POSITION DES TEMPS SOUS UN ORDRE DE DIX MILLE ANNÉES RÉGULIÈRES
In temporn quand « rdmem tuer e mont i tri tpalio quand ordintm tiltu , locantur u niverta.
Ne»t»n.
Lies anciens Romains ayant adopté la chronologie de Nabonassar comptèrent la longueur de l’année solaire à raison de 365 jours précis, c. à. d. avec près d’un quart de jour d’erreur en moins, ce qui pendant l’espace de 1508 ans fait une perte d’une année entière. On finit, par s’appercevoir de celte erreur en observant que l'année ne commençait jamais par la même position du soleil dans l’écliptique. Jules Cæsar, qui avait fait faire par l’astronome Egyptien Sosigènes de nouveaux calculs de la' révolution annuelle dn soleil, la fixa alors à 365 jours 6 heures, et ordonna que ces 6 heures d’excédant, qui au bout de 4 ans donnaient un jour entier, fussent introduites tous les 4 ans dans le mois de Février immédiatement après le 24, et ce jour, appellé jour bissextil, fut intercallé dans toutes les années, dont le nombre est
g 1. Réforma do la chronologie par Jules Cæsar
§ 2. Introduction dn calendrier Grégorien ou du nouveau style.
divisible par 4. Afin de tenir compte du nombre de jours, que l’ancienne chronologie avait laissés en défaut, et qui montait à celte époque à 90 jours, il ordonna en même temps, (pie l’année, où cette reforme fut faite — et que l'on fixe ordinairement à l’an 46 avant la naissance de Jésus Christ — serait prolongée de 90 jours, et cette année eut par conséquent 445 jours, d'où elle prit le surnom de l’année de confusion (annus confusionis). La nouvelle chronologie fut appellée Julienne, d’après son auteur, mais elle est plus généralement connue de nos jours sous le nom de vieux style. Toutefois ce calcul de la longueur de l’année solaire à raison de 363 jours et 6 heures entières donnait un excédant de quelques minutes (I l minutes et environ 15 secondes) de trop, d’où il résulta que, après un certain laps de lems, l’equinoxe ne tomba plus sur le véritable jour, et que, après 1600 ans, il y eut un excédant de 10 jours.
Afin de corriger cette nouvelle erreur, le Pape Grégoire XIII ayant fait consulter les astronomes les plus habiles de l’époque, au nombre desquels se trouvait le médécin Aloys Lilio, qui parait avoir eu une grande part dans ce travail, ordonna par une bulle du 15 octobre 1582, que les 10 jours, qui par suite du calendrier Julien étaient devenus de trop, fussent rayés du mois d’octobre, qui en conséquence n’eut que 21 jours au lieu de 31; que lequinoxe fut fixé
à la môme date, où il était du tems du concile de Nicée, savoir au 21 Mars; qu’en général le jour bissextil serait introduit tous les 4 ans, mais qu’il serait exclu de toutes les années séculaires, dont le nombre centenaire n’est pas divisible par 4, expédient arbitraire inventé pour corriger l’excédant de jours qui provient de l’intercallation du jour bissextil tous les quatre ans. Par suite de cette exception à la règle générale l’année séculaire 1600 divisible par 4 fut une année bissextile, mais les années séculaires 1700 et 1800 ne le furent pas; l'année 1900 ne le sera pas non plus, mais l’année 2000 sera bissextile.
Le calendrier Grégorien ou le nouveau style fut, par l’autorité du pape, adopté immédiatement dans les pays catholiques, mais ne le fut qu’après quelques siècles dans les pays proteslans, et n’est pas encore adopté dans ceux de la religion grecque; la Russie suit encore le vieux style, qui dans le siècle présent diffère de 11 jours du nouveau style, de sorte que le 1 er de chaque mois du vieux style correspond au 12 mi> du nouveau.
Mais sans compter l’inconvénient de deux calendriers au lieu d’un seul, le nouveau style est encore fautif, d'abord par la détermination de la longueur moyenne de l’année solaire tropique, qui a environ 25 secondes de trop, et ensuite par sa méthode
g 3. Défaut du calendrier Grégorien ou du nouveau atylo.
§ 4. Inconvénicns dos diverses ères.
d’intorcallcr le jour bisscxlil, qui repose sur un précepte arbitraire au lieu d'être basée sur une régie fixe et invariable. Ces défauts ne sont pas à la vérité assez grands pour qu’il s’ensuive des inconvéniens remarquables pour le calendrier civil, mais il est néanmoins évident, qu’une régie sure et invariable pour l’intercallation du jour bissextil serait d'un avantage réel pour le système chronologique. Cette considération fut une de celles, qui portèrent feu M. Braudel à construire le système, dont nous allons faire un exposé.
Une autre considération non moins essentielle, qui le guida dans cette tâche, fut le mauvais effet de la pluralité des ères employées par les historiens pour déterminer les événemens historiques. L’esprit, troublé par les différentes manières de chiffrer le tems, ne peut pas bien lier l’ordre des événemens, et en perd l’enchainemenl. C’est l’inconvénient qui nous attend à chaque pas dans le cours de l’histoire universelle. Tantôt nous rencontrons les Ans du Monde, qui n’ont aucun sens quand nous ne savons pas à quel système ils appartiennent; or, les systèmes s’élèvent au nombre de qualrevingtdixsept, et même au delà. Si par exemple on veut savoir où nous en sommes aujourdhui par rapport à l’agc du monde, nous trouverons que l’an 1852 de 1ère vulgaire ou chrétienne répond,
suivant Flavius Joseph, historien des juifs, à l’an du
monde 1 7406
mais selon l’église grecque à l'an du monde. . 7360 selon le texte samaritain à l’an du monde 655 1 selon l’évèque Usserius (Usher) à l'an
du monde 5853
selon Petavius (P. Petau) à l’an du monde 5835
selon Scaliger à l’an du monde 5801
selon les Juifs modernes à l’an de monde 5612 etc. etc.
Ces différences sont considérables, et l’on peut remarquer comme quelque chose d'assez singulier que les Juifs modernes soient précisément ceux, qui accordent le moins d’antiquité au monde, jusqu'à différer de mille sept cent quatrcvingtquatrc ans de Flavius Jesephe, leur compatriote et historiographe.
De toutes ces versions differentes celle de Petau est le plus généralement adoptée par les historiens modernes; or, suivant Petau la naissance de Jésus Christ tombe dans l’an du monde 3983.
Tantôt les historiens suivent les années de la fondation de Borne, dont cependant il y a trois variétées. Si l’on demande à quelle année de Rome répond la première année de Jésus Christ, ou la première de l’ère vulgaire, on trouve quelle correspond selon Varron (suivi par la plupart des auteurs) à l’an de Rome 754. mais selon les Fastes du Capitole à l’an
753, et selon Fabius Pictor à l’an 749. Ainsi l'ère de la fondation de Rome, quoique infiniment mieux déterminée que celle de la création du monde, n’est cependant pas exempte de variation.
Mais entre toutes les manières de compter, la plus généralement adoptée est l’ère vulgaire, dont l'époque se rapporte à la naissance de Jésus Christ.
C’est l'ère civile de tous les peuples d'Europe, établie par un usage constant depuis plus de dix siècles *). Malgré l’incertitude qui parait rogner sur la véritable époque de la naissance de Jésus Christ, cette ère pouvait à la vérité être également bonne pour l’usage cronologique; mais son défaut plus essentiel encore consiste en ce que le Millésime est insuffisant. Cest l’échelle d’un teins qui n’en embrasse point assex
*) Dionysius exigu tu ou Dénys le petit, moine savant qui vivait à Rome vers la fin du 5me et au commencement du 6me siècle, introduisit le premier l'ère de la naissance de J. C. t en Ûiant cet événement, d’après on ne sait quels documens à l'an 754 de la fondation de Rome. Les chronologies sont cependant d'opinions différentes sur la véritable année de la naissance de J. G ; quelques uns la mettent 7 ans, d’autres 4 ans avant l'époque usitée. Ce qui est certain c’est qu’au tems de Dénys on comptait, même parmi les chrétiens, les années depuis la fondation de Home, et on continua de le faire encore deux siècles après lui. Ce ne fut que sous le régné de Charlemagne que l'ère chrétienne fut généralement adoptée en Europe La division hebdomadaire avec le dimanche pour jour de fête. Institution in- *
connue par les anciens Romains, ainsi que la détermlnitioii de l’époque pour la célébration des pàques, en consequense du rite chrétienne se datait d'une période antérieure, ou du régné de Constantin le Grand; et de cette période se datent également le comput des cycles solaires et lunaires (de 28 et de 19 ans), lesquels, conjointement avec les indictions des anciens Romains (cycle de 15 ans, qui probablement se comptait dès la fondation de Rome), forment les trois cycles du comput ecclésiastique.
pour le besoin de l'histoire; il y en a trop de laissé en arrière. La venue du Messie n’est pas une époque à servir de base, puisqu’il-y-a des siècles avant elle, et de grands événemcns, dont la connaissance intéresse autant que celle des tems postérieurs. Pour
marquer les années antérieures à Jésus Christ les chronologistcs ont par conséquent pris le parti de les chiffrer par ordre rétrograde, disant l'an 1 er avant J. C., l’an 2 d avant J. C. et ainsi de suite, expédient qui a produit deux chronologies au lieu d’une, et qui pis est, deux chronologies de genre contraire. Il en est survenu encore une autre, si bien que nous en avons jusqu’à trois. D’abord c’est 1ère vulgaire dans son sens positif, c’est à dire les années depuis la naissance de J. C., qui vont directement jusqu’à 1832 de nos jours. Puis il -y -a la même ère considérée dans son sens négatif, c’est à dire, les années avant J. C., qui sont comptées à rebours. Ensuite cette même ère négative, ou celle des années comptées en sens inverse se divise encore en deux branches, savoir l’une qui est communément usitée chez les chronologistcs, et l’autre qui l’est dans les tables astronomiques pour éviter un certain contresens arithmétique attaché à l’unité rétrograde. Ainsi, par exemple la première année de Nabonassar est l’an 746 avant J. C. dans les tables astronomiques, tandis que chez les chrono-
§ 5. Chronologie do M. Ilrandel, dilo la Myriade.
logistcs la même année se compte pour l’an 747 avant J. G.
Sans entrer plus en détail à ce sujet on reconnaît facilement rpie ces manières différentes de chiffrer les teins, amènent de grands inconvéniens pour l’étude de l’histoire , et ajoutent à la difficulté de retenir les dates, surtout celle de 1ère rétrograde, ordre tout à fait contraire à la conception naturelle de l’homme. Mieux vaut sans doute donner à la chronologie un sens unique et non pas deux; et rapporter tous les tems à une seule échelle, directe et bien ordonnée. C’est ce service important, que M. Braudel a voulu rendre à la chronologie par le simple expédient de relever de deux unités le Millier de 1ère vulgaire, en sorte que le numéro par exemple de l'année actuelle 1852 soit exprimé par 3852, et par là deux mille ans d’étendue sont acquis à la même ère. Elle couvre alors d’un bout à l'autre les tems que peut consigner l’histoire tant ancienne que moderne; et elle est une, positive & naturelle.
Parlant de ces principes M. Brandel a conlruit un nouveau système chronologique, qu'il a appellé la Myriade, — mot, qui dans son origine grecque signifie généralement un nombre de dix mille. Dans le sens chronologique, où nous le prenons ici, la Myriade est une suite de 3,652,423 jours censée égale à dix mille révolutions solaires & attachée à
un certain calendrier qui lui est propre. Ainsi la Myriade présente deux objets à considérer, l’ère de ces dix mille ans et le calendrier scion lequel chaque année se divise en mois et jours.
Nous avons déjà observé que l’an 1 852 de l'ère j chrétienne ou vulgaire correspond à l’an 3852 de l’ère myriadique. Ainsi ces deux ères ne diffèrent que sur le millier; les autres chiffres demeurent les mêmes. Voulant rapporter à la Myriade tel ou tel évènement historique consigné selon l’ère chrétienne, on n’a donc qu’à changer le millier en l’augmentant de deux unités. Si, par exemple la destruction de Jérusalem par Tite- Vespacien se trouve rapportée à l’an 70 de l’ère vulgaire, on conclut que c’est l’an 2070 de la Myriade; la découverte de l’Amérique en 1492, c’est l’an 3492 de la Myriade; et ainsi de suite.
Lorsqu'on rencontre des années antérieures à J. C., dont la première répond à l’an 2001 de la Myriade, on n’a qu’à soustraire de 2001 l’an donné avant J. G., ce qui reste est celui de la Myriade. Ainsi lorsque nous voyons la mort d’Alexandre rapportée à l’an 324 avant J. C., nous trouvons facilement que c’est l’an 1677 de la Myriade,
De cette manière simple on peut à chaque instant réduire les ans soit avant soit après J. C. à ceux de la Myriade.