CHAPITRE XVII
Comment on peut expliquer le phénomène de la stigrmatisation.
>'ous avons considéré dans le chapitre précédent le phénomène mystique de la stigmatisation sous ses aspects principaux, et nous sommes maintenant en état de porter un jugement au moins probable sur son origine , son mode et son cours. Une condition indispensable pour recevoir les stigmates, condition qui se retrouve aussi dan s tous les faits
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que l'on cite en ce genre, c'est une immense compassion pom* les soufirances du Sauveur. L'àme, contemplant la passion de cet homme de douleur, reçoit son empreinte. Elle est comme environnée d'un océan d'amertume, et semble se dissoudre dans une ineffable tristesse. Or il est dans la nature du sentiment de la compassion de transporter hors de soi celui qui l'éprouve, de le dépouiller de soimême^ pour le revêtir en quelque sorte de celui qu'il aime, et pour graver en lui son image. L'état extatique, et les visions que produisent souvent les contemplations de cette sorte , établissent bientôt entre l'àme et l'objet de son amour un rapport réciproque. La première s'abîme toujours plus profondément dans les douleurs que le second a souffertes. Son amour croit avec sa compassion, de sorte que plus elle soutire, plus elle devient capable de souffrir. Ravie ainsi hors de soi, et s'oubliant elle-même, elle a le désir de s'approprier toujours davantage l'image de son bien-aimé, et demande à souffïir comme lui. Cette soif de souffrances revient toujours plus forte, sans que rien puisse l'apaiser. Chaque goutte qui tombe sur l'âme, de ce calice d'amertume, ne fait que l'embraser de nouvelles ardeurs, et l'altérer davantage encore ; car son bonheur est de souffrir, afin de devenir par là plus semblable à celui qu'elle aime. Enivrée de ce vin brûlant qu'elle boit aux plaies du Sauveur, elle n'a de repos que lorsqu'elle voit sur son propre corps l'image et l'empreinte de ses souffrances , et qu'elle se trouve ainsi toute transformée en lui. Lorsqu'elle a conçu ce désir avec pleine réflexion, et qu'elle l'a exprimé avec une liberté parfaite, elle obtient quelquefois par une faveur spéciale de Dieu ce qu'elle demande, et elle reçoit dans son corps l'empreinte des plaies sacrées du
Sauveur. C'est., en effet, dans le corps que doit s'accomplir cette transformation de l'homme en Notre-Seigneur; car c'est le spectacle des souffrances matérielles de Jésus- Christ qui excite dans Fâme cette tendre compassion , et c'est après des douleurs physiques qu'elle soupire. Le rapport qui s'établit en ces circonstances entre l'homme et son Rédempteur va du corps de celui-ci au corps du premier, et opère en lui une transformation matérielle et sensible.
L'àme, principe de la vie, ne peut recevoir aucune empreinte sans que celle-ci se reproduise dans le corps qu'elle anime; car elle est éminemment plastique; et tant que dure cette vie, elle est unie au corps par des liens si intimes qu'il ne peut rien se passer en elle qui ne se reflète en lui. C'est d'après cette loi qu'elle s'est elle-même constiuit en quelque sorte son propre corps, et que toute modification qui se produit en elle amène dans le corps une métamorphose semblable. Si donc l'àme, par suite delà compassion qu'elle éprouve à la vue des souffrances du Sauveur, en reçoit l'empreinte, l'acte qui l'assimile ainsi à l'objet de ses affections se reflète aussitôt au dehors, et le corps prend part aussi, lui, à sa manière, à celte assimilation merveilleuse; c'est ainsi que se produit le phénomène de la stigmatisation.
Mais cet acte s'accomplit dans l'àme par un procédé d'une nature très -intime; car l'objet qu'elle aime appartient au royaume invisible des esprits. C'est donc par un procédé très-intime aussi que cet acte se reproduit dans le corps. Si celui-ci, en effet, renferme par dehors l'àme qui habite en lui, il est d'un autre côté embrassé et contenu par elle; car elle est plus large que lui. L'image do Notre-
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Seigneur souffrant, une fois gravée ainsi dans le fond le plus intime de l'âme, prend une forme extérieure dans les visions, et devient perceptible aux sens, en vertu^ même de ce lien qui unit l'àme au corps. L'empreinte des stigmates s'accomplit de la même manière, et par le même procédé. C'est cette image conçue dans l'àme, et reproduite au dehors d'une manière sensible, qui les imprime sur le corps. Ce qui dans cette circonstance sert de lien et de moyen entre le corps et cette image, c'est la chaleur vitale, qui, acquérant un degré extraordinaire, forme comme un incendie, et se manifeste par des flammes lumineuses qui, partant en cinq directions, se dirigent vers les organes corporels qui leur correspondent. Les rayons de cotte lumière sont rouges, car le rouge est la couleur qui accompagne la chaleur. Ils sont blancs lorsque les stigmates ne paraissent pas à l'extérieur, mais restent renfermés dans le sein de l'organisme. C'est donc la lumière qui est encore ici le moyen par lequel le type sacré , contenu dans la personne de Notre-Seigneur Jésus-Christ, se reflète et s'empreint dans le corps de l'homme. L'exemple de Lucie de Narni montre que ceci s'applique non -seulement aux stigmates, mais encore à tous les autres signes. Comme elle priait un jour devant l'autel de la Croix, dans l'église des Dominicains du lieu, tous les assistants virent trois rayons sortir de la plaie du côté du crucifix, et illuminer le visage de la sainte, tandis que sa tête fut illuminée pendant toute la messe par un diadème de lumière. On voit par là que les phénomènes de la stigmatisation ne font que reproduire ceux de l'illumination, dont nous avons parlé plus haut, avec cette différence que ceux-ci ont lieu dans les régions supérieures de la vie, tandis que les premiers
s'accomplissent dans la vie inférieure et dans le sang ,, son mobile. La couronne sanglante correspond donc au cercle de lumière qui ceint le front des extatiques , la sueur de sang au nuage lumineux qui enveloppe la tête, les stigmates des mains et des pieds aux rayonnements lumineux de ces mêmes parties, la plaie du côté au rayonnement lumineux du cœur, et la flagellation au nuage lumineux qui enveloppe la personne tout entière. L'àme désolée qui n'a pas voulu se séparer de Jésus dans ses souffrances est admise aussi à la participation de sa gloire, et celle-ci rayonne au dehors dans les membres de son corps transfiguré .
L'àme qui opère toutes ces métamorphoses se constmit elle-même, avons-nous dit, sa propre demeure et celle des diverses facultés qui lui sont unies. Ces facultés sont, en la comptant, au nombre de trois, et demeurent en quelque sorte à trois étages distincts. Elle se réserve le plus bas, et c'est dans le cœur qu'elle établit son logement; c'est de là qu'elle se répand dans les organes de la circulation. Le second étage se compose du système musculaire, qui, se groupant autour de la colonne vertébrale, laquelle soutient l'édifice tout entier, se ramifie jusque dans les extrémités du corps, et qui à l'intérieur, s'étendant le long de la moelle allongée, a son point de jonction dans le pont de Varolle, où se trouve le centre de la force motrice et de la vie qui lui est propre. Enfin le troisième étage est occupé par le système cérébral, q"ui a, comme les autres, ses ramifications et son centre, avec lequel l'esprit, d'un côté, et la vie du cerveau, de l'autre, se trouvent dans un rapport très -intime. Ainsi la triple vitalité de l'homme se forme un triple orsanisme. La première et la plus haute
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est mise en rapport avec la plus basse par celle qui tient le milieu entre les deux. Il en est de même du centre de chacune d'elles. Le centre cérébral est mis en rapport avec le centre du cœur par celui du système intermédiaire.
Lors donc que l'àme, cet architecte du corps humain, reçoit les stigmates du Sauveur, leur empreinte doit se reproduire dans ces trois régions dont nous venons de parler. ^"ous avons vu, en effet, que le séraphin qui parut à saint François sur le mont Alverne avait trois paires d'ailes : l'une à la tète, siège de l'esprit de la vie supérieure, et organe du mouvement spirituel; une seconde paire au miheu du corps, où résident les organes du mouvement; aussi ces deux ailes étaient destinées à voler. Une troisième paire enfin couvrait la partie inférieure du corps, et exprimait ainsi la vie qui y est enfouie. Mais l'àme, une fois stigmatisée dans ses puissances et dans ses organes, tend à manifester dans son enveloppe extérieure l'empreinte qu'elle a reçue, et c'est ainsi que le corps se trouve marqué de ces signes sacrés dans les trois systèmes principaux dont il se compose. La stigmatisation se produit au dehors, dans la tète, par la sueur de sang et la couronne d'épines, correspondant aux deux directions de la vie du cerveau, l'une qui va du centre à la circonférence dans le visage, et l'autre qui va de droite à gauclie et de l'avant à l'arrière. Le système de la vie inférieure, qui sert à la circulation, reçoit comme stigmate la plaie du cœur, et nous avons vu par quelques exemples que cette plaie pénètre quelquefois jusque dans les poumons et la région du foie, qui sont dans un rapport intime avec ce système. Ou bien encore les stigmates apparaissent sous la forme de la flagellation , cou-
vraiit la peau du corps tout entier de taches et de meurtrissures. Enfin les stigmates apparaissent dans la région intermédiaire qui préside aux mouvements^ sur les mains et les pieds, ou bien encore sous la forme d'une croix sanglante empreinte sur la poitrine, à l'endroit où se croisent et se réunissent les organes du mouvement. 11 n'est pas étonnant que limage de la croix, lorsqu'elle est profondément empreinte dansl'àme, se grave aussi extérieurement dans le corps, et qu'il arrive alors ce que nous savons être arrivé à Philippe d'Aqueria , qui ne perdait jamais la présence de Notre-Seigneur et qui le voyait toujours soutTrant devant ses yeux.
Mais pour que la stigmatisation soit aussi complète , il faut, avec des dispositions pai'ticuhères et l'opération divine, une préparation de la part de l'homme. Celui-là seul qui a créé l'àme et le corps peut produire en eux une transformation aussi profonde: celui-là seul qui a gravé en eux son image et sa ressemblance peut y graver aussi l'empreinte de son humanité soutirante. Quant aux dispositions nécessaires pour la production de ce phénomène, il faut d'abord une grande activité et une grande énergie dans les forces vitales, afin qu'elles deviennent capables de recevoir et de garder longtemps les impressions profondes que suppose un tel changement. 11 faut de plus, dans les organes corporels, beaucoup de souplesse, de mobilité, une vertu plastique très-considérable, afin que les émotions de l'àme puissent se communiquer promptement au corps et se graver en lui. Les états ordinaires de la vie ne peuvent produire de tels résultats ; car ils exigent une certaine assurance et fermeté, pour satisfaire au but de la vie. On comprend en effet que, si nos émotions étaient ordinaire-
ment assez profondes et assez vives pour produire en nous de tels effets, et pour nous changer en quelque sorte dans les objets mêmes de nos affections, la vie entière ne serait qu'un passage continuel d'une forme à une autre. Aussi quoique les femmes soient déjà par leur constitution plus disposées que les hommes à recevoir ces sortes d'impressions, elles ont cependant besoin comme eux d'une pre'paration spéciale, que donne ici, comme partout ailleurs, la vie ascétique. En effet, l'empire que l'homme acquiert sur soi-même par Tabstinence et la mortification exalte les puissances de la vie et les dégage des organes matériels auxquels elles sont lices. Il rend ces organes plus déliés et plus purs, il en augmente la plasticité. Aussi nous voyons que c'est presque toujours dans la semaine sainte ou aux environs que se produisent les stigmates, non-seulement parce que c'est alors le temps de la tristesse et du deuil dans l'année ecclésiastique, et quel'àme se trouve ainsi disposée à la compassion, mais encore parce que le jeûne du carême qui a précédé cette sainte semaine a donné au corps la souplesse et la plasticité nécessaires pour la production de ce phénomène merveilleux. L'extase, qui se développe facilement en ces circonstances, enveloppe pour ainsi dire l'homme jusqu'au fond de son être, à peu près comme ce sommeil mystérieux que Dieu envoya à notre premier père, lorsqu'il voulut tirer de lui la mère du genre humain , et c'est sous le voile et dans l'obscurité de l'extase que s'accomplit cette renaissance et cette transformation corporelle.
Quant au procédé physiologique d'après lequel ce phénomène se produit, nous n'avons rien de mieux sur ce point que ce qu'a écrit Brentano, d'après ses propres observa-
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tioiis, dans son introduction aux contemplations de la sœur Catherine Emmerich de Dulmen. Elle reçut la couronne d'épines à Tàge de vingt-quatre ans, et de la même manière que les autres extatiques. A l'âge de trente-trois ans, comme elle priait Xotre-Seigneurdelafaire participer à ses soufîrances, elle sentit aux mains et aux pieds une douleur et une chaleur très-vives^ qui vinrent s' ajouter à celles du cœur^, qu'elle avait obtenues déjà auparavant par ses prières. Elle les prit pour r effet d'une fièvre continue dont elle soufîrait. Ainsi 1g trait était parti; elle était blessée, et la surexcitation produite en elle par cette blessure se révèle sous la forme d'une fièvre brûlante et continue. Déjà l'esquisse de la nouvelle transformation qu'elle doit subir est empreinte sur sou corps en traits délicats et légers. Plus tard elle vit venir à elle, dans une extase, un jeune homme resplendissant qui fit sur son corps, avec la main droite, le signe d'une croix ordinaire. Il se trouva, en effet, qu'à dater de cette époque elle eut sur l'épigastre une marque semblable à une croix. Puis, quelques semaines après, elle vit la même apparition qui lui présenta une petite croix, de la forme décrite dans les récits de la passion. Elle la prit avec ardeur, la serra fortement contre sa poitrine et la rendit. Comme la douleur cuisante qu'elle ressentait à la poitrine augmentait chaque jour, elle vit l'appai'ence d'une croix latine, de trois pouces de long, qui semblait appliquée sur l'os de la poitrine, et se dessinait en rouge à travers la peau.
Enfin sa stigmatisation s'accomplit dans les derniers jours de Tannée 1812. Le 29 décembre, vers trois heures de l'après-midi, elle était dans sa petite chambre fort malade et couchée sur son lit, mais les bras étendus et en état d'extase. Elle méditait sur les souffrances du Sauveur^
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L't demandait à souflrir avec lui. Elle dit cinq Pater en r honneur des cinq plaies^ redoubla de ferveur et se sentit trcs-enflaniméc. Elle vit alors une lumière qui s'abaissait vers elle, et y distingua la forme resplendissante du Sauveui- crucifié : ses blessures rayonnaient comme cinq foyers lumineux. Son cœur était ému de douleur et de joie en même temps, et à la vue des cinq plaies son désir de souffrir avec le Seigneur devint d'une violence extrême. Alors des mains , des pieds et du côté de l'apparition partirent de triples rayons d'un rouge sanglant, qui se terminaient en forme de flèches, et qui vinrent frapper ses mains, ses pieds et son côté droit. Les trois rayons du côté finissaient en fer de lance. Aussitôt qu'elle en fut touchée, des gouttes de sang jaillirent aux places des blessures. Elle resta encore longtemps sans connaissance; et, lorsqu'elle reprit ses sens, elle ne sut pas qui avait blessé ses bras étendus. Elle vit avec étonnement le sang qui coulait de la paume de ses mains, et ressentit de violentes douleurs aux pieds et au côté. La fille de son hôtesse, étant entrée dans sa chambre, avait vu ses mains saignantes, et l'avait raconté à sa mère, qui, tout inquiète, demanda à Catherine ce qui clait arrivé : mais celle-ci la pria de n'en point parler. Elle sentit après la stigmatisation qu'un changement s'était opéré dans son corps : le cours du sang semblait avoir pris une autre direction, et il se portait avec force vers les stigmates. Elle disait en elle-même : Cela est inexprimable.
ïl lui semblait souvent aussi qu'un fleuve brillant, partant de son cœur et traversant les bras et les jambes, courait avec impétuosité vers ses plaies, où elle sentait des douleurs cuisantes, et d'où il coulait des gouttes de sang.
'^i'I EXPLICATlOîS DES STIGMAltS.
Les veines qui conduisaient à ces parties sanglantes se gonflèrent bientôt en effet : les stigmates étaient rouges et humides ; la croix de la poitrine suait des gouttes de sang d'un rouge très -vif ^ tandis que l'autre croix se couvrait d'une ampoule, qui en se déchirant laissait couler une humeur incolore et brûlante. {La Douloureuse Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ , Introduction.)
Les sensations de cette femme ne la trompaient point. Le cours du sang était bien réellement changé chez elle : son cœur s'était comme partagé en cinq, et ses stigmates étaient autant de cœurs subordonnés, dont chacun avait sa circulation qui lui était propre. Us obéissaient bien encore au cœur naturel et ordinaire, comme à leur centre et au principe de leur vie ; m.ais il est un autre cœur plus élevé, celui de Xotre-Seigneur Jésus-Christ, objet de leur amour; et c'est celui-là surtout dont ils reçoivent l'impulsion. La circulation ordinaire du sang continue toujours ; mais lorsqu'à certaines périodes, déterminées par l'année ecclésiastique, la vie extraordinaire et mystique se produit d'une manière toute spéciale, ces cœurs périphériques et artificiels cessent de reporter au cœur organique et central tout ce qu'ils en reçoivent; car ils en gardent une partie pour ce cœur surnaturel auquel ils obéissent ; et c'est alors que s'établit entre eux et lui une circulation nouvelle , semblable à celle qui s'accomplit dans l'état ordinaire. Le sang des plaies sacrées du Sauveur coule dans les plaies des stigmatisés , et à ce sang répond celui qui s'échappe de leurs stigmates. Cette union surnaturelle, qui fait de tous les fidèles un seul corps mystique , cette union, commencée dans l'eucharistie, s'achève dans la stigmatisation. Celle-ci, en eflét, met l'homme dans un rapport
direct et immédiat avec le sang qui coule de ce cœur adorable , lequel s'est brisé et a saigné pour tous les hommes : elle les emporte, pour ainsi dire, dans cet immense courant qui part de Notre-Seigneur Jésus -Christ et y retourne. Aussi une vie nouvelle et plus élevée, allumée par le souffle de l'esprit d'en haut, s'agite et brûle dans ces plaies^ et la flamme du sacrifice s'élève en cinq foyers divers. Ces flammes sont rouges, car elles s'allument dans les ardeurs de la souffrance ; et si quelquefois elles seml)lent faire place à un sang aqueux qui s'échappe des stigmates, elles lui communiquent une partie de leur chaleur, de sorte que cette eau ronge et brûle ce qu'elle touche, comme nous l'avons vu par quelques exemples. Les stigmatisés, dans les plaies desquels brûlent ces flammes, sont ceux dont il est parlé dans l'Apocalypse, et qui suivent l'Agneau partout où il va; car ils lui sont unis désormais par les hens du sang. Nourris déjà de sa chair sacrée, ils i-eçoivent son sang par une sorte de transfusion. C'est son cœur qui bat dans leurs cœurs, et l'inspiration dont il est la source pénètre jusque dans la moelle de leurs os. L'auguste sacrifice qui se célèbre chaque jour sur l'autel se continue en eux d'une manière sanglante, et rappelle ainsi le souvenir de ce grand acte qui s'est accompH une fois sur le Calvaire. Aussi c'est principalement au jour où l'Église en fête la mémoire que les plaies des stigmatisés s'ouvrent et saignent, comme pour rendre perpétuellement présentes la passion et la mort du Sauveui-.
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