‹ La mystérieuse affaire DonnadieuChapitre 29 sur 41 · L'HOMME DE LA RUE DES FOSSOYEURS · texte numérisé non relu

L'HOMME DE LA RUE DES FOSSOYEURS

senteurs des parterres diaprés! Le quinconce solitaire étendait sur les flâneries le dôme et la verdure de ses branchages; friche odorante, le Jardin des Chartreux exhalait les capiteuses fragrances de ses chèvrefeuilles; du sauvage fouillis de ses broussailles montait le babil des oiseaux : tout était quiétude, amour et bonheur de vivre autour de l'agité Péretti. Pourtant, l'homme au stylet ne trouvait aucune volupté à cette joie de la nature : il pestait. Trois heures!... Cinq heures!... Six heures! Et Coin-Clément n'arrivait pas... « Malappris!... » Vêtu de son haillon d'uniforme, coiffé du bicorne à plumet rouge, le capitaine allait et venait, déambulant à petits pas, semblable à quelque Tircis soupirant après saClimène... Sept heures et demie, maintenant? Ah! mais non : assez d'une telle faction! Un officier d'infanterie légère n'était pas un amoureux transi, le jocrisse qu'on fait poser sous l'orme! Partie remise, sans doute! Pourquoi ne l'avoir pas averti? En tout cas, le Tondu connaissait le Versailles où logeait son Brutus : hôtel de la Fraternité, sixième étage, sous les ardoises... Mais quel Continental! Accidente, coglione!...

Furieux de sa déconvenue, Péretti se dirigea vers la rue de Vaugirard. Soudain, il se retourna : on le suivait...

Un homme qu'il na connaissait pas, bourgeois habillé de gri's, en frac, et coiffé du chapeau de haute forme, l'observait depuis quelque temps. Il semblait pris de vin, se balançait sur ses jambes, fredonnait des « Mère Godichon »; mais son regard

restait obstinément rivé sur le Brutus... Bizarre!... Au lieu de Coin-Clément, un pékin, et de louche apparence! Que voulait cet olibrius?... Péretti accéléra sa marche : l'autre précipita la sienne; Péretti s'arrêta brusquement : l'autre aussitôt fit halte... Diavolo! Une filature; un roussin, mouchard qui donnait la chasse!... Bah! On saurait bien le dépister...

Remontant la rue de Vaugirard, Antonio tourna vivement à gauche, et s'engagea dans la ruelle des Fossoyeurs. Elle était en ce moment déserte : çà et là, de rares et taciturnes maisons; presque partout de hautes murailles bordant la venelle. Il marchait, marchait, à larges enjambées, espérant gagner du terrain... Là-bas, l'un des portails de Saint-Sulpice!... Parfait! On allait se glisser dans l'église, au long des piliers, sortir par la petite porte de l'abside ou se cacher dans un confessionnal : un simple jeu d'enfant! « Courage ! sachons nous défiler; point de panique!... »

Tout à coup, l'inconnu prit son élan, dépassa Péretti, se retourna, et lui planta un poignard dans le côté droit. Il se remit aussitôt à courir Sous le choc, le C':'rse tomba :

— Ah! canaille! Ah!...

Non! pas de cris : silence! L'autre voudrait revenir pour l'achever! Mieux valait se tordre, feindre l'agonie!... Mais déjà l'assassin avait disparu. Alors Péretti respira... «L'imbécile! coup manqué!»

A l'appel du blessé, quelques lointains passants arrivèrent... «Un meurtre? Il faut prévenir la po-

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