,

Et moy, je Ip prie et suptie Que sa bonté jamais n'oublie »7j De verser des grâces toujours Dans la suite de vos beaux jours, Et que deuil, chagrin ny tristesse N'atàquem jamais Vôtre Altesse.

«4a La Muze historique. — Aoust 1651

Us Cette marquise, un peu lionne,

A ce qu'on dit, n'en craint personne.

Le carde , en cette extrémité,

Ne lut, toutefois, point foùété,

Car ledit marquis , homme d'ordre, 170 Venant, empêcha ce dézordre ,

Dont le garde, au sortir du lieu,

Remercia grandement Dieu.

Fait, en haussant le gobelet, Le trentième jour de juillet.

APOSTILLE

La jeune dame de Rohan, Non sans douleur et sans ahan, Acrût l'autre jour sa famille D'une belle et quatrième fille; Et le seul fils du Palatin^ Par un trés-mal-heureux destin, Est décédé de mort soudaine, Vers la fin de cette semaine.

LETTRE TRENTE-UNIÈME

Du [samedi] 6 Aoust.

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