‹ La mystique divine, naturelle, et diabolique (volume 2)Chapitre 6 sur 44 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L'extase considérée dans l'homme supérieur ou spirituel et dans le système cérébral qui lui correspond. Développement organique de la lumière. Comment une lumière merveilleuse apparaît souvent à la naissance des saints, ou dans le cours de leur vie, lorsqu'ils accomplissent certains actes religieux. De la lumière qui accompagne les visions. Opposition dans la direction des rayons lumineux. Clarté et obscurité. Des diverses formes sous lesquelles se produit la lumière. Le nuage lumineux. La colonne de feu. Les globes de feu. Les étoiles. Le simple rayonnement. Les bandes lumineuses.

D'après l'ordre que nous nous sommes proposé , nous avons à étudier d'abord les phénomènes de l'extase dans l'homme spirituel et dans le système cérébral qui lui correspond. Ici l'extase est le résultat d'un surcroît d'activité dans la fonction organique par laquelle le cerveau sert d'instrument aux opérations de l'esprit. Celles-ci consistent principalement dans la pensée et le vouloir. La pensée et le vouloir sont des mouvements tout intellectuels , mais qui se traduisent corporellement en quelque sorte dans' le cerveau^ en y produisant certaines impressions soumises aux conditions de l'espace, comme tout ce qui sort du domaine de l'esprit. Or ces impressions , ces mouvements ont lieu non dans la masse entière du cerveau, mais dans le fluide nerveux qui l'anime. Ce fluide mis en mouvement par la pensée , qui est la plus haute fonction de l'esprit, se révèle par la lumière, qui est aussi l'expression du mouvement le plus élevé de la nature. C'est donc dans le développement de la lumière organique que se manifeste la surexcitation de l'esprit dans l'extase. Nous ne nous occuperons pas ici des opérations de la volonté , nous réservant d'en parler lorsque nous étudie-

rons les régions moyennes de l'homme, et nous ne traiterons en ce lieu que des phénomènes qui se rapportent à la pensée.

Dans l'état ordinaire, la lumière organique, n'étant distribuée et poussée qu'avec une certaine mesure , proportionnée à la température générale de la vie , se dissipe dans le tissu des nerfs. C'est elle qui rend le corps diaphane en dedans, et par conséquent invisible pour l'esprit : mais enveloppée d'organes grossiers qu'elle ne peut pénétrer, elle le laisse opaque par dehors; de sorte que le dedans est invisible aussi pour les autres. Cependant, sous l'influence d'une inspiration supérieure, elle devient plus rapide, plus puissante, plus énergique, et entre par là même dans de nouveaux rapports avec le reste de l'organisme. Versée avec plus d'abondance, de force et de rapidité, elle n'est plus arrêtée par son organe; et, débordant par-dessus ses limites ordinaires, elle s'écoule de tous côtés, et pénètre jusque dans les organes les plus profonds qui lui étaient fermés auparavant. Bien plus, dépassant les liantes de 1" organisme lui-même, elle devient visible au dehors et pour les autres. C'est à ce genre de phénomènes qu'appartiennent toutes ces apparitions lumineuses qui accompagnent si souvent l'état extatique; c'est lui aussi que nous allons étudier maintenant.

Mais à ces modifications du système cérébral doivent correspondre des changements non moins profonds dans l'esprit , dont il n'est que l'organe; car c'est dans l'esprit proprement qu'est l'extase, et c'est de l'esprit qu'elle se communique au corps. Les opérations de l'esprit consistent dans la pensée, la vision, l'imagination ou la représentation des choses et dans les autres mouvements spiri-

DÉVELOPPEMENT DE LA l.l.MlKRi: OKGAMQIE. ~i'.\

tiiels de ce genre. L'esprit^ de môme que le cerveau sou organe, acquiert donc dans l'extase plus de force et d'énergie; il est plus concentré, plus vivement excité dans son fond. Éclairé par une lumière surnaturelle, il devient plus vif, plus clair, plus puissant ; il a quelque chose de plus radical et de plus immédiat; il ne contemple plus h's choses comme il le faisait auparavant, mais il s'élève jusqu'à la vision. Saint Augustin, dans son livre de Genesi <id litteram (liv. XJl , c. m) , distingue déjà (rois sortes de Nisions: Tune par les sens extérieurs, qui saisit les objets corporels; la seconde a lieu dans l'imagination, et contemple les choses qui sont du domaine de l'àme ou de la psyché, par les moyens de certaines formes qu'elle abstrait des objets corporels; la tjoisième enfin comprend les choses spirituelles qui sont perçues inunédiatement sans le secours de ces formes. Comme nous avons déjà parlé de la première de ces visions dans le livre précédent, nous ne traiterons ici que des deux autres.

La vision est à l'égard de la lumière organique ce que la pensée esta l'égard de la parole qui l'exprime et qui lui donne une forme. L'esprit peut à son gré exprimer sa pensée, soit dans l'espace par des signes extérieurs, soit dans le temps par la parole. Or l'extase s'empare à son tour de cette opération, la transforme et l'élève à sa manière : elle donne ainsi naissance aux sons et à la pai'oie extatiques , que nous étudierons encore ici et qui forment comme la transition des phénomènes mystiques de l'esprit à ceux de l'àme.

Nous rapporterons d'abord les faits qui ont rapport au développement de la lumière organique. Ces faits sont nombreux. Bien souvent, en elfet, on a \u apparaître une H. 3

lumière extraordinaire sur le berceau ou dans i'enfance d'un saint; et cette lumière, comparée avec sa vie, doit être considérée comme prophétique. Parmi ces apparitions, plusieurs, il est vrai, peuvent avoir été l'effet du hasard; mais elles sont trop nombreuses pour qu'on puisse les attribuer toutes à cette cause. Ainsi, à la naissance de saint Charles Borromée, on vit au-dessus de l'appartement de sa mère une lumière extraordinaire de six coudées de large et aussi longue que la portée d'un coup d'arquebuse. A la naissance du solitaire Gutlach, une bande de couleur pourpre descendit du ciel jusqu'à une croix qui était devant la porte de la maison . Lorsque saint Wilfrid d'Éborach vint au monde, une colonne de feu se reposa sur la maison de son père et dissipa Tobscurité de la nuit. Il en fut de même à la naissance de saint François de Paule. La mère d'Ursule Benincasa vit la figure de son enfant toute resplendissante, et la chambre où elle était tout en flammes. La même chose arriva pour Agnès Politiana. Le berceau de saint Maternien, évêque de Reims, fut, huit jours après sa naissance, environné d'une lumière qui, après avoir duré trois heures , forma un globe de feu et monta vers le ciel. On raconte la même chose d'Héribert, archevêque de Cologne, de Susibert de Werden et de beaucoup d'autres.

Lorsque ces lumières apparaissent pendant le cours de la vie des saints, c'est ordinairement à l'occasion de quelque acte pieux. Il en est qui sont tellement pleins de lumière que, dès qu'ils s'entretiennent des choses divines, elle rayonne autour d'eux. Toutes les fois que saint Philippe de Neri s'entretenait de cette manière avec saint Charles Borromée, il voyait le visage de celui-ci briller comme

celui d'un ange. On raconte dans la Vie de Gilles, disciple de saint François d'Assise, que , parlant de choses pieuses pendant la nuit, il répandit une telle lumière que la lune , qui était pourtant alors dans son plein , brillait moins que lui. Un jour saint Colombin de Sienne, se promenant dans les champs au milieu de ses compagnons , se mit à leur parler de la sagesse et de la bonté du Créateur, qui éclatent même dans les herbes et les fleurs. Comme il s'enflammait toujours davantage au milieu de ces entretiens, il tomba à terre et cessa de parler. Les siens, se souvenant de l'épouse du Cantique, qui, languissant d'amour, demande pour se soutenir des fleurs et des pommes de grenade, allèrent cueillir des fleurs, et en couvrirent le corps du saint tout entier : puis quelque temps après ils les ôtèrent à l'envi , les regardant comme des reliques qu'il avait sanctifiées. Mais lorsqu'ils voulurent découvrir le visage ils furent éblouis par l'éclat qu'il répandait, de sorte qu'ils ne pouvaient le regarder. Cet éclat diminua peu à peu, et son visage reprit lentement sa forme et sa couleur ordinaires. Ses joues seulement gardèrent un doux incarnat , comme celui que les peintres cherchent à exprimer quand ils veulent représenter un séraphin.

Ce rayonnement de lumière arrive souvent aussi pendant un sermon. Saint Bernardin, lorsqu'il prêchait dans l'éghse de Saint-Martin de Sienne , brillait souvent d'un éclat merveilleux en présence de tout le peuple. Un jour que saint François de Sales, après avoir expliqué au peuple les dix commandements, adressait une prière à Dieu à la fin de son sermon , tous les assistants le virent environné de lumière; de sorte qu'ils ne pouvaient le reconnaître. L'objet du sermon n'est pas sans influence sur ce phénomène.

Toutes les fois que saint Camille de Lellis prêchait sur l'amour de Dieu , son visage devenait resplendissant comme le soleil. Lorsque Jean MarinonetGarziasBlandez s'échauffaient en parlant au peuple, ils lançaient des ëtinceUesde feu. Un jour que saint Ignace de Loyola écoutait avec une grande attention un prédicateur à Barcelone, sa tête s'illumina tout à coup, et saint Philippe de Neri assura l'avoir vu plusieurs fois en cet état.

Quelquefois aussi c'est dans la prière et le recueillement de la contemplation que la lumière se développe, comme il arrivait souvent à Esperanza de Brenegalla à Valence, laquelle priait tous les soirs jusqu'à minuit devant l'autel du Saint-Sacrement, et que l'on trouva souvent en extase et iUuminant toute l'église d'une clarté merveilleuse. On raconte la même chose de Hiéronyme Carvallo en Portugal. La lampe qui brûlait pendant la nuit devant le lit de saint Héribert s'étant éteinte, le clerc qui dormait près de lui se réveilla, et se mit à chercher avec empressement de la lumière. U vit tout à coup un éclat extraordinaire partir du lit où l'archevêque priait les bras étendus, de sorte qu'il ne pouvait plus distinguer ceux-ci. U attesta ce fait par serment. (A. S., 16 mari.) Saint Gilles, étant au chœur à Santarem et sentant approcher l'extase, voulut courir à la sacristie; mais il fut pris par l'esprit devant la porte, qui était fermée, et tomba à terre. Une pieuse femme, nommée Elvire Duranda, étant arrivée par hasard, le vit en cet état par une petite fenêtre. Au bout de quelques instants, elle aperçut une colonne de lumière descendre .ur lui et pénétrer tout son corps, de sorte qu'il brillait comme le plus pur cristal traversé par les rayons du soleil. Plongée dans l'admiration à la vue de ce spectacle, elle ne

pouvait s(i lasser do, le regarder, jusqu'à ce qu'enfin , au bout de deux heures environ , la lumière disparut peu à peu; et Gilles, se réveillant avec un profond soupir, se mit à marcher à tâtons comme un aveugle. Il en était ainsi dans toutes ses extases; car il lui semblait à chaque fois qu'il passait tout à coup d'une lumière éclatante dans un lieu obscur. {A. S., 14 mai. )

La même chose arriva à saint Joachim de Sienne, de l'ordre des Servîtes, un jour qu'il allait au chœur avec les autres frères, et à saint François de Paule dans une circonstance semblable. Berthe, abbesse du couvent cistercien de Reclinatoire en Flandre , raconta à Thomas Cantinpré qu'étant encore au couvent d'Aquiria elle cherchait un jour une des sœurs à qui elle avait affaire et qui était très-distinguée pour sa piété. Après l'avoir cherchée longtemps, elle la trouva en extase dans un coin de l'éghse. Elle s'approcha d'elle tout doucement, souleva son voile; et voyant sortir de son visage une lumière plus brillante que la flamme la plus vive, elle fut tellement effrayée à ce spectacle qu'elle fut près de tomber évanouie. {Lib. Apum, 1 1, .'>4.) Sainte Elisabeth de Hongrie apparut lumineuse aussi pendant sa prière à un prêtre, et sainte Hedwige de Pologne à son serviteur Boleslas Sanon. On raconte la même chose de sainte Lutgarde , de Cécile de Coppoli , d'Ursule Benincasa, de Marguerite de Ravenne, de Barnabe de Pistorio. Catherine de Jésus exhalait outre cela un parfum très-pénétrant. Jean Calaguritanus était souvent tellement abîmé dans l'extase que les rayons qui partaient de son visage étaient pour les assistants l'unique signe de vie qu'il donnât.

L'hymne, n'étant qu'une prière plus élevée, doit aussi.

lorsqu'elle est chantée avec ferveur^ favoriser le développement de la lumière. Ce que Chr. Hem-iquez nous raconte à ce propos dans son livre sur les saints de Tordre de Cîteaux est très-instructif: il avait tiré le fait des dialogues de Césaire. Guillaume, religieux de cet ordre, vit un jour une lumière sur la tête d'un autre père nommé Jean, pendant qu'il chantait le Benedictus, allant et venant dans le chœur, et il le montra au prieur. Celui-ci demanda à Jean : « A quoi pensiez-vous en sortant lorsqu'on a commencé à chanter le Benedictus? — Je pensais que si j"étais dans le ciel je ne cesserais de louer Dieu avec les anges. « Le prieur lui dit alors : « Et au verset : Et tu puer, etc., à quoi pensiez-vous? — Le souvenir de saint Jean-Baptiste m'a tellement enflammé le cœur en ce moment que je ne pouvais me tenir de joie . « Le prieur comprit que la flamme qui avait paru au dehors n'était que le signe extérieur de l'amour ardent qui montait vers le ciel du cœur de ce jeune homme. L'abbé Euthyme parut aussi entouré de lumière depuis le commencement du Trisagion jusqu'à la fin de l'office, et cette lumière environnait même Domitiaire, qui l'assistait. Un jour, dans un couvent de Cisterciens, on vit une flamme sortir de la bouche de celui qui entonnait le Te Deum, tandis que chez saint Héribert la lumière devenait visible après matines, dès qu'on éteignait les cierges. L'abbé cistercien Albéric devint lumineux sur son lit de mort, au moment où il prononça cette parole des litanies : « Sainte Marie, priez pour nous. »

La prière, le chant, la méditation et toutes les autres causes de ce phénomène étant réunies dans le. saint sacrifice de la messe, il doit s'y reproduire fréquemment. Saint Jean de la Croix était souvent en cette circonstance envi-

roiiné de lumière; de sorte qu'il paraissait aux assistants comme un autre Moïse descendant de la montagne. Il en était de môme d'Ulric, moine de Yillar; deSilvain, moine de Clairvaux et disciple de saint Bernard, qui était brillant comme le soleil, tandis que ses habits étaient plus blancs que la neige. On raconte la même chose du Cistercien Thomas Lombard, de l'évêque Servat, de Jean de Rovello, évoque de Ferrare, et de beaucoup d'autres.

C'est surtout à l'ofTertoire et à la communion du prêtre que se fait cette émission de lumière, comme on l'a remarqué chez le pape Eugène, chez saint Yves, saint Évort et saint Afre, évêque de Lyon. C'est aussi pendant la communion que ce phénomène se produit le plus souvent chez les femmes, comme le prouvent un grand nombre de faits. Bien plus, le chartreux Torner devint lumineux à sa première messe, au moment où il approchait de l'autel.

Ce phénomène accompagne bien souvent les visions et les apparitions célestes; et lorsque celles-ci sont très-fréquentes, il peut devenir habituel. Toutes les fois que Liduine recevait la visite de son ange ou qu'elle revenait d'une extase, elle était environnée d'une telle clarté que les siens n'osaient approcher d'elle. Pour elle, quoiqu'elle fût toujours dans l'obscurité, et qu'elle ne pût supporter la lumière matérielle, cette lumière céleste lui était très-agréable. Sa petite chambre en était tellement remplie la nuit que ceux qui ne connaissaient pas ce phénomène croyaient qu'elle était en feu. Elle avait eu une vision dans laquelle le Seigneur lui avait apparu. « Mon àme, nous dit- elle, fut éclairée d'une connaissance divine et d'une suavité telles qu'à partir de ce moment je pus contempler autant que cela m'était permis la très-sainte Trinité. Un fleuve de lumière,

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parlant de sa source éternelle, me remplit cVnne manière merveilleuse, et me rendit lumineuse au dedans et au dehors; de sorte que depuis je pus, même dans robscurilé la plus profonde, voir, lire dans un livre, et faire toutes sortes de travaux, sans avoir besoin d'une lumière extérieure. Mes mains et mon visage me servaient de flambeau. » Véronique, méditant la passion du Sauveur dans l'obscurité de la nuit en versant beaucoup de larmes, devint aussi lumineuse. Ce phénomène s'étant reproduit une seconde et une troisième nuit, elle craignit que ce ne fût une illusion du démon, se jugeant indigne dune telle faveur; elle chercha à l'éloigner par ses prières; mais il revint de nouveau, et elle iinit par s'y accoutumer. Il lui causait cependant toujours quelque eftroi dans le premier moment, mais ensuite elle était inondée d'une joie ineffable. Lorsque la lumière est devenue à peu près habituelle, elle n'a pas besoin d'une occasion particulière pour se reproduire. 11 y en a qui sont lumineux même pendant le sommeil , comme saint Trudon et la vénérable Marie-Victoire de Gênes.

Quelquefois deux personnes unies ensemble par un commerce spirituel, et devenues extatiques, semblent lutter dans l'extase et dans le développement de la lumière. Sainte Claire avait souvent supplié saint François d'Assise de lui accorder la consolation de manger une fois avec lui, mais il n'avait jamais voulu \ consentir. Les compagnons du saint trouvant ce refus trop sévère, il céda enfin aux instances de Claire, et lui donna rendez-vous dans le couvent de Sainte-Marie-des-Anges , oii elle avait reçu le voile. Elle y alla avec ses compagnes ; le saint y vint également avec ses frères. On visita d'abord tous les lieux de dévotion, puis on se mil à table. Le saint avait fait servir par terre, et tous

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s'assirent à terre pour manger. Pour premier service, François se mit à parler de Dieu, mais d'une manière si sainte et si suave que lui d'abord et sainte Claire, puis tous les convives assis à cette pauvre table furent ravis en extase; caria grâce du Très-Haut était descendue sur eux. Comme ils étaient en cet état, les mains et les yeux levés vers le ciel, les gens d'Assise et de toute la contrée crurent voir Sainte-Marie-des-Anges et la forêt voisine tout en flammes, et ils accoururent au secours. Quand ils furent rendus, ils trouvèrent qu'il n'y avait aucun dommage. Entrant dans la maison, ils virent les saints assis autour de la table et environnés de la force d'en haut. Ils comprirent que c'était le l'eu divin qui avait rempli ce lieu béni, et ils s'en allèrent consolés. Pour François et Claire, rassasiés des douceurs célestes, ils n'avaient plus besoin d'une autre nourriture. Claire retourna à Saint-Damien, et fut reçue avec joie par les religieuses du couvent, qui avaient craint que le saint ne voulût les transférer ailleurs. (A. S., 12 aug.)La vie de sainte Claire a été écrite deux ans après sa mort, sur l'ordre du pape Alexandre IV, qui la canonisa en 1254 et qui était très-sévère pour les canonisations. L'auteur anonyme de cette vie a interrogé particulièrement pour ce {'ait les compagnons des deux saints qui vivaient avec eux dans le cloître et qui en avaient été témoins oculaires.

Dans ce cas, comme en beaucoup d'autres que nous rencontrerons plus tard, la lumière est si puissante et si pénéli'ante qu'elle est aperçue au loin et qu'elle éblouit ceux qui sont proches, comme il est arrivé chez Marguerite Revennas, Colette et d'autres encore. Quelquefois elle est plus tempérée, et, pâlissant peu kpeu, elle finit par ne plus donner qu'une faible lueur. Toutes ces différences dans la

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manière dont se produit ce phénomène dépendent du degré, de la forme de l'extase et de l'état intérieur des extatiques. Le lieu n'y fait rien, et la lumière se développe aussi bien en plein air que dans l'intérieur d'une maison. Vers 1441, vivait à Yillafranca, dans la contrée d'Astorga, un saint homme nommé Juste. Un gentilhomme du pays le vit une fois pendant la nuit en extase dans une foret, tout entouré de flamme et de clarté , et il en fut si touché qu'il renonça au monde et entra dans l'ordre des Mineurs. [Mcnologe de saint François, août.) Cette lumière, étant attachée à la personne, suit naturellement celle-ci lorsqu'elle change de lieu. Ainsi l'on raconte de saint Jean Capistran qu'étant parti d'Assise après avoir obtenu la bénédiction du pape et demandé celle de Dieu , avant de commencer ses prédications, il fut entouré d'une lumière brillante, qui l'accompagna un demi -mille pendant son voyage. {ÀJinaL Min., ann. 1451.)

Quelquefois les rayons de la lumière mystique paraissent se diriger vers les extatiques au lieu de partir d'eux. Il en était ainsi, comme nous l'avons vu plus haut, du bienheureux Gilles et d' Ambroise de Sienne. Une femme de Sienne, respectable et digne de foi, nommée Fina, assura que pendant vingt ans, toutes les fois qu* Ambroise prêchait, elle voyait un rayon de lumière qui, descendant d'abord du ciel, se posait sur sa tête. Puis à la fin du sermon, lorsqu'il récitait le Symbole devant le peuple, elle voyait ce rayon retourner peu à peu au ciel, jusqu'à ce qu'il disparût tout à fait. [Vita, c. III.; Le même saint était l'objet de visions magnifiques et d'un caractère vraiment grandiose pour une jeune fille de Sienne nommée Nera, d'une pureté et d'une sainteté remarquables , et qui , outre les extases dont elle

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était favorisée, avait encore le don de lire dans les consciences. Elle le vit un jour, pendunt qu'il célébrait le service divin, la nuit de Noël, entouré d'anges qui jetaient sur lui et sur toute l'assistance des rayons merveilleux. Une autre fois, comme elle se préparait à aller l'entendre prêcher, elle eut une extase dans un jardin, pendant laquelle elle fut transportée en esprit dans l'église, et vit la chaire environnée d'oiseaux des plus belles nuances. Lorsqu'il monta en chaire, il se trouva au milieu de ce cercle d'oiseaux, et en face de lui était une immense figure dont les yeux, d'une dimension extraordinaire, semblaient pénétrer de leurs regards le monde entier. Sous elle était une main qui semblait conduire l'univers, et cette main bénissait le prédicateur. Des flammes brillaient sur les têtes d'un grand nombre d'auditeurs, tandis que sur d'autres elle voyait une fumée obscure. Dans l'interprétation qu'elle reçut de cette vision, les oiseaux étaient les anges; le visage et la main étaient ceux de Notre-Seigneur, qui était venu pour bénir ses élus. La flamme signifiait l'orgueil de ceux au-dessus desquels elle brillait, tandis que la fumée représentait la vanité des autres et l'obscurcissement de leur esprit. (A. S., 29 mart.) Sainte Gertrude de Nivelle, née en 631, raconta elle-même, remplie d'épouvante, à son biographe, qu'un jour, pendant qu'elle priait devant l'autel, elle vit descendre sur elle un globe lumineux qui éclairait toute l'église. Ceci dura environ une demi-heure, puis l'apparition disparut peu à peu. Elle se montra une fois encore, mais en présence des sœurs. [A. S., 17 mart.) Le frère Léon de Catane priait souvent dans l'église avec un autre frère lai d'une grande sainteté. Pendant longtemps, un paysan qui demeurait près de là vit la imit un globe de lu-

84 DtVi:LOPPEME>T DE LA 1AM1EHE ORGAMQLE.

mière s'élever du faite de l'église. Étonné à la vue de ce spectacle^ il voulut aller voir ce que ce pouvait être, et il vit deux belles lunuères qui sortaient de l'église et montaient jusqu'au ciel. Plus surpris encore, il sonne et éveille le portier du couvent. Celui-ci, qui le connaissait, lui ouvrit la porte de l'église, et ils virent tous deux en entrant Léon et son compagnon en extase devant le saint Sacrement, et élevés en l'air; ils comprirent alors ce que signifiaient ces lumières. Ici la lumière sortait du lieu où étaient ces deux saints ; d'autres fois, au contraire, elle vient trouver l'extatique dans le lieu où il est. Saint François de Sales, après avoir prêché le jour de l'Annonciation, rentra dans sa chambre le soir, et se mit à genoux devant un crucifix, afin de méditer sur le mystère du jour. Au bout de quelques instants, le Saint-Esprit descendit visiblement sur lui, sous la forme d'un globe de feu d'où s'échappaient une multitude de peUtes flammes qui l'environnaient de toutes parts, et le touchaient sans lui faire de mal. Lorsque ce globe de feu descendit il fut saisi de crainte; mais ce sentiment disparut bientôt, et son cœur fut rempli par la charité d'une telle douceur qu'aucune langue ne saurait l'exprimer. Il en fut ainsi de la sœur Madeleine de la Conception. Un jour, les sœurs entrant au chœur la virent à genoux , regardant un crucifix d'où sortait une clarté semblable à celle du soleil. Elles regardaient ce spectacle avec admiration, et leur étonnement s'accrut encore lorsqu'elles virent cette clarté disparaître après que Madeleine fut revenue de son extase; et son visage reprit son teint brun accoutumé. On peut citer encore ici Marie d'Agreda. lue religieuse du couvent avait fait ses vœ'ux le jour de la fête de saint Laurent. Pendant que Marie se récréait avec les autres sœurs.

DEVELOPPEMENT PE 1,A LUMIEKE OÎU.AMQUK. »;>

comme il est permis en ces circonstances, dans un petit endroit ouvert qui était au milieu de la maison et servait (le jardin , quelques-unes se mirent à chanter un cantique qui commençait par ces mots : « A la fiancée très -honorée, etc. » Son esprit s'élevant avec le chant, elle eut une extase. Toutes les religieuses se pressèrent autour d'elle dans cet espace étroit, attendant avec un étonnement profond ce qui allait arriver. Tout à coup elles virent le ciel s'ouvrir, et un globe de feu d'une incomparable clarté descendre sur sa tête et se reposer quelque temps sur elle. Toutes admirèrent cette apparition, et racontèrent dans la suite quelles consolations intérieures elles en avaient reçues.

Dans ces phénomènes, la lumière entre et sort par suite de l'opposition de plusieurs courants. Quelquefois il y a seulement un développement de lumière qui produit une simple clarté ; ou bien, d'autres fois encore, la lumière organique étant retenue, il en résulte une obscurité extélieure. Si le premier de ces phénomènes est le résultat d'un surcroît d'activité dans les puissances spirituelles, le dernier est l'effet au contraire d'une dépression, d'une détente de ces mômes puissances. Si donc l'un se rattache à l'extase, l'autre tient à l'état opposé, c'est-à-dire à l'état de sécheresse et de désolation. Mais, outre ces deux états, il en est un troisième que l'on peut appeler état d'opposition morale. La lumière et les ténèbres, considérées sous le japport physique, n'ont aucun caractère moral : elles sont toutes les deux de purs instruments dans la main de celui qui a dit par la bouche du Prophète : « J"ai créé la lumière et appelé les ténèbres. » Cependant leur opposition peut exprimer quelquefois, comme symbole extérieur, celle

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qui existe sous le rapport moral entre le mcil et le bien. Nous avons déjà vu ce phénomène se produire dans la vision de Nera^ qui voyait d'un côté une lumière briller sur la tête de saint Ambroise. un feu impur et dévorant sur celle des orgueilleux , et une fumée obscure sur la tête de ceux dont l'esprit était aveuglé. Cette opposition nous apparaîtra plus visible encore dans la mystique diabolique. On raconte dans les annales de Tordre de Cîteaux, à l'année 1217, qu'un moine s'était recommandé aux prières de Werric, prieur du couvent d'Alna. Un jour ce moine lui dit : (( Mon père^, vous avez oublié aujourd'hui de prier pour moi. » Le prieur lui répondit : « Vous vous trompez. j"ai prié pour vous aujourd'hui^ et j'ai vu que vous êtes dans un mauvais état; car^ dès que je me suis mis à prier, je me suis vu entouré d'une obscurité très- épaisse. Voyez donc si vous marchez dans la lumière, w Le moine se jeta à ses pieds, lui confessa ses péchés, et en purifiant sa conscience il délivra le prieur de son obscurité. Quelquefois cependant celle-ci a un bon côté, comme on le voit par l'exemple de Claire de Monte-Falcone. Celle-ci, en entrant au couvent, avait fait vœu de jeûner sept jours; et pendant ce temps elle s'était adonnée particulièrement à la prière. Elle fut par là tellement enflammée dans son cœur que souvent la nuit elle devenait lumineuse. Le matin, au contraire, elle était environnée d'une profonde obscurité, pour qu'elle pût prier sans être dérangée; de sorte qu'il semblait, remarque son biographe, que, par une faveur particulière de Dieu, la lumière et les ténèbres étaient à son service et favorisaient sa dévotion. (T'îYa, cl. 3.)

l'ARTIES DU cours OU An'AHAlT LA LU.MILKE ORGANIQUE. 87

GHAPITEE VII

Des divers membres du corps humain qui deviennent lumineux ; la tête, le visage, le souffle, les bras , les mains ^ les doigts et les pieds. Apparitions lumineuses Ix la mort et après la mort.

Quelquefois le corps tout entier des extatiques devient lumineux; d'autres fois^, au contraire, une partie seulement du corps est illuminée. Christine Mcchthilde Tuschelin, au couvent d'Adelhausen, était souvent environnée tout entière d'un tel éclat que personne ne pouvait la regarder et qu'elle était obligée de rester dans sa chambre, afin que les sœurs pussent assister au chœur. C'est elle aussi qui, parlant un jour familièrement avec le Sauveur, lui dit avec une naïveté charmante: « Mon bon Maître, vous avez créé mon âme à votre image; daignez donc aussi habiter en elle comme dans le ciboire. » Notre-Seigneur lui répondit : « Quand ton âme sera aussi vide de toutes les choses temporelles et mondaines que ce ciboire où je suis, j'habiterai volontiers en toi comme j'habite ici. w Violante, reine d'Aragon, épiant un jour saint Vincent Ferrier, son confesseur, qui était en prière, le vit tout entouré de lumière. Colette était souvent aussi toute lumineuse quand elle priait; de sorte que plus d'une fois les sœurs accoururent, croyant que sa cellule était en feu. Quelquefois même la lumière qui rayonnait de son corps produisait un développement de calorique; car on trouva une fois son voile brûlé, quoiqu'il n'y eût point de feu dans le lieu où elle était. Nous citerons dans la suite d'autres cas de ce genre, lorsque nous parlerons des extatiques qui sont élevés en l'air; car c'est alors surtout que la lumière organique a coutume de se développer pleinement.

88 rARTiE"' DU conr^ or M-i'ARAir la iiMiiiRE organique.

La tète. De toutes les parties du corps humani, la tète est celle à laquelle se rattachent le plus souvent les phénomènes lininneuA sous leurs formes diverses, comme c'est en elle aussi que la lumière organipue a sa source et son point de départ. Quelquefois la tête est entourée d'un nuage lumineux . comme chez le saint évèque Kentigern. Quelquefois ce nuage se changeait en une colonne de feu resplendissante, qui se tenait à sa place à l'autel et éblouissait les assistants. D'autres fois^ au lieu d'un nuage lumineux, ce sont des rayons qui partent de la tête dans toutes les directions et s'étendent au loin. 11 en était ainsi de sainte Rose, de Thomas Lombard et du frère lai Barnabe de Pistorio. De même que le nuage lumineux [forme quelquefois une colonne, ahisi ses rayons se réunissent souvent en un seul, qui brille sur le sommet de la tête, comme chez saint Ravelle, évêque de Ferrare. D'autres fois les rayons lumineux prennent la forme du cercle, et ceignent le front comme une couronne, comme chez saint Afre toutes les fois qu'il communiait à la messe. Tolomei était souvent aussi couronné d'un cercle lumineux; d'autres fois son visage devenait radieux, ou bien son corps tout entier était en^ ironné de lumière. Chez d'autres, comme chez Jean- Baptiste de Lanuza. pendant tout le temps de la messe, la lumière se partage en trois globes lumineux : ou bien, se concentrant davantage encore, elle forme un seul globe audessus du sommet de la tête. C'est ainsi que l'on vit un jour paraître un globe de feu sur saint Columban , peiîdant sa messe, depuis l'évangile jusqu'à la fin. Il en était ainsi bien souvent de saint Yves et du frère Gérard , d'après le témoignage de celui qui lui servait la me^se. On voyait quelquefois une lumière planer sous cette forme

au-dessus de la sœur Antoinette de Florence et de plusieurs autres avec elle. Souvent ce n'est qu'une simple étoile, comme celle qui paraissait au-dessus de la tête de Didacc Lauda, ou sur le front de Cécile Balde, à Bologne, quand elle parlait de choses sublimes , tandis que trois étoiles de cette sorte l)rillaient au-dessus de la tête de François de Polilio pendant qu'il prêchait. Quelquefois cette étoile prend la forme d'une comète, dont le noyau, formant la partie la plus brillante, est tourné vers la tête de l'extatique, tandis que la queue monte vers le ciel comme une colonne de lumière, comme chez saint Columban d'Ecosse, d'après ses actes. Enfin c'est sous la forme d'une croix brillante que la lumière apparaît au-dessus de saint Humbert.

Elle apparaît souvent aussi sur le visage. Quelqu'un l^e visage. j'itant verm voir Dominique de Sainte - Marie dans sa cellule, il vit très- distinctement tout son corps; mais il ne put reconnaître son visage, parce qu'il répandait un tel éclat que, d'après ses propres expressions, il semblait couvert d'un soleil. Dans le visage , l'œil est la source principale de la lumière mystique. Lorsqu'Ida de Louvain recevait les sacrements , ses yeux jetaient une telle lumière que ses rayons éclairaient tous les objets qu'elle regardait aussi parfaitement que les rayons du soleil. Un jour, pendant qu'elle buvait le précieux sang , une lumière de ce genre sortit de ses yeux; de sorte que le prêtre qui lui donnait la communion crut d'abord que c'était le reflet d'un rayon de soleil dans le calice, jusqu'à ce qu'enfin, se tournant vers la vierge et lui regardant la figure , il s'aperçut que c'était de ses yeux que partait la lumière. Ceci lui arrivait non -seulement pendant la communion, mais

encore dans d'autres circonstances. Ainsi une religieuse aperçut en elle cette lumière pendant que la sainte, assise avec d'autres dans Tinfirmerie , s'entretenait de choses spirituelles. Comme ellle avait le désir d'être encore témoin de ce même miracle à la fête de Noël , voyant Ida prier avec une grande ferveur devant le saint Sacrement , elle crut que l'occasion était favorable. Elle approcha donc , souleva curieusement son voile, et trouva son visage brillant d'une lumière comparable à celle d'une étoile. La sainte lui arracha par ses instances la promesse de ne rien dire à personne de ce qu'elle avait vu. Une autre fois, dans l'octave de la Toussaint, comme elle assistait dans le chœur à la messe, elle fut inondée d'une telle lumière que le lieu où elle se tenait en était tout illuminé; de sorte que les rayons étaient réfléchis par le mur auquel elle était appuyée, pendant qu'elle tenait les yeux fixés sur un crucifix. (Henriquez, p. 432.) Les veux. Les yeux d'Ida de LeAvis paraissaient aussi quelquefois aux autres sœurs jeter des rayons de lumière. Aussi rougissait-elle quand beaucoup de personnes la regardaient ; car, comme elle était elle-même toute pénétrée de clarté , elle pensait qu'on pouvait voir son intérieur. (16., p. 455.) Le feu de la charité qui consumait Béatrix de Nazareth produisait en elle comme un fleuve de lumière qui s'échappait par les yeux et apparaissait ainsi à toutes les autres sœurs; de sorte qu'elle semblait comme Moïse avoir deux cornes lumineuses. Lorsque cela lui arrivait, elle avait beaucoup de peine pendant le reste du jour à distinguer les objets à la manière ordinaire ; car la clarté céleste qui était en elle pénétrait tout, les choses visibles et invisibles , les choses corporelles et spirituelles. Lorsque Colette priait.

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plusieurs parmi les autres sœurs croyaient voir sortir de sa bouche un flambeau allumé qui montait si haut qu'il semblait toucher le ciel. La sœur Colette d'Haplincourte ;, l'ayant trouvée un jour priant avec ferveur^ vit sortir de sa bouche comme un soleil brillant qui éclairait toute la chambre. [Act. S., 6 mart.)

La sœur Tuschelin allant à la communion le jour de la Le souffle Pentecôte , une des sœurs vit également un rayon de lumière sortir de sa bouche. (Steill., Éphéméricles, p. 248.) Ce genre de lumière se rattache particulièrement au souffle. C'est ainsi qu'il se produisit chez saint François d'Assise pendant qu'il prononçait des paroles de consolation , et chez le frère Gervais d'Hyrminie, un jour qu'il consolait, dans un temps de famine , un père de famille réduit au désespoir. Il paraissait, en lui parlant, respirer de la lumière et des flammes. La lumière qui sortait de saint Marimoni est comparée à un flambeau; celle de Guillaume l'Ermite paraissait se rattacher à la respiration , car elle sortait de sa bouche avec le souffle, et y rentrait ensuite. La poitrine elle-même, étant le point de départ de ce mouvement, paraît aussi quelquefois lumineuse, comme il arriva à saint Colombin de Sienne, un jour qu'étant descendu dans un couvent il s'était mis au lit. Une lumière sortant de sa poitrine éclaira toute la chambre ; de sorte que les frères crurent avoir reçu un ange.

Après la poitrine, viennent les bras et les mains , et ils Les bras, participent aussi à ce phénomène extraordinaire. Un prêtre vint voir un jour Dominique de Sainte-Marie, qui était malade et couché dans une chambre très-obscure. Sa tête et pcs mains répandaient une telle lumière que le prêtre et d'autres encore qui vinrent avant et après lui purent dis-

tinguer tous les objets dans la chambre. Vincent Lauter, ai'chevêque de Raguse , ayant rencontré saint Philippe de Neri^ saisit sa main pour la baiser avec respect, et la vit briller comme un rayon de soleil. Il raconta aussitôt le fait à ses amis , et ceux-ci lui dirent qu'il s'était déjà renouvelé plusieurs fois, et que souvent, pendant la messe , on voyait sa tête environnée de lumière. Aurelius Baccius de Sienne le vit un jour ceint comme d'un diadème d'or. Croyant d'abord que c'était une illusion, il se mita regarder d'au- Ircs objets; mais quand il reporta ses regards vers le saint il vit encore la même chose. N'en croyant pas encore ses yeux, il se les frotta avec les mains et avec un mouchoh' ; mais il ne voyait de lumière que sur la tête de Philippe , et ce phénomène dura jusqu'à ce que celui-ci eût pris le corps et le sang du Seigneur. Une jeune fille de douze ans le vit souvent aussi dans l'église Saint -Jérôme environné d'un nuage blanc et lumineux. Quelle que fût la couleur de sa chasuble , il lui paraissait toujours blanc et resplendissant. Beaucoup d'autres témoins affirmèrent la même chose.

Les doigts. C'est principalement au bout des doigts que se concenU'e volontiers la lumière organique. Lorsque sainte Colombe lisait pendant la nuit, et que sa lumière s'éteignait avant qu'elle eût tini sa lecture, elle levait la main droite, et ses doigts lui senaient de flambeaux. Le duc Conrad de Ba- A ière, plus tard abbé de Villar, archevêque et cardinal, se servait aussi des doigts qui touchaient le corps du Seigneur à la messe en guise de flambeaux pour lire pendant la nuit ; et Marian Scot, abbé Bénédictin, n'ayant point un jour de lumière pour écrire, se servit des trois doigts de sa main gauche. (Henriquez, 1, \ .) Saint Samson disant la messe le

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jour OÙ il reçut la consécration épiscopale , l'évêque Dubret et les autres ecclésiastiques virent du feu sortir de sa bouche et de ses mains. On cite môme un cas où les pieds sont devenus lumineux. En effet, Césaire d'Heistersbach , dans son douzième livre des C/ioses merveilleuses, raconte qu'un docteur de Paris, qui était au lit malade, se mit à penser comment il pouvait se faire que des corps mangés par les vers devinssent radieux et brillants comme le soleil après la résurrection. Comme il regardait ses pieds qui sortaient de dessus la couverture , ils jetèrent un tel éclat que son œil ne le pouvait supporter.

Après tout ce que nous avons dit sur ce sujet, il ne doit lHumina- ,, ,, , 1 1 - • 1' tion mysti-

pas nous paraître étonnant que la lumière organique se de- q^g ^y

^ eloppe au moment de la mort , lorsque tous les rapports n^o^nent de

^ ^ ^ ^ ^ la mort.

qui lient l'homme sur cette terre se brisent pour faire place

à d'autres dans des régions plus élevées. Un Chartreux inconnu, cité par Raysius dans son livre sur les saints belges, était rentré dans sa cellule après le diner. Là il fut tellement envahi par le feu de l'inspiration que la faiblesse de son corps n'y put résister, et il mourut au milieu de ses ardeurs. Deux marchands qui passaient par hasard devant le couvent en virent monter une flamme 1res- claire, et avertirent le portier. On courut à la cellule, on força la porte, et l'on n'y trouva aucune trace d'incendie; mais on aperçut dans le jardin le saint religieux à genoux, les mains jointes et levées vers le ciel , et sur lui reposait une colonne de feu. Saint Jean de la Croix, au moment de sa mort, fut aussi environné d'une lumière très -brillante au milieu de laquelle il exhala son ame. La bienheureuse Gentile de Uavenne reconnut l'approche de sa mort à une lumière qui parut sur sa tète. Une lumière remplit aussi la chambre

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OÙ mourut Didace Ortiz, la maison où mom'ut le cardinal Aurelius et la montagne où mourut le vénérable Baptiste, moine à Fulio.

Une lumière semblable parut appeler M. Villana dans l'autre monde ; et lorsque le carme Fr. Grotti mourut en 1 292, à l'âge de quatre-vingts ans, tout le couvent se remplit dune lumière qui , s'amassant dans la cellule du mourant, sembla monter avec lui dans le ciel, et disparut en répandant un parfum délicieux. De Castre, évêque de Capoue, voyant approcher sa fin, rassembla les siens, et célébra la messe en leur présence. Comme il prononçait les paroles de la consécration , il devint tellement radieux qu'aucun des assistants ne pouvait le regarder. Cet éclat ne disparut qu'après la messe, lorsque l'évêque, s'étant mis dans son tombeau en présence d'eux tous , rendit son âme à Dieu. Bernard, évêque de Vienne, devint aussi lumineux en mourant, et répandit un parfum très-agréable. 11 en fut ainsi à la mort de saint Etienne abbé, dont la cellule fut remplie d'une telle lumière qu'on ne reconnaissait plus son cadavre. A mesure que Marie B. de Serni approchait davantage de sa fin , les autres sœurs du couvent remarquèrent que les émissions de lumière étaient plus fréquentes chez elle.

Illumina- Elles continuent souvent jusqu'après la mort. Ces phélorib après j^Qjj^j^j^gg peuvent bien quelquefois tenir à l'électricité, tels que ces dégagements de lumière qui surviennent lorsque le cadavre est près de se décomposer. Mais ici encore les faits que l'on cite sont trop nombreux pour qu'on puisse les expliquer tous de cette manière. Pendant qu'on lavait le corps de la vierge Édelthride, plusieurs de ses membres devinrent lumineux. Le visage et les mains d'xVlainle Bre-

ton brillaient d'un éclat merveilleux après sa mort , et ceux des saints Juvence et Maxime étaient si resplendissants que personnne ne pouvait les regarder. C'est à ce genre de phénomènes que se rapportent les lumières qui paraissent immédiatement après la sépulture :, et qui durent plusieurs jours. Ainsi elles parurent pendant plusieurs jours audessus du tombeau de la cistercienne Mencia. D'autres fois ces lumières apparaissent dans certaines circonstances particulières. Ainsi^ un an après la mort de saint Wilfrid , comme le peuple accourait en foule auprès de ses restes, une lumière venant de l'Orient éclaira son tombeau. Le plus souvent c'est une lumière qui, sortant de l'intérieur de l'église, passe à travers les fenêtres, et qui, examinée de plus près, semble partir du lieu où repose le corps du saint. Quelquefois cette lumière apparaît lorsqu'on lève le corps. Il en fut ainsi de sainte Cunégonde, qui pendant trente jours parut lumineuse depuis la poitrine jusqu'à la tète , tandis que des étincelles sortaient des restes d'une parure de perles qu'elle avait. D'autres fois, c'est à l'occasion de la guérison d'un malade, comme chez saint Éloi, du tombeau duquel un rayon de lumière vint pénétrer dans les ulcères d'un lépreux, et produisit une sueur abondante qui guérit le malade.

Au reste, ces phénomènes, comme nous l'avons vu déjà par des exemples particuliers, n'étaient point inconnus à l'antiquité chrétienne. Constantin envoya le patrice Pho~ tius trouver saint Paul premier ermite, en lui recommandant de bien observer son air, son visage, l'expression de ses yeux et tout ce qu'il y aurait en lui de singulier. L'envoyé dit à Siméon, qui l'accompagnait : « Quoique je me sois souvent efforcé de le regarder en face, je ne l'ai jamais

pu faire, et il m'a fallu toujours fermer les yeux, parce qu'ils étaieut comme éblouis par les rayons de lumière qui sortaient de son visage. » (Baronius an. 984.) Lorsque le moine Euthymedisaitla messe, on le voyait environné d'une colonne lumineuse. Salluste, évêque de Jérusalem, ayant fait briser la porte de la cellule de Barsanuphis, la trouva remplie de feu. Lorsque Siméon priait, des masses de lumière semblaient partir de lui et monter vers le ciel, et il était comme dans une fournaise ardente. Plus d'une fois aussi on trouva les martyrs de ce temps environnés de lumière dans leurs cachots souterrains.

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