CHAPITRE XIV
De l'extase considérée dan?! les régions de la vie inférieure , et de la transformation qu'elle opère dans le corps. De la stigmatisation dans ses deux premiers degrés, la couronne d'épines et la plaie au côté. Première préparation. Le calice et la sueur de sang. Véronique Giuliani. Catherine de Raconisio. Sainte Lutgarde. La couronne d'épines toute seule. Véronique Giuliani. La double couronne présentée au choix de Textatique. Catherine de Raconisio. Christine de Sturahelen. Ursule Aguir. La plaie du côté. Véronique Giuliani. Jeanne Marie de la Croix. Cécile de Nohili. Martine d'Avila. Marie \ilhina. Angèle de la Paix.
L'homme a été créé à l'image et à la ressemblance de Dieu. Il a été créé par le Père, dans le Fils, que le Saint-
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Esprit unit au Père par le lien de l'amour. De même donc ([uc le Père rayonne éternellement au dedans de soi dans le Fils par le Saint-Esprit, ainsi produit-il au dehors, dans le temps, parle Fils et dans le Fils, toutes les créatures, et par conséquent l'homme. L'univers entier porte donc cette triple empreinte, les esprits célestes aussi bien que les puissances et les éléments de la création inférieure, les uns plutôt comme image, les autres plutôt comme simple ressemblance, tandis que l'homme, composé de deux natures, porte à la fois l'empreinte de la Divinité et comme lessemblance et comme image. Mais parmi les esprits célestes, une partie, abusant de la liberté que Dieu leur avait donnée, ont détourné leurs regards de celui à l'image de qui ils avaient été créés; et, se regardant avec complaisance en eux-mêmes comme en un miroir, ils ont défiguré d'abord en eux l'image du Créateur. Puis, par contre-coup, dans la nature extérieure s'est trouvée altérée en partie la ressemblance de la Divinité. L'homme n'a pas su échapper à cette altération. Par suite du péché auquel il s'est laissé ;ilier, l'image de Dieu a été défigurée dans son âme; puis, par une conséquence nécessaire, la ressemblance divine s'est altérée dans son corps. Placé comme médiateur entre le monde des esprits et la nature extérieure, et trouvant ainsi déformés les deux termes qu'il devait unir, il a participé à leur difformité et dans son corps et dans son âme; et c'est ainsi que son être tout entier a été profondément altéré. L'image de Dieu une fois troublée en lui, la créature, à laquelle il avait cru de préférence à Dieu, a gravé à la place de Dieu son empreinte en son âme. Son corps a pris aussi le reflet de la nature extérieure bouleversée par les anges rebelles , et de dures dissonances ont cpmmencé à crier au centre de son être.
A partir de ce moment, deux effets se sont produits en lui : l'un j effet de la chute, par lequel Thomme tombé, et mis en rapport avec les puissances des ténèbres, peut rendre ce rapport plus intime encore, effacer d'avantage en soi l'image divine, et y graver à la place celle du démon, en se transformant pour ainsi dire en lui. Puis, à côté de ce mouvement de dépression s'est produit, surtout depuis la rédemption, un mouvement contraire, qui a pour but de réconcilier dans l'homme l'àme et le corps, c'est-à-dire l'image et la ressemblance de Dieu, d'effacer tout ce qui peut souiller l'un et l'autre ou les mettre en désaccord, et d'y rétablir ensuite l'empreinte divine, afin que l'homme devienne de nouveau un miroir fidèle de la sainte Trinité.
Cette œuvre de restauration, commencée par le baptême, se continue par une vie chrétienne; et les sacrements viennent y ajouter leur vertu sanctifiante. L'ascène chrétienne amène la crise , et la transformation qui doit régénérer l'homme perdu s'achève dans l'extase. Mais comme trois choses ont été perdues par le péché, et doivent être par conséquent retrouvées, l'extase a trois degrés aussi. Sous l'influence spéciale et la forme du Fils qui nous a sauvés par sa mort, et qui est le commencement de toutes choses, parce qu'il est la voie, la vérité et la vie, l'extase transforme la vie inférieure, et restaure pleinement dans le corps de l'homme la ressemblance divine. Sous la forme de l'inspiration du Saint-Esprit, qui, comme moteur souverain, doit développer toute œuvre commencée, elle rétablit l'harmonie entre l'image de Dieu, qui est dans l'esprit, et sa ressemblance , qui est dans le corps. Sous la forme du Père enfin, qui est la fiu suprême et la perfection de toutes
choses, elle achève la renaissance de l'homme, en rétablissant en lui l'image de Dieu dans toute sa magnificence et sa gloire.
Mais comme la mystique purgative doit nécessairement précéder la mystique illuminative et unitive, c'est une loi fondamentale de toute mystique, que personne ne peut monter avec Notre-Seigneur le Thabor de la transfiguration avant d'avoir monté avec lui aussi le Calvaire du crucifiement. Il est convenable, en effet, que la charité véritable et eftective soit bien étabhe dans l'homme avant qu'il puisse participer à la passion du Sauveur par la vivacité des sentiments de compassion qu'elle lui inspire; et ce n'est qu'alors qu'il peut recevoir avec action de grâces de la main de Notre-Seigneur, et comme un présent libre de sa part, la transfiguration qu'il lui a acquise par ses souffrances. L'image en laquelle la créature se trouve alors transformée n'est pas celle de Jésus -Christ glorifié, mais celle de Jésus-Christ soulîrant. L'œuvre de la rédemption, après avoir traversé toutes les formes de la douleur, s'est terminée par la mort de la croix; puis, dans la résurrection qui a vaincu la mort, et dans l'ascension qui l'a suivie, s'est accompli le retour auv régions supérieures. Il en est ainsi de l'œuvre de la restauration dans l'état extatique. Il faut d'abord que le vieil homme meure entièrement, en s'associantpar unû tendre compassion aux souffrances de Notre-Seigneur, et que le péché et la mort soient ainsi domptés complètement. Pour que l'image de Jésus glorifié puisse ressusciter dans l'homme mystique, il faut que ce que le péché a obscurci en lui meure par une imitation de la mort du Sauveur, et monte ensuite des profondeurs du tombeau jusqu'aux hauteurs de la transfigu-
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ration. L'homiue, en cet état, marqué de tous les signes du Sauveur mourant, portant dans tout son corps les plaies du crucifié;, retourne en quelque sorte avec lui jusqu'aux portes de la mort; et là, après s'être renouvelé dans la douleur et 1" angoisse, il ressuscite avec les signes de la gloire, et recouvre peu à peu l'empreinte parfaite de l'image divine. Ce phénomène est ce que l'on appelle la stigmatisation, dont nous allons nous occuper ici. Lt couronne La stigmatisation , cette transformation profonde delà et la plïde ^^^ inférieure dans l'homme, ne se produit pas ordinairedu côté, nient tout d'un coup avec tous ses phénomènes : mais elle s'étend peu à peu et par degrés dans les diverses régions de la vie, et n'achève son œuvre qu'après les avoir toutes soumises à son action. Ce n'est pas d'une manière inopinée, et comme dans un éclair, qu'elle a coutume de se produire, mais à chaque degré elle s'annonce ordinairement par les signes de plusieurs sortes. C'est à l'étude de ces degrés et de ces signes que nous allons consacrer les paragi'aphes suivants.
Véronique Comme Véronique GiuUani, en 1693, à l'àee de trente- Giuliani.
trois ans, se préparait à vivre entièrement en Notre-Sei^
gneur pour qu'il ressuscitât en elle, Dieu lui montra un calice mystérieux où elle reconnut aussitôt l'annonce des souffrances de la passion qu'elle devait prendre plus tard sur elle. Cette même vision se représenta les années suivantes sous différentes formes. Le calice lui apparaissait tantôt environné d'éclat, tantôt, au contraire, simple et sans aucun ornement. 11 lui semblait tantôt que la liqueur qu'il contenait bouillonnait et coulait en grande quantité par-dessus ses bords, et tantôt qu'elle débordait lentement et goutte à goutte. L'esprit en elle était toujours disposé à
vider jusqu'au fond le calice qui lui était présenté^ mais la chair reculait d'efl'roi. L'esprit enfui remporta sur la ctiair; et poussant un profond soupir : <( Seigneur, dit-elle, quand viendra l'heure où vous me donnerez ce calice? J'ai soif, j'ai soif, non de consolations, mais d'amertumes et de souffrances. » Une nuit enfin, pendant qu'elle priait, le S^auveur, cédant à ses instances, lui apparut avec le calice cl lui dit ; « Il dépend de toi de le prendre et de le goûter, mais non encore à cette heure. Prépare -toi à le prendre quand le temps sera venu. » Elle eut ensuite des apparitions de la sainte Vierge qui lui donnèrent du courage.
Le Seigneur lui apparut une autre fois attaché à la colonne, couvert de plaies et de sang, tenant le calice à la main ; et il lui dit : a Regarde ces plaies, ma bien-aimée, ce sont autant de voix qui t'invitent à boire ce calice amer que j'ai bu moi-même. Je te le donne, et je veux que tu l'essaies. « Il disparut alors, mais le calice lui resta devant les veux. Elle se sentit fortifiée dans son corps et dans son àme , et son cœur brûlait du désir d'obéir à la volonté de Dieu. Mais la nature reculait à la vue de ce calice, et une fièvre violente s'empara d'elle. Quelquefois elle voyait cette coupe versée sur elle ; et elle se sentait alors pénétrée par un feu qui la consumait et qui augmentait sa soif à mesure qu'elle buvait davantage. D'autres fois encore, elle voyait une goutte tomber du calice sur ce qu'elle mangeait, et son palais gardait longtemps un goût d'amertume et de fiel qui la faisait beaucoup souffrir. Si elle regardait les gouttes, il lui semblait qu'elles se changeaient en lances et en épées qui lui perçaient le cœur de part en part. Il lui fallut encore avec cela, pour obéir à ses supérieurs, subir do la part des médecins un traitement qui ne fit qu'aug-
menter le mal. Puis elle eut à lutter contre de nombreuses tentations, et fut tourmentée par une sécheresse intérieure telle que les agonies de la mort ne lui semblaient pas plus cruelles. Ces détails, donnés par elle-même, ont été recueillis dans sa Vie sur des documents très -authentiques par M. Salvatori, prêtre à Rome en 1 803 , p. 60.
Cath. de Un autre calice, précurseur et annonce d'un état sem- Baconihio. j^j^jj^g^ f^j présenté aussi à Catherine de Raconisio, née en Piémont dans le lieu qui porte ce nom, l'an 14 86. A l'âge de quatre ans, comme elle regardait une image représentant le martyre de saint Pierre, et qu'elle sentait un vif désir de l'imiter, le saint apôtre lui offrit un calice en lui disant : « Ma fille, prends et bois le sang de celui qui t'a rachetée , afin que , fortitiée par lui , tu puisses boire aussi le calice de sa passion très-amère. » A peine en avait-elle bu quelques gouttes qu'elle se sentit comme enivrée d'amour pour Dieu ; de sorte qu'elle pouvait à peine se tenir sur ses pieds, et qu'elle fut obhgée de s'appuyer contre les murs de l'église. On le voit, de même que la passion du Sauveur, qui sert de type à celle de ses saints, a commencé au jardin des Oliviers, ainsi c'est là que la passion de ces derniers doit commencer; et ceux qui marchent dans ses voies doivent boire au même calice qui lui a été présenté dans ce lieu. La sueur sanglante qu'il y a répandue doit donc aussi se reproduire dans la passion mystique qu'ils éprouvent, et nous la retrouvons souvent, enetTet, dans ce premier acte qui sert d'introduction à tous les autres.
Sainte Lut- >'ous pourrions citer ici un grand nombre d'exemples : ='* ' nous nous contenterons de rapporter celui de sainte Lutgarde, qui, lorsqu'elle méditait la passion du Sauveur, était
souvent ravie en extase. Son corps était alors inondé d'une sueur de sang, qui coulait aux yeux de tous, de son visage et de ses mains. (Henriquez, de B. Lutgard., 1 G jun.) Quelquefois au calice s'ajoute une croix, comme il arriva pour Cath. de Raconisio. Notre-Seigneur lui mit en effet, par deux fois différentes, sa croix sur les épaules pour l'éprouver; et comme à la seconde fois elle l'accepta avec résignation , une de ses épaules resta toute sa vie chargée comme d'un poids très-lourd, et plus basse que l'autre ; et elle y sentait des douleurs qui augmentaient tour à tour. (Sa Vie , écrite par Razzi , sur les manuscrits de Pic de la Mirandole, a été insérée par Marchese, dans le Biario Dorninicano, t. V, sept.)
Ordinairement la stigmatisation proprement dite commence par la présentation de la couronne d'épines, et avec des circonstances qui sont toujours à peu près les mêmes. Véronique Giuliani raconte elle-même ce qui lui est arrivé véroniqu!; en ce genre, lorsque le calice de la passion lui fut offert : « Comme je priais avec un grand recueillement, nous dit- « elle, dans la nuit du 4 avril 1694 , j'eus une vision où « le Seigneur m'apparut avec une couronne d'épines. Je « lui dis : Mon bien -aimé, donnez -moi ces épines, car ({ elles sont pour moi, et non pour vous, ô mon souverain « bien. Je l'entendis me répondre : Je viens précisément a pour couronner ma bien-aimée. Puis il ôta la couronne i( de dessus sa tête et la mit sur la mienne. La douleur u que je ressentis en ce moment fut telle que je ne me (( souviens pas d'en avoir jamais éprouvé de plus grande. « Lorsque je fus revenue à moi, les souffrances conti- (( nuèrent ; de sorte que je ne pouvais me tenir sur les pieds (( el que je me sentais défaillir. Je priai donc le Seigneui-
Giuhani.
« de me donner la force de remplir les fonctions que j'avais c( au couvent, et de cacher aux autres les grâces qu'il « daignerait m' accorder. Je recouvrai aussitôt mes forces, « de sorte que je pus vaquer à mes occupations ordinaires ; (( mais je sentais toujours la douleur que me causaient les (c épines; et toutes les fois que je penchais la tète, il me c( semblait que j'allais rendre l'àme. Dans la suite, toutes a les fois que , pendant la prière , le désir de souffrir se « renouvelait en moi, je sentais les épines s'enfoncer dac( vantage dans ma tête ; de sorte que j'étais renversée par (( la douleur, et restais ainsi longtemps sans connaissance. « Mais tout cela ne faisait qu'enflammer davantage en mon (( cœur le désir de souffrir, désir qui était toujours suivi « d'une nouvelle souffrance, de sorte qu'une douleur c( semblait en appeler une autre, w
Cet état dura toute sa vie, c'est-à-dire pendant trente quatre ou trente-cinq ans; et si l'on en juge parce qu'elle a écrit dans les douze premières années qui ont suivi son couronnement douloureux, il paraît que les douleurs furent pendant tout ce temps plus ou moins fortes, mais continues; qu'elles augmentaient tous les vendredis et les jours de jeûne, et que pendant la semaine sainte elles étaient intolérables. Elle disait alors à Dieu : « Seigneur, si c'est vous qui enfoncez ces épines, enfoncez-les davantage encore pour que je souffre plus.» La chose étant parvenue à la connaissance de ses supérieurs, ceux-ci chargèrent la sœur Florida Ceoli d'examiner sa tête. Elle le fit, et voici ce qu'elle affirma plus tard par serment. Il y avait autour de son front un cercle rouge, rempli quelquefois de bosses grosses comme la tête d'une épingle. D'autres fois, il était entouré de taches violettes ayant la forme d'épines, qui
DES STIGMATES. dOS
descendaient vers les yeux, et parmi ces empreintes il y en avait une qui allait jusque sous l'œil droit. Des larmes étant tombées de cet œil , elle les avait recueillies avec un Aoile, et les avait trouvées sanglantes.
Cependant l'évêque Ant. Eustachi , ne se contentant pas du rapport de la sœur Florida , envoya des médecins et des chirurgiens qui entreprirent de la guérir : il lui fournit ainsi l'occasion d'acquérir de nouveaux mérites. Les médecins lui oignirent d'abord la léte avec une certaine huile qui lui causa de telles ardeurs qu'elle croyait que son crâne était en feu, tandis qu'elle sentait au contraire un froid glacial au dedans du cerveau. Ils furent donc d'avis de lui appliquer des moxas sur la tête et sur \m pied. Le courage qu'elle montra dans cette circonstance remplit d'admiration tous les assistants. Aucune des sœurs ne pouvait soutenir le spectacle des douleurs qu'elle souflrait; pour ellC;, elle encourageait le chu'urgien Massana; et il semblait, à l'expression de son visage, qu'il opérait sur une statue de pierre. La plaie faite à la tête par le moxa se ferma au bout de quelques jours, et les douleurs devinrent intolérables. On lui en impliqua un autre au cou; mais il fallut renoncer à ce moyen, parce que ses nerfs étaient tellement irrités qu'elle n avait de repos ni le jour ni la iniit. Les médecins résolurent alors de lui mettre un séton ; mais les religieuses refusèrent de se prêter à cette nouvelle opération . Elle se chargea donc elle-même d'aider les médecins ; et quoique celte opération fût encore plus douloureuse que la précédente, elle la souffrit avec le même courage et la même fermeté . La sensation du froid disparut, mais l'état de la tête était toujours le même. On lui mit un vésicatoire sur les deux bras. A partir de ce mo-
ment, aux autres maux dont elle souffrait se joignirent de telles crampes aux bras et aux pieds qu'on fut obligé de sécher les deux vésicatoires. On lui mit encore des emplâtres volants derrière les oreilles. Mais comme aucun remède ne réussissait et que le mal ne faisait qu'augmenter, la faculté s'avoua vaincue, et déclara que l'état de la sainte était surnaturel, et qu'ils n'y pouvaient rien. ( Sa Vie,, liv.ll, ch.ii.) Cath de ^^ P^'^^ souvent cependant deux couronnes sont pré- Baconisîo. sentées aux extatiques, l'une de fleurs ou d'un métal précieux, et l'autre d'épines; de sorte qu'elles peuvent choisir entre l'une et l'autre. C'est ainsi que >'otre- Seigneur apparut à la bienheureuse Catherine de Raconisio, lorsqu'elle n'avait encore que dix ans. Elle choisit la couronne d'épines pour être plus semblable à son bien-aimé. Celui-ci lui répondit en souriant : « Je loue ta grandeur d'àme dans le choix que tu fais. Mais tu n'es encore qu'un faible enfant, et tes forces ne sont point en proportion avec ton cœur ; je ne couronnerai donc point encore ton front avec un diadème si douloureux : « Je te le garde pour plus tard . » Elle le reçut plus tard en elfet; et Pic de la Mirandole, qui le vit lui-même pendant qu'il se trouvait dans la ville qu'elle habitait, le décrit en ces termes : « Elle avait tout autour du crâne un cercle formé par un enfoncement assez large et assez profond pour qu'un enfant pût y mettre le petit doigt, et autour duquel étaient comme des bourrelets où il y avait du sang ramassé. Elle me raconta qu'ils saignaient souvent et abondamment. Je l'ai vue moi-même fréquemment souffrir, à cause de cette couronne, les douleurs les plus violentes , et ses yeux se couvraient d'un nuaee sandant. w (Marchese, c. iv.)
Christine de Stumbelen recutaussi la couronne (V opines ; r.hrisiino
," , de
et celle-ci semble avoir pénètre, comme chez Catherine de suimbcieu.
Raconisio, jusqu'aux os du crâne. Pierre de Dacie raconte
dans sa Vie qu'elle la reçut huit jours avant la semaine
sainte, et qu'il a vu bien souvent lui-même le sang couler
de sa tête sous son voile ; de sorte qu'il formait quelquefois
sur le visage trois ruisseaux larges chacun de trois doigts.
[A. S., 22 jun.) Après sa mort son corps fut transporté à
Nideck, et de là, en 1583 , à Juliers, dans un tombeau
qu'on lui avait érigé en ce lieu. Sur son crâne, conservé à
Mdeck , on voit une espèce de couronne de la largeur d'un
doigt,allant de l'occiput à la partie antérieure, toujours en
s'élargissant, de sorte qu'elle touche presque les oreilles.
Elle est d'une couleur verte , et semée de points rouges
qui ressemblent à des pointes d'épines. C'est ainsi que l'ont
vue Steinfmder et Lulle , qui en ont rendu témoignage
dans des écrits composés à ce sujet, comme on peut le voir
dans des actes delà sainte. (L. Y, 63.)
iSotre-Seigneur mit aussi la couronne d'épines sur la yrsule
d'A'^uir, tète d'Ursule Aguir, du tiers ordre de Saint-Dominique, et
il lui prédit en môme temps qu'elle aurait bientôt beaucoup à souffrir. Elle mourut en 1608. (Steill, 8 sept.) Steph. Quinzani de Soncino, née en 1457, éprouvait tous les vendredis les douleurs de la sueur sanglante et du couroimement d'épines; et souvent la couronne d'épines était visible sur sa tête. (Ihid., 2 jan .) Jeanne Marie de la Croix, Clarisse, à Roveredo, morte en 1673, avait aussi la couronne d'épines, qu'elle cachait sous son voile. (16 if?., mars.) Il en était de même de Marie Razzi de Chios, née en 1 552 ; de Marie Villana, morte en 1 670 ; de la sœur Vincent Ferrier de Valence, morte en 1515 ; de la sœur Philippe de
SaintThomas.etc. (I6?c?.,t.l, p. 10, 49, oi:;; t. II,p. r)67.) Quelquefois les extatiques éprouvent seulement les douleurs du couronnement d'épines sans aucune trace extérieure et visible, comme, par exemple, la sœur Cath. Ciaiina, du tiers ordre de Saint-François, vers 1619, eu Italie , et la sœur Emilie Bicchieri de Yerceil. [Menolog. Francise. , 472; Steill ,11, 14.) Une fois aussi il est arrivé • qu'une partie seulement de la couronne d'épines s'est empreinte sur la tête. C'est ainsi que Ritta de Cassia, de l'ordre des Augustines, considérant un jour aux pieds de son crucifix la passion de Notre-Seigneur, conçut le désir de participer à quelques-unes de ses souffrances. Elle vit alors une des épines les plus aiguës se détacher de la couronne qui était sur la tête du crucifix, se diriger vers son front, et y faire au milieu une blessure profonde. Elle supporta ce mal avec une grande patience jusqu'à sa mort, quoiqu'il lui causât des douleurs très -vives, et la cicatrice se voit encore sur son cadavre, qui s'est conservé intact. (Torellus, dans son Histoire de l'ordre des Augustins, année 1430.)
Avec la sueur de sang et le couronnement d'épines apparaît souvent en même temps la plaie du côté. Ici en- Voronique <'ore nous avons un document écrit par sainte Véronique Giuliani. Gi^iiani ^ g^p l'ordre de son confesseur. Dans l'hiver de 1696, comme elle s'était livrée aux pratiques de la piété avec une nouvelle ferveur, le feu de l'amour divin s'alluma dans son âme , et à la fête de Noël elle s'en trouva comme enivrée. Chargée de réveiller les sœurs du couvent pour matines, elle leur cria : « Ne remarquez-vous pas, mes « sœurs, que le matin approche? Il n'est plus temps de « dormir : debout! levez-vous. » Puis le Seigneur lui apparut sous la forme d'un enfant charmant et plein de
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l)oiité. « 11 avait à la main, dit-elle, un bâton d'or, au haut « duquel semblait brûler une flamme , tandis qu'à l'autre « bout il avait une pointe de lance. L'Enfant Jésus mit le « haut du bâton sur ma tête, et la pointe de la lance sur a mon cœur, et je le sentis aussitôt transpercé de part en « part. Puis tout à coup je ne vis plus rien dans sa main. (( Mais il me regarda avec bienveillance, et me fit comprcn- (( dre que je lui étais unie désormais par un lien très-étroit. « J'appris et vis alors beaucoup de choses; mais comme il « ne m'en est resté qu'un souvenir confus, je n'en parle a pas. Revenue à moi , j'élais comme folle, et ne savais ce « qui m'était arrivé. Je sentais que j'avais au cœur une t( plaie ouverte, mais je n'osais y regarder. En ayant apte proche un mouchoir, je le retirai taché de sang, et j'é- « prouvai une grande douleur. Lorsque ensuite vousm'a- (( vez ordonné d'examiner si la blessure était réelle, je l'ai {( fait, et j'ai trouvé la plaie ouverte. L'ouverture était u large comme le dos d'un gros couteau ; cependant elle « ne saignait pas alors, et l'on voyait la chair fraîche. Voilà « ce qui m'est arrivé. Huit jours plus tard , au premier de « l'an , la plaie se remit à saigner, et resta longtemps ou- (c verte. Que tout soit pour la gloire de Dieu. » {Sa Vie, p. 98.)
Ces blessures ne sont pas seulement superficielles , mais Jeanne M. elles pénètrent jusqu'au cœur lui-même. Jeanne M. de la ^^ ^^ ^''"^'^• Croix, à Roveredo , avait la plaie du côté, qui resta comme les autres rouge et sanglante , même après sa mort. Lorsqu'on ouvrit son corps, on vit que la blessure allait jusqu'au cœur. Cécile de Nobili, de l'ordre des Clarisses, à Cécile Xuceria en Ombrie , qui vivait vers 1655, souffrit dans sa ^ ' ^ ^' '' dernière maladie des douleurs très-violentes au cœur. Elle
mourut à l'âge de vingt-cinq ans. On ouvrit son corps, et l'on trouva au cœur^ vers la poitrine^ une plaie triangulaire qui semblait avoir été faite par une lance , et qui se rétrécissait par en bas. (Huber, mars, p. 766, et juillet, p. 1434.) La même chose arriva à Martine d'Arilla à Bennevarre, comme elle l'avait prédit à son confesseur.
Ce n'est pas toujours une lance ou une flèche qui sert d'instrument pour produire ces sortes de blessures chez les extatiques. Gabrielle de Piezolo, à Aquila, vit le Sauveur lui apparaître avec la plaie du côté toute saignante. Gomme elle l'embrassait avec le sentiment d'une tendre compassion, son côté s'ouvrit à elle-même et ne cessa plus de saigner jusqu'à sa mort. (Ibid., juin, p. 1237.) Quelquefois c'est un séraphin qui paraît à la place de Notre -Seigneur. C'est un séraphin qui blessa Marie de Sarmiento. C'en est un aussi qui blessa avec une flèche enflammée le cœur de sainte Thérèse, où l'on aperçoit encore aujourd'hui les traces de la blessure. On peut citer encore Marguerite Columna, dont le côté droit fut ouvert, et continua de saigner toujours ; et Marie YiHana , fiUe du margrave de la Pella , qui fut blessée par une flèche , et eut aussi le saignement extatique ; Claire de Bugni , du tiers ordre de Saint-Dominique, qui, vers 1314, méditant la passion du Sauveur, sentit son côté s'ouvrir, et dont la plaie rendait souvent un sang très-odorant. (Steill, I, p. 513 et 1802.)
Angèle La sœur Angèle de la Paix étant un jour devant une de la Paix. . j-^t xin •• .,
miage de samt Laurent , les flammes qui environnaient le
saint martyr aUumèrent en elle le feu de l'amour divin.
Comme efle était en cette disposition, le Seigneur, lui appa-
raissant sous la forme d'un enfant, lui toucha du doigt la
poitrine , et il lui sembla qu'eUe avait été frappée d'un
éclair. Son cœur était transpercé. Il ne sortait pas encore de sang de la plaie; mais de sa poitrine s'échappaient des ardeurs qui la consumaient ; de sorte que tout lui paraissait brillant, non-seulement ses habits, son lit et la terre cil elle marchait, mais encore l'eau froide. Ruisselante de sueur, elle ne trouvait nulle part de rafraîchissement , et pouvait bien dire avec l'épouse du Cantique : « Votre amour est fort comme la mort.» Plus l'amour augmentait dans son cœur, plus elle désirait d'en être consumée; et c'est alors qu'elle fut blessée réellement. Le jeudi saint 1634, à l'âge de vingt-quatre ans, comme elle était dans sa cellule, occupée à méditer sur la passion de Notre-Seigneur, lorsque dans le cours de sa méditation elle fut arrivée au coup de lance qui lui perça le cœur, le sien fut rempli d'une si tendre compassion qu'il lui sembla qu'il allait se briser. L'Enfant Jésus lui apparut alors; et lui ouvrant sa poitrine, il lui montra son cœur transpercé. Elle fut saisie d'une telle douleur à cette vue qu'elle faillit mourir. S'étant un peu remise de son impression, elle s'écria tout embrasée d'amour : « 0 mon Dieu î percez mon cœur aussi avant que le vôtre l'a été par moi. » Elle sentit aussitôt sa main droite percée d'un coup de lance. Renversée à terre par la douleur, elle resta trois jours dans un état qui ressemblait à la mort. La plaie était ouverte et saignait avec une telle abondance que l'épuisement l'empêcha pendant un mois de quitter le lit; et son confesseur Cornelio craignit pour sa vie. Le sang était épais , et tellement rouge qu'on pouvait à peine laver dans plusieurs eaux la laine qui en avait élé pénétrée. Avec le sang, il sortait aussi de la plaie une eau qui il avait de commun avec l'eau ordinaire que sa fluidité. Elle était très-chaude et comme bouillante ; de sorte que,
202 LA STIGMATISATIO-N COMPLETE.
s'il en tombait une goutte sur la main , non-seulemeut elle brûlait;, mais elle y faisait une ampoule. La blessure resta ainsi ouverte pendant plusieurs années, avec une si grande perte de sang que le P. Cornelio craignit à la fin qu'elle n'en fût complètement épuisése. Un jour donc il lui ordonna fortement, au nom de l'obéissance, de fermer cette plaie. La plaie se ferma aussitôt, et cependant à la mort de Cornelio elle se rouvrit et saigna encore, moins cependant qu'auparavant, et seulement les vendredis et les jours de fête. Le confesseur qu'elle eut après lui la ferma de nouveau: et Angèle garda jusqu'à sa mort une cicatrice parfaitement visible. (Maixhèse, p. o2o.j