‹ La mystérieuse affaire DonnadieuChapitre 6 sur 41 · DONNADIEU... DONNK-A U-DI A B LE · texte numérisé non relu

DONNADIEU... DONNK-A U-DI A B LE

humaines : du Gondorcet, au vernis mou! — n'avait guère obtenu de souscripteurs, et sa maison meublée attirait peu les chalands. Le sanctuaire à perruques de messieurs les présidents effarouchait la clientèle bourgeoise : trois citoyens seulement pour locataires, et, chercheuses d'aventures, un simple brelan de « dames seules... » Ah! Dieu de Robespierre, les temps étaient durs!...

Pourtant, dans les premiers jours de l'an X, la Providence ou l'Etre suprême avait adressé au besogneux ménage un pensionnaire qui paraissait cossu. C'était un bel officier, portant le casque à peau de tigre et l'habit vert à retroussis écarlates du 12* régiment de dragons. Haut de taille, large d'épaules, avec des yeux, des sourcils, des cheveux noirs, un long nez aquilin, un visage basané sans moustaches; de plus, faisant ronfler ou chanter les mots, il sentait son pays du soleil, les bords de la Vidourle ou du Gard. Son nom même vibrait, semblable à quelque nom sonore de troubadour, de cantéor à la « gaie science » : ce grand garçon s'appelait Gabriel Donnadieu.

Gabriel Donnadieu, le futur et trop fameux vicomte, héros de la Terreur blanche, était né, humble croquant, dans une arrière-boutique de tonnelier nîmois. Son père, de souche cévenole, et sa mère, Madeleine Planchon-Pépin, appartenaient à la Religion, sectateurs de ce calvinisme

si vivace et si tenace, si vertueux et si dédaigneux, que les missionnaires bottés du Roi Très Chrétien n'avaient pu extirper du Languedoc...

De bien petites gens, cette lignée camisarde; famille de chétifs artisans, engeance de crèvemisère! Fils unique, l'enfant avait grandi dans une maison huguenote où présidait une vieille liseuse de Bible, son aïeule maternelle. Sa mère, l'épouse du tonnelier, cette bonne dame Madeleine, était la femme vantée par l'Ecriture, la ménagère au goût des pasteurs : dure au travail, amassant, comptant, puis recomptant les liards, très positive, n'ayant au cœur ni roman, ni sornette, peu tentante, jamais tentée; mais sèche et rêche, hargneuse en sa vertu jalouse, et possédant plus de qualités puritaines que d'orthographe académique. Tout autrement, hélas! vivait son mari, la ruine, la perdition de l'édifiante échoppe. Ivrogne et libertin, friand d'émotions, chercheur d'aventures, trinquant volontiers avec le sergent racoleur, il n'avait rien d'un juste prédestiné à la gloire éternelle...

Enjôlé par quelque La Tulipe, ce réprouvé avait de bonne heure planté là son fastidieux ménage. Soldat du Roi! Et tandis que madame peinait au logis, monsieur cagnardait aux pays de Cocagne. Tour à tour grenadier, soldat de marine, carabinier, il avait connu le soleil de maintes latitudes, la canne de nombreux capitaines, les Fanchettes de force courtilles. Parfois, profitant d'un congé temporaire, cet errant revenait

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