‹ La muze historique;Chapitre 86 sur 221 · SENSÉE · texte numérisé non relu

SENSÉE

Princesse, atendant l'heureux jour Où, par un aimable retour De la sainte et divine Astrée, Nous aurons la paix dézirée,

5 Bien souvent je ne vous écris Que des mal-heurs, que des débris Et de ftcheuzes avarttures Qui surviennent aux créatures.

Certainement j'en ay dépit,

10 Car, comme pluzieurs fois j'ay dit, Cette belle humeur enjouée Dont Nature vous a douée, Soit qu'ils soient longs, soit qu'ils soient N'aime que les joyeux discours, [courts,

i) Aussi je meurs presque de honte Lors-que je vous fais quelque conte Piteux, languissant et transy.

Mais écoutez pourtant ceux-cy.

Dés dimanche on eut la nouvelle *> Que d'une tour de la Rochelle

Quarante ou cinquante soldats

Avoient jeté du haut-en-bas

Besse, gouverneur de la place,

Pour éviter cette disgrâce as De passer tous par le licou

Et a'étre pendus par leur cou ,

Châtiment assez ordinaire

Dans la fonction militaire,

Quand les soldats, par vanité, p Par folie ou brutalité,

Font une vaine rézistance

A la souveraine puissance ,

Contre qui, dans un méchant fort,

On ne doit jamais tenir fort, u On mande, pour choze certaine,

Quand l'infortuné capitaine

Fut, comme est dit, précipité,

Pour son trop de témérité,

Que les femmes de la Rochelle, 40 PTemes d'une haine mortelle

A cauze de ses grands forfaits Et des maux qu'il leur avoit faits, Son mal-heureux corps déchirèrent Et si trés-menu le hachèrent, 45 Qu'on dit que les plus grands lopins rvêtoient pas plus gros que pépins, Cruauté qui le cœur me serre ; Mais ce sont des fruits de la guerre.

De la province de Quercy $0 On manae en cette ville-cy Que Marsin et ses gens de guerre, Plus redoutez que le tonnerre Et pires que des bandoliers, Tant fantassins que cavaliers, js Font des cruautez éfroyables, Que ne feroient pas tous les diables.

On dit que ce brutal Liégeois Est le grand fléau des villageois, Et qu'il est encor plus funeste 60 Que la mort, la faim et la peste.

Jeudy, jour de Saint-Nicolas, On vid s'assembler à grands tas Crocheteurs, hommes de marine Et gens de semblable farine,

6$ Qui crièrent : Toile! toile!

Contre le grand monsieur Mole, Menaçans avec insolence De faire quelque violence.

Mais ce célèbre magistrat,

70 Quoy que ce peuple scélérat, Remply de fureur et de rage, Fût tout prêt de luy faire outrage , Il demeura ferme et constant Dans un si périlleux instant;

7$ Et Schonberg, maréchal de France, Homme-d'honneur et d'importance, Qui pour lors étoit en conseil Avec cet homme sans-pareil, N'aperceut en luy crainte aucune

La Muzb historique. — Décembre 1651.

80 De cette canaille importune.

Il luy parloit, étant assis, D'un sang tout froid et tout rassis, Et dit que dans tout son vizage, Ses actions et son langage,

8$ On ne voyoit rien de changé , Quov qu'il sceût bien être assiégé De ladite exécrable race Que Ton nomme la populace.

Enfin ces gueux, ces archi-gueux,

90 Que l'impunité rend fougueux, Ayant vomy bien des injures Et fait de aamnables «murmures, S'écartèrent par-cy, par-là, Et chacun chez-soy s'en alla.

9$ Le bon-homme de la Vieuville Par d'autres coquins de la ville Fut dans son carosse ataqué, Mêprizé, menacé, moqué, Et ces abominables pestes,

100 Ces garnemens, ces gens funestes, Par un pernicieux dessein, Luy donnèrent dedans le sein Coups de pistolet et dlêpée; Mais leur atente fut trompée,

105 Car le coup d'épée on parât, Et le pistolet prit un rat.

Quelquefois, chez Mademoizelle, Unebande joyeuze et belle, Et que l'on dit qu'il fait beau voir,

1 10 S'assemble pour danser, le soir, Dans une sale bien parée Et parfaitement éclairée * Tant de quantité de flambeaux Que de pnizieurs objets fort beaux.

iij Le roy d'Angleterre et son frère (Couple illustre) ne manquent guère De se trouver exactemant En ce lieu tout-à-fait charmant; La princesse de Longueville

t2o Et quelques belles de la ville, Et pareillement des faux-bours, Y font un aimable concours; Chàtillon, fraîche et jeune veuve, Avec un esprit gay s'y treuve ,

ia$ Et joint à ses autres apas La justesse de ses beaux pas, Toujours conformes aux cadances Des nouvelles et belles dances.

Cent jeux divers, après le bal,

no S'exercent en ce lieu royal, Où les princes et les princesses

Goûtent d'innocentes liesses, Comme aussi des particuliers, Tant habits-lones que cavaliers,

ijj Et quantité de demoizelles, Parmy lesquels, parmy lesquelles, La brave dame de Possé, D'âge déjà trés-avancé, Croyant être jeune personne,

140 A ces doux plaizirs s'abandonne, Et trouve tels jeux fort plaizans, Quoy qu'elle ait soixante-et-dix ans.

Le comte d'Harcour et le Prince, Dans la Saintongeoize province, 14$ Se sont aprochez de fort prés; Mais les palus et les marets Deux ou trois fois, et voire quatre, Les ont empêchez de se batre.

Tous les blondins du camp d'Har- 1(0 S'en sont retournez à la Cour, [cour Où l'on entend moins de fanfares, Mais des concerts beaucoup plus rares; Où l'on ne void pas tant a'assauts, Mais plus de danses et de sauts; in Tant de tambours ny de trompettes, Mais plus de luts et d'êpinettes; Tant de soldats bien aguerris, Mais plus de gens poudrez d'iris; Tant de baudriers ny de botes, 160 Mais plus de jupes et de cotes; Tant de tabac, soirs et matins, Mais de bien plus frians festins :

Bref, tant de canons ny tant d'armes, Mais plus d'apas et plus de charmes.

165 Saint-Simon, aimable duchesse, A dans le cœur grande tristesse, Et va nuit et jour lamentant Monsieur son fils, qu'elle aimoit tant, Et que la Mort, cruelle et dure,

170 A mis trop tôt en sépulture.

Le Roy part, dit-on, de Poitieis, Pour aller en d'autres quartiers, Et l'on pense qu'il s'en va mesme Pour quelque-temps dans Angoulesme.

175 Cela fera que les Gascons Sortiront quazi hors des gons, Voyant l'orage et la tempeste S'aprocher si prés de leur teste.

Illustre objet de mon travail, 180 Vous auriez un plus long détail,

Décembre 1651.

Mais on m'a dit si peu d'histoires Et foumy si peu de mémoires Durant cette semaine icy, Qu'enfin vous n'aurez que cecy.

18$ Le dix du mois, belle Princesse , Cette épltre je vous adresse.

APOSTILLE

Vinbuil retournant par la Cour, On luy fit un fort mauvais tour.

Il portoit quantité d'épltres 190 Contenant d'étranges chapitres ; Mais, afin qu'on ne les prit pas

— Livre IL Lettre L.

Si l'on le fouilloh haut et bas, Quelqu'un de sa suite , en cachette, Les serra dedans sa pochette.

Mais on connut de prime-abord Qu'il n'avoit point ae passeport; L'on vid qu'il changea de vizage , Et que le susdit personnage Etoit serviteur, tout de bon , m» Du grand prince Armand de Bourbon.

Les lettres donc furent ouvertes Et bien des chozes découvertes; Puis on les rendit à Vineuïl, Qui les reprit avec grand deuil , Et montra bien de la tristesse Qu'on eût découvert sa finesse.

Ainsi les fins sont afinez , Et n'ont souvent qu'un pié de nez.

LETTRE CINQUANTIÈME

Du [dimanche] 17 Décembre.

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