VIII. — Abnégation de la volonté {Ihyu, IV
Le principe de ce degré de perfection est la/o/ou vision psychique expérimentale de V unité de Dieu (at-tauhid). Elle consiste à croire d'une façon vive et intense, que, seul, Dieu est la cause véritable et réelle de tout ce qui existe et peut exister et que tous ses actes sont inspirés par sa bonté, sa miséricorde et sa sagesse infinies. Quand le mystique est arrivé à cette conviction, il voit alors que la pauvreté et la richesse, l'honneur et le déshonneur, la santé et l'infirmité, la vie et la mort dépendent exclusivement du pouvoir de Dieu, et par suite, qu'il ne faut craindre que Lui, n'espérer qu'en Lui, ne mettre sa confiance en aucune chose créée, et abandonner à la volonté divine sa propre volonté.
19] I.A MV8T1QUK l»'.U.-<'rA/7VlI 5*5
SiwttefdinPs'atTîùblit [Miiiit, ello finit pnr iirovocjurr liiuis i. s niiii-s un sentiment d'al ;»n<lon nlisolu on la iirovidpnoe d<' Dieu, si'ntimont qui ndmi't tri'is (legn-s, conipan'-s lesixvtivcintMit |inr îil-<èaz/;\ll avoc l'nliandon du cliont à son avocat, du fils à sa inrn*, ilu cadavre entre los mains de l'ensevelisseur. Dans le prouiier cas »'t dans li> second, le cœur ne jx'ut éprouver le lH\soin de rien demaiid<'n|irà Dieu. D;ins lo troisi«''ni(>, qui est le plus sul>liMie, le mystique est certain que Difu luèini' meut sa propre volonté, que ce ^[\iï lui arrive est fatal, qu'aloi-s même qu'il ne demanderait rien à Dieu, Dieu lui-même s'tH'cujjeraits[iontanénient de [lourvoir à ses •«soins ; c'est jiourquoi ce troisième dej^'n'' exclut l'oraison dépn'-catoire {ad-(lo'a). AMlazzAlî reconnaît cejM-ndant la dilticult*' d'acquérir cet état psychique ; il croit même imi)0ssible sa durée constante ; poussiint l'allégorie précédente, il le compare à la [«leur cadavérique que produit, un instant, une terreur pnssaf,'6re et piofomle.
Il jKiraît, à [ireinière vue, que le fruit de ce dejrré de perfection doive être purement négatif ; ainsi l'ont pensé quelques sfifïs exagérés, connue les çuiiUistes de la mystique chrétienne, qui entendirent l'abnégation de la volonté dans un sens absolument passif. Afin de détruire cette erreur, alflazzâll ré.luit à quatre les motifs de toutes les actions humaines : 1° procurer l'utile et 2° le conserver ; 3° éviter le miisible et 4° le détruire. La résignation passive n'est pas licite dans les actes qui, nécessairement, tendent à la 1* et à la 3® fin : cesser de manger, avec la confiance que Dieu rassasiera notre faim miraculeusement, est folie et non pas vertu ;s'e.\poser à être dévoré par les bètes ou écrasé par un mur en ruine, c'est tenter Dieu inutilement. 11 n'y a vertu d'abnégation que dans les cas où ces elfets sontseulement yy/'o/yaA/f5 : p. ex. entreprendre un pèlerinage à travei-s le désert, sans provisions, comptant sur la providence ; s'exposer à tonilH?r entre les mains de l>andits qui j^euvent nous voler et nous blesser, mais non nous tuer. En ce qui concerne la 2® fin (conserver l'utile déjà possédé), le mystique doit éviter tout ce qui tend à aci-un)uler les moyens de subsistance, en plus grande quantité- qu'il ne faut pour une année ; il est plus louaUe de se limiter strictement à ce qui ebt néces.'^ire pour le moment présent, sauf [mur un [)ère de famille f/ui sr r/oit aii.r aiens.
8G Di" JliaUEL As/n PALA.CIOS [20
La 4® fin (se débarrasser du mal qui nous a atteint), a donné origine à de larges controverses entre les mystiques musulmans : il y eut des enthousiastes qui trouvèrent de l'imperfection à se soumettre à un traitement thérapeutique ou chirurgical. Al-Oazzâlï, au contraire, regarde comme un péchi' de m.inquev à pn-mlre les médecines qui Ci?/7azrt(?/ni?w/ guérissent une maladie mortelle. La vertu de résignation ne s'exerce qu'au cas où l'action curative n'est que probable ; et, même en ce cas, le mystique peut les prendre sans perdre le mérite de son état de perfection, pourvu que sa confiance soit en Dieu plutôt qu'au médecin ou à la médecine. Néanmoins, son mérite sera plus grand s'il s'abstient, pourvu qu'il le fasse pour un de ces motifs : connaissance certaine, par révélation, que cette maladie est la dernière ; vouloir prolonger son mal par esprit de mortification ou de pénitence ; crainte des occasions de péché, plus nombreuses dans la santé que dans la maladie. L'empreinte du christianisme est ici visible ; et justement, al-(Tazzâll confirme sa doctrine par le texte évangélique {Matth. VI, 26) où le Sauveur montre la providence divine dans la conservation des animaux, pour nous apprendre quelle confiance nous devons avoir en notre Père Céleste.