‹ La muze historique;Chapitre 92 sur 221 · BONNE · texte numérisé non relu

BONNE

Si i'ètois un ange des deux,

Je pénétrerais en tous lieux,

Pour ne mètre dans mes mémoires

Que de véritables histoires , j Dont j'aurais un extrême soin

D'être moy-mesme le témoin ;

Mes vers, qui seraient des miracles,

Passeraient aussi pour oracles,

Qui par moy seraient débitez 10 Comme de belles véritez;

Du moins , un ange de lumière

Agirait de cette manière.

Mais , hélas ! je ne suis pas tel ,

Ains plutôt un simple mortel 1$ Qui ne sçaurois rien vous écrire

Que les chozes qu'on me vient dire ;

Et j'ay souvent bien de Pennuy

Lors-que, sur le raport d'autruy,

Je vous fais part de .quelque conte » Où l'on trouve après au méconte.

Mais quoy ! je ne suis point garant

Ny du passé, ny du courant;

Grande Princesse que j'honore,

Je Pay dit, et redis encore.

m Ceux de Monrond n'en peuvent plus, Et , quoy qu'ils soient fort rézolus, Avant que peu de temps se passe, Il faudra qu'ils rendent la place.

Ce n'est pas pourtant que le fort

*• Ne soit inexpugnable et fort, Qu'il n'ait du vin dedans ses caves, Aux jardins des choux et des raves, A ses planchers force jambons, Quantité de biscuits fort bons,

is Des herbes à faire salades Et des drogues pour les malades ; Mais ils sont réduits attx abois, Faute de charbon et de bois.

Le Parlement de Normandie, 40 Pour ne rien faire à l'étourdie,

N'a confirmé ny bien , ny mal , L'arét contre le Cardinal ; Mais il a fait quelqu'ordonnance Qu'on ferait humble remontrance

4$ Al'une et l'autre Majesté, Qu'iceluy serait débouté Sans défay, façon ny mistére, Du royaume et du ministère , Et qu'il jugeoit être à propos

jo Que le Roy luy donnât campos.

On dit que ladite Eminence, Malgré les armes et défence Des gens de monsieur de Sourdis, Qu'on n'estime pas trop hardis, 5 j Ny très-fort amoureux de gloire , A Gyen a passé la Loire, Escorté de maints vieux routière , Et qu'il va tout droit à Poitiers.

Ruvigny, courtizant habile , 60 Vint l'autre jour en cette ville , Pour négocier, ce dit-on , Auprès de monseigneur Gaston, De parle Roy, de par la Reine, Et Pon tient pour choze certeine 6j Qu'il l'a prié bien instamment D'obliger ceux du Parlement De retracter l'arêt sevére Qu'on donna, possible en colère, Contre ledit sieur Mazarin , 70 Quand on sceut qu'il quitoh le Rhin , Et qu'après une longue traite, On luy permh quelque retraite Dans Pignerol, ou bien ailleurs, Pour y soupirer ses douleurs.

Messieurs de Bouillon et Tureine Ont esté mandez par la Reine Et s'en vont tous deux à la Cour, Où l'on doit leur bailler le pour; Leur bailler le pour, c'est-àhdire

204 La Muzb historique.

80 Que le Roy, nôtre maître et sire ,

Veut qu'ils soient princes reconnus,

Et pour tels en tous lieux tenus,

Lequel haut rang on leur dispute ;

Mais cela point je ne discute.

8$ Mademoizelle de Bouillon

Et madame de Saint-Simon ,

Pour le point-d'honneur contestèrent ,

Et l'autre-jour se picotèrent

Sur cet important argument.

90 Je ne scay pas , prézentement ,

A qui aes aeux u faut souscrire ;

Mais seulement j'oze icy dire

Que ces deux princes ou seigneurs

Mériteront de grands honneurs 9j Et des louanges éternelles

Tant qu'ils seront au Roy fidelles.

Ce sont deux illustres guerriers,

Dignes de glorieux lauriers ;

L'un et l'autre est vaillant et sage , 100 Et je diray bien davantage,

Qu'en ce temps , si la loyauté

Est jointe à la principauté

Pour le bien de la pauvre France,

C'est une si rare alliance, to( Que, sans mentir, ceux qui sont tels

Ne devroient pas être mortels.

Le sieur Marsin, homme de Liège, Ayant fait une embûche ou piège, A ce qu'on me dit avant-hier,

1 10 A mis en dézordre un quartier De l'armée où Harcourt commande; Mais une perte bien plus grande Ariva de l'autre .côté, Car un autre aussi m'a conté

115 Que deux cens, par grande disgrâce, Ont été tuez sur la place , Et quatre cens faits prizonniers , Y compris quarante oficiers; Mais les cneurs de bagatelles

i3o N'en parlent point dans leurs libelles, Qui sont souvent dignes du feu, Et c'est pourquoy j'en doute un peu.

Mais cecy n'est point une baye, Au contraire une choze vraye ,

125 Que monsieur le duc dje Nemours Est arivé depuis trois jours.

Multitude de créatures, En racontant ses avantures , Depuis Bordeaux jusques-icy,

i?o Rendent l'auditeur tout transy.

Les vents et frimats, pêle-mêle, La glace, la nége et la grêle,

MJ

ISS

— Janvier i6$2.

Les mauvais jours , les pires nuits, Les longs et périlleux circuits, Les médians chevaux de louage, Passer des fleuves à la nage Pour éviter les Mazarins , Avaler de fort mauvais vins , Grande lassitude de membres , Coucher en d'éfroyables chambres , Ce sont les maux les plus petits Que ce brave prince a pâtis ; Bref, sur la mer et sur la terre, Durant ce fâcheux temps de guerre, Il a soufert , dit-on , très-fort , Et, Dieu-mercy, n'en est pas mortt U faudrait cinquante gazettes Pour mètre les historiettes Et les particularitez Que l'on en dit de tous cotez.

Sans m'amuzer donc davantage A décrire ce grand voyage, Ny l'éplucher par le menu , Ce prince est enfin revenu; Dans son noble hôtel il repoze, Et je n'en puis dire autre choze.

Monsieur le marquis de Rostain, Assez chrestien pour le certain, Ayant, avec un pieux zelle, Enrichy fort mainte chapelle , Continuant ses beaux dessains, Veut maintenant dorer les saints, Et c'est pourquoy cette bonne ame Fut l'autre jour à Nôtre-Dame Prier les chanoines du lieu De consentir, au nom de Dieu , Qu'il embellisse et qu'il reveste, Depuis les pies jusqu'à la teste, D'un beau vêtement tout doré Ce fameux colosse admiré , Autrement figure excellente, Qui saint Christophe reprézente (Le sacré patron des géans) , Que l'on voit en entrant léans; Et mesmes de faire un ballustre (Autour de cet image illustre) De bois, de cuivre ou de leton, Qui luy viendra jusqu'au menton, Pour empêcher que la dorure Ne receut tache ny souilleure , D'autant que te peuple brutal , Charmé de ce brillant métal , Ongles et mains toujours y porte.

Or, l'histoire encore raporte Que ce dévot, et des plus francs ,

Janvier 1652. — Livre III. Lettre IV.

Veut donner quatre mille francs Pour au trézor dudit lieu mettre, En cas qu'on luy veuille permettre D'employer-là son bon argent; 190 Mais le Chapitre négligent A si magnifique semonce N'a point encorfait de réponce.

Princesse aimée en divers lieux, Et, par un sort bien glorieux, w Dans Rouan autant respectée Que dans Paris trés-regretée,

Moy qui, de soir et de matin, Vous souhaite un heureux destin, Honneur, santé, douceur et joye, 200 Ce mien écrit je vous envoyé, En atendant vôtre retour,.

Que l'on souhaite nuit et jour, Pour qui pluzieurs gens sont en peine, Et qu'on atend l'autre semeine.

105 Ce vingt-et-uniéme du mois, En moins de deux heures ou trois.

LETTRE QUATRIÈME

Du [dimanche] 28 Janvier.

PLAUZ1BLE.

Durant que vôtre esprit charmant Régne dans le pais Normand, Que vôtre illustre et saee père Vous fait chez-luy très-bonne chère,

s Que son extrême afection Vous remplit d'exultation, Et qu'au centre d'un brillant cercle, Ayant un grand dais pour couvercle, Vôtre teint, parfaitement blanc,

10 Tient dans Rouan un fort beau rang; Enfin , quoy qu'illec Vôtre Altesse Trouve à se divertir sans cesse , Je veux encor, sans m'en lasser, Mes épttres vous adresser;

15 Mais la saizon est si stérile De beaux et joyeux bruits de ville Que dans cette Gazette-icy Je ne puis mander que ceux-cy :

Les troupes du duc de Lorraine,

jo Par une cruauté vilaine , Faizans d'éfroyables dégâts Et commetans d'horibles cas, Quantité de pauvres villages, Lassez de leurs cruels pillages,

aj En commun s'étans assemblez Pour garantir eux et leurs blez , Ont dit à Roze, avec instance, Qu'ils auraient assez de vaillance

Pour s'opozer à ces gaillards,

jo Lesquels venoient manger leurs lards, Pourvu qu'iceluy prit la peine D'être leur chef et capiteme.

Roze leur prière exauça , Les instniizit et les dressa ;

jj Puis, chargeant ces maudites troupes, Yvres alors comme des soupes, Tous ces détestables lârons Furent chassez des environs, ' Et, pour le moins , de leurs bedaines

40 On creva quarante douzaines.

L'on dit que ces lâches fripons, Ces faizeurs de guerre aux chapons,

\ Venoient piller à toute outrance La belle et noble Isle-de-France,

45 Et manger toutes les perdrix Qui sont à l'entour de Paris.

Je ne sçay pas bien s'il faut croire Ceux qui m'ont conté cette histoire.

Chacun n'en parle pas ainsi :

jo L'un dit que non , l'autre que si ; Mais, si Roze a fait telle choze , Dieu bénisse monseigneur Roze !

Dans cette ville autre bruit court, Que monsieur le comte d'Harcourt, $5 Assisté des troupes Françoizes, A bien froté les Bordeloizes

Et tué quantité de gens.

Tel dît que plus de quinze cens

Sont demeurez en ce carnage;

*> Tel en dit moins, tel davantage.

Les sieurs Baltazar et Marsin , Qu'un assez mal-heureux destin A tirez de la Catalogne, N'y firent pas bien leur bezocne.

éj Ces deux bons régimens, d'abord , Rézistérent pourtant très-fort ; Mais le reste de la milice , Par coûardize ou par malice , En ce rencontre belliqueux,

70 Ne combatans pas si bien qu'eux, Ains tremblans comme ayans les fièvres, Ils s'enfuirent comme des lièvres; Et la plus-part des généraux , Voyans courir ces francs marauts,

7$ Devindrent enfin leurs copistes Et cédèrent aux royalistes.

On parle encor par tout Paris D'un assez mat-heureux débris, Dont de dame Jonsac l'histoire

80 Est assez digne de mémoire.

On avoit mis dans sa maizon Trois cens soldats en garnizon, Qui n'avoient soin, comme canaille, Que de faire toujours ripaille,

85 Piller, batre et combler d'éfroy Les fidèles sujets du Roy.

Ladite dame, en elle-mesme, Sentant un déplaizir extresme Des crimes tous les jours commis

90 Par ces déloyaux ennemis, • Et voyant que son domicile Servoit de retraite et d'azile A trois cens infâmes coquins Qui voloient jusqu'aux cazaquins,

9s Voulant s'afranchir de ces pestes Et de ces hôtes si funestes, Par je ne sçay quel subtil tour Les enferma dans une tour.

Puis porta les clefs à la Reine,

100 Qui fit partir un capheine ,

Lequel , en moins d'un jour ou deux > Alla, dit-on, se saizir d'eux.

C'est ainsi que l'on 4e raporte ; Mais aucuns parlent d'autre sorte ,

10$ Dizans que la dame Jonsac Elle-mesme les mit à sac.

Aussi ceux du party contrére Dizent qu'elle est une mégère, Une ame perfide et sans foy;

UJ

— Janvier 1653.

Mais, d'autre cAté, ceux du Roy Maintiennent que c'est une illustre Digne du dais et du*ballustre, Et que certes son acte est tel Qu'il mérite un los immortel.

A l'entour de Sens en Bourgogne, Des gens d'assez mauvaize trogne, Sçavoir soldats et cavaliers, Ayans fait des maux à miliers, Vouloient cette ville surprendre; Mais sur leurs chefs tomba l'esclandre, Car les bons bourgeois dudit Sens, S'êtans armez iusou'à cinq cens, Dos et ventre les étrillèrent.

Messeigneurs les guerriers drillèrent; Mais après, ètans enragez Que l'on les eût ainsi chargez, Ils retournèrent aux villages Continuer leurs brigandages Avec tant d'extrême fureur Que , certes , cela fait horeur.

0 que les auteurs de la guerre Doivent redouter le tonnerre !

Car de tels maux , par la morbieu !

Ils en répondront devant Dieu.

Le comte de Fûensaldagne, Grand serviteur ;du rov d'Espagne, Vivant fort mal , tant if est fol , Avec l'archi-duc Léopol, Cela fait que le susdit prince S'en retourne dans sa province , Et reméne ses régimans, Qui sont compozez d'Alemans.

Je n'ay jamais d'argent de reste, Mais je voudrais, je le proteste, Qu'il m'ût coûté trente reaux Et que tel bruit ne fût pas faux.

On dit que Richelieu, dans Xaintes, Endure des soufrances maintes, Bref tout plein de maux assez forts Pour détruire son pauvre corps, Entr'autres la dissenterie, Dont son épouze est trés-mârie.

Dieu la veuille bien consoler, Car, à sincèrement parler , De telles et semblables pertes Très-rarement sont récouvertes.

Les députez du Parlement, Qu'on recem assez gravement Tant chez le Roy que chez la Reine,

Janvier 1652. — Livre III. Lettre IV.

ifo Sont retournez cette semeine , Mais ne dizent pas volontiers Ce qu'on leur a dit à Poitiers , Où, si la nouvelle n'est fausse, On leur fit, dit-on, bien leur sausse.

itj Nosseigneurs du Conseil d'en-haut, Dizans avoir 16 comme il faut Et bien pézé dans la balance L'arèt contre Son Eminence, L'ont cassé déterminément,

170 Et mesme aussi facilement Qu'un soldat, étant à la guerre, Casserait quelque pot de terre.

C'est la commune opinion

Que l'on a conclu l'union, 17) Et que Son Altesse Royale

Y souscrivit, en fin finale,

Mercredy dernier sur le soir,

Dont pluzieurs sont au dézespoir.

Ce grand prince , ce fils de France, 180 Jugeant bien de quelle importance

Pouvoit eue un semblable cas

(Car il a les sens délicats

Et l'esprit tout plein de lumière) ,

Rejeta cent fois en ariére itj De telles propozitions,

Tendantes à dissentions.

Etant de très-bonne nature,

Pour acorder sa signature

Sa vertu lonç-temps répugna; i* Mais, helas! enfin il signa.

Le Parlement de cette ville Et monseigneur de Longueville , Encore que de tous cotez On les en ait solicitez >9) Par maint apas et mainte brigue , N'ont point entré dans cette figue , Dont je sçay fort bien qu'en maint lieu On a grandement loué Dieu.

La Mort, qui tout ravit et pille,

aoo A ravy l'innocente fille ^ De la reine des Polonois, Qui n'avoit encor que huit mois , Dont très-certainement la mère En témoigna douleur amére ,

«oj Et sentit ce trait de rigueur

Dans le plus profond de son cœur ; Mais , s'ètant à Dieu rézignée ,

• Elle espère encore lignée :

Car, en vertu du sacrement

210 Institué divinement

Pour la subsistance du monde , Cette reine belle et féconde Doit acoucher, au premier jour, D'un second fruit du chaste amour

us Qu'à l'heureux monarque elle porte, Dont elle est la digne consorte, Et qui, dans sa fécondité Trouvant double félicité, De ses feux ne sera pas chiche,

aïo Et ne la laisra pas en friche.

Mardy, survint grand accident A monsieur Perraut, prézident :

Car, allant en quelque négoce Secrètement dans son carosse,

225 Le susdit carosse versa , Qui jambe tout net luy cassa.

Princesse , soyez assez bonne De n'en pas parler à personne :

Car, encor qu'un nommé Vincent

2)0 Ait déjà dit à plus de cent Cette déplorable avanture, Qu'il dit n'être point imposture, Perraut ne veut point, pour raizon, Qu'on sçache en aucune maizon

ajs Qu'il soit à Paris et malade , Ny qu'il ait fait cette cascade.

Silence donc* au nom de Dieu ! .

Adieu, belle Princesse, adieu.

Le vingt-huit du mois , nôtre veine 240 De faire ces vers prit la peine.

La Muze historiée. — Février i6ji.

LETTRE CINQUIÈME

Du [dimanche] 4 Février.

SCABREUZE.

Mes petits vers, allez-vous-en Par la poste droit à Rouen, Divertir en ladite ville La princesse de Longueville , t Et luy dites qu'en vérité La Muze à Sa Principauté Trés-humblement se recommande , Et voicy ce qu'elle luy mande :

TurenneVen va promptement, 10 En ayant du Roy mandement , Commander les troupes de guerre Qui par mainte contrée et terre, Tant gens de pié que de cbeval, Ont escorté le Cardinal, ij Dont il fut jadis l'aversaire; Et maintenant c'est le contraire.

Par un autre ordre de la Cour, Le sieur maréchal d'Hoquincour, Homme de grande renommée,

so Avec un peut corps-d'armée Certainement assez vaillant, Mais qu'on peut nommer camp-volant, Va s'opozer au vieil la Force , Lequel, quoy qu'il n'ait pas la force

at De soulever un canivet, Ny couper en deux un navet, .

Tranche encor du grand chef de guerre Et menace de tout conquerre ; Et toutefois ses fils et luy,

90 Voyans à regret, aujourd'huy, Prospérer le Roy nôtre Sire , N'ont pas trop ae sujet de rire.

La Force est un assez beau nom ; Il a mesmes quelque renom.

55 De soy la force est redoutable, Mais non pas toujours indomptable, Car durant nos troubles passez On a vu des Forces forcez.

On dit que leur ajoint Bourdeille

40 Prête atentivement l'oreille Aux raizons que l'on luy fait voir Pour le remette en son devoir.

Le mauvais party toujours cède, On ne voit nen qui luy succède.

45 On a pris sur luy Barbezieux , Libourne et tout plein d'autres lieux.

Quantité de dézavantages Semblent abaisser les courages.

Tous les Gascons sont étonnez;

se Pluzieurs d'entr'eux saignent du nez; Mais si leur ame est atendrie Des soufrances de leur patrie , Qu'ils en témoignent un remors, Et je leur promets corps pour corps,

H S'ils ont de la récipiscence , Que l'on aura de la clémence.

Mais, dieux! ne puis-je m'abstenir, Tant à prézent qu'à l'avenir, De parler non pas en critique,

éo Mais en doucereux politique?

Ferajr-je toujours le piteux ?

Certainement j'en suis honteux, Et ma Muze est cent fois rougie De mon sot stile d'élégie.

*s Hâ! quand j'en devrois enrager, Je veux un peu m'en coriger, Et, malgré mon humeur chagrine, Renfermer dedans ma poitrine, Mon raizonnement in-util,

70 Car, aussi bien, dequoy sert-il ?

Je ne veux donc plus pour nouvelles Ecrire que des bagatelles.

Pluzieurs en feront plus d'estat Que de tous mes discours d'Estat.

75 Après mainte et mainte fatigue, Nonobstant la contraire brigue, Le Cardinal est de retour Dans le royaume et dans la Cour.

Les courtizans, en ce rencontre,

80 L'un étant pour, l'autre étant contre,

Février 1652. — Livre III

Ont eu de divers sentimens En luy faizant leurs complimens :

Aux uns, son étranger vizage Fut un objet de bon prézage, S; A d'autres un épouventail; Mais je n'en sçay pas le détail.

Lettre V.

Dedans l'Angevine province, Rohan tient pour monsieur le Prince, Auquel, selon ce qu'il fera, 90 Le Grand-Maître on opozera, Qui, s'il n'est point surpris de goûte , Le pouroit bien mettre en déroute, Car, certes, c'est un vieux routier Qui sçait tout-à-fait son métier.

9j Je viens tout-à-l'heure d'aprendre Qu'à Saumur le Roy va se rendre ; • De-là, sans craindre aucuns dangers, Dans sa belle cité d'Angers; Puis ira droit en Normandie,

100 Nation fidelle et hardie , Pour, après ce pénible tour, Y tenir quelque temps sa cour.

On fait icy des médizances Du Sur-Intendant des finances;

iof Quelqu'un, sans doute mal payé Ou pensionnaire rayé , Veut faire courir la nouvelle Qu'il est blessé par la cervelle.

Quoy ! détracteurs malicieux,

no Pour être un peu facécieux, Croyez-vous que ce personnage En soit moins prudent et moins sage ?

Faut-il, d'autant que ce vieillard Est d'un tempérament gaillard,

tif Qu'il soit l'objet de vos critiques ? La peste soit des satyriques !

Monsieur de la Roche-Pozé, D'esprit très-fort subtilizé, S'est séparé d'avec sa femme , «*> Encor que trés-honneste dame ; On le dit en pluzieurs maizons , Mais je n'en sçay pas les raizons.

La nouvelle est toute certaine Qui courut dés l'autre semaine, uj Que ce petit prince mutin Qu'on apeile le Tarentin , A dans Pont exercé sa rage, Et fait illec un grand carnage, Et mesmes pris, dont j'ay regret ,

UJ

i*o Le trés-jeune comte d'Albret.

Toutes les femmes et les filles, Tant les laides que les gentilles, Se rejoûyrent en ce lieu, Sans ofenser, ce dit-on, Dieu.

De plus on brûla les regîtres Contenans tous les plus beaux titres De la maizon de Miossens, Dont il pensa perdre le sens.

Pluzieurs écritures antiques

140 Preuvoient, par actes autentiques, Qu'il étoit prince confirmé; Mais tout cela fut consumé :

Ainsi, cette chienne de guerre Mit sa principauté par terre.

i4) Un des plus violens souhaits De dame Catau de Beauvais Seroit que sa charmante fille, Qui tout de bon est fort gentille , Parvînt au glorieux bon-neur

150 D'être une des Filles-d'honneur; Mais la choze n'est pas aizée, Car à cela s'est opozée , Avec grande aigreur et fierté, La cruelle communauté,

«« s Qui, pour mille doublons d'Espagne, Ne la voudroient pas pour compagne.

Le jeune duc de Luxembourg, uoy que de maint village et bourg II* soit seigneur, patron et maistre,

160 A dessein de se taire prestre; Mesme on tient pour tout assuré Qu'il voudroit bien être curé.

Cette nouvelle m'extazie :

D'où luy vient cette fantaizie ?

165 Pourquoy veut-il jusqu'aux talons Porter de tristes habits Ions,*} Et changer en noire soutane Ses beaux habits d'or et de pane ?

Le bon Dieu Pauroit-il toucné?

170 Où seroit-ce qu'il est fâché Que pluzieurs maltresses illustres Ont refuzé daix et balustres, Et le tabouret de sa main Par un mépris trop inhumain?

175 Pourquoy cette sainte pensée Ne s'est-elle plutôt glissée Dans son ame ou bien dans son cœur ?

Possible son aimable sœur, Belle et claire comme une étoile,

180 N'auroit pas si-tôt pris le voile, Et pouroit prétendre aujourd'huy

Le sacrement au lieu de luy.

S'il est vray qu'il ait une cure (Qui seroit plaizante avanture),

18$ Quand il fera ses fonctions, Chants, vizites, confessions, Les femelles de son village N'adoreront point son vizage, Et leurs amans et leurs époux

190 N'en seront nulement jaloux:

Il a naissance , esprit, lumière ; Mais pour donner dans la viziére Il n'en a nulement le don, Car ce n'est pas un Cupidon.

La Muze historique. — Février 1652.

i95 J'ay bien peur qu'aucune personne Trouve cette Gazette bonne, Car, foy de burlesque rimeur, Je n'êtois point en belle humeur Quand je me suis mis à l'écrire,

300 Et toutefois j'ozeray dire, Si ces vers ne plaizent à tous, Qu'on en voit encor de plus fous.

Ecrit, si j'ay bonne mémoire, Le premier lundy de la Foire.

LETTRE SIXIÈME

Du [dimanche] 1 1 Février.

CAUZEUZE.

Princesse pour qui ma patrie A presque de l'idolâtrie, Je ne sçay si ces vers naissans Seront de bon ou mauvais sens,

$ J'ozeray seulement promettre Que Ton verra dans cette lettre Que mon esprit, en quelques lieux, Tranche encor du judicieux ; Mais enfin j'y mets, après boire,

10 Une assez ridicule histoire, Et qui ne convient pas trop mal A la saizon du carnaval.

Châteauneuf , dés l'autre semeine, Ayant pris congé de la Reine

1 5 Tout doucement se retira , Dont maint courtizan murmura, Alégant que ce personnage Etant le Caton de son âge , Ne devoit pas, en bonne-foy,

10 Etre exclus du conseil du Roy.

Ce Caton, jadis, dedans Rome, Fut un si sage et si grand homme, Que pour prudemment conseiller Aucun ne pouvoit l'égaller;

as C'étoit le plus grand politique Qui fût lors dans sa République, Ilêtoit sans fraude et sans dol,

Il n'êtoit ny lâche ny mol , Il n'êtoit volleur ny harpie,

?o Et Châteauneuf est sa copie; De plus, étant rempli d'amour Tant pour l'Estat que pour la Cour, Il est si propre au ministère Que pluzieurs ne se sçauroient taire

55 Qu'on n'ait pas, de belle-hauteur, Conservé ce grand sénateur.

Bitaut, qui dans la tour de Loches, Penaut comme un fondeur de cloches, Se voyoit en captivité, 40 Est maintenant en liberté; Je ne sçay si cette indulgence Vient ou non de Son Eminence.

Six mil sept cens trente Alemans, Lorains, Liégeois, Valons, Flamans,

4$ Vont entrer aans la pauvre France Pour y piller à toute outrance ; Ces pendards, qui mouraient de faim.

Viennent manger tout nôtre pain.

On voit d'autres troupes mutines

50 Qui ne vivent que de rapines , Et l'on dit que ces arogans Sont bien moins soldats que brigans:

Car, quoy qu'on donne des étapes

Février 1652. — Livre III. Lettre VI.

A ces détestables satrapes,

n Ce sont de furieux torans Qui détruizent en murmurans Maizons , champs , bois , prez et vigno- Sans épargner mesmes les nobles, [blés.

Tel et Teldizent bonnement

€0 Que tout ce puissant armement I^est que pour secourir la France Et la guérir de sa soufirance; Mais on peut dire à Tel et Tel Que le remède est bien cruel,

*s Et, par sa violence extresme, Pire cent fois que le mal mesme.

Milliers de gens êtans volez Par pluzieurs nouveaux enrôlez, Du Parlement les bonnes testes,

70 Dont quantité ne sont pas bestes, Du public prenans l'intérêt, Vendredy dernier, pararêt, Ont défendu, sous grosses peines , A tous nobles et capiteines,

7j Tant à Paris qu'aux environs, De faire amas de tels lârons, Dignes d'être cent pies sous terre, Ny lever aucuns gens de guerre Que par un ordre exprés au Roy.

80 Après avoir fait cette loy, O grand Sénat! 6 troupe sainte!

Gardez qu'elle ne soit enfrainte, Tant icy-prés qu'en autre lieu ; On vous en pne au nom de Dieu!

8j Puis reprimez la noire audace De l'insolente populace Dont les esprits bas et mutins Tiennent des discours libertins Capables cPatirer la foudre

90 Pour réduire leur langue en poudre; Faites qu'on révère les loix , Faites qu'on soit fidèle aux rois ; Aux uns faites des remontrances, Contre d'autres des ordonnances

9* Touchant les cas les plus urgens, Et vous serez de bonnes gens.

Jeudy, Gaston fut chez sa fille , Où, d'une invention gentille, On vid danser un beaubalet

100 Qu'on trouva charmant et folet. Pourquojr charmant et folet ? Parce Qu'il avoit comédie et farce, Et pluzieurs jolis incidents Qui faizoient bien montrer les dents;

10 j Et montrer les dents, c'est-à-dire

Que ledit baîet fit bien rire.

Après on commença le bal En ce lieu brillant et royal, Où diverses beautez parurent

no Qui quantité de cœurs férurent, Les unes dansans les Beaux pas Et les autres ne dansans pas.

Je ne vis point ce beau spectacle, Qui tenoit un peu du miracle;

1 1 $ Ma seule imagination Vous en fait la relation , Qui seroit plus ample et plus belle Si quelque ingrate demoizelle De la suivre îllec m'ût permis,

120 Comme elle me l'avoit promis.

On dit par-tout en cette ville Que monseigneur de Longueville Est par Gaston sollicité De se ranger de son côté;

us Que, pour l'avoir de sa cabale, Sa susdite Altesse Royale Dépêche vers luy pluzieurs gens, Lesquels, en qualité d'agens, Font pour cela tout ce qu'ils peuvent;

no Mais pourtant point ils ne l'émeuvent. De raizonnemens spécieux Ils tâchent d'éblouir ses yeux; Mais ce prudent et sage prince, Très-puissant dedans sa province ,

ijj Sur le fait par eux indiqué Ne s'est point encore expliqué.

J'ay vu relation qui porte Que madame Servient est morte, Dont son époux est fort mâry ; 140 Mais, encor qu'il soit bon mary, Il est un peu consolé d'elle Parce que (ce dit la nouvelle) Ils entrèrent , en mesme jour, Elle au tombeau , luy dans la Cour

145 A ce que dit autre mémoire , Ladite Cour ambulatoire Est maintenant dedans Saumur, Où pluzieurs, avec un cœur pur, Vont saluer de leurs prières

i$o Nôtre-Dame des Arailliéres.

On m'a conté qu'un certain duc,

Sui n'est pas encore caduc , ais pour le moins sexagénaire , Sentant en son cœur d'ordinaire us Un dézordre continuel,

La Muzb historique. — Février 1652.

Cauzé par l'amour sensuel, Vid l'autre jour quelque personne Oui luy parut assez mignonne ; Si bien qu'il la complimenta

160 Et trente êcus luy prézenta Pour qu'elle ne fut point cruelle A l'ardeur qu'il avoit pour elle.

Cette telle quelle beauté, Ayant de la nécessité

16s Et point d'argent dedans ses cofres, Accepta ses honnêtes ofres ; De sorte que ce poursuivant L'alla donc voir le soir suivant, Son ame naceant dans la joye

170 Sur l'espoir de si belle proye ; Mais , comme il se fût mis au lit , Ne songeant qu'au prochain délit , Cette femme, qui n'est pas dupe , En délassant son corps-ile-jupe

17 j Trouvoit toujours quelque emparas, Et ledit duc, tendant les bras , Luy dizoit : « Hâtez-vous, m'amîe; Il est presque une heure et demie, Et faut , nonobstant mon amour,

180 Que je me lève au point du jour. » Icelle , entendant ce langage , Ne s'en hâtoit pas davantage; Et luy, voyant cette longueur, En éhraceoit de tout son cœur.

18$ Mais enfin elle luy va dire :

« Répondez-nous un peu, beau-sire:

Si je vais avec vous coucher, N'est-ce pas proprement pécher?

Or, si c'est un péché commetre,

190 Ma-foy, je ne veux pas m'y mètre. » Son amant d'elle se moqua Et voicy ce qu'il répliqua :

« Ce n'est, A chère créature!

Péché, crime ny forfaiture

19; (Et je vous le jure, ma foy) Que coucher avec tels que moy.

Je suis un seigneur d'importance, Je suis un duc et pair de France ; Puis vous voyez, par la mort-bleu !

aoo Que je porte le cordon-bleu ;

Et, dizant cela, c'est tout-dire. »

Cette galande, alors, sans rire Répondit : « Je ne vous croy pas; Je vais voir un homme là-bas

aoj Pour m'éclaircir sur cette afaire Et sçavoir ce que je dois faire.

— Allez-donc, dit-il, vitement, Et revenez dans un moment.

Mais cet homme , qu'est-il , ma belle ?

no — C'est mon mary », répondit-elle.

Lors le duc , faizant un grand cry :

«Quoy ! dit-il, c'est vostre mary?

Vrayment je vous trouve jolie!

La peste soit de ma folie ,

aij De m'engager si brusquement Sans savoir ny quoy ny comment! »

Il sauta du lit de vitesse, Blasféma contre sa maîtresse, Prit ses chausses et son pourpoint,

320 Ne se boutonna presque point, Et se retira sans chandelle , Son cordon-bleu sous son aisselle; De bon-heur point on ne luy prit Son beau manteau du Saint-Esprit,

22} Quoyque choze alors très-facile.

Mais, étant en son domicile, Avec des tons de voix aigus Il plaignit bien ses trente êcus.

Or, de sçavoir comme il s'apelle,

2jo Les auteurs de cette nouvelle Ne me l'ont dit ny haut ny bas ; Aussi ne le diray-je pas.

Vous sçavez, 6 sage Princesse!

Que je vous respecte sans cesse,

23} Et que jamais, ou rarement, Je ne parle trop librement; Mais aujourd'huy, si je hazarde Cette nouvelle un peu gaillarde , C'est à cauze que maintenant

240 Tout est de Caréme-prenant.

Fait dans Paris, et non dans Arles, Où n'alla jamais le roy Charles.

Février 1652. — Livre III. Lettre VII.

LETTRE SEPTIÈME

Du [dimanche] 18 Février.

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