‹ La mystérieuse affaire DonnadieuChapitre 4 sur 41 · DONNADIEU... DONNEAU-DI ABLE · texte numérisé non relu

DONNADIEU... DONNEAU-DI ABLE

sieur fourré d'hermine, cette demeure avait longtemps abrité une dynastie de puissants robins, les messires Masson de Meslay, conseillers du Roy en ses conseils, et présidents à la Chambre des Comptes. Durant plus d'un demi-siècle, ces Gâtons à mortier de velours avaient, de père en fils, de Lambert en Jérôme, rempli de leur importance le hautain et fastueux édifice; mais, à présent, déchue, avilie, encanaillée, la si noble maison n'était plus qu'une pension bourgeoise, garni et gargote à la fois.

Le nouveau maître et seigneur de tant de salons dédorés portait un nom alors fort connu, presque illustre à Paris : le citoyen Sergent-Marceau... Un curieux personnage, cet Antoine-François Sergent, tombé, de nos jours, dans un complet oubli, et qui n'en fut pas moins demi-dieu parmi nos divinités jacobines.

Il avait joué un rôle de quelque importance, dès les premiers actes de la Révolution. Né à Chartres, pays pourtant de Vierge miraculeuse, ce philosophe adorateur du Dieu à la Jean-Jacques avait, autrefois, manié le burin, fait mordre l'eauforte. Son œuvre "était intéressante, sa signature appréciée, et graveur de talent, il aurait pu s'acquérir l'enviable réputation d'un Moreau jeune ou d'un Debucourt. Mais d'autres convoi- -tises travaillaient le cœur de ce vaniteux. Il avait préféré la politique au labeur, et mérité ainsi les gloires d'un Panis, d'un Pache, voire d'un

Momoro. Ces sortes de lauriers sont toujours faciles à cueillir; d'ordinaire, l'artiste, le lettré, surtout l'honnête homme, en dédaignent la banalité; mais, âme assez vulgaire, Sergent ne fut qu'un artiste incomplet, et dans sa vie publique qu'une moitié d'honnête homme...

Parleur, discoureur, péroreur, possédant ce sonore bagout, cette ignorance grandiloquente qui grise et fait délirer le populaire de France; il était devenu à Paris une illustration de quartier, un génie, une idole, toute une façon d'austère Pétion. « Monsieur Populo » lui avait alors prodigué sa faveur : l'écharpe de municipal, le panache de président de la quarante et unième section, le bonnet rouge de secrétaire aux jacobins, même une place de banquette sur la Montagne de la Convention. Là, Sergent avait voté la mort de Capet, mis hors la loi les Girondins, réclamé le supplice de Bailly, terrorisé le Modérantisme, sans-culottisé la Nation. Pas méchant, néanmoins, en dépit de telles offrandes à la guillotine; mais semblable à beaucoup d'autres, naïf et béatement sectaire, croyant aux phrases qu'il débitait, voyant dans le couperet de Chariot la panacée sociale, voulant « sauver la République » et s'estimant Spartiate, c'est-à-dire vertueux!...

Sa vertu, cependant, avait reçu quelques éclaboussures. Dans la journée du Dix Août, conduisant son peuple souverain à l'assaut des Tuileries, Sergent, d'ailleurs aidé par les camarades, avait trop bien nettoyé la « caverne du despotisme ».

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