‹ La mystérieuse affaire DonnadieuChapitre 7 sur 41 · DONNADIEU... DONNE-AU-DI ABLE · texte numérisé non relu

DONNADIEU... DONNE-AU-DI ABLE

dans la boutique familiale; joyeuse, sa Pénélope lui pardonnait : un si bel homme! — cinq pieds huit pouces, d'après son signalement — et ainsi était né Gabriel... Mais au service du Roi, un maroufle de huguenot obtenait plus de coups de bâton que d'épaulettes dorées : après vingt ans d'un tel vagabondage, ce Donnadieu n'était encore que brigadier...

La République en avait promptement fait un colonel. La niveleuse recherchait alors les brisquards de caserne, La Ramée à chevrons, préférant des « braves à trois poils » aux « freluquets » fils de famille et « ofTiciers belles cuisses ». Sous le dolman vert du 8^ hussards, il était devenu l'un des « patauds » coupeurs d'oreilles vendéennes, qu'applaudissaient les jacobins. Lancé sur les « brigands » du Bocage, cet émule de Ganuel les avait sabrés, égorgés, éventrés férocement... Un étonnant soudard, au dire de ceux qui l'ont connu : grossier et cruel, pillard et concussionnaire, mais soldat intrépide! Sa mort avait été la fin pécheresse d'un mécréant. Accusé de malversations, ce martyr de l'honneur, peut-être de la bouteille, s'était fait sauter la cervelle. Il laissait un digne héritier de son nom, le continuateur de sa vie. . .

Dès l'âge de quatorze ans, Gabriel avait porté lasabretache; hussard à la 8^ Bon cavaher et, audacieux compagnon, massacreur des gris de la Vendée, brûleur de leurs borderies, le clampin

patriote avait rapidement obtenu la dragonne d'officier. Un triste sujet, pourtant! Les tares ataviques s'étaient transmises, même aggravées chez l'enfant du suicidé, et déjà le second Donnadieu se faisait trop semblable à son père. Irascible jusqu'à la violence, et violent jusqu'à la brutalité, sans cesse en agitation, souvent en furie, c'était un impulsif. De plus, dépourvu de scrupules : butinant comme un soudrille, « picorant » mieux qu'un riz-pain-sel; ignorant toute espèce de devoir : subornant des fillettes, les rendant grosses, puis les abandonnant, et mauvais fils, laissant dans une atroce détresse la bonne femme de mère dont il rougissait, — c'était encore un inconscient. On redoutait un pareil insulteur de la morale, et ses camarades abominaient u Donnadieu-Donne-au-diable... »

Oui, certes, « Donne-au-diable » et diable à quatre, car il était fort brave, poussant la crânerie jusqu'à l'extravagance, ressentant l'attrait, la fascination du danger! Ses états de services relatent d'incroyables prouesses : enlèvements de redoutes, captures de batteries, sabrades et destruction de compagnies, de bataillons, de régiments; en Vendée, dans les Flandres, en Allemagne, en Italie, Au siège de Gênes, défendant un des forts de la place, il s'était montré superbe de courage et d'énergie, — repoussant sept assauts, meurtri par des éclats d'obus, combattant, porté sur un brancard. « Il me fallait un homme, lui écrivit alors Masséna, je l'ai trouvé!... » Les généraux ne mena-

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