REMARQUABLE
Princesse, j'êtois en soucy,
Touchant cette semaine-cy,
Si vous auriez une gazette ,
Parce qu'une triste planette, j Cinq ou six jours , soir et matin ,
M'a rendu tout-à-foit chagrin ;
Toutefois, forçant l'humeur sombre
Qui tenoit mon esprit à l'ombre,
Enfin voicy ce que j'ay fait , 10 Après avoir pour cet efet
Aux Muzes prézenté requeste,
Mais non pas sans grater ma teste.
Monsieur l'ambassadeur Vigneùil , Faute d'avoir bon-pied, bon-oeil,
ij Ainsi qu'il faizoit son voyage, Et qu'il passoit certain passage, Malgré ses dents fut arèté Par les gens de Sa Majesté, Dont dans Paris on fait maint conte,
» Moins à son honneur qu'à sa honte; Et ce sont d'étranges caquets Touchant quantité de paquets Que l'on tira de sa vabzfe.
Dont aucuns maudissent la prize,
aj D'autant que pluzieurs cas divers Par elle ont été découvers ; On y rencontra des histoires, Brevets, billets, poulets, mémoires, Instructions et mots d'avis
îo Pas trop dignes d'être suivis; On y trouva lettres de change, D'autres d'amour et de louanges, Bref, des chansons et des regrets, Et mille autres petits secrets.
m Ouand les murailles furent ceintes De là pauvre ville de Xaintes Par certain frondeur et ses gens , Pires qu'archers et que sergens, Lesbourgeois,craignans cette engeance,
40 Etoient en une honble trance ;
Mais le sieur évesque du lieu , Homme du monde, homme de Dieu, Et qui tient un peu, pour la çierre, Du feu monsieur de Bassompierre ,
4$ Sortit à pié, non à cheval, De son palais épiscopal, Dépouilla rochet et soutane Et prit en main la pertuizane.
La populace, qui trembloit,
jo A l'emour de luy s'assembloit, Et luy leur dizoït : « Mes ouailles, Il faut repousser ces canailles.
Courage , mes amis, donnons ! »
Mais, hélas! le bruit des canons
$ j Arêtoit toute leur audace , ' Aucun ne bougeoit de sa place, Et ces gens, exhortez en vain, Ne remùoient ny pié ny main.
Luy, remarquant leur indolence,
60 Témoignoit plus de véhémence , Et leur crioit : « Allons, allons ! » Mais ils n'alloient qu'à reculons.
Il avoit beau lâcher la bride A ce peuple foible et timide ,
*s Pas-un d'eux n'ozoit avancer, De peur de se faire blesser.
Ainsi la mizérable ville .
Jouet de la guerre civiue, En vint, pleine d'afliction,
70 A la capitulation,
Et l'on bailla dix mille livres A des coquins , la plus-part yvres , Tant piétons que cavaliers, Qui n'avoient Dotes ny souliers,
7j cEapeaux, colets, ny "bas-de-chausses, Et tous fripons ou fhpe-sausses , Car, jusques au troiziéme jour Qu'ils firent en ce lieu séjour, Ces afamez , ces pauvres cancres ,
80 Y mangèrent comme des chancres.
La Rochelle et Plsle de Ré,
La Muze historique. — Novembre i6j|.
A ce qu'on dit, ont assuré
Que, malgré les noizes nouvelles,
ils seraient toujours trés-fidelles.
S( Le seigneur duc de Richelieu (Mais je ne sçay pas en quel lieu) A perdu chevaux et bagage Et presque tout son équipage ; Ce qu'il eût peut-être évité
90 S'il eût été du bon côté.
Dampn, d'une étrange manière, Estataqué par le derrière, Et tourmenté du mesme mal Qu'avoit le défunt cardinal,
9j Assavoir des hémoroïdes,
Mal qui provient d'humeurs; putrides, Ou, pour parler plus proprement, D'intempéré tempérament.
Assez souvent têts maux sinistres
100 Travaillent ceux qui sont ministres, Et luy, qui ne l'est qu'à demy, Le sort est bien son ennemy D'afliger son pauvre derrière De cette douleur toute entière ,
10$ Tourmenta tous très-rigoureux, Mais. plus encor aux amoureux.
On dit que monsieurle Grand-Maître, Lequel souvent n'est pas le maître De ces soudains emportemens
no Qui luy viennent à tous momens, Avoit, la semaine dernière, Fait batre à grands coups d'étriviére Un certain pauvre huissier croté, Lequel fut assez éfronté
u j (Sans dudit sieur craindre la bile) D'aller jusqu'en son domicile, Pour je ne sçay quel intérest, Luy signifier un arest D'une de nos cours souvereines ,
120 Sçavoir le Parlement de Rennes, Et qu'étant très-fort irrité De ladite témérité, Il jura trente fois Mort-diable, En châtiant ce mizérable,
125 S'il tenoit ceux du Parlement, Qu'ils auroient pareil traitement.
Ces propos, dignes du tonnerre, Ne tombèrent pas lors à terre :
Car ledit huissier, bien ou mal ,
130 Les mit dans son procez verbal ; Dont de juste couroux comblées Toutes les chambres assemblées
Donnèrent, sans craindre iceluy, Un arest de mort contre luy ;
ijj Puis ils députèrent ensuite, Par prudence et bonne conduite, Un des leurs vers Sa Majesté, Pour, en très-grande humilité, Prier ledit Roy nôtre Sire
140 Que, pour le bien de son empire, Et mesme aussi pour son honneur, Il leur ôtât ce gouverneur, Dont l'humeur prompte et violente Etoit un peu trop turbulente.
14s Le maréchal, d'autre côté, Sans être fort épouvanté De ces messieurs à robe-longue, Qu'il ne craint en façon quelconque, Etant plus âpre et puis ardant ,
1 ; o Fait plus que jamais le fendant. Le Parlement jure et proteste Que cecy luy sera funeste, Et que, les ayant ofensez, Il en pay'ra les pots cassez.
ijj Bref, chacun d'eux murmure et crie. Voilà bien de la broûillerie.
On dit qu'un navire espagnol , Dont le patron se nommoit Pol, Qui venoit , de lointaine terre,
160 Aux bons François faire la guerre, De auarante canons chargé , Lunay dernier fut submergé , Et sous les ondes éfroyables Alla sans doute à tous les diables,
16; Où, sans espoir d'aucun retour, Tous les méchans vont tour-à-tour.
Le bon monsieur de Montatére, Je dis le fils, et non le père, Est mort cette semaine-cy;
170 Et le petit Laval aussy7
Dont son aimable et triste mère A ressenty douleur amére, Voyant si-tôt privé du jour Ce cher gage de son amour,
175 Et le fils, en nopce seconde,
D'un des plus beaux maris du monde.
J'ay sceu, d'aujourd'huy seulement, Que l'on avoit au Parlement, Du moins en la chambre des comptes 180 (Et cecy ne sont point des contes), Vérifié la pension Qu'avec beaucoup d'afection Le Roy, de l'avis de la Reine,
Novembre 1651. — Livrb II. Lettre XLVI.
Et d'autorité souvereine,
i8* A donnée à très-bonne fin APépouzedu Palatin,, C'est-à-dire pour ses services Et pour tout plein de bons ofices Oue d'un cœur françois et loyal Elle rend au party royal ; Lequel don , couché sur leurs livres , Est par an de vinet mille livres, Qu'on promet de luy bien payer Et de jamais ne la rayer,
19s Quelque nécessité qui presse; Duquel argent cette princesse , Qui ne sert pas la Cour en vain, En va rhabiller tout son train.
Schonberg, duchesse belle et sage, 300 De prézent étant au village , Par un inopiné mal-heur (Dont je fusse mort de douleur), Ces jours passez , de son carosse Faillit de décendre en la fosse :
*>j Car son cocher, nommé Maillard , Allant d'un trot assez gaillard , L'arbre, en passant, d'une barrière , S'enfonça dedans la portière, Et, faizant horiblement tac, no Luy donna dedans l'estomac.
De peur la dame en devint froide, Car te choc fut terrible et roide, Et sans l'assistance d 'en-haut,
Qui jamais aux bons ne défaut 11 j Quand de bon-cœur on la réclame , C'était fait de ladite dame ; Mais Dieu si bien la prézerva Qu'autre choze n'en ariva.
La marquize aussi de Leuville , aso En retournant en cette ville, Par un autre accident nouveau, Fut blessée auprès du cerveau Par la chute de son carosse, Accident d'autant plus atroce 22$ Qu'on a razé , quoy que très-longs, Quantité de ses chçveux blonds, Afin de panser la blessure , Contuzion et meurtrissure, Que cette chute luy cauza; * 2jo Et c'est donc pourquoy l'on raza Sesdits beaux cheveux, sous prétexte De mieux conserver tout le reste.
Contre mon espérance, enfin , 0 Princesse ! voicy la fin 235 De ce bon ou mauvais ouvrage.
Il n'est que d'avoir du courage.
Je n'en suis donc plus en soucy:
Il est achevé , Dieu-mercy.
Compozé, suivant mon caprice, 240 Le propre jour monsieur Saint-Brice.
LETTRE QUARANTE-SIXIÈME
Du [dimanche] 19 Novembre.