‹ La mystérieuse affaire DonnadieuChapitre 33 sur 41 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

Raconter en détail ce que devinrent les divers personnages apparus au cours de ce récit, serait sortir de notre sujet. Le roman de leur destinée se prolongea, rempli de pittoresques aventures, de faits bizarres et surprenants; mais notre tâche est achevée. Disons, toutefois, en quelques mots, comment, heureuse ou malheureuse, ils accomplirent cette destinée, œuvre fatale de nos passions.

Donnadieu continua de mener son existence de « Donne-au-diable », sa vie d'extravagance, voire d'insanités. A Saint-Jean-de-Luz, pourtant, cette irréductible cervelle avait semblé réduite; sa superbe s'était humiliée devant Napoléon, empereur; il avait crié grâce et supplié : « Sire, je fus malheureux!... L'existence pour moi serait une prolongation d'agonie, si les généreuses vertus de votre grand cœur ne s'étendent sur ma tête... Je réclame votre munificence, car j'en suis digne... Ah! si vous pouviez lire au fond de mon âme! Mais privé de ce bonheur, je me jette à vos pieds pour implorer deux fois la vie. » ... Deux fois la vie! — c'est-à-dire, qu'en termes moins pompeux, il

demandait qu'on lui rendit son grade, qu'on payât ses dettes. L'Empereur et Roi se laissa fléchir; il restitua l'épaulette, solda les créanciers, puis envoya le dragon sabrer le Napolitain, le Prussien, le Russe, l'Autrichien, l'Espagnol! l'Anglais; en fit un colonel, un général, même un baron de l'Empire. Au reste, c'était justice, car le risque-tout avait brillamment guerroyé. Donnadieu eut cependant à subir quelques nouveaux ennuis. Des éplucheurs de comptes découvrirent qu'étant colonel, monsieur le baron avait opéré divers emprunts forcés dans la caisse de son régiment. Napoléon n'aimait pas ce genre d'espièglerie : le prévaricateur fut derechef mis en réforme...

Au retour des Bourbons, la victime de l'Ogre de Corse reçut d'éclatants témoignages de la faveur royale : vicomte, cordon rouge, plaque fleurdelisée de la Légion d'honneur, écharpe de lieutenant général. Sa vie appartient, dès lors, à l'histoire, et à la plus mauvaise, de la Restauration. On en connaît les actes de frénésie... Commandant à Grenoble, Donnadieu massacre, féroce et forcené, de naïfs paysans dauphinois, même des gamins de quinze ans, coupables d'avoir crié : « Vive Napoléon II! « — le fils de l'Homme, de l'homme de Sainte-Hélène... Elu député par les admirateurs des Trestaillons, l'enfant du tonnelier nîmois va siéger à l'extrême droite de la Chambre, à côté de ces gentishommes, fauteurs de Terreur blanche, et qui furent les Couthon, les Barère, les Saint- Just des fleurs de lis ensanglantées... Gom-

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