‹ La mystique divine, naturelle, et diabolique (volume 2)Chapitre 13 sur 44 · CHAPITRE XIIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIIT

Comment l'esprit s'empare dans l'extase des organes de la voix et des forces qui les mettent en monvement. Confession extatique de sainte Madeleine de Pazzi. Pr<?dication extatique de Jeanne de la Croix. Du son et du chant extatiques. Sainte Humiliane. Christine l'Admirable. Comment ce phénomène se trouve uni quelquefois à l'illumination extatique. Pierre Pétrone. Des sons que Ton entend près des saints à l'autel ou à leur lit de mort.

La pensée, née dans l'esprit, devient parole dans l'âme, et s'articule comme son extérieur dans la région sensible de l'homme. Or les forces qui contribuent à la formation de ce son peuvent aussi subir une transformation dans l'extase, et ce qu'elles produisent en cet état porte un caractère bien différent des sons ordinaires. I/esprit d'en haut s'empare d'elles, et les élevant jusqu'à la hauteur où il est luimême, articule en elles des paroles que l'esprit de l'homme n'a point pensées. La voix alors produit des sons qui semblent appartenir à un autre; ou si c'est réellement la voix de celui qui parle, ce sont alors comme des pensées ailées qui s'échappent en paroles ailées elles-mêmes.

deleine de Pazzi.

174 EFFETS DE l'eXT.VSE SUR LES ORGANES DE LA VOIX,

8ainfeMa- ^ en était ainsi de sainte Madeleine de Pazzi lorsqu'elle était dans l'extase. Elle parlait alors par manière de dialO' gués, tantôt avec le Père éternel, tantôt avec le Verbe in^ carné, tantôt avec le Saint-Esprit, la sainte Vierge ou d'autres saints, faisant les demandes et les réponses en leur nom, ou en son propre nom suivant les circonstances. Il n'était pas difficile en ces cas de discerner au nom de qui elle parlait, car elle changeait de voix à chaque fois. Quand elle parlait au nom du Père , elle se servait d'une voix élevée , grave, et donnait à ses paroles une ce'rtaine majesté dont ne pouvait se faire une idée celui qui ne l'avait pas entendue. Si elle parlait au nom du Fils ou du Saint-Esprit, elle employait également une voix noble et haute, mais en même temps douce et gracieuse. Quand, au contraire, elle parlait en son propre nom , sa voix était si sourde qu'on l'entendait à peine. Elle parlait d'une manière si humble qu'elle paraissait vouloir s'anéantir elle-même. Elle semblait en même temps être emportée bien loin du monde ; et lorsque Dieu l'obligeait à parler à quelqu'un, elle le faisait avec une voix forte et soutenue, comme si celui h qui elle parlait eût été loin d'elle; on l'entendait quelquefois alors se dire à soi-même : a II est trop loin, il ne peut m'entendre. »

Son confesseur s'assura de ce fait un jour qu'il la fit venir à lui dans l'extase en vertu de la sainte obéissance. Elle vint et lui demanda quelque chose. Il lui répondit, et comme elle ne l'entendait point, elle dit, comme pour s'excuser devant Dieu : « Nous sommes trop loin l'un de Tautre; celui qui est là en bas ne m'entend pas. » Le prêtre en conclut qu'elle croyait être dans le ciel, pendant que lui était sur la terre. Au reste, plus l'extase était profonde, plus

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elle avait do peine à entendre ce qu'on disait; cependant elle reconnaissait la voix de sa supérieure toutes les fois qu'elle lui parlait^ et elle lui obéissait sur-le-champ. Lorsqu'elle parlait seule sur ce qu'elle avait vu, ses discours roulaient toujours sur les choses spirituelles et divines. C'étaient des interprétations lumineuses et substantielles de la sainte Écriture. Ses discours étaient admirablement liés; le commencement et la fin étaient dans un rapport liarmonieux. Elle parlait souvent en latin, non-seulement quand elle citait l'Écriture , mais encore quand elle parlait de son propre fonds, ce qui plongeait dans un grand étonnement, chaque fois, les autres religieuses, car elles savaient bien qu'elle n'avait jamais appris cette langue. Bien plus, lorsqu'elle était entrée au couvent, elle savait à peine lire le latin, et on avait été obligé de le lui apprendre. Encore ne le pouvait-elle faire correctement, et elle était incapable, hors de l'extase, de citer sans faute une phrase latine. (Sa Vie, parle père V. Cepario, c. vi, 57, ou par le père V, Puccini, c. iv, 31 .) Ces deux rehgieux ont été ses con- ° fesseurs.

Ici ce phénomène mystique se produit dans sa généralité ; mais il est d'autres faits où il apparaît sous un caractère particulier. Nous les rapporterons dans l'ordre des pratiques ou des formes religieuses auxquelles ils correspondent.

La même sainte qui s'entretenait ainsi avec Dieu, Made- La confesleine de Pazzi, est devenue célèbre dans la mystique par la ;^"^" confession qu'elle fit un jour dans l'extase, à haute voix. Sainte Mudevant Dieu et les autres religieuses, de toutes les fautes ^g p^,,,^; légères qu'elle avait commises pendant la journée , depuis le matin jusqu'au soir. Se mettant à genoux elle commença

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d'abord par réciter les psaumes : Bomine, quid multiplicati i>u/it? etc.; Qui habitat in adjutorio; après quoi elle dit : « 0 mon Jésus I quelle a été aujourd'hui ma première penw sée? Il m'est douloureux de voir qu'elle n'a pas été pour (i vous. Je craignais qu'il ne fût trop tard pour appeler vos « épouses à la prière, et je n'ai pas pensé à m'oflVir ù vous i<. et à vous honorer. Après cela, ù mon Jésus, je suis a allée au chœur m'oflrir à vous, mais je ne me suis pas (' abandonnée entièrement et en toutes choses à votre voce lonté. 0 Dieu très-bon! quelle miséricorde puis-je (( attendre de vous, moi qui ne me suis pas livrée entiè- « rement à vous! Faites-moi miséricorde, Seigneur, quui- « que je n'en sois pas digne, et que je mérite plutôt mille <c fois l'enfer. Je me suis mise ensuite à vous louer, mais « j'ai ressenti de l'humeur contre celles que je voyais u manquer aux cérémonies ou aux inclinaisons prescrites, a au lieu de m'occuper à vous honorer et à vous présen- « ter le tribut de mes louanges en communion avec celles a que vous présentent les esprits bienheureux. 11 est bien « juste que j'implore votre miséricorde, puisque j'ai com- (i mis tant de fautes en ce qui vous touche, vous et votre « louange.

« Lorsque ensuite je me suis approchée de la sainte (c table pour recevoir votre corps et votre sang, au lieu « d'y apporter tout l'amour dont je suis capable, je n'ai « point eu, hélas ! le propos de recevoir cet auguste sa- « crement en mémoire de votre passion, comme vous l'au vez ordonné, et je n'ai pas pensé à unir mon àme avec w vous, mais plutôt à faire ce que je pouvais pour donner (c le reposa mon cœur. J'ai bien entendu d'abord, il est (c vrai, votre parole; mais, an lieu de penser à l'amour

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(( dont vous nous onvironncz, j'ai cherché plutôt s'il était a vrai que nous soyons des serviteurs inutiles, comme a vous nous l'avez fait dire par votre Christ.

« Lorsque je suis allée recevoir votre sang dans le sacrece ment de pénitence, j'ai plus pensé à ce que je devais t' dire à votre Christ pour tranquilliser mon cœur qu'au « bienfait que vous m'accordiez on lavant mon Ame dans « votre sang. Je n'ai pas cru non plus avec assez de con- (( fiance que vous m'accorderiez le secours de votre grâce « pour calmer mon cœur. 0 mon bon maître ! quelles ont « été les premières paroles que j'ai dites aujourd'hui? (i Des paroles de réprimande adressées aune novice; et « la manière peu charitable dont je lui ai parlé a été une (( cause de trouble pour son cœur. Ce qu'il y a eu de pire, « c'est que la cliarité manquait là ; car, voyant son âme u troublée, je n'ai point cherché à la tranquilliser et à « m' unir ainsi avec vous. Voyez donc\ ô mon maître, « quels fruits produit en moi votre union et la lumière que (( vous me donnez. Si vous la donniez à une autre créa- (( ture, elle vous en serait reconnaissante. Mais moi, malu heureuse que je suis, je ne porte aucun fruit, parce que « je manque de charité envers vos épouses. Pardonnez- (( moi, je vous en prie, par votre passion. Lorsque je suis (( allée au parloir pour parler avec cette créature , je me (( suis rendue coupable, hélas! d'une grande hypocrisie u en me laissant prendre pour ce que je n'étais pas. Car, « quoique j'aie donné un signe à vos créatures, je ne méu ritais pas d'être compi'ise. Je me suis posée comme si c( mon àme vous était unie; et cependant vous savez u combien souvent elle est distraite de vous. Je me suis K donnée comme une vraie religieuse, el cependani

178 EFFETS DE l'eXTASE SUR LES ORGANES DE LA VOIX.

« VOUS savez ce que je suis. Mise'ricorde , ô mon Dieu, « pour cette grande hypocrisie; je vous offre le sang que K vous avez versé pour moi avec tant d'amour.

« Je suis allée ensuite pour donner à mon corps la nour- « riture nécessaire. Mais quelle intention ai-je eu de vous a honorer, moi qui n'ai point pensé à vous offrir tant de « pauvres qui frappaient dep.uis longtemps peut-être aux « portes pour demander un morceau de pain, que perce sonne ne leur donnait. Et moi, misérable, je trouvais (c dans cette maison tout ce qui est nécessaire pour mon « corps sans m'en occuper, et, ce qui est pis encore, sans « l'avoir mérité. Je vous ai offensé non -seulement en ce cela, mais encore en étant, pour cette religieuse votre ce épouse dont j'ai parlé plus haut, la cause de bien des pa- (( rôles, quoique je susse bien qu'il n'était pas permis de ce parler en ce lieu . Voyez, Seigneur, comme en toutes mes ce actions je vous ai offensé. Comment pourrai-je doncpace raître devant votre face pour vous demander vos dons ee et vos grâces, et vous recommander d'autres créatures, ce après vous avoir tant offensé moi-même que je suis inee digne de votre miséricorde? Ah! par Tamour qui vous ce a porté à descendre sur la terre pour y répandre votre ce sang , daignez prendre pitié de mon âme !

ce C'est uniquement par ma faute que je ne suis point ce allée vous louer avec vos autres épouses, parce que, dès ce que cette âme m'a dit de n'y point aller, j'y ai consenti c( aussitôt. 0 mon Jésus ! si elle m'avait priée de faire quelce que œuvre de charité, je ne m'y serais pas prêtée aussi ce promptement. Seigneur, comment puis -je espérer de ce vous louer toujours avec les esprits bienheureux après c( avoir négligé de vous louer avec vos épouses? Je vous

tFFETS DE l'extase SUR LES OKGANES DE LA VOIX. 179

« ofïre votre sang, afin que par lui vous me fassiez misé- (( ricorde. Et dans cette occupation quelle intention ai-je « eue de vous honorer? N'ai-je pas eu plus de peine de la « perte du temps que vous me preniez en vous donnant « à moi^ que je n'en ressens de ne m' être point immolée u à vous? J'ai fait signe, il est vrai^, à vos vierges d'obser- « ver le silence; mais je n'ai point pensé combien j'étais « bien plus obligée moi-même de tenir mon âme unie à « vous.

« Lorsqu'il a fallu invoquer l' Esprit-Saint, mon esprit

« était tellement distrait de vous que je ne me suis point

« rappelée comment il fallait le faire; de sorte que celles

« qui sont venues ici après moi sont plus prudentes et

« plus sages que moi. Voyez, ô mon Jésus! comme j'ai

u péché en toutes mes actions. Comment puis-je paraître

(( devant votre bonté, que j'ai tant offensée? Je vous offre

(( une seconde fois votre sang, car je n'espère trouver grâce

« que par lui. Combien encore j'ai péché dans mes autres

« actions, en ne me donnant pas la moindre peine pour

« régler mes pas? J'ai péché en omettant ce que j'étais

« obligée de faire ; en voulant que les autres soient cliari-

« tables pour moi, et en ne l'étant pas moi-môme pour

« mon àme. J'ai été plus occupée à ne pas me fatiguer qu'à

« ne pas m' éloigner de vous. U n'est pas une seule action,

(i Seigneur, où je ne trouve une faute. Mais vous, détour-

« nant vos regards de mes offenses, vous m'avez attirée

(( de nouveau à vous par votre bonté, en me donnant tant

a de lumières, que, si vous les aviez données à une autre

« à ma place, elle porterait bien plus de fruits que je ne

« fais, pauvre misérable créature que je suis. Je suis allée

« ensuite réparer mon corps par la nourriture ; et je ne me

180 EFFETS DE L EXTASE bUK LES OKGA.NES DE LA VOIX.

(c suis point souvenue de Uuit de pauvres qui n'ont rien à

« manger, tandis que vous avez pourvu si abondamment,

« Seigneur, à tous mes besoins. Je vous ofl're une fois en-

« core votre sang pour tant d'offenses que j'ai commises.

« Malheur à moi, Seigneur! déjà la nuit arrive, et je n'ai

{( rien fait encore sans vous offenser. Que dois-je donc

ce faire, ô mon Dieu? Si j'ai tant péché aujourd'hui, je

« ne veux pas ajouter une dernière faute à toutes celles

<( que j'ai déjà commises, en n'ayant pas confiance en vous

« et en votre miséricorde. Je sais, Seigneur, que je ne mé-

« rite aucun pardon; mais le sang que vous avez répandu

« pour moi me donne la confiance que vous me pardon-

. (( nerez néanmoins. »

La predica- ^^^^ Jeanne de la Croix, à Cubas près de Madrid, l'ins-

tiori piration se manifesta pendant trois ans par un grand extatique.

Jeanne nombre de prédications qu'elle fit dans l'état d'extase. Elle

de la Croix. ^x^[i commencé par être muette pendant plusieurs mois. Puis, lorsqu'elle eut recouvré la parole, elle se mit à prêcher; de sorte qu'elle parlait quelquefois tous les quinze jours ou toutes les semaines, d'autres fois tous les trois ou quatre jours, d'autres fois encore de deux jours l'un, ou même deux ou trois fois par jour. Le bruit de cet événement singulier s' étant bientôt répandu dans tout le pays, un grand nombre de personnes vinrent la ^ oir. Tous, naturellement, n'étaient pas amenés par les mômes motifs. , Les uns la croyaient folle, d'autres l'accusaient d'imposture : les uns et les autres ne revenaient pas de leur étonnement quand elle leur disait ce qui se passait au fond de leur cœur, et qu'elle ajoutait ensuite : ce Qui êtes-vous pour oser mesurer la toute-puissance divine et lui poser des bornes ? » Bientôt un inquisiteur se présenta pour éprou-

EFFETS DE l'EXTASE SUR LES ORGANES DE LA VOIX. 181

ver son esprit; mais elle parla en cette circonstance avec tant cVéloquence et de force, agenouillée et fondant en larmes, qu'il confessa en se frappant la poitrine que tout ce qu'il avait entendu de sa bouche venait de Dieu. Elle parlait latin, grec, arabe, etc., quoique, hors de l'extase, elle ne comprît aucune de ces langues. L'évêque d'Avila Fr. Ruiz avait donné à son monastère deux Mauresses, qui étaient tellement obstinées dans la religion mahométane , que, lorsqu'on leur parlait de la foi chrétienne, elles se mettaient à pleurer et à se déchirer le visage jusqu'au sang. On les amena un jour à Jeanne pendant qu'elle prêchait, et elle se mita parler arabe avec elles, si bien qu'elles demandèrent aussitôt le baptême.

Cependant les supérieurs de son ordre, à cause du bruit que faisaient ces choses, recommandèrent à l'abbesse de tenir Jeanne renfermée dans sa cellule, et de n'admettre personne, pas même les sœurs, à ses prédications. Ces ordres furent exécutés; mais elle resta si longtemps en extase, que l'abbesse, inquiète, envoya une sœur voir ce qu'elle était devenue. Celle-ci la trouva parlant comme auparavant au milieu d'un grand nombre d'oiseaux qui l'écoutaient avec attention. Toutes les sœurs du jiionastère, étant accourues, furent témoins de ce spectacle. On lui permit de nouveau de parler devant les hommes ; mais on n'admit toutefois que les personnes considérables, munies d'une permission de la part du provincial. Or elle fut visitée successivement par des hommes de tous les états, par le général Gonzalve de Cordoue, le cardinal Ximenès, par beaucoup de princes, de seigneurs et de dames; et tous confirmèrent par leur témoignage la vérité de ce fait extraordinaire. L'empereur Charles-Quint lui-même vint n. 6

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la A oii\ et lui resta toujours attaché depuis. Elle était alors âgée de vingt-quatre ans. Ses prédications commençaient ordinairement par une prière qu'elle récitait à voix basse. Puis les sœurs la prenaient, l'emportaient dans sa cellule, et la mettaient sur son lit. Elle commençait alors à parler d'une voix haute et claire, offrant la paix à ceux qui étaient présents, et disant avec cela des choses admirables. Elle expliquait d'abord l'Écriture et surtout TÉvangile du jour, ce qui durait quatre, cinq, six et même sept heures, selon les circonstances. Elle parlait avec tant de charme qu'on n'entendit jamais dire à personne qu'il s'était ennuyé de l'entendre, ou qu'il regrettait d'èlre resté jusqu'à la fin. Pour elle, elle ne se fatiguait pas, quoique, pendant qu'elle parlait, elle ressemblât à une morte.

Ordinairement elle posait le bras sur son cœur. L'n ecclésiastique l'ayant oté un jour avec violence de cette position, elle le laissa tomber sans être dérangée le moins du monde dans son sermon , jusqu'à ce qu'une des sœurs le lui eût remis à sa place* Lorsqu'elle revenait à elle, elle était ravissante de beauté; ses vêtements et tout ce qu'elle touchait exhalaient le parfum le plus délicieux; mais elle était affaiblie et épuisée par les efforts qu'elle avait faits, et tout son corps était inondé de sueur, de sorte qu'il fallait lui mettre d'autres habits. La sœur Marie Évangéhste écrivit tout ce qu'elle avait dit ainsi dans l'espace d'un an , de 1308 à 1509, en tout soixante et onze sermons, dont quelques-uns ont douze et même vingt pages , et qui tous ensemble forment sept cent trente-trois feuilles in-folio, que l'on conserve encore dans le monastère de la Croix. Ils commencent à la >'ativité de >'otre-Seigneur, et, parcourant tous les évangiles et les fêtes de l'année, ils vont jus-

EFFETS DE l'eXTASE SUR LES ORGANES DE LA VOIX. i 83

qu'à l'Avent, formant ainsi un calendrier ecclésiastique.

(Sa Vie écrite en espagnol par le détiniteur de son ordre

Ant. Dazza, c. xv^ p. 295 à 318.)

Nous avons déjà cité plus haut des exemples du son et ^^ son et le

chant du chant mystique, même hors de l'extase. Chez plusieurs, extatiques.

il est vrai, il était difficile de distinguer si ce phénomène se produisait dans l'extase ou hors de l'extase. Cependant chez Christine de Stumbelen, le son que rendait sa poitrine ne se manifestait jamais que dans l'état extatique; et l'un des caractères par lesquels il se distinguait, c'est qu'il était entièrement indépendant de sa volonté. On raconte que la harpe de saint Duns(an, en présence de la dame ^^^Idelpyrin , chanta d'elle-même l'antienne : Gaudent in cœlis animœ sanctorum, qui Christi vestigia sunf secuti. (A. S., 19 mai.) Il en est ainsi dans un certain sens de ces extatiques, lorsque V esprit fait vibrer les cordes de leur âme, soit dans un vent impétueux, soit dans un doux zéphir; et les sons qu'il en tire se produisent ou sous la forme d'un cri d'allégresse qui s'échappe de leur cœur, ou sous la forme d'un chant délicieux qui retentit au dedans de leur poitrine. Ce gem^e de phénomène se rattache à celui dont nous avons parlé dans le paragraphe précédent; il indique seulement que l'extase s'est emparée d'une manière spéciale des puissances du cœur.

L'extase se produisait souvent sous cette forme chez sainte tlusainte Humiliane. Un jour qu'elle souiîrait de crampes ™'^^"^' violentes dans l'estomac, elle eut un ravissement pendant lequel les assistants entendirent sortir d'elle un chant déhcieux , mais avec une voix si délicate que lorsqu'ils n'avaient pas l'oreille à sa bouche, ils entendaient le son sans pouvoir disUnguer les paroles. Dès qu'elle eut

I8i EFFETS HE LKXTAbE S^LR LES ORGA>ES DE LA VOlX.

cessé de chanter, ses douleurs revinrent. (A. S., 20 mai.)

Christine Christine FAdmiraLle a été particuhèrement remar- ■ Admirable. i, . ■ , -

quable sous ce rapport. Elle était Ires-hee avec les sœurs de

sainte Catherine, qui demeuraient hors des murs de Saint- Trond. Un jour qu'étant assise avec elles elle parlait de Notre-Seigneur, elle fut tout à coup, et sans s'y attendre, saisie par l'esprit. Son corps se mit à tourner en rond comme une toupie agitée par des enfants, avec une telle rapidité qu'on ne pouvait plus distinguer la forme de ses membres. Après avoir tourné ainsi quelque temps, elle se reposa comme si l'accès fût passé. Or on entendit entre son gosier et sa poitrine un chant merveilleux, que personne ne pouvait comprendre ni imiter malgré tous ses efforts. 11 n'y avait dans ce chant que l'élément fluide, pour ainsi dire, de la musique, et la succession de ses sons; mais les paroles de la mélodie, si toutefois on peut les appeler des paroles, avaient quelque chose d'insaisissable. Il ne sortait ni son ni souffle de sa bouche ou de son nez, et cette mélodie angéhque était toute renfermée dans sa poitrine. Tous ses membres étaient dans le repos le plus profond, et ses paupières fermées comme dans le sommeil. Au bout de quelque temps, étant revenue h soi peu à peu, elle parut comme ivre : elle était ivre en effet, mais d'une ivresse sainte et divine. Elle se mit à crier : « Amenez-moi toutes les sœurs afin qu'elles louent avec moi le Seigneur tout aimable, à cause de ses bienfaits. » Toutes accoururent ; car elles trouvaient en elle un sujet de grande consolation et de joie. Elle se mit à entonner le Te Deum. Elle chantait seule un verset, et les sœurs chantaient après elle le verset suivant. Le Te Betm étant fini, elle revint entièrement à elle-même. Ayant appris alors des autres ce

EFFETS DE l' EXTASE Sl'R 1-ES ORGANES DE LA VOIX. 1(S.)

qu'elle avait fait, elle eut honte, et s'enfuit toute confuse, disant qu'elle était folle. Une des sœurs ayant voulu la retenir de force, elle souffrit de grandes douleurs.

Plus tard , elle quitta sa famille pour aller au château de Loen, sur la frontière allemande, où elle resta neuf ans près d'une sainte religieuse nommée Ivetta.Là on l'entendit souvent encore chanter, même hors de l'extase, surtout la nuit, quand elle assistait à Matines , et qu'elle restait seule les portes fermées. Elle allait et venait dans le couvent, chantant en latin d'une voix si ravissante que ce semblait être plutôt le chant d'un ange que celui d'un mortel. II était si délicieux à entendre qu'il surpassait non-seulement le son des plus beaux instruments, mais encore la voix humaine la plus douce. Et cependant ce chant n'était pas comparable à celui qui sortait du fond de sa poitrine lorsqu'elle était en extase. Elle n'avait du reste reçu aucune instruction dans son enfance ; et malgré cela elle comprenait très-bien le latin qu'elle chantait, comme aussi elle expliquait d'une manière étonnante les passages de la sainte Écriture lorsqu'elle était interrogée à ce sujet par ses amies.

Ce chant accompagne quelquefois l'illumination extatique. Il en fut ainsi chez le bienheureux Pierre Pétrone, Pierre Chartreux. Les frères qui s'arrêtaient devant sa cellule, soit le jour, soit la nuit, entendaient les sons les plus doux et les chants les plus délicieux. Poussés par la curiosité , ils forcèret la porte. Mais, après avoir regardé de tous cotés, ils ne trouvèrent personne, excepté le saint religieux. Son visage était resplendissant de lumière, et brillait d'une majesté céleste; de sorte que tous se mirent à pousser des cris d'allégresse. {A. S., 29 mai.)

Outre ces voix qui sortent des extatiques ou de ceux qui

Des sons sont entrés dans des états extrordinaires , il en est d'autres que on en- ^^^ y^^ entend autour d'eux sans qu'on puisse chercher autour des en eux leur origine^ et que Ton doit à cause de cela attribuer à des êtres supérieurs. C'est surtout pendant le service divin, et particulièrement à la messe, que ce phénomène se produit. Souvent, en effet, on a entendu des chœurs invisibles entonner autour d'un saint le Sanctus ou d'autres chants. Les faits de ce genre se présentent plus souvent encore à la mort des saints , au moment où leur âme se dégage des liens du corps. Ces exemples sont si fréquents que nous nous contenterons de citer ici les noms de ceux qui, rien que dans l'ordre des frères Mineurs, ont été favorisés de ce privilège; ce sont : Antoine de Ganazas, Lucius Dominique, Marie d'Amarante, Cath. Bernardine, Hélène Riderin, Jeanne de Saint-Étienne, Marie Suarez, Marie de Lucie, Bernardin de Rhegio, Anne Dabershoferin , Cunégonde de Sandacio, Léonore Ulloa, Cath. Menriquia. {Mé~ riologe de saint François.)

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