‹ La mystérieuse affaire DonnadieuChapitre 35 sur 41 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

rail séduisant libertin, hussardant encore les ménages, « fort bien avec les femmes; mal avec les maris ». Il avait à peu près oublié sa caressante espionne, Mme Hamelin, vieillie d'ailleurs et très consolée. A maîtresse perdue, par vingtaines les remplaçantes : le « premier polisson de France » s'était vu si gaîment pardonné! Fortunée, en retour, ne gardait pas rancune à ce volage, car Savary avec Montrond, pour ne citer que les plus connus, suffisaient à son cœur... Et puis, autres temps, autre manière d'aimer! La femme de 1820 était rêveuse et façonnière; Elvire donnait ses rendez-vous sur un lac plutôt qu'en son alcôve; elle chantait, au lieu d'agir; son âme était pudique, et sa robe taillée par des couturières à principes; mais le diable n'y perdait rien; son don Juan non plus. Toujours charmé, toujours charmeur, François comte Fournier-Sarlovèze mourut, en 1827, à l'heure où les conquêtes lui allaient devenir difficiles : un heureux d'ici-bas!...

Son nom est resté légendaire. Soldat superbe, à une époque pourtant féconde en grands soldats, le hussard de Friedland et de Lugo a bien mérité de la France. Sans doute, les Murât, les Bessières, les Montbrun,les Lassalle, entraîneurs d'escadrons qui forçaient la victoire, ont laissé un plus durable souvenir; mais moins fameux' peut-être, Fournier aussi occupe une large place dans les capiteuses fumées de la gloire.

Le général Delmas fut placé en surveillance, du-

rant onze années, à Porrentruy, pays du boucher Weter, dont il avait, croyait-il, épousé la fille. Là, resté franc luron, le « Sauvage » ne changea rien à sa vie coutumière : ardent chasseur, buveur inassouvi, lutinant la bourgeoise avec la servante, jacobin jusque dans les moelles, critiquant le pouvoir ou persiflant la soutane; effroi des commissaires, scandale de son curé...

Mais à l'heure des revers, quand branlant de toutes parts l'immense édifice impérial commença de crouler, le vainqueur de Magnano oublia ses griefs, secoua sa torpeur, offrit son épée. « La patrie en danger! » Et Delmas, simple général de division, partit pour la campagne de Saxe. Vêtu de son vieil uniforme à « système », la queue de rat sur la nuque, le bancal au côté, ce revenant de la Révolution apparut, excitant le rire des étatsmajors à la mode. Mais, bah! des pommadins, fainéants ayant besoin de cartouches pour se ruer sur l'ennemi! « En avant, les conscrits de 1813 : à la baïonnette! » comme en l'an IL L'officier de 93, le général de l'armée du Nord, revivait ses jours d'autrefois; allant au feu, hirsute et moustachu; bon enfant et folâtre; dominant de sa taille énorme ses régiments de frêles clampins. A Bautzen, un biscaïen fait sauter son chapeau : « Va donc voir si ma tête n'est pas restée dedans », dit-il, blaguant la mort, à son freluquet d'aide de camp effrayé. Mais la mort est une compagnonne qui ne se laisse pas ainsi railler : Delmas tomba bientôt, une hanche fracassée.

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