ÉPILOGUE
mandeur de Saint-Louis et vicomte, l'assommeur de Petite Julie assaille à poings fermés, en pleine rue, un vieillard, un ministre, le duc de Richelieu, qu'il a jugé trop libéral. Il est devenu l'homme de toutes les violences, l'espoir de toutes les réactions; Charles X en raffole : encore un peu de temps, et Donnadieu sera promu peut-être maréchal de France...
Mais après les « Glorieuses », décadence complète! Le ministre de la Guerre, Gérard, met à la retraite un fusilleur d'enfants : Donnadieu ne respire plus alors que haine et que fureur. L'époque est aux pamphlets; il se fait donc pamphlétaire. Méchant trousseur de phrases, il attaque, diffame, outrage tant et tant Egalité second, l'ignoble escamoteur de couronne, le mandrin, le tartufe à tête de poire, — cette grande et noble figure de roi : Louis-Philippe, — qu'un jury d'honnêtes gens condamne cet insulteur à deux ans de prison (1). Ce fut la dernière aventure d'une existence si bien rempUe. Gabriel, vicomte Donnadieu, lieutenant général, grand officier de la Légion d'honneur, commandeur de Saint-Louis, mourut en 1849, plein d'années, sinon de gloire, ayant toujours ignoré le bien, inconscient aussi du mal qu'il avait pu commettre... Au demeurant, un impulsif, fils de suicidé.
(1) Deux ans de prison, 5 000 francs d'amende et interdiction des droits civils! Audience de la cour d'assises du 24 juillet 1837 : procès de la Quotidienne. — Gazette des Tribunaux, n» 3705. — Voir, à la fin de ce volume, la note 6 concernant Donnadieu.
Fournier sortit de prison, mais pour être interné à Sarlat, son pays natal. Il y vécut trois années, sous l'œil des préfets, des commissaires, des gendarmes, suppliant et se désespérant. A la fm, l'Empereur leva les arrêts : il avait besoin d'un tel soldat. « Dans votre affaire, lui dit alors Napoléon, j'exige un baptême de sang! ». L' « affaire », c'était le dispetto à l'italienne, ce geste injurieux, incongru, dont l'homme aux hanches sculpturales avait si joyeusement gratifié Bonaparte. Le sang qu'on lui demandait, il le prodigua. Colonel, général de brigade, puis de division, mais toujours cavaher battant l'estrade ou fonçant sur les baïonnettes, il chargea à Eylau, Friedland, Lugo, Smolensk, Borodino, la Bérésina, Lutzen, Bautzen, Dresde, Leipsick. La souillure étant ainsi lavée. Napoléon créa Fournier commandant de sa Légion d'honneur et comte de son Empire. Cependant, en décembre 1813, il le destitua. Pourquoi? Acte d'indiscipline ou révolte contre un maître qu'abandonnaient le bonheur et la victoire?... Le motif d'une pareille rigueur est resté un mystère...
Avec la Royauté, l'ex-jacobin, comte de l'Empire, se fit royaliste : il avait à se plaindre du «Corse», et ses rancunes furent tenaces. Autant que Donnadieu, Fournier se posa en champion des ultra-réacteurs; mais du moins, aucune éclaboussure de sang ne macula son blason plébéien... Pécheur endurci, opiniâtre amoureux, il n'avait guère amendé sa vie. Malgré l'approche de la vieillesse, 1' « enfant chéri des dames » demeu-