‹ La mystique divine, naturelle, et diabolique (volume 2)Chapitre 26 sur 44 · DU YOL DANS L EXTASE · texte numérisé non relu

DU YOL DANS L EXTASE

sans s'apercevoir encore du changement profond qui s'était produit dans son être; et la vie suivait son cours habituel. Mais un jour enfin la crise arriva, et ce fut au moment où les siens la croyaient morte. Au milieu de la léthargie profonde où elle était plongée, elle eut des visions célestes qui achevèrent de dégager en elle l'esprit du corps; et son àme trouvant un espace pour déployer ses ailes, la métamorphose mystique commencée déjà depuis longtemps dans sa personne fut accomplie et se produisit au dehors. Dans cette seconde vie qu'elle commençait, ce n'était plus la même femme que dans la première; car les choses qu'elle avait contemplées dans ses visions avaient doimé à son être une direction toute nouvelle. Elle marche désormais à la façon des esprits, touchant à peine la terre, et glissant sur les eaux. Déjà dans l'église, sur sa bière, elle s'est élancée jusqu'à la voûte, ne pouvant supporter l'odeur de la chair des hommes, ni l'odeur bien plus pénible encore de leurs péchés. L'amour de la solitude, l'extrême irritabilité de ses sens la portent à chercher un abri sur les créneaux des tours et des éghses et sur le sommet des arbres. Elle est si légère que les branches des arbres ploient à peine sous elle, et ses membres sont si souples qu'elle prend sans peine la forme d'un peloton. Tous ces phénomènes sont l'effet de l'état intérieur de son àme et de ce dégagement de joutes les forces psychiques à l'égard de leur enveloppe extérieure; de sorte que, rayonnant au dehors par le surcroît d'énergie qu'elles ont acquis , elles entraînent le corps dans leur sphère, selon leur bon plaisir. Puis l'Esprit d'en haut, venant par là-dessus et trouvant dans ce corps un instrument docile à ses opérations^ accroît encore sa légèreté , sa souplesse et toutes ses au-

sen.

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très qualités, et les sanctifient en les dirigeant vers un l)ut

divin.

Ces opérations d'une nature supérieure à la nature et à

ses lois nous apparaissent d'une manière non nioitis frap-

Âdelaïde pan te dans ce qui nous est raconté sur la sœur Adélaïde d'Adelhau- , , . , ,. , ,, ^ ,, .

par la chronique du couvent d Adelhausen. Celle-ci eut un

jour le désir de savoir quelles avaient été les dispositions des apôtres lorsqu'ils furent, au jour de la Pentecôte, comblés des dons et des grâces du Saint-Esprit. Un jour donc , à la fête de la Pentecôte, comme elle priait devant 1" autel du Saint-Sacrement et qu'elle exprimait à Dieu son désir, un rayon brillant comme le soleil apparut au-dessus d'elle, et le Saint-Esprit la remplit d'une lumière et d'une suavité divines telles que son corps n'en put supporter l'excès. En effet, s' élevant du lieu où elle priait, elle plana dans l'air et fut emportée autour de l'autel, puis déposée à terre devant lui , après quoi elle répandit beaucoup de sang par le nez et la bouche. La sœur Lucie, qui était présente, frappée de stupeur à ce spectacle, alla vers elle et lui demanda ce que cela voulait dire. Adélaïde refusa d'abord de lui révéler ce mystère ; mais, vaincue enfin par les prières de la sœur, et après lui avoir fait promettre qu'elle garderait pendant toute sa vie le secret, elle lui dit : « Ma chère sœur, au moment où le rayon de l'Esprit divin est descendu sur moi pauvre pécheresse, njon cœur s'est trouvé tellement rempli des grâces et des consolations divines que, sans le sang que j'ai répandu, mon cœur se serait brisé à l'heure même; car la nature était trop faible pour contenir l'excès des suavités célestes dont j'étais inondée .» (Steill . , Éphémérides , I" partie, p. 20.) On reconnaît dans ce cas remarquable et raconté avec tant de simplicité le rapport

bij vuK i)A»i i.'kxtask. .{40

du phéiioiiiène tout entier à ce grand moteur, la force d'en haut, qui attire aussi les êtres avec tant de puissance. On y reconnaît Fénergie de cet attrait et la rapidité avec laquelle s'accomplit cette opération. Le cœur d'Adélaïde, inondé de douceur et ne pouvant plus retenir le sang qui bouillonne en lui;, le pousse en haut par un mouvement centrifuge très-rapide. Et comme, d'un autre côté, les esprits nerveux sont également surexcités et montent vers les régions supérieures, le corps obéit à leur direction; puis, lorsque cet état est passé , le sang s'échappe avec le souffle.

Le même phénomène s'est produit chez d'autres, mais Espérance

de sous des formes difïérentes. Espérance de Brenegalla a Va- Rrene-'alb.

lence , lorsqu'elle priait dans l'église, était quelquefois enlevée jusqu'au grand autel, et on la voyait alors planant en l'air, ayant dans ses bras l'enfant Jésus; et une fois elle parcourut ainsi l'église une demi-journée tout entière, allant d'un autel à l'autre. (Steill, 30 décembre.)

Ce qui arriva le jour de l'Ascension à Agnès de Bohême, a^mu's en présence de ses sœurs Prisque et Yratislave, n'est pas moins remarquable. Les trois sœurs, nous raconte un ancien manuscrit, fêtaient ensemble ce jour solennel dans le jardin du couvent, se promenant en chantant de pieux cantiques au milieu des fleurs les plus odorantes. Tout à coup Agnès est enlevée de terre et portée sans aucun secours visible jusqu'aux nuages; de sorte qu'à la fin elle disparut aux yeux de ses sœurs comme si elle fût montée au ciel. Celles - ci, étonnées, interrompirent leurs chants, et, ravies d'admiration, elles avaient les regards fixés vers le ciel, cherchant à rappeler par leurs larmes leur sœur qui venait de disparaître. Au bout d'une heure d'attente et d'angoisses, Agnes reparut au milieu d'elles. Elles lui deman-

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dèrent arec instance ce qu elle était devenue pendant son absence; mais elles ne purent rien obtenir d'elle qu'un doux et aimable sourire. Elle avait contemplé les secrets de Dieu j qu'il n'est permis à personne de révéler. [Sa Vie, par Cruger.)

S'' Colette. Sainte Colette était quelquefois aussi emportée si haut par l'Esprit que les sœurs la perdaient de vue. Elle avoua môme, un jour, forcée par les questions de ses compagnes, que plusieurs fois elle était montée si haut qu'il lui semblait qu'elle Dalmace P*^'-^^^^^ toucherle ciel en allongeant la main. Le F. Dalmace

de Gironne. de Girone allait prier souvent dans un vallon solllaire nommé Camota. Un jour, comme il ne paraissait point à l'heure du dîner, le F. Benedetto d'Aquanotli alla pour le chercher. Arrivé dans le vallon et ne l'apercevant nulle part, il se mit à l'appeler; comme il ne répondait point, il regarda de tous les côtés, et le vit enfin planer dans l'air, de sorte que ses pieds étaient à la même hauteur qu'un arbre qui s'élevait assez haut sur la montagne. Son étonnement augmenta encore quand il le vit descendre peu à peu, coamie s'il eût volé vers la terre, et se prosterner la face contre le sol, abîmé dans la prière. [Marchese, sept.) Le F. Antoine de Sainte -Reine consacrait à la prière tout le temps qu'il avait de reste après avoir travaillé au jardin , et il priait avec une telle ferveur qu'il était souvent élevé au-dessus des arbres les plus hauts. Des habitants de Grosseta, allant au couvent de Saint-Benoît de Marc, où il demeurait, le virent sur le chemin de Batignano planer en l'air devant un arbre au tronc duquel était attachée une croix. [Waddùty , an. 1434.) La même chose arriva souvent à saint François d'Assise, et plusieurs fois ses frères le perdu'ent de vue.

Dr VOL DANS l'extase. 3.')1

Quelquefois ce mouvement qui emporte au-dessus de terre les extatiques prend la forme du vol proprement dit. Un jour, à la Fête-Dieu, saint Bernard de Courléon Bernard

étant à genoux avec les autres frères dans le chœur de l'é- ^^

,. . . 1 , Courléon,

giise pnncipale, avant la procession, et levant les yeuxvers le grand autel, pour regarderie saint Sacrement, qui y était exposé, son âme fut embrasée d'une telle ferveur qu'elle emporta son corps avec elle dans son élan vers Dieu ; de sorte que, volant en l'air en présence de tous les assistants, il resta suspendu devant l'objet de son amour et de ses adorations. Tous accoururent remplis d'étonnement, afin de voir de plus près cette merveille, de baiser les pieds du frère ou de toucher au moins son vêtement ; de sorte que ce grand concours le fit revenir de son extase ; et il redescendit doucement à terre. Mais personne n'eut ce don à un si haut degré que saint Joseph de Coperlino; et comme il a vécu dans un temps très-rapproché du notre, il est très-facile de constater en lui d'une manière authentique cette propriété merveilleuse.

Né en 1003, il mourut en 1G63. Deux années à peine s. Joseph de après sa mort, on commença les informations pour le pro- ^°P^^'^"*^ces sur sa vie et ses miracles, à Xardo, à Assise et à Osimo, lorsque tous les témoins vivaient encore; et toutes les pièces furent examinées très-sévèrement par la congrégation établie à Rome à cet effet. Déjà l'année même de sa mort, le général de l'ordre des Frères Mineurs, Jacques de Ravenne avait chargé le P. Robert de Nuti, d'Assise, d'érrire sa vie. Celui-ci se mit donc à l'œuvre et publia quinze ans plus tard la vie de ce grand serviteur de Dieu. Il prit, comme il le dit lui-même dans sa préface, pour base de son travail les faits qu'il avait vus lui-même de ses yeux ,

:]oi DU VOL DA!SS l'EXTASK.

puis ce qui lui avait été rapporte par des témoins dignes de foi qui avaient eu des rapports avec Joseph, puis enfin ce qu'il avait appris de Martelli de Spolette^ de D. Bernardin Benaducci et de D. Archange Rosimi^ahbé à Assise, qui tous trois avaient été intimement liés avec le saint, avaient eu avec lui de nombreux entretiens et avaieiit noté jour par jour ses actions. En 1711, lorsque le temps fixé par Urbain YÏII fut écoulé , et qu'on eut repris les informations, D. Bernini écrivit, en partie sur les actes qui existaient déjà, en partie sur d'autres manuscrits que l'on avait admis dans cette nouvelle enquête, une seconde vie qui parut à Rome en 1722. Lorsque enfin le pape Benoît XIV, après un nouvel examen, procéda à la béatification en 1733, on distribua à l'occasion de cette fête, dans l'éghse Saint-Pierre, une troisième vie imprimée, qui, d'après Tordre du pape, ne comprenait que les faits extraits des actes et certifiés par un nombre suffisant de témoins. Cette vie, dénuée de tous les ornements du langage, avait été composée par le déiiniteur de l'ordre Pastrovicchi. Il n'est donc aucun fait historique où l'on ait cherché avec plus de soin à découvrir la vérité ; et nous pouvons ajouter une entière confiance aux choses qui nous sont racontées touchant cette merveilleuse propriété de notre saint.

Joseph, dès sa première jeunesse, et comme il demeurait encore à Grotella, était entré le jour de la fête de saint François dans une petite chapelle entourée d'oliviers et située à une portée d'arquebuse de son couvent. Les frères entendirent bientôt partir de là un cri qui fut répété cinq fois. Us accoururent, et ils virent Joseph à la voûte à demi ruinée de la chapelle, tenant embrassée une croix et

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élevé de vingt palmes au-dessus de terre. Une autre fois, dans celte môme église, la nuit de Noël, ayant entendu le son des fifres de quelques bergers qu'il avait invités à venir honorer la naissance de l'enfant Jésus, il fut inondé d'une telle joie qu'il se mit à danser. Puis il poussa un profond soupir, jeta un grand cri, et s'envola comme un oiseau du milieu de l'église jusqu'au maître-autel, qui était à plus de cinquante pieds de distance; et dans son ravissement il tint embrassé le tabernacle pendant un quart d'heure , sans faire tomber un seul des cierges qui brûlaient en grand nombre sur l'autel et sans qu'aucun de ses vêtements prit feu. L'étonnement des bergers fut grand , on le pense bien ; mais celui des frères de son ordre et des habitants de Copertino ne le fut pas moins lorsqu'un jour, à la fête de saint François, revêtu delà chape pour assister à la procession qui devait avoir lieu , il s'envola tout d'un coup sur la chaire de l'église, haute de quinze palmes , et resta pendant longtemps à genoux , les bras étendus, abîmé dans l'extase sur l'extrême bord de la chaire.

Un jour de jeudi saint au soir, il eut un ravissement qui ne fut pas moins remarquable. Pendant qu'il priait avec d'autres religieux devant le tombeau dressé sur le grand autel et orné d'un grand nombre de lampes et de nuages resplendissants, il s'envola tout d'un coup pour aller embrasser le calice qui renfermait tous ses amours sans rien déranger aux ornements qui entouraient l'autel : puis au bout de quelque temps, rappelé par ses supérieurs, il descendit à l'endroit où il était auparavant. Santi Rossi de Trevi étant tombé malade pendant qu'il faisait son noviciat dans le couvent de Copertino , Joseph alla le voir un

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jour avec plusieurs autres. Pendant que l'on s'entretenait de sujets pieux, Joseph avait les yeux attacliés sur un crncilix qui était suspendu au mur au-dessus d'une table, laquelle était, comme c"est la coutume dans les chambres des malades^ embarrassée de verres, de pots de pommade et d'autres vases fragiles. L'entretien étant tombé sur la conception immaculée de la sainte Vierge, il s'éleva aussitôt au-dessus de terre, en poussant un cri, vola vers le crucifix qui était au mur, et plana dans l'air devant lui un bon demi -quart d"heure: après quoi il descendit sur cette petite table sans briser ni déranger aucun des objets qui s'y trouvaient.

11 lui arriva quelque chose de non moins surprenant lorsqu'il voulut ériger un calvaire sur une petite colline située entre Copertino et le couvent de Grotella. Deux croix étaient déjà placées. Le saint remarquant que celle du miheu ne pouvait, à cause de son poids et de sa hauteur, qui était de cinquante palmes, être mise facilement en son lieu par les dix hommes chargés de ce travail, se sentit envahi par l'Esprit, et tout aussitôt il s'envola de la porte du couvent, qui était à plus de quatre-vingts pas de la croix, enleva celle-ci comme une paille, et la plaça dans le trou qui devait la recevoir. Cette croix devint l'objet de sa dévotion; et souvent dans la suite il s'envola vers elle de la même manière. Un jour qu'il était près d'elle avec d'autres prêtres, un de ceux-ci demanda : « Que ferionsnous si Notre-Seigneur était vraiment attaché à cette croix, et qu'il nous fût permis de le baiser? » L'un, dans son humilité, dit qu'il lui baiserait les pieds ; un autre, la plaie de son cœur, etc. Lorsque ce fut au tour du saint de répondre, il s'écria avec un visage enflammé par l'amour : « Moi .

DU VOL DANS L EXTASE. 3o."i

moi je baiserais sa bouche adorable détrempée de fiel et de vinaigre. » En même temps il prit son vol vers la croix, attacha sa bouche juste à l'endroit où aurait été la bouche de ^'otre- Seigneur s'il avait été là, et resta ainsi pendant longtemps, au grand étonnement de tous, appuyé sur un clou qui avait été enfoncé dans la croix comme signe de celui qui avait percé les pieds de Notre -Seigneur. 11 l'allut aller chercher une échelle au couvent pour le descendre. Plusieurs fois il s'élança de la même manière vers cette croix, de dix ou douze pas de distance. Un jour qu'il parlait de la descente du Saint-Esprit sur les apôtres, ayant vu passer un prêtre avec un cierge allumé, il fut saisi par l'Esprit et élevé en l'air à dix pieds de hauteur. U fut élevé une autre fois jusque sur un olivier qui était près de lui , parce qu'un prêtre lui avait adressé ces paroles : (( Père Joseph , quel beau ciel Dieu nous a créé ! » On le vit alors rester à genoux une demi-heure de temps sur une des branches de l'arbre; et ce qui remplit les spectateurs d' un nouvel étonnement, c'est que la branche se balançait légèrement comme si un oiseau se fut posé dessus. Il avait une dévotion particulière pour la sainte Vierge : il ne l'appelait jamais que sa bonne mère, ornait son image à Grotella de hs, de roses et d'autres fleurs selon la saison, lui présentait des cerises ou d'autres fruits, et composa en son honneur un grand nombre de cantiques simples et pieux à la fois. Il tombait en extase rien qu'à entendre prononcer son nom. Un jour que les frères chantaient les litanies, dès ces premières paroles : Sainte Marie, il s'élança vers l'autel de la Vierge, en passant pardessus la tête de six religieux qui étaient devant lui. Lorsqu'il fut envoyé à Assise, il aperçut à la voûte de l'église

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l'imagé de Notre-Dame tout à fait semblable à celle qui était honorée à Grotella : « Ah ! ma mère m*a suivi , » s'écriat-il; et tout aussitôt il s'élança vers elle à dix-huit pieds au-dessus de terre. La même chose se répéta quelques jours plus tard devant une autre image qu'on lui montra; et ces extases volantes le prenaient souvent lorsqu'on chantait en sa présence quelques-uns des cantiques qu'il avait composés à sa louange. Le P. Junipère de Palerme déclara qu'un jour, les novices s'étant mis à chanter un de ces cantiques en sa présence, il fut aussitôt enlevé de terre à genoux; et comme un de ceux qui étaient présents doutait s'il ne touchait pas encore le sol, à cause de sa robe qui pendait, il passa la main sous lui et se convainquit que ses doutes n'étaient pas fondés.

Au reste, tout chant pieux le mettait facilement en cet état. Le maître de chapelle du couvent d'Assise, Antoine Cossandri, de Brescia, avait sous sa direction trois enfants qui chantaient comme des anges. Ceux-ci ayant chanté un jour en présence de Joseph, et dans sa cellule, un dialogue entre plusieurs âmes dans le purgatoire, il fut aussitôt enlevé à genoux, et l'un de ces enfants, pour s'assurer qu'il ne touchait réellement plus la terre, passa également sous lui la main. Ses extases étaient fréquentes aux fêtes de la sainte Vierge. Un jour, à la fête de l'Immaculée Conception, il était allé vers trois heures du matiu à l'église. Après avoir prié devant le grand autel, il alla en faire autant à celui de la Conception. Là il fut pris par une extase et emporté trois fois de suite à genoux vers l'autel. Puis, s'élevant de nouveau au-dessus de terre, il s'envola à de grandes distances, tantôt ici, tantôt là, chantant avec une jubilation extraordinaire : « 0 beauté admirable de Marie ! »

DU VOL PANS l'kxtasf., 337

Puis, avec racccnt d'une tristesse profonde : « 0 horribie péché! » Puis de nouveau s'adressant à la sainte Vierge : « Oh ! que vous êtes belle, que vous êtes pure ! » Et il passa ainsi une heure entière, chantant et dansant à genoux. Le P. gardien Mastrilli accourut, craignaut qu'il ne se blessât, car il était nu-pieds, et ses bonds, ses élans sur les genoux étaient considérables. Il rappela donc dans une bonne intention le saint de son extase, au nom de l'obéissance. Joseph revint à lui, reprit son manteau et ses sandales, et s'en retourna au chœur à sa place; mais le gardien se reprocha dans la suite de l'avoir dérangé sans nécessité dans son extase. La chose paraissait inutile en elTet; car, comme il le raconta lui-même au supérieur du monastère, dans ses ravissements il ne s'était jamais fait aucun mal.

Un jour, à Naples , comme il priait à genoux dans un coin de la chapelle secrète de l'église Saint -Grégoire l'Arménien, qui appartenait aux religieuses de Saint-Liguori, il s'élança tout à coup en l'air en jetant un grand cri, et se trouva bientôt au milieu des cierges et des fleurs, les bras en croix et le corps tendu en avant; de sorte que les sœurs effrayées se mirent à crier : a 11 va brûler ! il va brûler ! » Mais il revint au milieu de l'église, toujours en volant, sans se faire de mal, après avoir poussé de nouveau un cri. Puis là, tournant sur ses genoux avec un mouvement trèsrapide, il se mita chanter : « Bienheureuse Vierge, bienheureuse Vierge ! )) C'est ainsi qu'il vola l'espace de quinze pas à Monopoli, vers une nouvelle image de saint Antoine de Padoue que les religieux de son ordre lui montraient, et revint ensuite à sa place de la même manière. Il se glissa un jour, les genoux ployés et le visage rayonnant, à travers la grille étroite du chœur, dans la chapelle de Sainte-

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Ursule^ où le saint Sacrement était exposé; puis,, rappelé par Tobéissance, il revint parle même chemin. Étant entré un jour avec un prêtre dans une église de village, celui-ci lui demanda : k Le saint Sacrement est-il ici? » car aucune lumière ne brûlait devant lui. « Qui peut le savoir? » répondit le saint. Puis, à l'instant même, il pousse un cri, vole vers le tabernacle, l'embrasse, et adore le saint Sacrement, qui y était renfermé.

Ce n'était pas lui seulement qui s'élevait ainsi dans ses extases, mais il en emportait d'autres avec lui. Ceci arriva entre autres au père Gardien d'Assise un jour que Joseph, après les vêpres solennelles, pria celui-ci, qui s'était arrêté dans la chapelle du noviciat, de répéter avec lui en l'honneur de l'Immaculée Conception : « 0 Marie, ô toute belle! » Comme le père prononçait ces paroles, il se sentit saisi de côté par le saint et élevé en l'air. La même chose arriva lors de la vêture de plusieurs vierges dans le couvent de Sainte- Claire à Copertino. Comme on entonnait l'antienne Veni, sponsa Christi, il s'élança du coin où il priait à genoux vers le confesseur de la maison , le prit par la main, l'enleva de terre avec une force surhumaine, et le fit tourner en cercle.

Un jour on lui amena attaché sur un siège un pauvre gentilhomme qui était fou, afin qu'il le guérît par sa prière. Joseph , lui ayant fait ôter ses liens, se le fit amener à genoux dans sa cellule, se leva, lui mit les mains sur la tête et lui dit : « Noble Balthasar, ne craignez point ; recommandez-vous à Dieu et à sa sainte Mère. » A peine avait-il prononcé ces mots que saisissant le pauvre fou par les cheveux et poussant son cri ordinaire : a Ohl » il s'éleva de terre et l'emporta avec lui. Il le tint ainsi quelque temps

DU VOL DA!SS l'eXTASE. 339

en l'aii^ et redescendit ensuite à terre avec lui. Mais Balthasar était guéri. Quelquefois, lorsqu'il s'élevait ainsi, on entendait un son. Un jour, pendant qu'il était à Fossombrone, après avoir dit la messe de bonne heure, le jour de la Pentecôte, dans sa chapelle, comme il prononçait ces mots : Veni, creator S}yintus , le feu divin s'empara de lui si subitement que, s' élançant de l'autel avec un bruit qui ressemblait à celui du tonnerre, il plana comme un éclair autour delà chiipellc, avec une telle impétuosité que toutes les cellules qui se trouvaient dans le même corridor en étaient ébranlées; de sorte que les frères elTrayés sortirent en criant : « C'est un tremblement de terre! » Lorsqu'ils entrèrent dans la chapelle du saint, ils le trouvèrent en extase, abîmé dans la plénitude des suavités divines, et reconnurent la cause de ces mouvements violents qui les avaient épouvantés.

Ses ravissements et ses ascensions n'eurent pas seulement pour témoins le peuple et les rehgieux de son ordre; le pape Urbain VIII lui-même le vit un jour dans cet état, et il en fut hors de soi d'étonnement. Le général de son ordre l'avait présenté au souverain pontife. Joseph, considérant qu'il était en présence du vicaire de Jésus-Christ, tomba en extase et s'éleva au-dessus de terre. Le pape dit aussitôt que, si Joseph mourait avant lui, il voulait certifier luimême ce qu'il avait vu. — Le duc Frédéric de Brunswick, appartenant à la confession luthérienne , dans un voyage qu'il faisait à l'âge de vingt-cinq ans pour visiter les principales cours de l'Europe, vint de Rome à Assise vers 1630; pour voir notre saint, dont la renommée avait porté le nom jusqu'en Allemagne. Arrivé là, il fut très-bien reçu, et logé dans les appartements destinés aux princes. Comme il dé-

360 Dl VUL DANS LhATA^E.

clara qu'il était venu pour parler avec Joseph^ et qu'il voulait repartir aussitôt après, on le conduisit le lendemain matin à l'entrée de la chapelle où il disait la messe, avec deux seigneurs de sa suite, dont Fun était catholique et l'autre protestant. Le saint ignorait la présence de ces étrangers. Mais lorsqu'il voulut rompre l'hostie, il la trouva si dure qu'il ne put jamais la partager, ce qui lui arriva d'ailleurs plusieurs fois encore. Il la remit donc sur la patène, et fixant sur elle son regard, il éclata en sanglots; puis, tombant en extase, il s'envola à genoux à cinq pas en arrière, en poussant un grand cri. 11 revint ensuite à l'autel, toujours en l'air et en paussant le même cri. Il put alors, quoiqu'avec beaucoup de peine, partager la sainte hostie. Après la messe, le prince lui fit demander par le supérieur pourquoi il avait tant pleuré : « Ceux que vous avez envoyés ce matin à ma messe, reprit Joseph, ont le cœur dur, car ils ne croient pas tout ce que croit l'Église ; c'est pour cela que l'Agneau de Dieu est devenu aujourd'hui tehement dur entre mes mains que je ne pouvais pas le rompre, n Le duc, touché et par ce qui s'était passé et parla réponse du saint, ne fut plus si pressé de partir, et resta encore tout le jour jusqu'à Compiies avec Joseph. Il voulut assister de nouveau le lendemain matin à sa messe. A l'élévation, la croix formée sur l'hostie parut noire à tous ceux qui étaient présents; et le saint lui-même fut élevé à une palme au-dessus de la marche de l'autel, et resta un quart d'heure dans la même position , tenant la sainte hostie entre ses mains. Le duc, à cette vue, ne put retenir ses larmes. Le gentilhomme qui était protestant dit dans un mouvement de colère : « Maudite soit l'heure oii je suis venu dans ce pays; j'avais la conscience tranquille en Allemagne; ici je

l»U VOL DAlNS l'extase. 3HI

suis tourmenté d'inquiétudes et de scrupules. » Le sainte qui voyait tout dans une lumière supérieure, assura à l'un de ses amis que le duc se convertirait. « Réjouissons-nouSj, lui dit- il ^ le cerf est atteint. )> En effet, après avoir causé avec le prince jusqu'à midi , lorsqu'il le vit après vêpres venir à sa cellule , il alla au-devant de lui , et, lui mettant sa ceinture autour du corps, il lui dit : « Je vous ceins pour, le paradis. »

Saint Joseph n'est pas le seul chez qui l'extase volante ait été assez puissante pour emporter non - seulement l'extatique , mais encore ceux qu'il tenait. On sait que saint François d'Assise emporta ainsi un jour dans son vol le frère S. François Maffei. 11 en fut ainsi de Jeanne Rodriguez. Un jour, Alphonse et François Ruiz la conduisaient dans la rue en lui Jeanne tenant le bras, à cause de sa faiblesse. Pendant le chemin , ° "S^ez. ils entendirent tout à coup dans une petite rue une musique en l'honneur du Saint Sacrement. Jeanne s'élève aussitôt comme un aigle dans l'air, et emporte avec elle ses deux guides à plus de huit jets de pierre, jusque devant le couvent des Auguslins , d'où sortait à l'instant même une procession, devant laquelle elle se mit à genoux. Ses deux guides ne purent comprendre comment ils s'y étaient trouvés transportés.

L'extase était quelquefois si puissante chez Dominique Dominique

do de Jésus -Marie, qu'il s'élevait jusqu'au plafond de sa cel- jésus-Marie.

Iule, et restait dans cet état un jour et une nuit. Comme

on se moquait beaucoup à Valence des ravissements qu'il

avait dans l'église et dans lesquels il s'élevait en l'air, un

de ses contradicteurs, qui ne croyait pas à ses extases, eut

un jour la pensée de le tenir par les pieds au moment où,

saisi par l'Esprit, il était emporté en l'an*. Entraîné avec

362 DU VOL DAKS l'eXTASE.

luij il eut peur, lâcha les pieds et tomba sur le sol. Après avoir ainsi payé sa témérité par de grandes douleurs, il fut bien contraint de confesser la vérité.

Lorsque l'àme, d'un côté , est ainsi plongée dans les visions de l'extase, et que de l'autre le système nerveux tout entier est saisi par la force d'en haut, les autres phénomènes de l'extase qui appartiennent aux régions supérieures, tels que l'irradiation, le chant, le son extatique, doivent nécessairement se trouver quelquefois réunis aux phénomènes des régions intermédiaires, et rendre ainsi l'événement plus frappant encore. Ainsi, pour ce qui concerne le son extatique , on raconte que Theodesca de Pise, se trouvant dans l'église le jour de la fête de saint Jean, La Be Ge- vit la bienheureuse Gerardesca enlevée de terre à genoux,

i'ïirdpsCfî dp

p-gg a dix coudées de haut. Efh'ayée d'abord, elle fut bien consolée ensuite lorsqu'elle entendit la sainte chanter comme un ange. (A. S., 29 mai, c. ii.) Pour ce qui est de l'irradiation , la transition à ce genre de phénomènes est amenée ordinairement par la sensation d'une transparence Elisabeth parfaite que l'extase laisse après elle. Elisabeth > comtesse Falkenstein. ^^ Falkenstein, a un ravissement dans le monastère d'Adelhausen, et entre dans une union tellement intime avec Dieu qu'il n'y a plus rien entre elle et lui. Lorsque son âme revint à son corps, elle y produisit un tel ébranlement que celui-ci, s'élançant du lieu où il était dans la salle du chapitre, fut élevé en l'air. Une sœur témoin de cette merveille courut à eile, la tirant par en bas , et la réveilla ainsi de son extase. Son âme avait été comblée dans ce ravissement d'une si grande abondance de grâces qu'il semblait qu'elles avaient comme débordé dans le corps ', car pendant plus de six mois il lui sembla que son

DU VOL DANS l'extase. 3()J

corps était transpurent et radieux, et qu'il ressemblait plutôt au cristal qu'à la chair. Elle connaissait aussi les secrets des cœurs , et distinguait si un homme était en état de grâce. (Steill, I, p. 165.)

Ce fait se rapproche beaucoup de ce qui arriva à la Oringa. bienheureuse Oringa après l'extase qu'elle eut à Assise. En effet, elle ressentit d'un côté une telle agihté qu'elle avait peine à se persuader qu'elle eût vraiment un corps ; et d'un autre côté ses oreilles gardèrent le retentissement des suaves mélodies qu'elle avait entendues, de même que l'odorat, le parfum des fleurs célestes au milieu desquelles elle avait marché; et cet état dura neuf mois sans interruption. (A. S., 10 janv.) Lorsque l'extase est plus forte encore, la transparence produit l'irradiation. On trouva

un jour sainte As^nès de Bohême élevée de trois pouces , ^f"®.^ 'i ^ ^ de Bohême.

au-dessus de terre. Non-seulement son visage était resplendissant comme de coutume, mais l'appartement tout entier était éclairé par le nuage lumineux qui brillait autour d'elle. De plus, une voix plus forte que la voix humaine répondit à sa prière; de sorte que les femmes qui étaient présentes furent frappées de terreur devant la majesté divine qui se révélait si visiblement en ce lieu. Plus tard , sur son lit de mort, son visage resplendit d'une lumière toute céleste, qui augmentait à mesure que la mort approchait. (Sa Vie.)

Le visage de Venturin de Bergame était souvent radieux A'enturin pendant qu'il disait la messe. Lorsqu'il chantait ou lisait ^ l'évangile, on voyait un flambeau sortir de sa bouche, et ses yeux briller comme deux étoiles. Lorsqu'il arrivait à la consécration , on voyait sortir de sa bouche aussi un nuage lumineux qui éclairait tous ses traits, et à chaque parole

Bergame.

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de la consécration qu'il prononçait un rayon de feu perçait ce nuage. Quand il récitait le Sanctus, il était enlevé de terre ^ et son visage brillait comme le soleil. Une dame de Bologne qui avait entendu parler de ces faits et avait refusé d'y ajouter foi , alla un jour pour assister à sa messe^, afin de s'assurer de la vérité. Elle le vit à l'élévation entouré d'un nuage brillant jusqu'à Flfe, missa est. On Yoyait aussi quelquefois, pendant qu'il prêchait, une colonne de feu se poser sur sa tête ; une fois môme on vit des étincelles sortir de sa bouche comme d'un fer enflammé, et s'attacher à ses vêtements, de sorte que tous ceux qui étaient présents se mirent à pousser des cris. Alphonse d'Herrera, dans la Nouvelle- Espagne, planait souvent aussi dans une Damien de lumière merveilleuse; et le frère lai Damien de Vicari, qui vivait vers 1613,^n jour qu il méditait dans 1 église de Vivone, fut élevé jusqu'à la voûte, et l'éclat dont il brillait était si grand qu'il rayonnait à travers les fenêtres et toutes les autres ouvertures. Les gardes de nuit et les habitants de la ville accoururent vers TégUse, frappèrent à la porte du couvent, appelèrent les moines, croyant que c'était un incendie. Mais lorsque les portes de l'église leur furent ouvertes , ils trouvèrent le frère planant en l'air. {Ménoîoge de saint François, avril, p. 837; sept., p. 1823.) Franc. La même chose arriva au carme Franc lorsque la sainte

Vierge lui apparut dans sa cellule et qu'il devint tellement radieux que tous craignant un incendie accoururent avec des éctielles, des seaux et tous les instruments nécessaires en pareille circonstance. On força la porte de la cellule : on vit bien, il est vrai, les murs et tous les meubles en feu, mais ni flamme, ni famée, ni étincelle. Pendant que tous

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se regardaient frappés de stupeur^, la vision cessa; le feu commença à se retirer aussi ^ et ils virent, en approchant de plus près , Franc planant en l'air, les yeux ouverts et fixés vers le ciel, la bouche entr' ouverte comme un homme qui parle, les mains jointes et privé de ses sens. (Spéculum Carm., t. II, p. ii, c. 21 .) Agnès de Chàtillon fut un jour enlevée en l'air pendant qu'elle priait; et non -seulement son visage devint resplendissant comme à l'ordinaire, mais encore tout son appartement fut inondé de l'éclat que répandait autour d'elle le nuage lumineux dont elle était environnée. (A. S., 6 mart.) Le visage de Michel Lazar, mort en 1602, brillait souvent comme le soleil pendant qu'il planait en l'air, entouré d'un nuage lumineux; et l'on voyait fréquemment sur sa tête des rayons de lumière qui remplissaient tout le chœur. Pierre deRegolada, non loin d'Aranda de Duero, qui vivait vers 1456, devenait souvent lumineux par suite de l'aaiour divin dont il était consumé; de sorte que prêtres et laïques, tous le voyaient entouré d'éclat, suspendu en l'air et immobile des heures entières. (Huber,p. 1052.) Alphonse Rubius de Valence, frère lai, était souvent enlevé de terre dans l'extase, et des rayons lumineux, partant du Saint Sacrement, qui était exposé, • éclairaient son visage. Il en était de même du frère Jean Massias de Castille , dont le visage , sur son lit de mort , quoique semblable à un squelette, devint radieux une fois encore, comme les sommets des Alpes sous les derniers rayons du jour. (Marchese.)

Mais le fait le plus frappant et le plus merveilleux en ce s. Pierre genre est ce qui arriva à saint Pierre d'Alcantara, dans son ^ ' ^■'"'^•^'" couvent de Pedroso. Il regardait, du jardin du monastère, en présence de plusieurs témoins, une croix qu'il av.iit

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