‹ La Mystique d'Al-azzlChapitre 3 sur 11 · III. — Gnililude ( Mvr IV r.R · texte numérisé non relu

III. — Gnililude ( Mvr IV r.R

Avec le luéi'éiltMit, co tlf^Tii osL h' coinjili ui'iil du la \i<) (Wvole, puisqu'il se rapinirto nux liienlails iliviîis, corniiip la patienw nnx mlvei-siU's. Son premier ëlément essentiel est la foi en celte vërité : que toutes les choses créées sont des liienfaitfi que Dieu nous octroie, con)nie moyens pour attf'intire notre fin dernièn' ; nous devons, par conséquent, correspondre à son amour et à sa proviilence. en ne les enipl(»yant que pour le seul objet en vue duquel Die» les a cuvs. Pour aider IVuiie à se former cette conviction, al-(lazzali prt'sente une analyse très subtile de l'un des bienfaits de Dieu : la santé du corps. Ave<' une p»'ri('tration admirable il découvre et exjiosc, en un style très brillant, une multitude de causes concomitantes al)outissant à ce résultat : aliments fournis par le règne animal ou vé^'étal, instruments af»iicoles, industrie et commerce les mettant à la j»ortée de riiommc ; les facull<''s aiipréhcnsives et appétitives d<' l'àmo prêtant leur concours aux fonctions véjLfétatives de la nutrition ; l'organisme, admirablement disposé pour la vie pliysiulogique normale; la Providence divine qui, par le ministère des anges gardiens, prévient constamment les troubles pathologiques et procure la fruérison jiar le moyen de la médecine, etc. etc. A la manière des ascètes chrétiens, il «'numère et puis classifie les bienfaits que chaque individu re<^oit de Dieu, généraux et spéciaux, inti'rieursi't extérieurs, naturels et surnaturels : Dii-u [louvnit refuser à l'homme tous les liienfaits dont il l'a comblé, c'est-à-dire: la vie, en le faisant pierre ou être inorganique ; la raison, en le créant animal irraisonnalde ; le sexe mâle, en le créant femelle ; l'intéf^rité des membres, en le faisant boiteux, manchot ou aveugle ; la santé, en le rendant malade; l'intelligence parfaite, en le faisant fou ou imbécile; l'instruction, en le laissant phjnf.'é dans l'ignorance ; la lumière de la foi islamique, en le faisant naître infidèle ou pUthéiste ; la vertu, en le faisant méchant, etc. Tout cela est donc un elfet jiur et simple de la lif)nté de Dieu envers l'homme, tout «•omme la beaub- physique, les richesses, l'abondance de la famille et des amis, les honneurs, la bonne renommée, la science, etc., puisque ces bien-

78 Dr MIGUEL ASi'n PALACIOS [12

faits ne sont pas accorfli's par Dieu à toutes les créatures, mais seulement à celles qu'il a librement choisies.

L'entendement bien convaincu que tous les biens viennent d'un Dieu qui n'était point nécessité à nous les donner, il s'éveillera dans le cœur un sentiment mêlé de joie et d'humilité, envers la bonté du bienfaiteur, et non exclusivement à raison du bienfait objectivement reçu, pas même du fait de nous l'avoir octroyé. Dans un présent reçu d'un roi, le sujet apprécie sans doute plus que ce présent la bienveillance royale ; mais, avant tout et plus que tout, la facilité ou possibilité ainsi reçue d'exécuter des ordres roj'aux. Partant de cet exemple, al-(iazzâli distingue deux degrés dans la gratitude affective : 1° joie pour le bienfait, considéré comme un signe de l'amour de Dieu et comme présage de sa miséricorde en la vie fut\ire ; 2" joie — plus parfaite — pour le bienfait, considéré comme instrument pour mériter l'union mystique et la vision béatifique.

Cette émotion de gratitude provoque des actes déterminés du cœur, de la langue et des membres extérieurs. Le cœur montre sa gratitude en pensant bien de toutes les créatures, ne dépréciant pas même celles qui sont en apparence viles et inutiles. La voix se répand continuellement en cris de louange et de reconnaissance à Dieu pour ses bontés. Les membres s'emploient à le servir, et à éviter tout ce qui peut lui déplaire.

La forme la plus sublime de la gratitude, pour al-Gazzâll, est celle qui a pour objet les adversités physiques et morales. Dans ce sens, la gratitude se concilie subtilement avec la patience, le cœur éprouvant en même temps joie et tristesse pour un même objet, envisagé sous deux aspects. Quatre motifs peuvent provoquer dans l'àme cette joie en l'adversité ; 1° il est toujours possible de songer à des maux naturels, plus grands que ceux qui nous éprouvent; 2° il en est d'autres, plus graves que les maux naturels: ceux de l'ordre surnaturel : le péché et la perte de la foi ; 3° toute adversité temporelle est moindre que la peine que nous méritons pour nos fautes ; pour les infidèles que nous voyons prospérer dans cette vie. Dieu leur réserve un châtiment plus terrible et éternel dans la vie future, puisqu'ils n'ont point été châtiés en celle-ci ; 4° toute adversité temporelle est un effet inévitable des décrets divins et une cause de mérites pour la vie fu-

13) IJk MYSTlyUK D*AU-t»AZ/.VLl TU

ture, bien plus que ni> le serait la pro8[»ërit« ; celle-ri •'•lanl le |»iificij>«' do tout péché, tandis quo l'ailversité nous ntppru<-li<' de Dieu.

IV cl V. - Crainte et Espérance {Ihyâ', IV, 1()J>.

<'e sont l.'sdcux ailes île la vii' ti.vi.to et, selon une uutr»' in.i.'Hiiion' du MinAàj if. 4), r»>sj>»'ctivement le frein et l'aiguillon de ràrne jKtur courir dans la voie mystique. L'esp«'rance est une émotion de tranquille allégresse que l'àine éprouve à |)enser à l'ublention prolialdi- d'une chose qu'elle aime. Sa caus»' est donc cette pensée : l'esprit voit réunies touU>8 les circonstances, ou la plu|>art de celles qui concourent à faciliter le résultat. Cette vue et cette joie déterminent dans le cvjeur une impulsion active à procurer les autres circonstances. Il arrive aussi que l'esi^rance naît dans le cœur à la suite d'un faux jugement de l'intelligence estimant suffisantes des circonstances qui ne le sont pas ; en œ Ciis, l'émotion ne mérite pjis le nom d'e8p»*rance, mais celui de confiance illusoire (al-f/urîtr), celle du laboureur stupide qui veut récolter sans avoir semé. G'ci supiosé, al- (lazzAll réduit à quatre les motifs suffisants d'espérance salutaire : 1° le dogme de l'infinie miséricorde de Dieu, antt-rieure à sa justice, ainsi que Ciazzâlî le prouve dans son Fayya/ (édit. Caire, 1319 hég.), \>[k 72-79 ; 2° le souvenir de ses innombrables bienfaits, octroyés par pure grâce ; 3° la pensée des récompenses qu'il a promises dans le ciel à ceux qui le servent ; 4° la mémoire des témoignages d'amour et de pardon que Dieu a donnés à l'âme dévote, dans le cours de sa vie passée (Min/iûj, 55). I/es résultats pratiques de ce degré mystique sont, entre autres, la lutte prolongée contre les diverses concupiscences et la liersévérance dans la vertu, en face de tous les obstacles, et surtout les délices spirituelles que le cœur éprouve à 8'appro<.her de Dieu et à converser avec Lui.

La crainte est aussi une émotion, mais de douleur et de tristess<^.' intense, provoquée par la \i\e représentation que l'entendement se forme de maux graves qu'il a en horreur et qu'U estime imminents. Pour que cette émotion soit salutaire, elle doit être engendrée par des motifs surnaturels

80 Dr MKiUEI, ASIN I-ALACIOS [14

qu'al-ôazzâlî réduit encore à quatre {Minhûj, 54) : 1° la pensée des châtiments terri blfis dont Dieu menace ceux qui l'offensent ; 2." le témoignage de l;i propre conscience, qui accuse le dévot à raison de la multitude des péchés de sa vie passée et lui fait nppréliender les périls et les occasions à venir, puisqu'elle ignore si elle pourra les éviter ; 3° sa propre faiblesse physique et morale, qui lui l'cndra iiitoléinbles les cliâtiments de l'enfer; 4° et par-dessus tout, l'o^drayarit mystère de la prédestination, qui étant éternelle, est indépendante de notre coopération et de nos mérites.

hes effets de cette émotion peuvent se faire sentir jusque sur l'organisme, et y déterminer l'exténuation du corps, la disparition des couleurs, et même de violentes crises de pleurs et de gémissements, qui peuvent amener des syncopes, la folie et même la mort. Dans ces cas extrêmes, la crainte a cessé d'être salutaire. Il en est de n^ême quand l'excès de crainte a produit le désespoir (al-yci's ival-qunùt). En ce cas, en elfet, elle cesse d'être un aiguillon pour la vertu et rend impossible toute oeuvre bonne, au lieu de la faciliter. Le symptôme qui fait reconnaître la crainte salutaire est son influence sur la volonté, qu'elle déterminera à subjuguer les appétits, à se dégoûter du péché, à trouver du plaisir dans la vertu. Et telle est, selon al-Gazzâlï, la raison de la supériorité de la crainte sur l'espérance: elle est plus utile pour atteindre la fin de la vie dévote. Car il reconnaît, comme les auteurs ascétiques chrétiens, qu'on ne peut résoudre in ubstracto la question de l'excellence respective des deux degrés, parce qu'il faut toujours prendre garde aux circonstances personnelles de cha({ue individu ; et néanmoins il se décide à affirmer qu'en général la crainte est la plus utile, parce qu'elle guérit de cette confiance illusoire, qu'il signale comme le défaut de la majorité des hommes de son temps. C'est ce qu'il démontre dans son Kitâb ([amm al-gurUr {IhyïC, III, 264), en examinant les formes multiples et si variées que revêt la présomption spirituelle dont sont atteintes les ditféi'entes classes de la société, non seulement les gens du siècle, mais aussi les théologiens, faqihs, orateurs sacrés, dévots et sûfis. Le fond, et jusqu'à la forme de son livre en font, en ceci, un œuvre de blâme, semblable au livre De Planctu Ecclesiae d'Alvaro Pélagie. Contre ce vice, pas de meilleur remède que la crainte produite par la méditation des fins dernières (novissima), qu'il développe dans son Minliâj (p. 58), semblablement au

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plan lies mnili-es de rasoélismi> clirtîtien : iiunlititiun île la justù^o divine dans le châtiment du \)éc\\é des Anges, d'Adam ot de crtains prophètes ; mtMitation d»» la mort, du jugement, de l'enfer et de la ^'loire. C«>j>endant il l'econnaît que, dans les derni'-rs moments de la vie, resj>'rance est plus salutaire, parce qu'à ce moment, la crainte, si elle est seule, pourrait entraîner le d«''sespoir.

La forme la plus sublime et la plus parfaite de la crainte est rdle qui a pour ol'j«?t non le oliàtiment, ni m<îme le {)<?clié,m;ii.s Dieu lui-même : en ce sens qu'elle redoute le jiëril d'être privé éternollcment de la vision bëatifique.

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