XII. — Mcditatioii i /^^ti', IV
Mais le plus utile instrument de progrès dans la vie mystique est la mé(/i/afiiiii. Ponr en prouver l'excellence et l'utilité, al-( lazz-âli invoque l'autorité du Proplx'-te, à côté de celle de J.-C. : << Une heure de jiiéditation, a dit le Prophète, vaut mieux qu'un an de dévotion » ;et J.-C. assure
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que « celui-là seul lui deviendra parfaitement semblable qui aura réduit tout son langage à l'oraison mentale, et son silence à la méditation ».
La méthode pratique de cet exercice spirituel est la suivante. Avant tout, la mémoire pn'-sente à l'entendement la matière de la méditation, c'està-dire les idées, les actions, et les paroles sur lesquelles ont à s'exercer aussitôt les autres puissances de l'âme. C'est le préambule que les mystiques chrétiens appellent coinimilion de lieu, et al-dazzâli souvenir (ut-twkil;hor). Il se facilite par la lecture attentive et recueillie du Qor'ûn, ou des Hadîts du Prophète ; mais, comme les commençants ne savent pas ordinairement choisir eux-mêmes les textes mieux appropriés à leur état d'âme, al- Gazzâll leur offre, en son UnjcC, de copieux exemples de matière de méditation, accommodés, par leur sujet, aux différents degrés de perfection spirituelle.
La matière une fois présente à l'entendement, vient la méditation proprement dite, qui est Texercice de la raison spéculative comparant et, par induction et déduction, tirant des vérités connues d'autres vérités nouvelles et inconnues. Cette opération discursive de la raison {al-ftibâr) se fait, pour le plus grand ndmbre des dévots, inconsciemment et sans appliquer d'une façon rétlexe les règles de la logique. La conséquence ou vérité acquise par la méditation doit se convertir de spéculative en pratique, moyennant l'applicaUon concrète que l'entendement en fait à son propre état ; autrement l'idée n'exercerait aucune influence sur la volonté et la méditatii)n resteiait stérile. Son fruit {at-lamara) le plus utile n'est pas, en effet, la science, en tant que telle, mais le changement du cœur qu'elle provoque, c'est-à-dire les émotions très variées que nous avons étudiées dans toute la mystique, et les bons propos formés, en conséquence, par la volonté, d'accomplir des œuvres salutaires.
Al-Gazzâlî achève son traité par une classification systématique des matières en deux groupes fondamentaux : 1° Méditations propres au commençant, comprenant ce que les mystiques chrétiens appellent les péchés propres ou d'autrui, les vertus, les fins dernières ou novtssi ma, eic. Pour en tirer un plus grand fruit, il conseille au novice d'inscrire dans son cahier d'examen {al-jarula) un catalogue des péchés capitaux et des vertus princi-
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pales. Chaque matin, jMnir faire la méditation, il p<)iiir:i unsi s'aj.jiipiiK i i un p<*chi'' ou ;'i la v.-rtu qu'il se i>roi)06e resperlivement d'éviter <>u d'acqu«;rir ; cela fait, il barrera d'un trait st)n 8uj«U et il pourra «Misuito s'appliquer aux iM^rhës ou aux vertus qui suivent. 2" Méditations sur Dieu : «-llos sont spéciales aux mystiques parfaits. A ceux-ci, néanmoins, al-(fnzzAll conseille de ne pas prendre cnniiiie matière de leur contemplniioii l'essence ou les .attributs al>solus de la Divinitt», parce que le Propliète lui-môme le défend et parce que cela expose à des doutes en matière de foi. 11 est préférable de se l>orner à les méditer dans les créatures, comme rellets des attributs divins.