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Bruesthem, qui en est tout proche, dans le diocèse de Liège, et de parents honorables. Elle resta après la mort de ceux-ci avec deux sœurs plus âgées qu'elle. Eiles s'arrangèrent toutes les trois, de manière que l'aînée vaquait à la prière, la seconde était chargée de conduire la maison, et la plus jeune, Christine, allait faire paître le bétail dans les champs. Elle avait, on le voit, la part la plus chétive. Mais l'esprit consolateur vint la visiter dans sa solitude et l'initier aux mystères du ciel. Tous ignoraient ce qui se passait en elle. Or il arriva qu'elle tomba malade par suite de la ferveur de ses contemplations, et passa de ^ie à trépas. On mit son corps dans une bière, et on le porta le lendemain à l'église, au milieu des larmes de ses amies et de ses sœurs. Pendant qu'on célébrait pour elle la messe des morts, son corps se mit à remuer; puis, se levant de la bière , il prit son vol comme un oiseau jusqu'à la voûte de l'église. Tous les assistants prirent la fuite épouvantés; sa sœur aînée resta seule malgré son effroi, jusqu'à ce que le prêtre, voyant Christine suspendue ainsi à la voûte , la conjura après la messe, et la força ainsi de descendre. Quelques-uns crurent que c'était la subtilité de son esprit ([ui l'avait ainsi emportée , parce qu'elle avait horreur de l'odeur des corps humains. Elle revint à la maison avec ses sœurs, et mangea comme les autres.
A partir de ce moment, elle évita le voisinage des hommes, fuyant à leur approche dans les déserts, sur les arbres, sur le sommet des tours, des clochers des églises ou dans les autres lieux élevés. On finit par croire qu'elle était possédée par un grand nombre de mauvais esprits. On parvint avec peine à s'emparer d'elle, et on lui mit des chaînes. Elle eut alors beaucoup à souftrir et de la
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honte et des privations de toutes sortes ; mais son plus grand suppliée était l'odeur des hommes qui l'entouraient. Enfin une nuit elle réussit^ avec le secours du Seigneur, à se débarrasser des chaînes qu'elle avait aux mains et aux pieds , et elle s'envola dans des forêts éloignées, où elle vécut sur les arbres comme les oiseaux. Là, ne trouvant l'ien à manger, elle souffrit horriblement de la faim. Elle ne voulut pas cependant retourner parmi les hommes ; mais elle préféra vivre seule avec Dieu dans la solitude. Elle pria donc le Seigneur de prendre en pitié sa détresse; et aussitôt son sein, contre le cours naturel des choses, se remplit de lait dont elle se nourrit pendant neuf semaines. Les siens la cherchèrent, et l'ayant trouvée, ils la chargèrent de chaînes de nouveau, mais en vain ; elle brisa ses liens une fois encore, et s'enfuit à Liège. Là, ayant faim du corps du Seigneur, elle pria le curé de Saint-Christophe de le lui donner. Celui-ci en étant empêché par quelque chose qu'il avait à faire , elle alla dans une autre église, et obtint ce qu'elle désirait. Aussitôt, saisie de nouveau par l'esprit, elle s'enfuit hors de la ville. Le prêtre, étonné de sa conduite, la suivit en compagnie d'un autre, depuis l'église Saint-Christophe jusqu'à la Meuse. Mais au moment où ils croyaient l'avoir atteinte, ils la virent se jeter dans le fleuve et passer à l'autre ri^e en marchant sur les eaux; car son corps était doué d'une telle légèreté qu'elle grimpait les sommets les plus escarpés, et se balançait comme un moineau aux branches des arbres les plus minces. Quand elle voulait prier, elle était emportée sur le sommet des arbres, des tours ou d'autres lieux élevés, afin que son esprit pût trouver loin du monde le repos qu'il cherchait. Lorsqu'elle priait , ou que le don de contemplation était descendu sur
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elle, tous ses membres se ramassant l'ormaieiit une boule, comme s'ils eussent été de cire chauffée au feu, et l'on ne voyait plus en elle d'autre forme que celle d'un globe. Lorsque ensuite l'ivresse spirituelle était passée, ses membres retournaient à leur place, et son corps reprenait peu à peu sa première forme; comme le hérisson, qui, après s'être roule en peloton, se déroule et s'allonge. On la voyait souvent se tenir debout sur un pieu, et chanter en cette position plusieurs psaumes de suite , car il lui était toujours très -pénible de redescendre sur la terre.
Toutes ces choses faisaient beaucoup de peine et de honte à ses sœurs et à ses amis, parce qu'on la prenait pour une possédée. Ils payèrent donc un vaurien, mais qui était très-fort, pour qu'il la prît et lui remît les fers. Après l'avoir poursuivie longtemps à travers d'aflVeuses solitudes, il parvint enfin à lui briser l'os de la jambe d'un coup de sa massue. 11 la prit alors etîa ramena chez elle. Ses sœurs tirent venir un chirurgien pour qu'il lui guérît sa jambe; celui-ci la conduisit à Liège dans une charrette. Une fois arrivé, comme il connaissait la force de cette femme, il l'enferma dans une cave bien gardée, l'enchaîna à un pilier de pierre , et ferma la porte après lui avoir mis autour delà jambe les bandages nécessaires; mais dès qu'il fut parti, elle leva l'appareil, jugeant inconvenant de s'adresser à un autre médecin qu'à Notre-Seigneur. Sa confiance ne fut pas trompée; car une nuit l'Esprit vint sur elle, brisa ses liens et guérit sa jambe; de sorte qu'elle allait et venait pleine de joie dans la cave, louant et glorifiant Celui pour qui elle avait résolu de vivre et de mourir. Mais comme son esprit se trouvait à l'étroit entre ces murs, poussée parlai, elle s'ouvrit une issue avec une pierre
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qu'elle trouva par terre : et de même que le trait s'élance d'autant plus rapide que la corde qui le tenait était plus tendue , ainsi son énergie, contenue dans un espace trop étroit^ brisa l'obstacle qui l'arrêtait, et, semblable à un oiseau, son corps sortit parTouverture qu'elle avait pratiquée. Sa famille la poursuivit une troisième fois ; elle fut prise de nouveau, et attachée à un banc de bois : on ne lui donnait à manger qu"un peu de pain et d'eau, comme à un chien . Le Seigneur, cette fois, voulaiît manifester davantage sa puissance, fit durer plus longtemps sa captivité. Le siège et les épaules commençaient à entrer en putréfaction ; de sorte qu'épuisée par la douleur elle ne pouvait plus manger son pain. Personne n" ayant plus pitié d'elle, le Seigneur la regarda d'un œil de compassion^ et opéra en elle une merveille qui ne s'était jamais encore produite auparavant : son sein se mit à donner de l'huile très-pure dont elle se senait pour amollir la dureté de son pain et pour oindre ses membres blessés. Ses sœurs et ses amis fondirent un larmes à ce spectacle, et, ne voulant plus s'opposer à la volonté de Dieu, ils lui ôtèrent ses chaînes, lui demandèrent pardon pour tout le mal qu'ils lui avaient fait ^ et la mirent en liberté.
Ces données sont suffisantes pour nous permettre d'entrevoir la nature intime de cet état extraordinaire. Pendant que Christine gardait ses troupeaux dans la sohtude , vivant dans une union intime et continuelle avec Dieu, les ailes de son àme, quoique liées, étaient devenues plus larges, tandis que son corps^ se dégageant de ses éléments les plus grossiers, s'était affiné et comme éthérisé. Pendant quelque temps, comme cela arrive presque toujours, son àme continua de vivre en bonne harmonie avec son corps,