‹ La Mystique d'Al-azzlChapitre 4 sur 11 · VI.— Piiuvrclc //ly.r, IV · texte numérisé non relu

VI.— Piiuvrclc //ly.r, IV

C'f'st la privation des liiens temporels dont le dêvol a besoin pour vivre. Les états [«ycliologiques ofl peut se trouver le /ay/r sont varit^s. Le plus jmrfait est l'indifférence pour la richesse et la pauvreté, sans haïr celle-ci ni désirer celle-là. Apn'^s cet état, vient celui du pauvre qui renonce aux richesses parce' qu'il les abhorre, comme tout ce qui peut éloigner de Dieu. Moins parfait est l'état île celui qui se tient pour satisfait de ce qu'il a, sf résigne à ce qui lui manque, et ne fait aucun effort pour acquérir les richesses, sans cependant les abhorrer.

L'excellence de la pauvreté volontaire est un des thèmes de la mystique musulmane où se n-vèle le plus clairement l'influence chrétienne : nombreux sont les textes évangéliques cités par al-<i.izzâli en confirmation de ses dires (cfr. Malt h. VI, 1 9 ; XIX, 1 0-24), et Jésus est pour lui le modèle de cette vertu. — 11 analyse subtilement les conditions spirituelles qui l'intègrent, he faq'ir ne doit sentir aucune aversion pour sa pauvreté personnelle, mais y voir un effet de la providence divine. Sans doute, il peut lui arriver d'éprouver pour elle la répugnance naturelle qu'inspire tout ce qui est contraire à la sensualité ; et en ceci consiste principalement la perfection Awfuf/'ir, qui sera plus grande encore s'il parvient à trouver un charme tout spirituel dans ses privations. Le symptôme extérieur de cette jouissance et de cette conformité à la volonté divine, ce seront des manières

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affables et douces avec tous, évitant toute plainte et toute lamentation, cachant non seulement sa pauvreté, mais même ses efforts pour la dissimuler. Le faqir ne doit jamais s'humilier devant le riche, à cause de la ricliesse de celui-ci : ce serait un signe qu'il la désire.

Ici se présente la grave question de la mendicité et de ses rapports avec la pauvreté volontaire. Les sûfis se sont préoccupés de ce problème autant et plus que les mAstiques chrétiens. Pour al-(îazzâli, la mendicité est illicite au [aqir, à supposer toujours qu'il ait ce qui lui est strictement nécessaire pour subsister : un habit du plus vil tissu, une habitation capable de le préserver des rigueurs de la température, un pain d'org-e accompagné d'un condiment grossier ; et cela, en se limitant à la seule journée présente, selon le conseil évangélique, parce que toute prévision pour l'avenir est déjà une imperfection pour l'ascète. 11 permet de mendier pour le lendemain, uniquement à celui qui se doute fortement qu'il ne pourra le faire alors. Ces restrictions imposées par al-Gazzâli aux silfïs mendiants ne s'appliquent pas, il est vrai, à ceux qui mènent la vie cénobitique ; dans ce cas, l'économe du couvent {hâdim as-mfiijya) peut exercer la mendicité dans le but de pourvoir à la subsistance de ses frères. D'autres restrictions sont néanmoins indiquées, qui rendent illicite non seulement la demande, mais l'acceptation del'aumùne, même non sollicitée. Ainsi, \q faq'ir ne peut recevoir aucun objet certainement ou douteusement illicite (harâm), ni même un objet licite (halàl), de la main de qui le donne dans un but mondain (vanité, ostentation etc) ; ce serait, en ce cas, coopérer au péché du riche. Le pauvre doit également s'abstenir d'accepter l'aumône, s'il sait ne pas réunir, en sa personne, les qualités que lui suppose le donateur, la sainteté par exemple, si l'aumône lui est faite intiiitii sanctitatis ; il est même, dans ce cas, tenu à restitution.

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