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sa passion et ses souffraiices. Et quoiqu'il fût épuisé déjà pai'sa vie pénitente, il résolut sans balancer cVobéir en cela à la voix de Dieu.
l'n matin donc, le jour de TExaltation de la croix, comme il priait sur le penchant de la montage, et qu'il ressentait un violent désir d'être crucifié avec Notre-Seigneur. il vit descendre du ciel vers lui un séraphin qui avait six ailes enflammées et lumineuses. Lorsque le messager céleste fut près de lui , il aperçut entre ses ailes la forme d'un homme crucifié, avec les mains et les pieds étendus. Deux des ailes s'élevaient au-dessus de sa tète, deux aulres étaient déployées comme pour voler, et deux autres couvraient le corps. Rempli d'étonnement à cette vue, il ressentit néanmoins une gi'ande joie de l'apparition dont Dieu le favorisait, et une peine profonde en même temps, à cause du spectacle douloureux dont il était témoin et qui perçait son cœur comme d'une épée. Il ne comprenait pas non plus comment l'impassibilité d'un séraphin pouvait se concilier avec la souffrance. Mais le sens de cette apparition lui fut bientôt découvert, et il vit que c'était par l'embrasement de son cœur plutôt que par le martyre de la chair qu'il devait devenir conforme à Xotre- Seigneur. Lorsque l'apparition eut disparu, elle laissa dans son àme de vives ardeurs, et dans ses membres de merveilleuses empreintes. Il avait en effet aux mains et aux pieds les signes des clous, tels qu'il venait de les voir sur l'image du séraphin : et au côté droit était une plaie qui semblait avoir été faite par un coup de lance. Ces plaies s'ouvrirent assez larges aux extrémités et saignèrent. Au milieu s'étaient formés, dans la chair et le tissu cellulaire, des clous semblables à des clous de fer. Ils étaient noirs, durs,
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avec une lète en haut, et en bas une pointe qui était comme rabattue, de sorte qu'entre eux et la peau on pouvait mettre un doigt. Ils étaient mobiles de partout ; car d'un côté ils étaient pressés contre la chair, et de l'autre proéminents au contraire; mais on ne pouvait les ôter, comme s'en assura sainte Claire, qui essaya après la mort du saint de tirer un de ces clous, et ne put réussir. Il pouvait au reste remuer les doigts , et se servir de ses mains et de ses pieds comme auparavant. Cependant la marche lui était devenue difficile, et c'est pour cela qu'il allait à cheval dans ses excursions à travers le pays. La plaie du côté était profonde et large de trois doigts, comme put le constater un frère qui l'avait touchée par hasard. Elle était avec cela rouge et comme arrondie par le retirement de la chair; et souvent ses habits étaient tachés du sang qui en sortait.
On ne vit jamais dans ses plaies aucune apparence de gangrène ni de suppuration; jamais non plus le saint n'employa aucun remède pour les guérir; et ce n'est que par un miracle qu'il a pu vivre deux années encore, malgré les souffrances et la perte continuelle de sang qu'elles lui causaient. Lorsqu'il descendit de la montagne avec ces signes, il était très-embarrassé; car, d'un côté, il ne voulait pas révéler les secrets de Dieu, et de l'autre il voyait bien qu'il ne pourrait les cacher à ceux qui étaient près de lui. hicertain s'il devait se taire ou parler, il réunit quelques-uns de ses amis les plus intimes, et leur exposa ses doutes, mais en termes généraux. Un de ceux-ci, plus pénétrant que les autres, vit bien qu'il lui était arrivé quelque chose d'extraordinaire, et lui dit que ce n'était pas pour lui mais pour son prochain. François se décida donc
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à ne point cacher ce qui pouvait être pour les autres de quelque utilité^ et raconta ce qu'il avait vu, ajoutant que celui qui lui avait apparu avait prononcé en même temps quelques paroles qu'il ne révélerait jamais à qui que ce fut pendant sa vie. Au reste, il cachait autant qu'il le pouvait ses stigmates, ayant soin pour cela de porter des souliers , et de se tenir les mains bien couvertes ; mais, malgré toutes ses précautions, beaucoup de frères virent ce qu'il ne pouvait cacher tout à fait. Le pape Alexandre et plusieurs cardinaux rendirent témoignage de cette merveille comme témoins oculaires j et après sa mort ses stigmates furent vus par plus de cinquante frères du couvent, par sainte Claire et les sœurs de son monastère, par un nombre considérable de laïques, qui étaient accourus de tous les environs pour être témoins de cette merveille , et qui purent les toucher de leurs mains. [La vie de saint François, par saint Bonaventure, ch. xni-xv.) Marguerite Dieu donna tout d'un coup, on le voit, à François ce que d'autres n'ont eu que par parties, en passant par les deux premiers degrés, à savoir les stigmates de la tête et du cœur, pour arriver au troisième, à la stigmatisation des pieds et des mains. Mais les stigmates, qui chez saint François étaient peu apparents, peut-être en partie à cause de la manière dont il les avait reçus, se formant peu à peu chez d'autres, ont été aussi plus sensibles. Si iious voulons connaître les dispositions de ceux chez qui les stigmates doivent bientôt paraître , nous trouvons à ce sujet des indications très-précieuses dans la vie de Marguerite Ebnerin, qui, née à Nuremberg, vécut saintement dans le couvent de Marie-Medingen, et y mourut en 1351. Une partie de sa vie a été publiée, et le reste existe en manuscrit dans
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les bibliothèques. La passion de Notre -Seigneur touchait son àme d'une si tendre compassion que dès qu'elle regardait seulement un crucifix elle fondait en larmes, et s'épuisait à force de pleurer. La simple méditation de la passion du Sauveur bouleversait son âme, et elle ne pouvait penser aux souffrances que Notre -Seigneur avait endurées sans ressentir elle-même, et dans son corps et dans son ame, des douleurs intolérables, qui lui arrachaient des cris que l'on entendait dans tout le couvent. Il lui sortait en même temps, par le nez et la bouche, un sang frais et clair, et elle tombait dans un état tel que ceux qui l'entouraient désespérèrent plusieurs fois de sa vie, et lui firent donner l'extrême-onction.
« Le jour des Rameaux, écrit-elle dans son journal, « j'entendis les sœurs du couvent chanter pendant la pro- (c cession. Puis lorsqu'on lut la passion à la messe, mon « cœur et tous mes membres furent pénétrés d'une an-^ {( goisse et d'une douleur si profonde que j'en fus toute « brisée, et que l'on fut obligé de me soutenir. J'éclatai (( alors, et m'écriai, d'une voix plaintive et pleurante . « Hélas! Jésus, mon bon maître, hélas! mon tendre « amour! Et je ne pouvais m'empêcher de parler. Mais il tt m'est impossible de décrire l'amour qui consumait mon « cœur et l'ineffable douceur que je sentais dans la pré- « sence compatissante de Dieu. Une autre fois, le vendredi c( saint, après matines, par trois fois différentes, je me mis « à crier : Hélas! mon Seigneur Jésus; et je ressentis une « douleur si profonde que rien ne pouvait me consoler « quand je considérais ce que mon Sauveur a souffert pour « nous en ce jour. Sa passion m'est aussi présente que si c( je l'avais sous les yeux ; et mon esprit en est tellement
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(c plein que je ne puis penser à sa gloire éternelle, à la « beauté et à la clarté qu'il a dans le ciel.
« Comme les sœurs qui étaient près de moi cherchaient « à me consoler^ je sentis aux mains une souffrance intétt rieure, comme si elles étaient étendues, déchirées et a transpercées, et je crus que je ne pourrais plus jamais « m'en servir. J'éprouvai aussi dans la tête une douleur « extraordinaire, comme si on y eût enfoncé quelque « chose de piquant. Elle était agitée par un tremblement « très-rapide; de sorte que les sœurs durent faire tous « leurs efforts pour la soutenir, et encore eurent-elles bien « de la peine à y réussir. Je me suis ressentie de ce trem- (' blement longtemps encore après Pâques, lorsque je priais « avec ferveur, que je lisais*ou que je parlais. Je me sens tt encore aujourd'hui comme brisée dans tous mes mem- « bres, et particulièrement au côté, au dos et dans les os, « et il me semble que je souffre les douleurs de l'agonie ; « il n'en faudrait pas davantage pour me faire mourir, si «( c'était la volonté de Dieu, w
Un jour le Seigneur lui révéla l'heure où il avait eu la sueur de sang au jardin des Oliviers, et ce qu'il avait souffert depuis ce moment jusqu'à sa mort. Cette révélation l'avait plongée de nouveau dans une douleur profonde, qui dura depuis le dimanche de la Passion jusqu'à la fête de Pâques. Mais le samedi saint, au moment où on allait chanter le Regina cœli, le Seigneur lui rendit subitement la santé, au grand étonnement de tout le monde; de sorte qu'elle put se lever, aller au chœur, et prendre part aux joies de la résurrection, a Car, dit-elle, le Seigneur sait bien que c'est le temps où il m'est donné de si douces con- .solations que je ne puis ni les écrire ni les dire, parce que
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personne ne peut le comprendre si ce n'est Dieu et celui qui l'a reçu. »
Marguerite souflrit seulement les douleurs des stig- Sainte Camatcs sans que ceux-ci fussent visibles et durables. 11 jg ^^ç^^g arrive quelquefois cependant que, sur le point de devenir visibles, ils disparaissent à la prière de ceux qui devaient en être marqués. C'est ce qui est arrivé à sainte Catherine de Sienne, d'après le récit deRaimond de Capoue, p. II, ch. 7. Une sorte d'introduction à cet acte eut lieu le 18 août 1370. Après sa communion, il lui sembla que, comme le poisson est dans l'eau et que l'eau pénètre dans le poisson, ainsi son àme était en Dieu et Dieu dans son âme. Elle était si absorbée dans son Créateur qu'elle put à peine regagner sa cellule et son lit. Là elle fut élevée en l'air en présence de trois témoins, et se mit à dire à voix basse des paroles si douces que tous en furent touchés. Puis elle pria pour plusieurs personnes, parmi lesquelles était son confesseur, qui sentit de loin qu'elle priait pour lui. Comme, pendant sa prière, elle avait la main étendue, elle parut y ressentir une grande douleur qui lui lit crier en soupirant selon sa coutume : « Que Notre-Seigneur Jésus-Christ soit loué. » Obligée par son confesseur, au nom de la sainte obéissance, de lui raconter ce qui s'était passé en elle, elle lui dit : « Lorsque je demandai avec « instance votre salut éternel. Dieu me le promit. Quoique « je ne doutasse pas de sa promesse, je désirais en conu server un souvenir, et je lui dis : Seigneur, donnez-moi (i un signe de ce que vous ferez. Il me répondit : Étends Cl ta main vers moi. J'étendis la main : il prit un clou <c dont il mit la pointe au milieu de ma main ; et il l'apc( puyâ si fortement qu'il sembla ((u'elle en était trans-
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« percée. Je ressentis la même douleur qui si on me l'a- « yait enfoncé à coups de marteau. Ainsi, grâce à Dieu, (( j"ai maintenant la plaie de la main droite. Personne c( ne le voit, mais je le sens bien, et j'en souffre tou- « jouis. »
Plus tard elle alla à Pise en compagnie de plusieurs autres, parmi lesquels se trouvait Raimond, et elle reçut l'hospitalité chez un habitant qui demeurait près de l'église Sainte- Christine, a Le dimanche, continue Raimond, « j'y célébrai la messe, et je lui donnai la sainte commu- (c nion. Elle resta ensuite longtemps en extase, selon son c( habitude. Nous attendions qu'elle eût repris ses sens, « afin d'en recevoir quelques consolations spirituelles, « loi^sque nous vîmes tout à coup son corps prosterné à « terre se relever un peu. Puis elle s'agenouilla et étendit « les bras et les mains. Sa figure était tout enflammée. Elle « resta longtemps immobile et les yeux fermés; puis, a comme si elle eût été blessée à mort, nous la vîmes « tomber tout d'un coup, et reprendre quelques instants « après l'usage de ses membres. Elle me fit venir, et me a dit à voix basse : « Mon père, je vous annonce que par (c la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ je porte tt ses stigmates en mon corps. Je lui répondis que je m'en « étais douté, d'après ce qui s'était passé pendant son exce tase; et je lui demandai ce que Notre-Seigneur avait fait. « J'ai vu, dit-elle, mon Sauveur crucifié qui descendait sur « moi avec une grande lumière : l'efTort de mon âme a pour aller au-devant de mon Créateur a forcé mon corps « à se relever. Alors, des cinq ouvertures des plaies sacrées a de Notre-Seigneur, j'ai vu se diriger sur moi des rayons c( sanglants qui ont frappé mes mains, mes pieds et mon
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(( cœur. J'ai compris le mystère et me suis écriée : Je vous « en conjure, que les cicatrices ne paraissent pas exté- « rieurement sur mon corps. Pendant que je parlais, les (( rayons sanglants sont devenus brillants, et sont parve- (c nus en forme de lumière aux cinq endroits de mon (( corps, à mes mains, à mes pieds et à mon cœur. Je lui « (lis alors : Ne vous est- il venu aucun rayon au côté « droit? Elle me répondit : Non, mais au côté gauche et K directement sur le cœur. La ligne lumineuse qui vec( nait du côté droit ne me frappait pas obliquement, mais (c directement. Sentez-vous, lui dis-je, à toutes ces places « une vive douleur? Elle me répondit alors en poussant (( un grand soupir : Je ressens à ces cinq endroits, et sur- (( tout au cœur, une douleur si violente que sans un nonce veau miracle il me semble qu'il me serait impossible de (( vivre en cet état. » Peu de temps après, elle tomba dans un évanouissement plus profond que tous ceux qu'elle avait eus jusque-là; de sorte que ses amies, émues de compassion jusqu'aux larmes, craignaient pour sa vie. Revenue à elle, elle dit qu'elle voyait clairement que si Dieu ne venait pas à son aide elle mourrait bientôt. Ces faits se passèrent en présence du général de l'ordre des Dominicains, Thomas délia Fonte, son premier confesseur et son parent; de Barthélemi Montucci, gentilhomme de Sienne et très-savant; d'Antoine comte d'Elcio, qui fut évoque plus tard en Sicile; du docteur Rainier Paglianesi de Sienne; d'Augustin de Sienne, prédicateur très-célèbre, du docteur Simon de Cascina, et de Barth. de Saint-Dominique, plus tard évêque de Corone en Grèce, tous parfaitement capables de se rendre compte de ce qu'ils voyaient, tous par conséquent dignes de foi.
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Ursule La même chose est arrivée à plusieurs autres encore, ' '^ ' comme par exemple a la sœur Ursule de Valence, nommée aussi Ursule Aguir. Elle avait reçu de bonne heure, et avec de grandes souffrances, mais d'une manière invisible, la couronne d'épines. Elle reçut ensuite la plaie du cœur de la même manière. Celle-ci se manifesta par des crampes et des battements de cœur très-violents, des accès de suffocation et des évanouissements; de sorte qu'à chaque instant elle était près de mourir, et souffrait des douleurs inexprimables. Or un jour de Saint-Benoît, en 1592, comme elle priait dans l'église, sainte Catherine lui apparut tenant à la main un crucifix, dont les clous se détachèrent pour venir se fixer sur ses mains et sur ses pieds. Elle s'évanouit; puis, revenue à ellem-ême, elle conjura instamment le Seigneur de lui laisser seulement la douleur, mais non l'empreinte des stigmates qu'elle venait de recevoir; et elle fut exaucée. Tous les vendredis, ses souffrances et ses évanouissements revenaient, mais on n'apercevait aucune trace sur ses mains ni sur ses pieds. (Marchese, 8 septembre, p. 79.) Hélène Hélène de Hongrie étant abîmée un jour dans la coude Hongrie, templation de la passion du Sauveur, elle vit au-dessus de sa tête un cercle d'or, au milieu duquel était un lis blanc comme la neige. Mais lorsque , regardant en haut, elle vit un rayon sanglant descendre de la croix sur sa main droite, elle s'écria : a Seigneur, ne permettez pas que la blessure soit visible. » Elle fut exaucée, mais pour un temps seulement; car plus tard elle reçut les empreintes sacrées. (Steill, 9 nov.,p. 87.) Hiéronyme Hiéronyme Carvaglio avait désiré pendant longtemps i.arvai^lio. p3j.tj(.jppp .^^y souffrances du Sauveur. Ses désirs furent
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enfin e.xauci's. Un jour qu'elle demandait intérieurement cotte grâce avec une grande ferveur, elle vit descendre du ciel cinq rayons de sang môles de fou, qui, dirigés vers son corps, lui donnèrent ce qu'elle avait demandé; de sorte qu'elle sentit aux mains et aux pieds les douleurs des plaies de Notre -Seigneur, mais sans aucune trace extérieure, tandis qu'au côté gauche il s'ouvrit une large blessure qui saignait abondamment, particulièrement les vendredis. C'était précisément ce qu'elle avait demandé à Notre-Seigneur, parce que la plaie du côté pouvait être facilement cachée sous les vêtements. (Marchese, octobre, p. 234.)
C'est Notre Seigneur lui-même qui imprima ses stigma- I^id^'ine. tes sur le corps de Liduine. Il apparut d'abord dans une vision, sous la forme d'un enfant, la regardant avec tendresse, puis il prit tout à coup celle du Sauveur souffrant. Frappée de stupeur, joyeuse et triste à la fois, son esprit fut comme absorbé dans la lumière qui rayonnait de Notre- Soigneur ; et c'est pendant cet état qu'elle reçut l'empreinte de ses plaies sacrées. Craignant le concours du peuple et la vaine gloire, elle dit à Dieu : « Faites, Seigneur, je vous en supplie , que ce signe de votre amour reste entre vous et moi. » Aussitôt une peau se forma au-dessus des plaies , et il n'en resta plus que la douleur et un peu de pâleur. Il en fut ainsi de Madeleine de Pazzi. Des rayons brûlants lui avaient communiqué les douleurs des cinq plaies , et elle les souffrit avec joie, quoiqu'il n'en parût rien au dehors. (Sa Vie, p. II, c. 4.) La même chose arriva à sainte Colette , à Mechtilde de Stanz, à Colombe Rocasani , etc. (Steill , 27 jan. et tO mars.) Chez Marguerite Columna, la plaie du côté était apparente , mais les autres étaient invisibles, tandis que chez Blanche de Gazinan, morte en
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1564, les stigmates n'étaient visibles que sur un pied, (Steill., 11 jan.)
Véronique Quelquefois Dieu n'exauce pas, pour le moment du
Giuliani, • i •- j • . ^ a i -
moins , les prières de ses saints sous ce rapport , et laisse
apparaître sur leur corps l'empreinte de ses plaies. 11 en fut ainsi de Véronique Giuliani, qui raconte elle-même comment la chose lui est arrivée. La plaie du côté fut renouvelée chez elle à la fête de Xoël en 1696. Il paraît qu'elle l'avait déjà, et qu'elle s'était fermée. Dieu lui annonça en même temps qu'elle recevrait tous les stigmates le vendredi saint de l'année suivante , qui devait tomber le a avril. Voici donc ce qu'elle écrit dans son journal à la date du 5 avril : « Cette nuit, pendant que j'étais en médi- «. tation , le Seigneur ressuscité m'a apparu avec sa mère et « les saints, comme cela m'était arrivé souvent déjà. Il <i m'a ordonné de me confesser. Je l'ai fait et ai commencé te en ces termes : J'ai péché contre vous, ô mon Dieu ! et je « le confesse en votre présence. A peine avais-je prononcé « ces paroles que je fus obligée de m'arrêter par la vioa lence de la douleur que je ressentais en pensant aux ou- (t trages dont je m'étais rendue coupable envers Dieu. Notreu Seigneur dit donc à mon ange gardien de continuer pour « moi. Il obéit, et posant sa main sur ma tête, il dit en « mon nom : Dieu éternel, juge souverain, je me présente tt devant vous pour obéir à vos ordres, et afin de parler au (( nom de cette vierge et pour son salut ; et je vous con- « fesse tous les péchés qu'elle a commis en pensées, en u paroles et en œuvre.
a Pendant qu'il parlait ainsi, je crus me voir entourée de « tous les péchés que j'avais commis dans ma vie. Cepen- « dant le Seigneur m' apparut non avec un visage voilé.
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<( mais serein et plein de miséricorde. Je reconnus qu'il « était disposé à me pardonner. Il me montra alors les « plaies de ses mains et de son côté. Comme mon ange con- « fessait à ma place mes péchés les plus graves^ je sentis c( la douleur s'augmenter dans mon âme; mais Notre-Sei- « gneur m'encouragea en me disant : « Je te pardonne, et (t j'eilace avec mon sang tous les péchés que tu as commis « dans ta vie. J'eus alors un nouveau ravissement; car le « Seigneur attira mon àme à lui : je vis clairement tous (( mes péchés , et mon àme en fut pénétrée de douleur . Mais « à mesure que mon ange accusait mes péchés je les « voyais disparaître , ce qui me donna une grande conte îiance , parce que je compris que mon cœur se purifiait « conformément à la volonté de Dieu, et par le mérite de « ses plaies sacrées. 0 Dieu ! ce que j'ai ressenti dans cet « excès d'amour j je ne puis ni le dire ni l'écrire. Je ne (V puis parler que des effets de cet amour en moi , de cette « douleur inllnie que je ressentais de mes péchés ; de sorte « que je les aurais rachetés volontiers au prix de toutes « les soulîrances qu'ont endurées jusqu'aujourd'hui et « qu'endureront encore jusqu'à la fin du monde tous les (c hommes, avec tous les supplices des martyrs. Mon ange « tinit ma confession par une accusation générale, et me « présenta ensuite purifiée au Seigneur, qui se leva en me (( disant : Va en paix, et ne pèche plus. Puis il me donna c< sa bénédiction, et la vision disparut aussitôt. »
Revenue à elle , la sainte continua d'exprimer les sentiments qu'elle avait eus pendant son extase. Elle ne cessait de s'écrier : a Encore plus de souffrance , encore plus de croix. » Prenant un crucifix, elle le pressa contre son cœur, baisant avec amour les plaies de Notre-Seigneur, et deman-
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daiit à partager les douleurs qu'il avait souffertes eu chacune d'elles. Son cœur s'enflammait toujours davantage et battait violemment^ comme s" il eût voulu sortir de sa poitrine; de sorte qu'elle retomba bientôt en extase et comme dans une agonie mortelle. Étant revenue à elle au bout d'une heure, elle se mit à prier, et reçut les stigmates pendant sa prière. Elle eut un troisième ravissement, et le Seigneur lui apparut alors attaché à la croix, ayant sa mère à ses pieds. Véronique pria la sainte Vierge d'intercéder pour elle , parce qu'elle-même ne pouvait rien. La sainte Vierge le lui promit ; et elle reçut aussitôt une vue trèsclaire de son néant, et de la part de Notre-Seigneur l'assurance qu'il la rendrait entièrement semblable à lui. Trois fois il lui demande ce qu'elle désire, trois fois elle lui répond que c'est d'être crucifiée avec lui. « Je te l'accorde, lui dit-il, mais je veux aussi que tu me sois toujours fidèle à l'avenir. Et je te donne la grâce dont tu as besoin pour cela par le moyen de ces plaies, dont je grave l'empreinte en ton corps, comme signe du don que je te fais. » Aussitôt cinq rayons brillants sortirent des cinq plaies du Sauveur, et se dirigèrent vers elle. Dans ces rayons elle voyait de petites flammes. Quatre d'entre elles étaient les clous , et la cinquième était la lance ; les clous et la lance semblaient être d'or, mais tout enflammés en même temps. Le cœur, les mains et les pieds de la sainte furent transpercés; efle éprouva de grandes douleurs, mais elle se sentit en même temps transformée en Notre -Seigneur. Les flammes retournèrent aux rayons d'où eUes étaient parties.
Réveiflée de son extase, elle s'aperçut que ses bras étaient étendus et roides, EUe essaya de regarder la plaie du côté ;
L\ rilIGMATliSATlON COMPLÈTE. 217
mais elle ne le put à cause des douleurs qu'elle l'cssentait aux mains. Cependant, après de nouveaux efforts, elle trouva qu'elle était ouverte, et qu'il en coulait de l'eau et du sang. Elle fut obligée, pour obéir à son confesseur, de subir un examen très-sévère dont le tribunal de l'inquisition romaine chargea Eustachi, Tévèque de son diocèse, afm de s'assurer si la chose était vraie, où si elle n'était qu'une odieuse supercherie. Celui-ci procéda de telle sorte que Fimposture de Véronique, si elle avait existé, aurait été infailliblement découverte. Il chercha surtout à s'assurer si elle était patiente, humble et soumise, parce que c'est par là que l'on distingue les opérations de l'esprit de Dieu. Il lui ôta la charge de maîtresse de novices, l'interdit, la réprimanda au parloir avec une voix si forte qu'on l'entendait jusque dans les cloîtres du couvent. Il la traita de sorcière, d'excommuniée , et la menaça de la faire brûler au milieu du monastère. Non content de cela, il la fit enfermer dans une des chambres de l'infirmerie, et lui défendit d'écrire, d'aller au parloir, d'assister au chœur et à la messe, excepté les jours de fête, et encore était-elle obligée alors de se tenir debout à la porte comme une excommuniée, accompagnée seulement d* une sœur converse nommée Françoise, qui avait ordre de la traiter durement comme une h\pocrite et une magicienne, et de ne pas la laisser parler aux autres sœurs. On lui interdit aussi pendant quelque temps la sainte communion , et l'abbesse lui fixa le temps qu'elle devait passer au confessionnal. L'évêque chargea en même temps plusieurs médecins de guérir ses stigmates. Après lui avoir lié les mains, on les enfermait dans des gants que l'on scellait ensuite. Ces essais durèrent jusque bien avant dans le mois d'octobre ; et les plaies, II. 7
Jésus-Marie.
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îîu lieu de guérir, devinrent plus larges encore. Pour ia sainte , elle ne se démentit pas un seul instant , resta toujours humble, résignée^ calme^s'oubliant elle-même, et ne se plaignant jamais des mauvais traitements qu'elle éprouvait. Enfui l'inquisition, sur les rapports de l'évêque, se déclara satisfaite, et on laissa Véronique en repos. (Sa Vie, par Salvatori, p. 99-108 et 174.) Jeanne de Jeanne de Jésus-Marie subit un examen non moins sévère. Chez elle, comme chez la plupart des stigmatisés, le drame avait commencé par la présentation de deux couronnes, l'une d'épines et l'autre de fleurs. Elle choisit la première ; et à pai'tir de ce moment elle souffrit jusqu'à sa mort des maux de têle si violents qu'on entendait craquer le crâne comme si on l'eût brisé intérieurement. Elle participa bientôt à toutes les souffrances de la passion de Notre- Seigneur. Toutes les semaines, depuis six heures du soir le jeudi jusqu'à la même heure le vendredi, elle était abîmée dans la méditation de ce drame douloureux , en suivait les actes heure par heure, minute par minute en quelque sorte, et ressentait les mêmes douleurs qu'avait endurées Notre- Seigneur, et qui étaient l'objet de sa contemplation. Ceci dura pendant vingt ans. D'abord elle ne souffrit que dans son àme par la tendre compassion qu'excitait en elle la passion douloureuse de son bien-aimé ; mais, par suite du lien qui unit Fàme au corps , les souffrances de la première se communiquèrent bientôt au second ; de sorte qu'à la tin, se groupant en quelque sorte autour de certains points qui leur servaient de centre, elles se manifestèrent par des signes extérieurs.
Lorsqu'elle vivait encore dans l'état du mariage, à l'âge de dix-neuf ans, le 17 février 1 0 1 3 , le dimanche d'avant le
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carême , après avoir reçu la sainte communion, comme elle était abîmée de nouveau dans la méditation des souffrances de Notre-Seiçmcur^ elle ressentit un vif désir de les partager. Son désir fut exaucé. Elle tomba en extase, et outre les douleurs de la tête elle obtint aussi celles des mains, des pieds et du côté. Ceci dura environ deux ans et trois mois, jusqu'au 8 mai, où l'on célèbre la fête de l'Apparition de l'archange saint Michel. Ce jour-là , ses mains se fermèrent si fortement que les médecins ne purent jamais les ouvrir, et déclarèrent que, le mal étant au-dessus de la nature. Dieu seul pouvait la guérir. Elle resta ainsi onze jours, jusqu'au soir de l'Ascension, le 19 mai, où elle eut de nouveau une extase , après avoir désiré ardemment de partager la passion de Notre-Seigneur. Celui-ci lui apparut cruciiié ; des rayons rouges, d'un admirable éclat, partant de ses plaies , étaient dirigés vers elle. Elle sentit son âme consumée du feu de la charité , tandis que son corps était en proie aux douleurs les plus violentes; de sorte qu'elle fut tout inondée de sueur et renversée par terre dans une angoisse mortelle. Elle ignora toute la nuit ce qui lui était arrivé. Mais le lendemain matin, étant allée à la sainte table, elle eut un évanouissement accompagné d'une sueur froide. On fut obligé de l'emporter; et quand on voulut lui ouvrir les mains, on les trouva marquées des stigmates. Bientôt après elle eut aussi la couronne d'épines. Après une apparition qu'elle avait eue pendant la prière, ayant ôté son voile, elle trouva sa tête entourée de deux lignes, dont l'une était plus profonde que l'autre. Au milieu du cercle se trouvait une élévation large de deux doigts qui lui causait beaucoup de peine. Elle crut d'abord, dans sa modestie, que c'était un accident , et consulta les
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médecins les plus célèbres de la ville, Aspe et Oliva; mais ceux-ci déclai'èrent qu'ils ne connaissaient rien qui, dans le cours ordinaire des choses, pût produire un tel effet.
Cependant, lorsque la chose fut connue, on n'y ajouta pas foi tout de suite et sans examen. Ferdinand d'Azevedo, archevêque de Burgos et président de Castille, l'ayant apprise , ordonna à son grand vicaire Manrique de faire une information exacte, et de lui adresser un rapport à ce >ujet. Celui-ci réunit, le 16 février 1618, le commissaire de Tinquisition, l'évèque suffragant, plusieurs abbés et prieurs du pays, des curés, des hommes savants , un militaire, quelques bourgeois de la ville, et les deux médecins Aspe et Pacheco. Jeanne parut donc devant eux, et leur montra ses blessures ; de sorte que chacun put à son tour les examiner attentivement. Elle montra d'abord ses mains; tous les considérèrent avec soin, et trouvèrent dans chacune une plaie qui n'était ni ronde ni quadrangulaire, mais à peu près triangulaire. Elle n'était pas trèsprofonde non plus , assez cependant pour qu"on pût voir la chair, parce que la peau extérieure était déchirée. Elle était couverte au milieu d'une humeur blanchâtre, comme d'une rosée. Les blessures ne pénétraient pas jusqu'à l'autre côté des mains, et l'on n'apercevait autour d'elles aucune entlure ni aucune altération, mais tout était dans son état naturel. On lava une de ses plaies avec une éponge et de l'eau. Puis, sur la remarque de Pacheco, on la lava encore avec du savon , et avec une telle force que Jeanne en éprouva de violentes douleurs ; mais rien ne trahit au dehors ce qu'elle sentait.
Aspe déclara qu'il avait déjà vu ces plaies il y avait plus
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de deux ans et demi; qu'il en avait entrepris la guéiison avec Oliva, mais que, malgré tous leurs remèdes, elles étaient toujours restées dans le même état, et telles qu'elles étaient encore dans le moment. Jeanne dut ensuite montrer ses pieds et les placer sur un petit banc. On trouva sur le devant de la plante du pied une blessure couverte de la même rosée, mais qui paraissait plus profonde que celles des mains. De l'autre côté, c'est-à-dire à la plante des pieds , il y en avait une autre plus profonde encore ; mais du reste on n'y remarqua ni tumeur ni aucune autre altération. On la contraignit aussi à découvrir son sein autant que la décence le permettait, et l'on vit h gauche, au-dessous de la poitrine, une plaie beaucoup plus grande que les autres, d'une forme différente , plus profonde et donnant plus de sang. On passa ensuite à l'inspection de la tête ; elle en découvrit la partie antérieure, et l'on remarqua tout autour un cercle large de plus d'un doigt qui dépassait la peau. Lorsqu'on le touchait et qu'on le pressait avec le doigt, il cédait sous la pression comme s'il eût été enflé, et formait tout autour une cannelure profonde d'un demidoigt; de sorte que les médecins jugèrent qu'elle allait jusqu'au crâne.
Ils déclarèrent que les blessures qu'ils avaient inspectées n'étaient point naturelles, et qu'elles ne pouvaient être non plus l'effet d'une supercherie; et plus tard ils exprimèrent par écrit leur jugement motivé , et sous la foi du serment. Tous les autres, frappés de ce qu'ils avaient vu , des vertus admirables de Jeanne et des miracles qu'elle avait opérés, miracles dont plusieurs d'entre eux avaient été témoins, partagèrent l'opinion des médecins et confirmèrent leur témoignage. On dressa aussitôt un procès-verbal souscrit par
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tous les membres de la commission, et on le déposa dans l'église des Franciscains de Burgos, après avoir communiqué à l'archevêque le résultat de Tenquete. Mais celui-ci ne fut pas encore satisfait. 11 alla lui-même l'année suivante à Burgos, prit toutes les informations nécessaires, fit venu* Jeanne, et examina en présence de témoins dignes de foi, avec une attention scrupuleuse, ses blessures Tune après l'autre. 11 apprit d'elle que les stigmates avaient paru d'abord à la partie supérieure des mains, mais qu'elle avait demandé à Dieu de les faire disparaître, parce qu'ils étaient trop exposés aux regai'ds, et que Dieu l'avait exaucée. Après un examen attentif, il se rangea à l'avis de la commission, et rédigea une déclaration formelle à ce sujet. [Les actes de sa Vie, imprimés à Colocjne en 1682, p. I08-I8T.)
La même chose est arrivée à beaucoup d'autres encore, Elisabeth de cn particulier à la cistercienne Elisabeth de Spalbeck, qui Spa.beck. r^yg^[^ ggpt ravissements chaque jour, d'après le nombre des heures canoniales; de sorte qu'on n'apercevait en elle ni souffle, ni mouvement, ni aucun usage des sens. Elle saignait aussi presque tous les jours, mais surtout le vendredi. .Ménologe de Citeaux, 10 octobre.) Il en fut ainsi de Ger- Gertrude trude d'Oosten de Delft. La béguine Lielta lui avait prédit un an auparavant ce qui devait lui arriver; mais Gertiiide n'avait pas voulu la croire. Cependant, conmie elle priait devant son crucifix dans la nuit du jeudi saint, l'an 1340, elle se sentit marquée des stigmates. Tous les jours sept fois, aux heures canoniales, il coulait du sang de ses plaies. La chose ne pouvait rester longtemps cachée, et il se fit autoui' d'elle un tel concours de peuple qu'elle pouvait à peine vaquer à ses exercices spirituels, r.rajonant d'ailleui*s de
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succomber à quelque pensée de vanité, elle pria Dieu de faire disparaître les stigmates, et elle fut exaucée ; de sorte qu'il n'en coula plus de sang, et qu'il ne resta que les cicatrices. Mais elle soufiiit dans la région du cœur de grandes douleurs, comme aussi, pendant tout le temps que ses plaies saignèrent, elle perdit le sentiment des suavités dont elle était inondée auparavant. Elle conçut de nouveau un désir ardent de guérir; mais DicLi n'exauça point les prières qu'elle lui fit à ce sujet. [Sponcle, année 1340.)
Jeanne de la Croix reçut les stigmates le matin du ven- Jeanne
de la Croix, dredi saint, l'an 1524. La chose en resta là jusqu'au jour
de l'Ascension, de sorte néanmoins que les plaies ne paraissaient que le vendredi et le samedi. Dès que le dimanche était arrivé, ses douleurs cessaient, et les stigmates disparaissaient comme s'ils n'eussent jamais existé. Ils étaient ronds, grands comme un réal, de couleur rose, et répandaient une odeur agréable, tandis que ceux d'Apollonie de Volatera, qui sentaient mauvais pendant sa vie, devinrent odorants après sa mort. Chez la sœur Pieron, du tiers ordre de Saint -François, les stigmates étaient d'une couleur grise et noirâtre. Ils étaient prédominants au miUeu des mains, sans les percer toutefois de part en pari. Il n'en sortait point de sang non plus, quoiqu'ils fussent très-douloureux. On voit qu'ils s'étaient formés chez elle à peu près comme chez saint François. Stéphanie Quinzani, née à Soncino en 1457, participait tous les vendredis à la passion du Sauveur, dont les plaies s'imprimaient sur son corps, et dont la couronne paraissait sur sa tête. Il lui semblait souvent qu'une roue était agitée au dedans de son cœur, La reine Marguerite de Hongrie était aussi stigmatisée. Quelque temps après sa mort, comme on avait quel-
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que doute à ce sujet, le pape Innocent IV ordonna de lever son corps ; et Ton trouva les plaies roses et fraîches comme si elle eût vécu encore. [Steill, t. I, pag. 10.) Osanna de Mantoue avait aussi les stigmates^ et on les voit encore aujourd'hui sur son corps, qui est resté parfaitement conservé .
Ce sont des rayons de feu brûlants et sanglants qui, dans la plupart des cas, produisent la stigmatisation, comme on le voit par l'exemple de Colombe Rocasani, d'Anne de Vargas, dans le couvent de Sainte-Catherine, à Valladolid, en Espagne ; de Marie de Lisbonne, de Jeanne de Verceil, de Madeleine de Pazzi, de Stéphanie Quinzani, qui suait du sang tous les vendredis, et qui, outre la couronne d'épines et la flagellation, avait souvent aussi les stigmates. {Steill., t. II, p. 122; t. I, p. 10.) Pierre d'Alva, qui a écrit sur ce sujet un livre avec ce titre : Prodigiwn imturœ, portentum gratiœ, compte en tout trente -cinq personnes qui ont reçu tous les stigmates; mais ce nombre est au moins une fois plus considérable encore. Nous nommerons ici, parmi celles qui sont moins connues : Christine, contemporaine de Denys le Chartreux ; Marie Razzi ou Raggia, née à Chios en 1552; Philippe de Saint-Thomas, à Montemor, en Portugal ; Elisabeth de Reith, à Waldsee, dans l' Allgau, toutes les trois dominicaines; Stieva , à Hamm , en W'estphahe ; la sœur Marie de l'Incarnation, carmélite à Pontoise; Marguerite Bruch, dans le village d'Endringen, près de Constance, qui vivait vers 1503 ; Brigitte de Hollande, du tiers ordre de Saint-Dominique, vers 1390; Marie de Saint-Dominique et Lucie de Narni, dominicaines aussi. {Steill., 4 jan., 14 mai, 15 nov.)